‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 99 sur 334 · LE SOUPER CHEZ LE CHEÏK^A-RKAOUI · texte numérisé non relu

LE SOUPER CHEZ LE CHEÏK^A-RKAOUI

hôte au dehors pour demander un peu de nos vivres au drogman, condamné à nous servir nupieds, puisque nous sommes dans une mosquée. Seuls nous avons été dispensés de quitter nos chaussures, au grand scandale des assistants. Un nègre, peut-être l'eunuque du harem, veille à ce que rien ne nous manque. Mon ami, par politesse, et s'encourageant à la pensée de tant de voyageurs morts par amour de la science, essaye son estomac à la cuisine orientale, Je crains pour lui une mauvaise nuit. Arkaoui veut nous présenter son fils, un beau garçon de quinze ans. bonne ligure, tout cousu dur, absolument illettré. Il n'en sera pas moins cheïk comme son père. Souhaitons aux voyageurs de l'avenir qu'il fasse aussi généreusement L'hospitalité. Arkaoui ne veut rien accepter que l 'exion sincère de notre reconnaissance et nos cartes de visite, qu'il réclame, pour les exposer dans ses appartements, comme souvenir de ceux qu'il ne reverra plus. Si jamais son (ils venait en France, il nous sérail agréable de lui rendre les amabilités dont il nous a lui-même comblés. Nous couchons sur les nattes de la mosquée. Décidément ceci devient de plus en plus oriental.

DÉPART I)K DAMAS. — SOUBEIBEH

dorment dans la cour. On dit que c'est ici le pays des scorpions; ces braves gens ne s'en préoccupent guère. Je dois observer cependant que les habitants du village optent d'ordinaire pour passer la nuit dans des gites aériens, qu'ils construisent avec quelques branches d'arbre au bout de quatre perches sur les terrasses de leurs maisons. L'aurore se dessine à peine, et, de sa plus belle voix, un muezzin crie la prière du matin : La Allah illa Allah! ou Mohammed reçoul Allah ! Les dormeurs se réveillent. Nos mulets font lestement leur repas matinal, et la caravane est vite sur pied.

Nous sortons de Banias par la porte de la tour que nous avons visitée hier soir. A travers les rochers et les fondrières, nos braves mulets gravissent les premières pentes de l'Hermon. En moins d'une heure, nous sommes à la hauteur du château de Soubeibeh, à trois cents mètres au-dessus du village. Les murs de la forteresse, en partie debout, remontent aux croisades, mais ils avaient été bâtis sur des fondations datant de l'époque gréco-romaine. Abordable seulement du côté du levant, le château occupe une plate-forme de quatre cents mètres de long sur cent de large. De nombreuses tours, tantôt carrées, tantôt semi-circulaires achevaient de fortifier la terrible enceinte. Plusieurs subsistent encore. La partie centrale du château n'est plus qu'un monceau de ruines où s'abritent quelques druses misérables et méchants.

En faisant un détour sur notre droite, vers lo

LAC PHIALA

sud, à travers les rochers et en dehors de tout sentier abordable, nous arrivons au lac Phiala, cratère de volcan éteint où les anciens croyaient que le Jourdain prenait sa source. Des objets jetés au fond de ses eaux avaient reparu, disaient-ils, dans le fleuve, au bas de la montagne. Lo petit lac a tout au plus trois cents mètres de diamètre. Sa forme ronde lui a valu le nom de Phiala, qui veut dire coupe. A travers les herbes qui l'envahissent totalement, sauf à sa partie centrale, où l'eau est très pure, des sangsues s'agitent et des grenouilles coassent par milliers.

De là nous jetons un dernier regard sur la Terre Sainte, que nous allons définitivement quitter. Tant de doux souvenirs qui nous «mt consolés, depuis Hébron jusqu'à ces hauteurs d'où nous dominons toute la Palestine, nous reviennent une dernière fois comme des bruits de voix délicieuses et ravissantes. Il nous plaît de demeurer quelque temps muets dans cette contemplation. C'est d'ailleurs un des plus beaux paysages du monde qui se déroule à nos pieds. En dehors de ses incomparables souvenirs, la contrée qui s'incline de l'IIermon à la mer Morte avec une dépression rapide de mille mètres sur un espace de doux cents kilomètres, présente un des phénomènes géologiques les plus intéressants qu'on puisse rencontrer. Tout naturellement notre pensée se reporte à un des plus beaux chants du Psalmistc, inspiré peut-être par ce splendide tableau. Elles sont suspendues sur

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