L'ODE ON
Ils ont déjà rempli des sacs Et des caisses et des cassettes :
Chez eux l'argent forme des lacs.
L'Odéon palpe des recettes.
N'est-ce pas un casus belll Pour la défiante Allemagne?
Avec Severo Torelli Ce théâtre fait Charlemaane.
C'est aux plus riches mines d'or Que désormais on l'assimile.
Plein jusque dans le corridor, Il touche cinq mille et six mille.
Où sont les airs d'accordéon Plus vieillis que le roi de Garbe Dont on insultait TOdéon?
Le caissier en rit dans sa barbe.
La Rounat, qui s'est dévoilé, Signant avec la chance un pacte, Marche dans son rêve étoile, Comme Ruy Blas, au troisième acte.
L'actif, le turbulent Porel, Tandis qu'en ce bonheur il entre, Sent un embonpoint corporel Qui veut amplifier son ventre.
Et Lui. Lui qui ne permet pas Que celui qui s'abonna parte, Il marche, pensif, à grands pas, Semblable au jeune Bonaparte.
Ayant loué sur ses autels
Celle vers qui mon cœur se hausse,
11 a maintenant des hôtels
Et diverses fermes en Beauce.
C'est un Nabuchodonosor,
Et possédant ce dont nous rîmes,
Désormais l'auteur du Trésor
Est riche en trésors comme en rimes.
0 Crésus! il ferait beau voir Qu'à présent tu l'humiliasses!
De son brillant paletot noir Les banknotes tombent par liasses;
Il fait ruisseler des louis Parmi la tremblante cohue Des Parisiens éblouis; Et lorsqu'il passe dans la rue,
Si quelque svelle Brunehild Ou quelque lascive Poppée Murmure : N'est-ce pas Rothschild?
On lui répond : Non, c'est Coppée.
7 décembre 1883.
nous .