‹ Nous tousChapitre 49 sur 86 · LA MERCIERE · texte numérisé non relu

LA MERCIERE

D'où venez-vous? Du Lignon?

Dis-je à la jeune mortelle.

Non, je sors de chez Bignon, Monsieur, me répondit-elle.

Quel compère Guilleri Vous a si bien chiffonnée?

Dis-je. C'est le Sillery, Dit cette désordonnée.

Ses yeux riants, dans le soir Faisaient l'effet d'un prodige, Tout embrasés d'un feu noir.

Chère madame, lui dis-je,

NOUS TOUS. Il

Due de Jeui et que de Ris

Nichent sous votre dentelle!

Ces articles de Paris?

Oui, je les tiens, me dit-elle,

Pour que mon cœur, sans émoi, Du destin amer se rie, Et je m'en vais devant moi Avec cette mercerie.

i« février 188 i.

PAIVA

Paris, qui dans tout pays va, S'en allait voyager, naguère, Chez madame de Païva.

On y dînait, — avant la guerre.

Pendant l'hiver triste et fatal,, Rougissantes comme des braises, Là, dans les baquets de cristal S'entassaient des Alpes de fraises.

Là se groupait le cercle entier Des causeurs dont chacun essaie De copier l'esprit : Gautier, Saint-Victor, Girardin, Houssaye;

D'autres encor : des paresseux, Des porteurs de plume et de lyre, Des millionnaires, et ceux Qui saTent parler et tout dire.

Du vaste plafond de Baudry, Sur notre pauvre vie amère Et sur notre siècle amoindri Planaient les Dieux géants d'Homère :

Zeus dans un souffle d'aquilon, Cypris aux prunelles pensives, Ares et l'archer Apollon.

Avant le fesiin, les convives,

Tous serrés dans leurs fracs étroits, Contemplaient ces mythologies Dans le salon où brûlaient trois Cent soixante-quinze bougies.

Ils admiraient les luxes lourds

De ces emphatiques demeures,

En marchant sur les tapis sourds.

Puis entin, quand sonnaient huit heures,

Montrant, comme dans les romans, Sur son cou pareil aux ivoires, Un lourd collier de diamants Jaune pâle, et de perles noires;

Ayant dans ses yeux, encor pleins D'un entêtement énergique, Les vagues reflets sibyllins D'on ne sait quel passé tragique;

Avec ses mortelles pâleurs, Devant les damas, dont la trame Étincelait de rouges fleurs, Apparaissait la vieille dame.

6 février 1884.

Page 1