‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 18 sur 61 · LA LETTRE APOSTOLIQUE SUR L 'AMÉRICANISME · texte numérisé non relu

LA LETTRE APOSTOLIQUE SUR L 'AMÉRICANISME

Gibbons, en t^ertu de sa charge apostolique, pour sauvegarder l'intégrité de la foi et veiller au salut des âmes. Il s'agit, on lo voit, d'une question qui intéresse toute l'Église. Le Pape la résout en vertu de son autorité suprême. Jl parle donc comme docteur infaillible, car chacun sait que l'infaillibilité pontificale s'étend aux censures qui frappent l'erreur d'une note inférieure à celle d'hérésie (1). C'est ici le cas; les erreurs condamnées touchent, en effet, à ce que l'on appelle le dépôt indirect de la foi.

Il n'est pas besoin d'ajouter que nous ne prétendons dresser ici qu'un catalogue purement privé, une sorte à.' aide-mémoire et nullement substituer ce Syllahus au document pontifical dontla forme autant que le fond doivent être respectés.

(1) Voir à ce sujet : Foi et Courar/e, discours prononcé à la clôture du Congrès eucharistique d'Angers le 7 septembre 1901 par le R. P. Bouvier, S. J. — Paris, Victor Retaux, éditeur. Pages 12 et suiv.

QLEI, EST l'américanisme CONDAMNÉ PAR LÉON XIII?

Nous avons relaté au chapitre II de cette •Hude ladolinition et la description de l'américanisme tel que le comprenaient avant La Lettre Apostolique Testera benevolentiœ, ses plus chauds partisans; nous venons de voir, au chapitre III, quelles sont les doctrines condamnées par Léon XIII sous le nom à' américanisme, il nous reste à examiner par qui les opinions que le Saint- Siège condamne avaient été enseignées.

Cette recherche paraîtra peut-être inutile et (iésohiigeante à quelques-uns, mais elle s'impose actuellement, en raison de l'étonnante audace des affirmations qui ne cessent d'être renouvelées par les demeurants de l'école libérale dans les deux mondes.

Depuis la publication de la Lettre Apostolique Testem benevolentiœ condamnant les erreurs de

34 QUEL EST l'américanisme CONDAMNÉ?

l'américanisme, on aurait peine à compter les efforts qui ont été faits par les tenants de ces erreurs pour donner le change à l'opinion sur le véritable sens des enseig-nements de Léon XIII.

Do toutes ces tentatives, la plus audacieuse assurément, est celle de l'écrivain qui, sous le nom de J. Saint-Clair Etiieridge, publia dans The Nortli American RevieLv du 3 mai 1900, un article sur «La genèse de TAméricanisme» où les idées et les faits étaient complètement travestis.

Plus récemment encore, un autre écrivain, — à moins que ce soit le même, — qui rédige à Paris, pour les journaux des deux mondes, des « correspondances romaines» aussi fantaisistes que mal inspirées, publiait dans le New Centuri/ de Washington, à la date du 18 mai 1901, un article intitulé : « l'Archevêque Keane et le Vatican» où il osait aflirmer, non seulement l'inexistence de Taméricanisme en Amérique, mais le triomphe des idées de Mgr Ireland et de Mgr Keane à Rome même. •

Nous aurions négligé de réfuter ces assertions, si une circonstance nouvelle n'était venue leur donner une importance qu'elles ne pouvaient avoir tant qu'elles n'étaient propagées que par un journaliste sans crédit.

Il vient, en effet, de paraître à Boston, une nouvelle biographie d'Isaac Hecker par Henry 0. Sedgvvick, jr., où la même thèse est soutenue, sans beaucoup plus de réserve et dont

T^'î'^VfitSSSK^^^'^Tv^'*

QDET. EST l'américanisme condamm:? 35

l'auteur ne craint pas de conclure en disant (jue « l'Église du ving-tième siècle s'emparera peut-être des idées du Père Hecker comme de solides matériaux qu'elle emploiera à façonner des doctrines saines pour aider les hommes à mieux vivre. »

Une pareille conclusion, après que les Pères Paulistes, eux-mêmes ont retiré du commerce la Vie du Père Heckev par le P. W. Elliot, ne manque pas de hardiesse.

