‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 19 sur 61 · QUEL EST L AMERICANISME CONDAMNE · texte numérisé non relu

QUEL EST L AMERICANISME CONDAMNE

Ajoutez que les décrets du concile du Vatican ont mis fin à toute controverse sur l'autorité parmi les catholiques. La conséquence de tout cela c'est que la force individuelle doit désormais tenir dans le catholicisme autant de place que la force hiérarchique et que tout doit tendre au développement du Saint-Espril dans l'a me de chacun. »

L'idée ainsi exprimée par le P. Ilecker et que nous trouvons maintes fois sous la plume de ses disciples est sévèrement qualifiée par Léon XIIL 11 l'estime plus injurieuse à l'Eglise que la proposition censurée par Pie VL Voici ses paroles :

« Et pourtant, dans le sujet dont Nous vous entretenons, cher Fils, le projet des novateurs est encore plus dangereux et plus opposé à la doctrine et à la discipline catholiques. Ils croient qu'il faut introduire une certaine liberté dans l'Eglise, de sorte que, l'action et la vigilance de l'autorité se trouvant en quelque façon liées, chaque fidèle ait la faculté de s'abandonner, dans une plus large mesure, à sa propre inspiration et à son élan personnel.

» Ils affirment que c'est là une transformation qui s'impose, à l'exemple des libertés modernes qui constituent communément à l'heure actuelle le droit et le fondement de la société civile. »

Le Saint-Père ne juge pas utile de réfuter expressément cette erreur; il l'a fait dans son Encyclique sur la constitution chrétienne des Etats ;

ouEL Esr i/ami-:riga.iMSMe condamné ? 45

ce qui appelle davantage son attention, c'est une affirmation souvent répétée par les partisans de raméricanisme.

Dans son Introduction à la biographie anglaise du P. Hecker, Mgr Ireland écrivait :

« H y a ou dans Thistoiro des époques où TEglise, sacrifiant ses avant-postes et ses tirailleurs pour conserver son centre et ses forteresses essentielles, — c'était une conséquence nécessaire du genre de guerre qu'elle subissait — a comprimé fortement l'activité individuelle et a fait mouvoir ses soldats en masses compactes. Alors c'était le rôle et la gloire de chacun de marcher en colonne. Aujourd'hui, plus n'est besoin de cette compression. L'autorité de l'Eglise et de son chef suprême ne court plus le moindre risque d'être méconnue ou obscurcie ; chaque soldat chrétien peut s'élancer à la bataille suivant l'impulsion de cet Esprit de vérité et de piété qui souffle en lui, et sentant que ce qu'il peut il est tenu de le faire.

» Il y a de l'ouvrage pour tout prêtre, pour tout laïque individuellement, et, dès que la tâche est aperçue elle doit être accomplie. »

Cet aperçu historique est familier au P. Hecker, nous l'avons retrouvé sous la plume de M. l'abbé Dufresne, de M. Klein et de beaucoup d'autres. Voici ce qu'en pense l'Eglise :

« Il importe donc davantage de noter une certaine maxime dont on fait un argument en fa-

QUEL EST l/ AMÉRICANISME CONDAMNÉ ?

vour (le celle lil)erl»' que l'on su <i gère aux callioliques de prendre. Ils disent, à propos du magistère infaillible du Pontife romain, qu'après la définition solennelle qui en a été faite par le concile du Vatican, il n'y a plus d'inquiétude à avoir de ce coté, et que^ pour cette raison, le magistère infaillible étant mis en sûreté, chacun peut à présent avoir plus libre champ pour penser et agir.

» Etrange manière de raisonner, en vérité, car s'il est une conséquence rigoureuse du magistère infaillible de FÉglise, c'est que nul ne doit chercher à s'écarter de son enseignement, mais que tous ont le devoir de s'en inspirer intimement, et de s^ soumettre, afin d'être préservés plus sûrement de toute erreur de leur sens propre. En outrCj ceux qui raisonnent de la sorte vont au rebours des desseins de la Providence de Dieu ; c'est elle, en effets qui a voulu que l'autorité du Siège Apostolique et son magistère fussent affirmés par une définition solennelle, et elle Ta voulu précisément afin de prémunir plus efficacement les âmes chrétiennes contre les périls du temps présent.

» Cette licence que l'on prend couramment pour la liberté; cette manie de tout dire et de tout contredire; ce pouvoir enfin de soutenir et de propag-er par la presse toutes les opinions, ont plongé les esprits dans de telles ténèbres^ que l'usage et la nécessité du mag-istère de l'Église

nUEL EST l/ AMÉRICANISME CONDAMNÉ ? 47

sont plus garantis aujourcriiui qu'autrefois pour prémunir contre toute défaillance de la conscience et du devoir. »

Voilà une leçon donnée avec autant d'élo- (juence que d'autorité et qui devra inspirer plus de réserve aux « novateurs » dans leurs aperçus à vol d'oiseau sur le passé, le présent et l'avenir ■ le l'Église

Les questions abordées par le Saint-Père dans

la suite de sa lettre sont présentées comme des

orollaires des opinions précédentes. Elles sont,

•n efifet, plus limitées et n'ont pas été également

j)rofessées par tous avec la même insistance.

La théorie de l'inspiration et de la direction • onsciente du Saint-Esprit est plus personnelle au P. Hecker et à ses deux biographes : le P. Elliot et l'abbé Félix Klein.

