LE PONT-NEUF
que beau, plâtré, farde, et au fond prodigieusement sale.
Nous descendons au Phanar. Les rues attendent qu'on les repave, ou peut-être même qu'on les pave pour la première fois. L'église patriarcale grecque est en bois. Nous pateaugeons une demi-heure à travers la boue et des miasn détestables do poisson, de viande, de légumes pourris, sans parler d'autres plus intolérables, en cherchant, à Petri-Kapnussi, une agence dont la maison était sous notre main à Péra. Dans ces conditions, on comprend que nus désirs de voir de près toutes choses se limitent de plus en plus, et je prie mes compagnons de reprendre notre contemplation à distance jusqu'au Pont- Neuf, où nous devons nous paver, selon que les guides le recommandent aux voyageurs, une demi-heure d'études morales et physiologiques. C'est là le Tout-Constantinople. Nous soupçonnons que ce sera très curieux.
Eh bien, ce n'est pas assez dire, et je défie le plus hardi peintre ou poète d'imaginer rien de plus fantasmagorique et de plus étourdissant. La perpétuité et la variété du flot Immain qui passe sur ce pont tiennent du prodige. On dirait un carrefour du monde, par lequel se ferait l'émigration générale des peuples. Vainement, à trois, observons-nous un point fixe pour noter approximativement ce qui y passe. On ne mesure pas à vue d'osil l'eau du fleuve qui se précipite. Le peu que nous relevons donne sur nos carnets le plus colossal résultat. Toutes les
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