M. Henry Sedg^ick omet de faire observer (jue sa biographie d'Isaac Hecker, comparée à • clic du P. Elliot, est une édition revue; corrigée <'l considérablement... diminuée.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit de la personneetde la vie du P. Hecker, dans le Père Hecker est-il un saint?

M. Sedgwick a tenu compte sur plus d'un point de nos critiques et s'est prudemment abstenu de mentionner les documents et les faits que nous avions divulgués pour justifier la sentence par laquelle le Recteur majeur de l'ordre du Très Saint Rédempteur, chassa le P. Hecker de sa congrégation.

Le lecteur qui voudrait s'édifier sur ce point n'a qu'à se reporter aux chapitres HI , IV et V de notre livre sur le P. Hecker.

Ce que nous voulons établir, en réponse à la thèse de nos contradicteurs, c'est que l'américanisme condamné par Léon XHI est bien celui du

36 OLEL EST i/aMÉRICAMSME CONDAMNÉ?

P. Hecker et de ses partisans et non pas une (( liérésie fantôme» commeFaosé dire Saint-Clair Etlieridge.

11 semble qu'il devrait suffire de citer de tels propos pour convaincre d'erreur ceux qui les tiennent.

Il est souverainement injurieux pour l'autorité du Saint-Siège, de prétendre que le Pape a condamné, sous le nom cV américanhme , des opinions inconnues en Amérique et forgées tout d'une pièce par un abbé français. Il est tout aussi difficile d'imaginer pourquoi cette condamnation, si elle visait « l'américanisme continental», a été notiliée tout d'abord à l'épiscopat des Etats-Unis.

Enlin, c'est faire beaucoup d'honneur à celui qui écrit ces lignes que de lui supposer le pouvoir de mettre en branle toute la hiérarchie catholique et de provoquer la condamnation d'opinipns qu'il aurait inventées de toutes pièces pour le plaisir de les combattre.

Mais, si péremptoires que soient ces raisons, elles ne suffisent pas à convaincre ceux qui ont pris parti en faveur de l'américanisme. Nous apporterons donc des preuves et des textes qui ne laisseront place à aucun subterfuge et nous allons montrer, pièces en mains, que les erreurs condamnées par Léon XIII sont extraites de la Vie du Père Hecker, soit anglaise, soit française, et de l'introduction à cette même Vie, écrite par Mgr Ireland :

i^*fyf7^^;

UL'EL EST l'américanisme CONDAMNÉ? 37

(( De tout ce que nous avons dit jusqu'à présont, écrit Léon XIII, àla lin de sa lettre au cardinal Gibbons, il apparaît, cher Fils, que nous ne j>ouvons approuver ces opinions dont l'ensemble est désigné par plusieurs sous le nom cTauiérl- '■anisme ». C'est une condamnation formelle.

S'ensuit-il que le mot américanisme, ne puisse jamais et dans aucun sens être pris en bonne part ? J\on.

« Si, par ce mot, continue Léon XIII, on veut signifier certains dons de l'esprit qui honorent les populations de l'Amérique, comme d'autres >()nt spéciaux à d'autres nations ; ou bien encore, si l'on désigne la constitution de vos Etats, les lois et les mœurs en vigueur parmi vous, il n'y a rien là, assurément, qui puisse nous le faire rejeter ; mais si l'on emploie ce mot, non seulement pour désigner les doctrines ci-dessus mentionnées, mais encore pour les rehausser, est-il permis de douter que nos vénérables Frères les évêques d'Amérique seront les premiers, avant tous les autres, à le répudier et à le condamner, omme souverainement injurieux pour euxmêmes et pour toute leur nation?

» Il donne à supposer, en ejQfet, qu'il en est chez vous qui imaginent et désirent pour l'Amérique une Église autre que celle qui est répandue par toute la terre. »

Il est donc acquis désormais pour tous les catholiques, que si le mot américanisme peut être

«JUEL KST L AMIiRICANISME CONDAMNE

encore retenu à litre dexpression géographique, ethnographique ou historique, il ne peut plus être employé, sinon en mauvaise part, pour désigner un système, une <loctrine, une école. C'est un nom schismatique.