« L'action croissante du Saint-Esprit, disait le P. Hecker dans son Exposé, jointe à une coopération vigoureuse de la part de chaque fidèle, élèvera la personnalité^humaine à une intensité de force et de grandeur qui marquera une ère nouvelle dans l'Église et dans la société, une ère que l'imagination aura peine à concevoir, que la parole aura peine à exprimer, à moins de recourir au langage prophétique (1). »

Cette théorie, d'après laquelle une plus abon-

(1) Ce passage est répété deux fois dans la Vie du P. Hec. ker, à la page 404 et dans la préface par M. l'abbé Klein, page 18.

48 QUEL EST I/AMÉRIGANISME CONDAMNli:

dante effusion du SaiiiL-Esprit serait réservée à l'Église dans l'avenir, est, très sévèrement réprouvée par le Pape :

«Tout d'abord, on rejette toute direction extérieure comme superllue et même comme plutôt gênante pour ceux qui veulent s'élever à la perfection chrétienne ; lEsprit-Saint, dit-on, répand aujourd'hui dans les âmes fidèles des dons plus étendus et plus abondants que dans les temps passés, et il les meut et les éclaire, sans intermédiaire, par une sorte de secret instinct. — Ce n'est pas assurément une petite témérité que de vouloir fixer des bornes au mode qu'il plaît à Dieu d'employer pour se communiquer aux hommes ; cela, en effet, dépend uniquement de son bon plaisir, et lui-même est le très libre (hspensateur de ses dons : « L'Espint souffle où il veut. (Jean, m, 8.) »

» La grâce nous a été donnée à chacun selon la mesure (juil a plu au Christ de nous la donner. (Eph. iv, i.) Qui donc, en vérité, s'il se reporte à l'histoire des apôtres, à la foi de l'Église naissante, aux combats et aux hécatombes des plus héroïques martyrs, à la plupart enhn de ces vieux siècles si féconds en liommes de la plus haute sainteté, qui osera mettre en parallèle les temps anciens avec le présent, et affirmer que ceux-là furent favorisés d'une moindre effusion de l'Esprit-Saint ? »

Léon XIII rappelle ensuite, en un superbe lan-

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OUEL EST l'américanisme CONDAMNÉ ? 49

gage, la doctrine catholique sur la ne'cessit*' des lumières et des inspirations du Saint-Esprit pour opérer notre salut et sur l'action de la direction extérieure dans la conduite des âmes.

Cette doctrine du P. Hecker a laissé indifférents ceux des « américanistes « et des « novateurs » qui visent surtout à obtenir des résultats dans l'ordre politique ou dans le monde ecclésiastique, mais elle a valu à l'américanisme les sympathies d'un grand nombre de protestants et non des moindres. Durant toutes les polémiques (h^ l'année 1^98, la presse protestante n'a cessé de soutenir et d'encourager l'américanisme à faire ce que l'on appelle « une réforme au sein du catholicisme. »

Mais, venons à d'autres erreurs :

« Si cependant on considère plus attentivement la question, dit Léon XIII, on ne voit pas bien à quoi peut aboutir, dans le système des novateurs, une fois la direction extérieure supprimée, cette rlfusion plus abondante du Saint-Esprit qu'ils exaltent si haut. Sans doute le secours de l'Esprit-Saint est tout à fait nécessaire, surtout s'il s'agit de pratiquer les vertus : mais ces amateurs (le nouveautés, font plus de cas qu'il ne convient des vertus naturelles, comme si ces vertus répondaient davantage aux mœurs et aux besoins de notre temps, et comme s'il valait mieux les posséder que les autres, parce qu'elles rendraient l'homme plus apte à l'action et plus fort. »

50 QUEL EST l'aMKRICANISME CONDAMNÉ ?

Ces paroles de la Lettre apostolique senvblent viser un passage de \ Introduction à la Vie du P. Ilecker où Mgr Ireland s'exprime ainsi :

« On ne sait se chauffer que dans les pays du Nord. C'est ainsi que les protestants, n'ayant à leur disposition que les vertus iiumaines, ont été amenés à en tirer tout le parti possible; leur seule ressource est de mettre en œuvre ce qu'ils ont; ils sont les cultivateurs anxieux d'un sol ingrat. Les catholiques, au contraire, sentent que Dieu protégera l'Eglise ; et, comme dit Newmann : « Nous oublions parfois que pour lui plaire et » obtenir ses faveurs, il nous faut mettre l'épaule » à la roue, user de tous nos moyens naturels » jusqu'au bout; sans laisser pour cela de tenir » nos regards au-dessus de ces moyens pour » puiser notre courage dans l'espérance et dans » la foi. »

L'auteur de l'introduction à la Vie du P. Hecke)- confond manifestement ici deux choses très différentes : les moyens naturel ^^ '-l b'S vertus naturelles.

C'est ce qui l'amène à dire, en un autre endroit :

« C'est avec les vertus naturelles, pratiquées dans toute la droiture du cœur et de l'esprit, qu'on fait les vertus surnaturelles.

» Chaque siècle a son idéal en fait de perfection chrétienne. Tantôt c'est le martyre et tantôt l'humihté du cloître. Aujourd'hui il nous faut l'homme d'honneur chrétien et le citoyen chré-

QUEL EST L AMÉRICANISME CONDAMM i 1

tien. Que les catholiques donnent l'exemplo d'un vote honnête et d'une bonne tenue sociale : ils feront plus pour la g-loire de Dieu et le salut des âmes que s'ils se flagellaient la nuit ou s'en allaient en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. »

« On a peine à concevoir, il est vrai, s'écrie

Léon XIII, comment des hommes qui sont im-

hus de la sagesse chrétienne peuvent préférer les

'■rtus naturelles aux vertus surnaturelles et leur

itrihuer une oHicacité et une fécondité plus

grandes.

