JUSTE RETOUR
Rouges, roses, criant de joie,
Vêtus de velours et de soie,
Des petits garçons, chœur charmant
D'espérances réalisées,
Courent dans les Champs-Elysées,
Près de la vasque au flot dormant.
On dirait des fils de princesse.
Mais bien vite leur gaîté cesse Devant un spectacle imprévu.
Un groupe de petites filles Toutes pâles sous leurs guenilles, Hélas! voilà ce qu'ils ont vu.
Le vent rougit leurs omoplates.
On voit de leurs mornes savates S'évader, comme un noir filou, Le pied nu de ces vagabondes, Et leurs cheveux, tignasses blondes, Sont peignés au moyen d'un clou.
Les pauvres traîneuses de loques Ont admiré les belles toques Et les blonds cheveux des garçons, Et contemplent, un peu jalouses, Le velours doré de leurs blouses, Où le zéphyr met des frissons.
Leurs prunelles s'emparadisent.
Mais les beaux petits garçons disent, Courant, comme de jeunes daims Parmi le vert gazon des plaines :
Gomment laisse-t-on ces vilaines S'égarer dans les beaux jardins?
NOUS TO in
Or, s'attristant à leurs folies, La vieille marchande d'oubliés
Vient et leur parle. Kile a cent ans, Et dans le fond de ses yeux vagues Errent, pressés comme des vagues, Les spectres des anciens printems.
Oh! dit-elle, chérubins roses, La sagesse aux clartés moroses Est ce dont je vous fais présent.
Ces fillettes aux dents pointues Seront, quelque jour, mieux vêtues Que vous ne Têtes à présent.
Tout arrive, en ce monde infirme.
Un jour viendra, je vous l'affirme, Où ces Gothons et ces Margots Vous siffleront comme des merles Et, pour rire, fondront vos perles Dans leur vin de Chàteau-Margaux.
tb NOUS TOUS.
Les diamants à leurs oreilles
Pendront, comme la grappe aux treilles.
Alors le temps aura marché,
Et c'est vous, ô jeunes microbes,
Qui leur achèterez des robes
Chez les Worths, plus cher qu'au marché
18 janvier 1884.