En ces matières, il importe tréviler les généralités et de prévenir les confusions; le Pape a pris soin de préciser, dans sa lettre au cardinal Gibbons, quelles étaient les « doctrines » qu'il n'était pas permis de «mentionner», encore moins de «rehausser» en les désignant du nom d'américanisme; il a formellement déclaré, en vertu de son souverain magistère, et pour sauvegarder le dépôt de kl foi, qu'il « ne pouvait pas approuver ces opinions»; c'est un devoir pour tout hdèle de s'enquérir avec soin de ce que le chef de l'Église a si solennellement prescrit.

« Les opinions nouvelles dont nous parlons, dit Léon XIII, reposent en somme sur ce principe : alin de ramener plus facilement à la doctrine catholique ceux qui en sont séparés, l'Église doit s'adapter davantage à la civilisation d'une époque adulte, et, relâchant son ancienne rigueur, faire quelques concessions aux tendances et aux principes nouvellement introduits parmi les nations. Et cela doit s'entendre, à ce que pensent plusieurs, non seulement de la règle de la vie, mais encore des doctrines où est contenu le dépôt de la foi. »

fKtlI^.VM^W^^,

ouEL EST l'américamsme CONDAMNK ? 39

\ oilà le foildciiient de loulos les erreurs désignées sous le nom d'américanisme : « L'Église et le siècle u c'est-à-dire l' adaptât ioJi de VEglUf au .siècle, «la synthèse du progrès et ducalliolicisme le plus pur », dont parlait Mg-r Keane, nous l'avons vu au chapitre ii.

Serrant de plus près son sujet, Léon XIII formule (juelques-unes des erreurs qui dérivent immédiatement de ce faux principe; voici en <{uels termes il le fait :

« En efl'et, ils prétendent qu il est opportun, ilin de gagner les cœurs des égarés, de passer sous silence certains éléments de la docti'ine, omme étant de moindre importance, ou de les atténuer de telle sorte qu'ils ne conserveraient plus le sens auquel l'Eglise s'est toujours tenue. »

Ces paroles du Pape visent l'opinion de certains « catholiques libéraux » dont le programme publié en décembre 1897 par la Contemporary Iteview de Londres contenait entre autres cette assertion :

« Les catholiques libéraux ne sont pas assez léraisonnables pour attendre de l'autorité qu'elle r+?tracte aucun de ses décrets passés ; l'adresse les théologiens sera toujours amplement suffisante pour prouver par des raisons convaincantes que telle décision gênante, par suite de quelque vice de forme, est dépourvue de force obligatoire, ou bien que la réelle signification de cette décision est tout à fait contraire à ce qui avait

40 QUEL EST l'américanisme CONDAMNli ?

été précédemment supposé ou accepté, ou même coniraire à ce qui j)ariiît être sa vraie signification. Il y a probablement très peu de décrets « ex cathedra » qui ne puissent pas être éludés par l'un ou l'autre de ces procédés (1). »

A cette audacieuse prétention Léon XIII oppose le concile du Vatican, rappelant que la « doctrine de la foi que Dieu a révélée n'est pas, comme un système philosophique, susceptible d'être perfectionnée par l'esprit humain.

« Le sens que notre sainte Mère l'Eglise a une fois déclaré être celui des dogmes sacrés, doit être perpétuellement conservé, et jamais il ne faut s'en écarter sous le prétexte ou l'apparence d'en mieux pénétrer la profondeur. (Conc. De Fuie Catho, c. iv) ».

Les erreurs que condamne Léon XIII dans sa lettre sur l'américanisme ne sont donc pas nouvelles puisqu'elles ont été déjà réprouvées par le concile du Vatican. Mais il faut nous souvenir que nous n'en sommes qu'aux principes et aux fondements sur lesquels s'appuient les « novateurs ; » or, ces principes sont ceux du libéralisme condamné par Pie IX, et ils se ramènent tous à la^C et dernière proposition du Syllabus: « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »

(1) Le. Père Ilecker est-il un saint ? Page 357.