» Eh quoi ! la nature augmentée de la grâce :îera-t-elleplus faild'- 'inc ^i t'ilo était laissée à ses propres forces ?

» Est-ce que les hommes très! saints que l'Eglise

énère, et auxquels elle rend un culte public, se

Mjnt montrés faibles et inférieurs dans les choses

•le l'ordre naturel, parce qu'ils ont excellé dans

les vertus chrétiennes? »

Et dans un magnifique exposé, le Saint-Père 1 appelle la nécessité de la grâce pour observer la loi même purement naturelle et l'inanité pour le salut des actes accomplis sans le secours d'en haut.

Ce n'est pas avec une moindre vigueur que le souverain Pontife repousse l'assertion citée plus haut : « Chaque siècle a son idéal en fait de perfection chrétienne. >'

« Quant à prétendre qu'il y ait des vertus chré-

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tiennes plus appropriées que d'autres à certaines époques de l'histoire, il faudrait pour le soutenir avoir oublié les paroles de l'Apôtre : Ceiix qu'il aprévuH, il les a pt'édestinés à devenir conformes à l image de son Fils. (Hébr. xii, 8.)

» Le maître et le modèle de toute sainteté c'est le Christ, sur la règle de qui doivent nécessairement se façonner tous ceux qui aspirent à trouver place au nombre des bienheureux. Or, le Christ ne change pas suivant le progrès des siècles, mais il est le même hier et aujourd'hui et dans les siècles. (Math, xi^ 29.) C'est donc aux hommes de tous les temps que s'adresse cette parole : Appreniez de moi rjue je suis doux et humble de cœur (Philipp. ii, 8.), et il n'est pas dépoque où le Christ ne se montre à nous, devenu obéissant jusqu'à la mort (Galat, v, 24.); elle vaut aussi pour tous les siècles la sentence de l'Apôtre : Ceux qui sont du Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences. (Galat. v, 24.) Et plût à Dieu que ces vertus fussent pratiquées de nos jours par un plus grand nombre, comme elles l'ont été par les saints des temps qui nous ont précédés! Ceux-là par l'humilité de leur cœur, leur obéissance, leur abstinence, ont été puissa?its en œuvres et en paroles, et cela non seulement pour le plus grand bien de la rehgion, mais encore de la patrie et de l'État. >>

Cette manie de vouloir tout « adapter » aux « exigences » du siècle, que Léon XIII dénonçait.

■Pigip^^ <^H"m|*K ' M

OLEI. liST l/.VMKRICAMSMK CONDAMNK ? 53

au drhut Je sa lettre, coiiimt" le principe fontlaiiiental ile raméricanisme, devait être étendue par les « novateurs » à tout le domaine de la vie spirituelle. Quelques semaines à peine après la publication de la première édition française de la Vie du P. Heckçv, M. l'ahbé Naudet entreprenait dans la Justice sociale de venger les vertus cardinales de force, de justice, de prudence, de tempérance, aux dépens de l'obéissance et de rimmilité. « Quand on devrait nous trouver hérétiques, s'écriait-il, nous croyons ces vertus supérieures à l'humilité et à l'obéissance ^iquoH der/-aif nous en entretenir quelquefois. » Pressentant l'objection tirée de la tradition et des Pères, M. l'abbé Naudet ajoutait :

« On va naturellement nous opposer des textes nombreux, disposés comme une armée rangée en bataille, avec la prétention de nous écraser. Mais tela ne nous émeut pas beaucoup, même ne nous émeut aucunement, et nous persistons à croire qu'il y a sur ce point un changement né- ' essaire dans les méthodes de notre spiritualité. »

Poussant même plus loin ses conclusions, le directeur de la Justice sociale disait à propos du livre de l'Imitation de Jésus-Christ :

« A ce point de vue, on pourrait se demander si Vlnntation de Jésus-Christ a sur les âmes, à notre époque, une influence aussi heureuse (ju'on veut bien l'afTirmer. Naturellement certains vont crier au blasphème et nous dire : « Le

54 QUEL EST l'américanisme CONDAMNÉ ?

plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, puisque, etc. » Mais cela ne suffit pas à nous convaincre. Nous croyons que ce livre très beau, en maints endroits d'une psychologie très fine et très pénétrante, pousse trop à l'anéantissement de la personnalité humaine, et qu'un recueil de maximes recueillies ou composées par un moine du quatorzième siècle, pour d'autres moines, ne saurait être le Livre d'une société qui n'a rien de monastique, pas plus dans son éducation que dans son esprit et ses allures. Pour notre part, nous avons rencontré des âmes qui ne pouvaient s'en accommoder. »

Ces réflexions que leur auteur doit regretter maintenant, étaient l'effet d'une lecture récente de la Vie du Père Hecker (1).

C'est lui, en efïet, qui, sous le nom de vertus passives, a jeté le discrédit sur les vertus qui sont le fondement de tout l'édifice spirituel, s'appuyant sur l'opinion d'après laquelle il faut, à notre époque, un nouvel idéal de perfection, opinion dont nous avons entendu la condamnation par Léon XIII.

