‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 316 sur 334 · L'ÉGLISE CORINTHIENNE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE CORINTHIENNE

sauvé; sur la chanté clans la vie de l'individu et dans celle de la société chrétienne; sur la résurrection des corps et leur dignité future, comme pour faire honte à ceux qui les profanaient. O jeune et passionnée Église de Corinthe, lettre de Jésus-Christ écrite par le ministère de l'Apôtre, je t'aime jusque dans tes faiblesses, si heureusement effacées par une générosité sublime. Il m'est consolant de prier où tu t'es réunie, où tu as pleuré tes fautes, chanté tes enthousiasmes, et mes lèvres ne craignent pas de baiser avant de partir cette terre de Sodome et de Gomorrhe. Les grands serviteurs de Jésus- Christ qui y ont vécu ont effacé, dans leurs héroïques vertus, la trace impure de toutes les courtisanes qui y sont passées.

Une grotte abrite la fontaine de Lerné. Un y voit les restes d'un escalier qui conduisait au sérail de Kiamyl, le dernier représentant de la domination turque à Corinthe. Les Grecs n'ont pas voulu qu'il restât trace de son palais. Les orangers, les rosiers, tout fut brûlé ou détruit. Au liou appelé les Bains de Vénus des souterrains nombreux semblent monter vers l'Acropole, niais tous sont obstrués. Il est évident que l'homme a fait peut-être autant ici pour détruire que pour édilier.

Avant de regagner notre voiture, le grave maître d'école veut nous faire goûter le vin du pays. Athénée a dit dans ses Soupers de Sophistes qu'il était mauvais. S'il avait bu du nôtre, il l'aurait qualiiié d'exécrable. Pour mon compte, je ne

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UN CIIOKUIl DE DANSE

connais rien de plus affreux que ce vin résiné.

La population est en fête, et sur la route qui correspond, d'après mes hypothèses, à l'avenue des jeux i.sthmiques, on exécute une de ces danses sérieuses et lentement cadencées qui ne ressemblent en rien à celles des prétresses de Vénus. Les hommes sont en tête de la longue chaîne qui serpente gracieusement, et les femmes en queue. Seul le directeur de la danse se donne le luxe de hasarder quelques pirouettes et des ronds de toute sorte en agitant dans l'air un foulard aux voyantes couleurs. Les autres, se tenant par la main, sautent sur place et s'inclinent alternativement en avant et en arrière. Le pappas assiste à ces réjouissances, en esquissant un sourire de satisfaction dans sa belle barbe blanche. A notre vue, il se hâte de venir nous Baliier en nous invitant à entrer chez lui. Nous le remercions de sa politesse. Un des danseurs se détache du groupe pour quêter une offrande au bénéfice des deux musiciens, tambourin et flageolet, qui comptent sur notre générosité.

Un enfoncement elliptique avec gradins, que nous rencontrons sur la route de Cenchrées, près d'une ancienne dervicherie turque, à un quart d'heure de la vieille Corinthe, a dû servir d'amphithéâtre pour des combats de gladiateurs. Sur l'un des deux tombeaux qui sont à quelques pas de là, on croit retrouver les restes d'un autel qu'on abordait par des escaliers taillés dans la façade septentrionale du monument. La grande cité eut sa nécropole dans des carrières de

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pierre que nous suivons bientôt après. De ces innombrables excavations on tira, à l'époque romaine, des milliers de vases artistement travaillés et des antiquités diverses, que les riches patriciens et les Césars se disputèrent cà prix d'or. On arrive à Cenchrées par la route sur laquelle furent le temple de Diane et le monument érigé à Diogène le Cynique. Voulait-on, en glorifiant cet bomme étrange, encourager le cynisme de ceux qui venaient à Corinthe satisfaire sans pudeur leurs brutales passions, ou, au contraire, rappeler à l'bomme qu'il y a plus d'honneur à les réprimer qu'à les satisfaire? La seconde hypothèse n'est pas improbable, quand on se souvient qu'un des rois de Corinthe, Périandre, a dit ces belles paroles : « L'amour désordonné des richesses est une insulte faite à la nature. Les plaisirs passent, et les vertus sont éternelles. Avoir la conscience pure, c'est être libre. » En tout cas, c'est dans le quartier aristocratique de Crânée que l'étrange philosophe, roulant son tonneau, aimait à railler les pron neurs vaniteux. C'est, je crois, dans un gymnase de cette partie de la ville qu'Alexandre Je rencontra ('tendu au soleil. L'homme à qui le monde ne suffisait pas s'arrêta devant celui qui, ayant brisé son écuelle, vivait en se passant de tout, et, pris d'admiration, il dit au cynique : « Que wuxtu? je te le donnerai. » Et Diogène, étendant la main, se contenta de répondre : « Ote-toi de mon soleil. » Le jeune conquérant, étonné et plein d'admiration, se serait écrié : « Si je n'é-

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CENCHREES

tais pas Alexandre, je voudrais être Diogène. » Le site de Cenchrées est paisible et gracieux. D'innombrables collines ondulent vers le sud comme des tentes bleues et violettes qui vont, en s'élevant peu à peu, rejoindre les monts Oniens. Un petit village, Kékriès, représente l'ancienne ville. La baie, agréablement arrondie, a un phare bâti avec des tronçons de colonnes et des marbres sculptés. Le môle où fut jadis la statue de Neptune s'enfonce visiblement dans les flots. Des ruines, au nord de la baie marquent la place d'un temple élevé à Vénus. Peut-être y en eut-il un autre d'Esculape vers le sud. Les énormes blocs de granit qui subsistent sur la rive sont ceux-là même qui virent arriver et partir le grand Apôtre. L'eau chaude et salée des Bains d'Hélène tombe toujours sortant d'une roche grisâtre dans la mer, vers la pointe méridionale d'une anse qui s'arrondissait au-dessous de l'ancien port, et un moulin prouve que l'antique nom de Kenkroi (millet) peut lui convenir encore, car on cultive toujours dans les champs voisins cette plante nourricière du pauvre paysan. C'est à Cenchrées, avant de quitter la Grèce pour aller à Éphèse, que Paul se fit couper les cheveux à la suite d'un vœu qu'il avait fait. D'ici fut la diaconesse Phébée, une des vaillantes femmes qui ont fait le plus pour la cause de l'Évangile. A Cenchrées, un des meilleurs généraux de l'empire romain, Corbulon, se perça de son épée en apprenant que Néron, dans un moment de mauvaise humeur, venait de le condamner à mort.

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