QUEL EST l'américanisme CONDAMNÉ ? 41

Ces principes déjà condamnés n'ont été soutenus ouvertement et sans ambages que par les libéraux les plus avancés et les plus liardis. Tel, l'écrivain qui signa : Romanus, dans la Conlem- Ijorarij Review; tel encore l'abbé Chari)onnel, auquel s'appliquent les paroles suivantes de Léon XIII :

<( 11 ne faut pas croire non plus qu'il n'y ait aucun péché dans le fait de ce silence par lequel on omet de parti-pris et on relègue dans l'oubli certains principes de la doctrine catholique. Car toutes ces vérités, quelles qu'elles soient, qui forment l'ensemble de la doctrine chrétienne, n'ont qu'un seul et même auteur et docteur, le Fils unique qui est dans le sein du Père. (Jean 1,18.)))

C'est dans un article célèbre de la Bévue de Paris (i septembre 1893) que l'abbé Victor Charbonnel, alors promoteur d'un futur congrès des Religions, à l'instar de celui de Chicago, avait dit :

« Sans doute, la fusion de toutes les croyances est un rêve vain... Mais ne pourrait-on pas tenter ce qui s'appellerait bien l'union morale des religions? Il se ferait un pacte de silence sur toutes les particularités dogmatiques qui divisent les esprits, et un pacte d'action commune par ce (jui unit les cœurs, par la vertu moralisatrice et consolante qui est en toute foi. Ce serait l'abandon des vieux fanatismes, ce serait la rupture

'f2 HLIiL KST l'aMKRICANISME CONDAMNÉ ?

(le cette longue tradition de chicanes qui tint les hommes acharnés à de subtiles dissentiments de doctrine et l'annonce de temps nouveaux^ où l'on se soucierait moins de se séparer en sectes et en chapelles, de creuser des fossés et d'élever des barrières, que de répandre, par une noble entente, le bienfait social du sentiment religieux. » (1).

Ce pacte de silence, Léon XIII le réprouve en s'appuyant de nouveau sur le concile du Vatican, et, avec une singulière énergie, il s'écrie :

« Que l'on se garde donc de rien retrancher de la doctrine qui nous vient de Dieu ou d'en rien omettre, pour quelque motif que ce soit: car celui qui l'oserait faire, tendrait plutôt à séparer les catholiques de l'Eglise, qu'à ramener à l'Eglise, les dissidents. Qu'ils reviennent, rien certes ne nous tient plus à cœur, — qu'ils reviennent tous, ceux qui errent hors du bercail du Christ, mais non point par une autre voie (jue celle que le Christ lui-même a montrée. »

Sur la frontière du dogme, la sentinelle de l'Eglise s'est dressée; fidèle à la tradition séculaire et à l'Esprit d'en haut, elle a barré la route aux « novateurs » avec une superbe intransigeance.

Mais la discipline est aussi attaquée, et la discipline n'impose pas comme le dogme un no?i /vo.ç.s7^wî/.9 implacable. Que va répondre Léon XIII

(1) Ibidem, pages 242, 243.

OIFL EST l'américanisme CONDAMNÉ ? 43

aux «pionniers » du renouvollement de l'Eglise? Il admet la possibilité et l'utilité de changements dans la discipline, mais ce n'est pas pour étendre à tout l'univers ces « choses essentiellement américaines » dont le Père Hecker nous parlait, c'est simplement pour répondre « aux mœurs et aux exigences de tant de nations si différentes qu'elle (l'Eglise) réunit dans son sein, » Il n'y a donc pas ici de « mesure générale à adopter » mais seulement des cas particuhers à prévoir et encore n'est-ce pas « au gré des particuliers, faciles à se laisser prendre aux apparences du bien, que la question doit se résoudre. » Et Léon XIII rappelle que la proposition TS** du synode de Pistoïe fut condamnée par Pie VI comme injurieuse pour l'Eglise, « en tant qu'elle soumet à la (Hscussion la disciphne établie et apj)rouvée par l'Eglise, comme si l'Eglise pouvait établir une discipline inutile et trop lourde pour la liberté qui convient aux chrétiens. »

Nous commençons ici à tenir l'américanisme; il ne s'agit plus des principes sur lesquels il repose, mais des formules dont il se sert et de la tâche qu'il s'est imposée.

Dans son principal ouvrage : Exposé de la situation de l'Eglise en face des difficultés, des controverses et des besoins de notice temps, le Père Hecker s'exprimait ainsi : « Les tentatives faites depuis la Réforme pour satisfaire les besoins modernes ont définitivement échoué.

Page 1