Voici donc ce qu'on lisait à la page 401 de la Vie du P. Hecker :

« Les vertus passives, cultivées sous l'action de la Providence, pour la défense de l'autorité

(1) La Vie du P. Hecker fut publiée en juin 1897; l'article de M. l'abbé Naurlet dans la Justice sociale est du commencement de juillet de la morne année.

OIEL EST 1/ AMÉRICANISME CONDAMM .' '.]"j

xtérieure de TÉglise alors menacée, produisirent d'admirables effets comme uniformité, discipline et obéissance. Elles eurent leur raison d'être, alors que presque tous les gouvernements étaient monarchiques. Maintenant, ils sont ou républicains ou constitutionnels et sont censés être exercés par les citoyens eux-mêmes. Ce nouvel ordre de choses demande nécessairement l'initialive individuelle, l'effort personnel. Le sort des nations dépend du courage et de la vigilance de chaque citoyen. C'est pourquoi, sans détruire l'obéissance, les vertus actives doivent être cultivées de préférence à toutes les autres, aussi bien dans l'ordre naturel que dans l'ordre surnaturel. Dans le premier, il faut développer

>ut ce qui peut fortifier une légitime confiance eu soi ; dans le second, on doit faire une large place à la direction intérieure de l'Esprit-Saint dans l'àme individuelle (1). »

Léon XIII ne s'est pas attardé à réfuter cette théorie . Le témoignage de saint Thomas d'Aquin, interprète de la raison et du bon sens, lui a suffi à faire justice de cette nouveauté. Voici comment le Pape s'exprime :

« A cette opinion sur les vertus naturelles on peut en joindre une autre qui lui est connexe,

' qui partage en deux classes toutes les vertus

lirétiennes qu'ils appellent les unes passives, les

1) Ce passage est répété à la page 401 de la Vie et à la me XXXI de la préface.

56 QUKL EST l'américanisme CONDAMNÉ?

autres actives : ajoutant que les premières convenaient mieux aux siècles passés, tandis que les secondes sont mieux adaptées au temps présent- Ce qu'il faut penser de cette division des vertus, c'est chose évidente, car il n'y a pas et il ne peut y avoir de vertu véritablement yM-y-s/re. »

Léon XIII aborde aussitôt un autre sujet qui touche à l'une des erreurs les plus répandues de raméricanisme. Lui-même, d'ailleurs, a soin de nous avertir que cette opinion est commune à tous les novateurs :

« Ce mépris des vertus évangéliques, appelées à tort passives, devait avoir une conséquence naturelle : à savoir que le dédain de la vie religieuse se répandît peu à peu dans les âmes. Que cela soit commun parmi les fauteurs des nouvelles opinions. Nous pouvons le déduire de certaines doctrines qu'ils ont exprimées touchant les vœux émis par les ordres religieux. Ils disent, en effet, que ces vœux sont tout à fait contraires au caractère de notre temps, parce qu'ils restreignent les limites de la liberté humaine, qu'ils conviennent plutôt aux âmes faibles qu'aux âmes fortes et qu'ils ne sont pas du tout favorables à la perfection chrétienne et au bien de la société humaine, mais plutôt qu'ils sont un obstacle et une entrave à l'une et à l'autre. »

On lisait, en effet, dans la Vie du P. Ilecker, page 289 :

« En fait de stabilité, les hommes d'un carac-

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QUEL EST l'aMÉKICANISME CONDAMNÉ? 57

tère ferme n'ont besoin d'aucun vœu pour garantir leur fidélité à une vocation divine ; quant aux hommes d'un caractère faible, ils peuvent bien faire vœu de garder une fidélité extérieure ; mais outre qu'elle leur est de peu de fruit pour eux-mêmes, elle devient souvent une charge pour leurs supérieurs et pour leurs frères. »

Il est consolant pour les religieux de voir avec quelle énergie le Pape prend leur défense contre les « novateurs » :

« Mais la pratique et la doctrine de l'Église nous rend facilement évidente la fausseté de ce langage, car pour elle la vie religieuse a toujours été en haute estime. Et certes ce n'est point à tort; car ceux qui, appelés de Dieu, embrassent spontanément ce genre de vie et qui, non contents des devoirs communs que leur imposent les préceptes, s'engagent à la pratique des conseils, ceux-là se montrent les soldats d'élite de l'armée du Christ. Croirons-nous que c'est là le fait d'àmes pusillanimes? ou bien encore une pratique inutile ou nuisible à la perfection? Ceux qui s'obligent ainsi par le lien des vœux sont si loin de perdre leur liberté, qu'ils jouissent, au contraire, d'une liberté beaucoup plus entière et plus haute, celle-là même /?ar laquelle le Christ nous a rendu libres (Galat., iv, 31). »

Cette question des vœux de rehgion n'était pas purement théorique pour le Père Hecker et ses compagnons. On sait qu'ils avaient quitté

58 QUEL KST i/améhicanisme condamné?

rordre du Très-Saint-Rédempteur en vue de fonder, non pas un ordre nouveau, mais une société de prêtres appelés paulistes, de saint Paul leur patron, et qui ne se lièrent par aucun vœu.

C'était leur droit et nul n'y saurait trouver motif à critique, mais leurs panégyristes ont été plus loin.

