‹ Nounette, ou, La déesse aux cent bouchesChapitre 10 sur 15 · ENFANT · texte numérisé non relu

ENFANT

sa tâche tabatière.

du on

Nounette. — Pourquoi n'as-tu pas voulu me recevoir? J'avais tant de choses à te dire, pourtant !

Armand. — J'étais couché, malade, tu es de celles que l'on ne reçoit que debout. Nounette. — Tu n'as pas toujours dit ça.

Armand. — Et alors, ma petite Nounette, es-tu heureuse?

Nounette. — Comme tu me parles!

Armand. — Je ne suis pas gentil?

Nounette. - — Tu n'es pas sérieux.

Armand. — Faudrait-il larmoyer?

Nounette. — Ce n'était pas ainsi que je rêvais notre première rencontre. J'ai tant réfléchi !

Armand. — A quoi?

Nounette. — A nous. J'ai un remords insupportable et quelque chose comme de la neurasthénie.

Armand. — Pourtant le ciel est limpide et je te souris. Calme-toi. ma petite, et vis tranquillement ta petite inconsciente de vie.

Nounette. — Tu devrais te souvenir que je t'ai aimé et que tu m'as fait souffrir.

Armand. — Si nous changions de conversation?

Nounette. — Je vais repartir. Je ne comprends plus les Français en général, ni toi en particulier. Tu me regardes avec étonnement comme si tu étais stupéfait de ce que tu as fait pour moi... Tu ne te l'expliques plus... C'est peutêtre qu'il y a trop longtemps que nous ne nous sommes pas embrassés...

Armand. — Je n'ai rien

fait pour toi.

Nounette Armand. -

m 'écouter?

Armand. monde.

- Armand ! Tu refuses de Mais pas le moins du

— Tu dis?

C'est M"^ Hurlu qui m'a poussé au désespoir...

Nounette. — Menteur ! Tu as affirmé le contraire !

Armand. — C'était afin de ménager les convenances.

Nounette. — Merci pour moi !

Armand. — Cela te contrarie? N'as-tu pas autre chose pour te distraire?

Nounette. — Mille choses, mais ce que je n'ai plus, c'est le grand frisson.

Armand. — Il te reviendra. On ne l'a pas sur commande!

Nounette. — Au moins, moi, j'ai toujours été sincère...

Armand. — Moi aussi.

Nounette. — Tu es sincère en ce moment?

Armand. — Oui.

Nounette. — Alors?

Armand. — Alors, ma toute petite, le moment est venu de mettre le point final à notre aventure. Elle a scellé définitivement ma jeunesse. Oublions notre passionnette.

Nounette. — Notre passion.

Armand. — Notre passionnette ! Nous nous sommes pris au sérieux! Quelle folie!

Nounette. • — Nous la regretterons.

Armand. — Sans doute.

Nounette. — Et nous ne nous rempla-

cerons pas. Mon Dieu ! que je i'ai aimé !

Armand. — Quand je n'étais pas là!

Nounette. — C'est le véritable amour.

Tu me permets de conserver ton portrait? Je l'ai tant regardé que je ne le voyais plus ; je l'ai tant embrassé qu'il est presque effacé ' Je l'ai mis avec tes lettres, dans un sachet. F-i-fi; n-i-ni ! Tu ne t'étais pas suicidé pour moi ! Tiens, tu viens de m'arracher ma dernière illusion.

Armand. — Besogne salutaire!

Nounette. — Besogne de dentiste. Enfin ! Je ne récrimine pas. Je te dois ma célébrité.

Armand. — ...

Nounette. — Et tu me dois, tout de même d'avoir un peu souffert...

Armand. — Nous sommes quittas.

Nounette. — Adieu, mon pas'.é!

Armand. — Adieu, ma jeunesse!

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