CHEZ LE CURÉ GREC
exténué que moi, de boire le premier. Il me rend la même politesse, et, tandis que nous discutons, un des assistants s'avance, prend le verre et le vide d'un trait, sans doute à notre intention. Un peu surpris, je réitère ma demande au curé, qui cette fois fait apporter une cruche pleine. Allonsnous boire enfin? Non, car un autre indiscret, prévenant tous nos mouvements, s'est emparé de la petite amphore et boit, l'infâme, en mettant le goulot dans sa bouche avec la plus dégoûtante insistance. Nous partons, mon ami et moi, d'un bel éclat de rire au milieu du silence d'ailleurs le plus religieux, et force nous est de remettre à plus tard le plaisir d'étancher notre soif.
Cependant les hommes ne sont pas seuls curieux à Saphed. Les femmes les suivent de près. C'est par les fenêtres qu'elles regardent d'abord, puis par les deux portes ouvertes. Enfin, n'y tenant plus, elles se déterminent à traverser la salle pour venir solennellement nous saluer. I unes après les autres elles s'avancent, et, levant leur main droite à la hauteur de la tête, elles s'inclinent avec beaucoup de grâce jusqu'à toucher la terre du bout des doigts, puis se redressent lentement pour demeurer à moitié penchées devant nous, la main sur la bouche, dans l'attitude respectueuse de quelqu'un qui attend L'ordre de parler. Mais que dire, puisque nous sommes incapables de nous comprendre? M. Vigouroux ouvre une conversation avec son bréviaire. Seul je dois faire face à cette situation critique sous peine d'être incivil. Elles appartiennent évidem-
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