Dans son Introduction, Mgr Ireland écrivait :

« En organisant la communauté des paulistes, le Père Ilecker a fait faire un grand pas à la conversion de notre pays. C'est une vue très sage que celle qui lui a fait établir un corps de prêtres à la fois plus disciplinés que ne Test habituellement le clergé paroissial, et plus souple, plus libre dans ses règles, que ne l'ont été jusqu'à présent les autres ordres religieux. »

Ces dernières lignes laissent entemlre deux choses : que les paulistes ont un avantage sur les ordres religieux, par le fait qu'ils ne font point de vœux, et que ces ordres eux-mêmes sont en voie de se transformer.

C'est donc un avis salutaire adressé aux paulistes et à leurs amis que celui qui termine la Lettre apostolique :

« S'il en est cependant qui préfèrent se réunir en corps de société, sans être liés par aucun vœu, qu'ils agissent suivant leur choix; un tel institut n'est ni nouveau ni désapprouvé dans l'Église. Qu'ils évitent cependant de le préconi-

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QUEL EST l'américanisme CONDAMNÉ? 50

■>('i' au détriment des ordres religieux; tout au otitraire, puisque de nos jours le genre humain est plus porté qu'autrefois à rechercher les plaisirs coupables, il faut en estimer davantage ceux qui, ayant tout laissé, ont suivi le Christ. »

Tels sont les principaux enseignements adresm's par le Saint-Siège à Fépiscopat des États- L nis.. Préparés et provoqués par une controverse d'une année ; annoncés longtemps à l'avance et impatiemment attendus, ils ont recueilli l'adhésion immédiate de tous ceux qui, à divers titres, ('talent trouvés engagés dans le débat.

On voit, par les citations qui précèdent, comliii'M le-; (MT^t'ioncinents étaient nécessaires.

Comment les enseignements du Saint-Siège ont-ils été accueillis et quelle fut l'attitude des principaux défenseurs de l'américanisme ? C'est ce que nous voudrions relater maintenant.

Nous avons vu quelle place occupait Mgr Ireland parmi les admirateurs du • fondateur des paulistes. Il était arrivé à Rome quelques jours seulement après l'envoi de la Lettre apostolique, et il doit à cette circonstance d'avoir pu se soumettre des premiers à la décision du Saint-Siège : « De suite que je finis de lire la lettre de Votre Sainteté ». Ainsi s'exprime l'archevêque do Saint-Paul, et il continue :

« Vu la surprenante confusion d'idées et les âpres controverses soulevées, en France surtout, autour du livre : Vie du Père Hecker — l'étendue desquelles la Lettre Apostolique me permet

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LES SOLMISSIO.NS A LA PARCLR DU PAl'E (il

lie mesurer — c'était, je ne puis maintenant ne pas Tapercevoir, une nécessité pour le premier pasteur de faire entendre sa voix dans le but d'éclairer et d'apaiser les esprits. »

Ces dernières paroles font allusion aux démarches répétées, faites auprès du Saint-Père, pour obtenir que la lettre au cardinal Gibbons ne fût pas publiée. Éclairé maintenant sur un danger dont il déclare n'avoir pas aperçu l'existence, Mgr Ireland répudie itérativement les erreurs que « les quelquesiais ont voulu cou- \ rir du nom d'américanisme ».

«Certes, avec toute l'énergie de mon âme, je répudie et je condamne toutes les opinions que la Lettre Apostolique répudie et condamne — toutes ces opinions fausses et dangereuses, auxquelles, comme la lettre le dit, « certaines personnes attribuent le nom d'américanisme ». Je répudie et je condamne ces opinions sans aucune exception, telles littéralement que Votre Sainteté les répudie et les condamne, et je les répudie et les condamne avec d'autant plus d'empressement et de joie de cœur que jamais, pour un instant, ma foi catholique et mon entendement des enseignements et des pratiques de la sainte Église ne m'ont permis d'ouvrir mon âme à de pareilles extravagances. Tout l'épiscopat des États-Unis, en leur propre nom et au nom de leurs troupeaux, sont prêts à répudier et à condamner ces erreurs. Nous ne pouvons ne pas

nous indig-ner qu'une telle injure nous lût faite — à nous éveques, à nos fidèles, à notre nation — que de désigner par le mot américanisme, comme il est arrivé pour quelques-uns de faire, des erreurs et des extravagances de la sorte. »

On pourra s'étonner, après les témoignages cités au chapitre précédent, de voir 3Igr Ireland attribuer aux « ennemis de l'Église d'Amérique » l'invention du mot américanisme .

La même note se retrouve, quoique plus atténuée, dans les lettres de soumission adressées au Saint-Père par MgrKeane, M. l'abijé Félix Klein et le R. P. Desiion, supérieur des paulistes (1).

Mgr Keane, l'orateur du Parlement des religions, écrit :

« Je déclare à Votre Sainteté, et dans la présence de Dieu, que jamais de ma vie je n'ai enseigné ni tenu rien de tout ce que Votre Sainteté y réprouve. » (Il s'agit du livre de la Vie d'Isaac Thomas Ilecker, dont Mgr Keane écrivait, un an auparavant: « Hecker est pour eux » (les Européens) une révélation, il leur apprend » ce (ju'est l'Amérique et ce que signifie le mot » américanisme ».

