‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 252 sur 334 · EN PENSANT A 1T1IL1PPE · texte numérisé non relu

EN PENSANT A 1T1IL1PPE

marquer d'un fer rouge les flots de l'Hellespont. L'insolente mer avait osé détruire le pont de bateaux par lequel le grand roi voulait jeter en Europe quarante-six nations, cinq millions d'hommes, autant qu'il en fallait, sinon pour vaincre la Grèce, du moins pour en couvrir toute la superficie. L'insensé revint ici quelque temps après, vaincu et presque seul, trouvant à peine à son service une barque de pêcheur pour repasser en Asie.

En sortant des Dardanelles nous côtoyons de nouveau les terres célèbres de la Troade et Les souvenirs homériques, jusque au-dessous de Ténédos, pour mettre de là directement l< sur les Cyclades, Eubée et le Pirée.

A notre droite, nous avons laissé Imbros et Lcmnos. Plus loin, vers le nord, était l'île de Samothrace, où toucha le vaisseau sur lequel Paul, venant do Troas, passa en Europe. C'esl à Neapolis, à l'extrémité orientale do la Macédoine, qu'il débarqua. Hélas! c'est à Cavalla, l'ancienne Neapolis, que nous aurions dû débarquer nousmêmes pour remonter jusqu'à Philippes, aujourd'hui Draina, et suivre sa trace le long de cette célèbro voie Egnatia qui reliait entre elles les capitales des quatre provinces de Macédoine, Philippe, Thessalonique, Pella et Héraolée. Nos dispositions étaient prises pour assurer cette partie du pèlerinage. Des anus nous attendaient à Salonique. Le bateau qui l'ait cette oôte ne part que dans quelques jours, et ne s'arrête pas assez à Cavalla pour nous permettre de visiter les

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ruines de Philippes. Il a fallu renoncer à cette excursion dont j'avais, comme de toutes les autres, sérieusement étudié les détails/ Une carte de Drama, dressée d'après les intéressants travaux de la mission française, est entr'ouvcrte sur mes genoux, et je cherche à me consoler, en faisant des yeux et du cœur le voyage qu'il m'eût été si doux de faire en réalité.

Nous serions descendus au petit port de Cavalla, au pied d'un promontoire que le mont Pangée projette dans la mer. Sur la roche abrupte autour de laquelle la ville est bâtie, il y eut jadis un temple consacré à Diane et appelé Parthénon, comme celui de Minerve à Athènes. C'est là que Paul et ses compagnons, abordant pour la première fois et non sans quelque émotion la terre d'Europe, se trouvèrent en face d'hommes et d'usages tout nouveaux pour eux. Au lieu de s'arrêter à Néapolis et comme pour se jeter plus résolument dans la mêlée, les porteurs de la bonne nouvelle tournèrent à l'ouest de la ville, et, traversant un défilé au pied du mont Pangée, le Symbolon, ils arrivèrent par la voie des Tombeaux, dont un, celui du légionnaire Vibius, est encore debout, dans l'étroite plaine où, un siècle auparavant, avec Cassius et Brutus, la liberté avait péri. Étrange rapprochement! Paul, Silas et Timothée, un nouveau triumvirat, modeste et pacifique, venaient l'y ressusciter sous une forme plus réelle et autrement durable. Le premier auditoire qu'ils abordèrent à Philippes fut un auditoire de femmes.

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