TROP DE TEMPS
Acteurs mélodieux Qu'un sage évite.
De grâce, au nom des Dieux, Parlez plus vite.
Ah! soyez pétulants!
Marchez, statues! Mais vous êtes plu- lents
Que des tortues.
Lui qui voudrait fuir vers Les cieux farouches,
Le vers ailé, le vers
Meurt sur vos bouches.
Les drames sont troublés Entre vos griffes,
Et tous vous ressemble A des pontifes.
Car, étant officier?
D'académie, Tous vous officiez,
L'âme endormie.
Vous bravez le courroux Du bleu Permesse,
Et l'on croirait que vous Dites la messe.
Hâte-toi, damoiseau
Trop bénévole!
La Muse est un oiseau
De feu, qui vole.
Et fuit au ciel obscur,
Dans l'ombre immense
Où le gouffre d'azur Est en démence.
Elle brave les cris
Et les huées, Et lit les mots écrits
Dans les nuées,
Et du vague Inconnu
Perce les voiles, Et plonge son front nu
Dans les ('toiles.
Suivant l'aigle aux yeux clairs Jusqu'à son aire,
Elle atteint les éclairs Et le tonnerre.
Mais toi, bourreau têtu, Dont le pied marche
Toujours, comme si tu Portais une arche ;
Tu vas embarrassé,
Traînant la guêtre, Comme un chien harassé
Qui suit son maître
Et peine, et sent encor Gonfler sa rate,
Et sur le sable d'or Traîne la patte !
25 janvier 1884.