Avec beaucoup plus de réserve, 31. labbé Félix Klein écrit :

« Si jamais je suis tombé sans le vouloir ni le

(1) Tous les documenls relatifs à la soumission des chefs de l'américanisme sont réunis dans : L Américanisme et la conjuration anti-chrétienne, page 429 et suivantes.

savoir dans les erreurs que condamne Votre Sainteté... »

Enfin, le R. P. Deslion, supérieur des paulistes, dans la lettre latine qu'il a adressée au Pape et par laquelle il déclare retirer du commerce la Vie du Père Hecker par le P. Elliot, s'exprime ainsi :

«Mais ce qui n'est pas pour nos cœurs une médiocre consolation, c'est surtout ce que nous lisons dans la lettre de Votre Sainteté oij il est 'it que les erreurs condamnées par le Saint- Siège sont plutôt le fait des interprétations données aux opinions du Père Hecker que d(^ ces opinions considérées en elles-mêmes. »

Le R. P. Deslîon, au début de salettre de soumission au Pape, a pris la précaution de dire qu'il ne connaissait le document pontifical que par la traduction anglaise parue dans les journaux de New-York. Ainsi peut s'expliquer la méprise dont les paulistes se déclarent si grandement consolés.

Le Pape ne dit nullement que les erreurs conflamnées sont le fait des interprétations données à la Vie du Père Hecker.

Il dit que la grave controverse qu'il varésoudre est le fait principalement de ceux q.ui ont édité ou traduit en français le livre de la Vie du Père ffecker, livre qui propageait des erreurs sur la méthode de la vie chrétienne (1).

(1^ Compertum tibi est, dilecle Fili Nos/er, libnim de vila I^aaci-Thomœ Ileckér eorum prœsertim opéra qui aliéna lingua

Gt LES SOUMISSIONS A L.V PAUOl.K DU PAPE

Nous espérions que personne ne se méprendrait sur le sens et la port-'e de ces assertions, préférant nous en tenir aux actes de soumission, plus nets et plus significatifs que des paroles.

La lecture des feuilles protestantes et libérales, qui ont suivi très attentivement toutes lespliases de la polémique, nous faisait espérer que l'opinion publique ne prendrait point le change sur le véritable caractère du document pontifical et sur l'attitude des leaders de l'américanisme.

Sous ce titre : Une Victoire des Jésuites, un protestant, M. Raoul Allier, écrivait dans le ÀVèc/e (12 mars 1899) :

« !1 n'est pas indifférent de savoir quels sont en ce combat les vainqueurs et les vaincus. Les vaincus ce sont des hommes qui pouvaient avoir leurs étroitesses, mais qui rêvaient un commencement de réconciliation entre leur foi religieuse et leur amour delà liberté, Les vainqueurs, ce sont les plus farouches apologistes du vieux fanatisme, ce sont les inspirateurs et les rédacteurs deces feuilles qui voudraient nous ramener aux «guerres de religion ».

« La résistance est nulle, reprend le même

edendum vel interpretanduin susceperunt, controveisias excitasse non modicas ob invectas quasdam de ratione chvisiiane Vivendi opiniones.

Vous n'ignorez pas, Notre très cher fils, que le livre de la l'ic d'Isaac -Thomas lh'clier,]}!xv le fait surtout de ceux qui l'ont traduit ou adapté à une langue étrangère, a suscité de graves controverses, en raison de certaines opinions qu'il i propageait relativement èi la méthode de la vie chrétienne. k

R«.^^-.: .7 V?:'./^JItf^y^*.3WTTi-^ff'i^

écrivain clans le Signal (18 mars); Mgr Ireland a donné le ton dans une déclaration dont la ferveur, suivant les points de vue, est édifiante ou attristante.

» L'Église peut se vanter d'avoir des enfants soumis. Je ne sais rien de plus ^instructif que la promptitude de cette obéissance.

» Mgr 0' Connel avait défendu le mouvement en 1897 au congrès de Fribourg. 11 lui a suffi de passer quelque temps à Rome pour n'éprouver que «mépris » pour l'ancien objet de son admiration. Mg;r Ireland a été aussi souple et M. Klein aussi empressé. Et l'Allemagne, où le catholicisme libéral avait été plus résistant qu'ailleurs, nous présente les mômes exemples de pieuse docilité. A Wurtzbourg, M. Schell, après avoir timidement essayé de plaider les circonstances atténuantes, a pris son parti en brave, il est monté en chaire, et publiquement, a immolé ses convictions les plus aimées».

Ces réflexions qui sont aussi celles des principaux organes de la presse protestante d'Europe, montrent la déception et la surprise causée au protestantisme par l'attitude des chefs de l'américanisme; la résistance espérée, attendue par l'hérésie, la résistance ouverte ne s'est pas produite.

Cette constatation est faite pour réjouir les cœurs catholiques, et nous prendrions part à leur joie, sans réserve aucune, si d'autres com-

()(» LES SOUMISSIONS A LA l'AROI,!; I)L' PAPE

mentaircs, n'étaient venus diminuer l'Iieureuse impression que ceux-ci nous devaient causer.

M. l'abbé Naudet, qui Ht. campagne comme directeur du Monde en faveur du congrès des r.digions et consacra pendantun mois la première page de la Justice Sociale à défendre la Vie du H, Hecker, M. l'abbé Naudet écrivait dans ce même journal, à la date du li mars i8î)9.

« Le Pape, après avoir condamné un ensemble de propositions que Ton ne trouve d'ailleurs, ni dans le P. Hecker, ni dans le cardinal Gibbons, ni dansMgrIreland, nidansMgrKeane, ni dansles œuvres des autres théologiens, orateurs ou philosophes américains récemment attaqués, ajoute ces mots : « Nous ne pouvons approuver ces opinions )) dont l'ensemble est désigné sous le nom d'amé- )) ricanismey>. Le Pape se garde bien d'attribuer à nos frères d'outre Océan ce qu'a enfanté l'imagination féconde des écrivains qui reçoivent leur mot d'ordre dans les bureaux de la Vérité ».

