‹ Nous tousChapitre 59 sur 86 · LE MOT · texte numérisé non relu

LE MOT

Mer... — Je m'arrête, ô flot amer!

Il ne faut pas que l'on se targue D'allonger ton nom, vaste mer, Ainsi que l'a fait monsieur Margue.

Cette boutade, on la connaît.

Hélas ! plus d'un Français l'imite, Ignorant que quand la borne est Franchie, il n'est plus de limite.

Les romanciers font des romans Et les dramaturges, des drames Où, bien mieux que les nécromants, Ils lisent dans les cœurs des femmes.

Sans cesse, (ou la Chronique ment,) Les députés en leur enceinte Causent, et réciproquement S'abreuvent de fiel et d'absinthe.

D'autres, ô ciel, pour allier Tout ce que ton lapis tolère, Confondent l'art du joaillier Avec le style épistolaire.

Tous ces buveurs de riquiqui, Afin d'agrémenter leurs proses, Abusent parfois du mot qui... — Mais respirons l'odeur des roses!

Or tout à coup dans le tableau Apparaît, devant leur front sombre, Effrayant comme à Waterloo, Un soldat, un fantôme, une ombre.

Les cheveux dans un coup de vent, Le grand général de la garde Se plante, menaçant, devant Ses copistes, et les regarde;

- TOUS. 181

Et laissant des mots outrageants

Tomber de sa bouche funèbre Çà, dit-il, tas d'honnêtes gens,

Qu'on me rende le mot célèbi

puristes, craignant le heurt.

Avec des airs de bon apôtre Disent : Ah! oui, La garde meurt... — Non, leur répond Cambronne, l'autre!

15 février 1 88 i.

1S2 >"OLS TOUS.

CETTIVAYO

Oh! ces rois d'ébène ou de cuivre!

Parfois, leur histoire va si Vite, qu'on a peine à la suivre.

Tu Tas dit, ô Gaston Va

Délicieux autant qu'immonde, Cettivayo, roi des Zoulous, S'en est allé dans l'autre monde, Où les gens sont spectres ou loups.

En ce temps où tout se détraque, Où même Jules Verne ment, Il avait trouvé la matraque, Idéal de gouvernement.

Gomme Orphée à L'âme éblouie Eut |i lyre, qui vibre encor, Feu Dupin, son noir parapluie, Agamemnon, son sceptre d'or;

Cettivayo, prince électrique,

Ne quittait pas ce bâton lourd, Cette matraque, ou simple trique, Dont il s'escrimait comme un sourd.

Quand ses femmes, bravant sa force, Voulaient obtenir un acquêt, Il ne songeait pas au divorce, Remède prêcbé par Naquet.

Briser leur boîte cérébrale, Et frapper, d'un bras courageux, Sur leur colonne vertébrale.

Tels étaient ses tranquilles jeux.

Si, voyant un vide sinistre, On disait : Où donc est passé, Très puissant roi, votre ministre?

Il répondait : Je l'ai ca -

184 irons tous.

Tel est Polichinelle en fête, Oui chez nous, don Juan déjà mûr, Pour s'amuser, casse la tête De sa femme, contre le mur.

Le Zoulou fut marionnette, Et notre biberon filou Qui mignotte la chopinctte, Était digne d'être Zoulou.

Mais, avec son nez que décore Un rubis, fabuleux joyau, Polichinelle vit encore, Plus malin que Cettivayo!

16 février 1884.

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