Ainsi, d'après M. Naudet, le Pape aurait fait une démarche aussi grave ; il aurait adressé une lettre à tous les évêques d'une grande et illustre Eglise, pour frapper des erreurs purement imaginaires. H aurait manifesté la volonté de «corriger» en Amérique, des doctrines qui n'existent que dans «les bureaux de la Vérité ».

Mais alors pourquoi les chefs de l'Américanisme ont-ils adressé deslettres de soumissionau Saint- Père ?

C'est la question qui sepn'sente aussitôt à l'esprit (lu lecteur. M. l'abbé Naudet fait à celte objection unt' réponse inattendue.

La C?'oix qui, pourtant, a gardé durant toute la polémique, une neutralité, à notre avis exagérée, s'était permis de dire, sans penser à mal, que Mgr ïreland s'était «soumis pleinement ». Voici à ce sujet, l'algarade que lui adressa M. Naudet :

(( Cette phrase est absolumentinexacte et nous supposons qu'elle a échappé à l'inadvertance de nos confrères, sans quoi elle constituerait une grave et oblique diffamation, laissant croire, sans oser le dire, que l'archevêque de Saint- Paul avait professé les doctrines condamnées par le document pontifical. »

Et, après avoir cité la lettre de Mgr ïreland, M. Naudet conclut :

« La religion de la Croix a dû être surprise ; nous espérons une rectification, ou mieux, car il s'agit d'un évêque, une réparation ; question de bonne foi. »

C'est donc diffamer Mgr ïreland que de dire qu'il s'est soumis ; s'ils en croyaient M. Naudet, les protestants admireraient moins « la promptitude de son obéissance». Malheureusement, M. l'abbé Naudet n'est point seul à adopter cette tactique ; son émule l'abbé Dabry, renchérit encore sur la Justice Sociale dans la Vie Catholif/ue du 21 mars 1890.

A propos de la lettre du supérieur des paulistes, il écrit :

« Dans cette lettre, pas plus que dans celle de Mgr Ireland et de Mg-rKeane, il n'est et ne pouvait être question de soumission, puisque dans toute cette affaire il n'y a qu'un venimeux procès de tendance fait par des adversaires sans scrupules aux catholiques les plus méritants. »

Et après avoir reproduit le passage de la lettre du P. Deslion cité au début de ce chapitre, M. Dabry ajoutait :

«Avec des bouts de phrases adroitement juxtaposés, les réfractaires n'ont même pas réussi, étant donné la sagesse de Léon XIII, à faire condamner leurs adversaires. Us ont simplement fait tomber l'anathème sur des formules sorties de leur propre cerveau et dont ils gardent fcoute la responsabilité. »

On ne saurait être plus audacieux que celui qui parle en ces termes d'un enseignement dogmatique du Saint-Siège. Les jansénistes prenaient plus de précautions oratoires pour échapper à la Bulle Unigenitus.W^ soutenaient que les propositions condamnées n'étaient pas dans le livre de Jansénius, comme l'on soutient aujourd'hui que raméricanisme condamné n'est pas dans le livre de la Vie du Père Hecker, mais ils n'osaient pas dire aussi ouvertement que le Pape avait laissé tomber ses anathèmes sur des formules imagi-

naircs, inventées, à plaisir pour faire condamner (les innocents.

Que (le telles énormités puissent être dites clans une feuille dirigée par un prêtre et signée de son nom après que la Constitution de V index a interdit aux prêtres de prendre la direction d'un journal à moins d'une autorisation formelle de IMh-dinaire du lieu, autorisation que 31. Dabry serait fort gêné de produire, c'est là un véritable scandale, sans parler d'autres propos étalés dans cette même feuille et qui relèvent d'un tribunal supérieur ù celui de l'opinion.

LES EXPLICATIONS DK M. (IKORGES FONSEGRIVE

Parmi les commentateurs de la Lettre Apostolique au cardinal Gibbons, il convient de faire une place à part au directeur de la Quinzaine , M. Georges Fonsegrive. Universitaire et catholique M. Georges Fonsegrive enseigne au «jeune cierge » à entrer en contact avec « l'àme moderne » ; à ce titre, il devait interpréter la lettre Testem benevolentiœ et il le fit dans la Quinzaine du l^"^ avril 1899. Cet article mérite une particulière attention parce qu'il montre avec quelle incompétence certains écrivains laïques parlent des choses de rÉghse.

Voici le rélevé des principales erreurs de doctrine ou de fait contenues dans cet article :

Première erreur: A la page 313, M. Fonsegrive rappelle Tidée du P. Hecker disant que le «Saint-Esprit agit autrement en nos temps avec

les âmes qu'il ne le faisait en d'autres siècles » . Là-dessus, le directeur delà (>/a*/ïrrt//îedisting-ue ; il admet que- si le P. Hecker a voulu dire qu'il y avait quelque chose de changé dans ïacfe éternel de l'esprit de Dieu, cela contiendrait au moins le germe d'une hérésie (1). »

Personne n'a accusé le P. Hecker de prétendre qu'il y eût quelque chose de changé dans l'acte éternel de l'Esprit de Dieu, et ce n'est point lace que condamne la Lettre Apostolique au cardinal Gibhons.

L'acte éternel de l'esprit de Dieu estimmuable comme Dieu même.

Si quelqu'un affirmait qu'un changement puisse se produire dans cet acte divin il y aurait flans cette erreur non pas « le germe d'une hérésie » mais une hérésie formelle, en même temps qu'une absurdité, une contradiction flagrante.

Ce que le P. Hecker a prétendu, ce que le Pape condamne est différent ; nous allons en trouver la preuve sous la plume du directeur de la Quinzaine. :

Deuxième erreur. — M. Fonsegrive ajoute : « Et cependant, n'a-t-on pas le droit de dire » aussi quel'acte del'espritde Dieu, opérant parmi » les hommes ses effets dans le temps, doit se » manifester sous des formes différentes, selon » les hommes, selon les temps et selon les lieux. »

1 ixiéricanisme et Américains. (Avril 1899.)

Et, pour r«'sumcr sa pensée, M. Fonsegrive concluL : « En praticien, le P. Hecker a exprimr la face expérimentale de la vérité, il n'a pas parlé de la face éternelle et très dilFé rente. »

La première erreur de M. Fonsegrive l'en traîne ici à en commettre une seconde.

C'est précisément sur « la face expérimentale de la vérité » que porte l'assertion suivante condamnée par Léon XIII comme très téméraire dans la lettre au cardinal Gibbons :

« L'Esprit-Saint répand aujourd'hui dans les âmes des fidèles des dons plus étendus et plus abondants que dans les temps passés : il les meut et les éclaire, sans intermédiaire par \xx\v sorte de secret instinct. »

Si M. Fonsegrive avait eu sous les yeux, en écrivant, ce passage de la Lettre Apostolique, il n'aurait pas distingué entre « la face éternelle » et « la face expérimentale » de la vérité et il aurait compris que la condamnation du Saint-Siège rendait inadmissible tout changement dans « l'acte de l'Esprit de Dieu opérant parmi les hommes ».

Sans doute, cet acte est varié et multiforme dans ses effets, mais toujours suivant les mômes lois, depuis le commencement, maintenant et dans les siècles des siècles. Notre temps ne diffère pas des autres on ce point.

Troisième erreur : M. Fonsegrive en vient ensuite à parler de « cette fameuse division des

EXPLICATIONS DE M. GRORHES FONSEGRIVE 73

vertus en actives et passives qui a fail couler tant d'encre et qui le méritait si peu! » Qu'il n'y ait point de vertus passives, c'est, dit-il, (( l'évidence même. » Mais, tout de suite , M. Fonsegrive cherche à expliquer dans un sens orthodoxe la théorie des « américains »^ et voici l'explication qu'il produit :

« Les Américains avaient simplement voulu dire qu'il y a des vertus, telles que l'ohéissance, i'iiumilité, dont les actes n'exigent pas des mouvements, des actions de l'extérieur^ ou dans les- (juelles du moins l'action est moins grande que dans le courage, par exemple, ou dans l'initiative, et ils ont appelé ces dernières vertus actives, tandis que, par contraste, ils qualifiaient les premières de passives, appellations pittoresques, oratoires, relativement e.ractes d'un point de vue particulier pratique, mais qui sont devenues tout à fait fausses dès qu'on a voulu leur donner une portée ahstraite, générale et philosophique, »

Il est regrettable que M. Fonsegrive ait omis de nous faire connaître le « point de vue particulier pratique » qui rend cette distinction entre les vertus « relativement exacte. »

Ce qui fait de l'acte liumain un acte de vertu, ce n'est pas le mouvement, l'énergie, l'effort physique du corps ; c'est l'acte intérieur, l'intention, le motif qui détermine la volonté.

L'acte vertueux, en ce qu'il a d'externe, est [)lutôt passif, si on le compare à l'acte interne de

la volonté qui le commande et le spécifie; dès lors, appeler passives les vertus intérieures et actives celles qui se manifestent au dehors par une plus grande dépense de force physique, c'est un véritable contresens philosopiiique.

D'ailleurs , l'obéissande exige-t-elle moins (( d'actes extérieurs » que le courage ?

Le Christ, fait obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix, nous enseigne précisément le contraire. Notre-Seigneur lavant les pieds de ses apôtres, Judas y compris, a-t-il montré moins à' initial ive qu'en chassant les vendeurs du temple"?

C'est ce (jue M. Fonsegrive omet de démontrer, et nous nous sentons incapable de suppléer à son silence.

En revanche, le directeur de la Quinzaine nous explique « qu'un homme seul, en face d'un danger, a besoin de plus de courage et d'initiative que d'obéissance. »

De cela nous convenons sans peine et nous avouons même ne pas voir à qui cet homme seul pourrait obéir, car M. Fonsegrive a soin de nous dire qu'il ne faut pas raffiner en parlant ici d'obéissance à Dieu.

Quatrième erreur : — La prééminence des vertus surnaturelles par rapport aux vertus naturelles offrait à la théologie de M. Georges Fonsegrive un terrain glissant. Si l'on n'a pas des notions précises sur la grâce et l'ordre surna-

IMPLICATIONS DE M. GEORGES FONSEGRIVE 75

lurel, il est facile d'errer en ces matières. C'est malheureusement ce qui est arrivé.

Voulant formuler la doctrine catholique louchant la hiérarchie des vertus, M. Fonsegrive écrit ce qui suit :

« Les vertus surnaturelles, dont les actes sont accomplis avec l'aide de la grâce, sont supérieures aux vertus naturelles, dont les actes sont accomplis seulement par les forces de notre propre nature , c'est-à-dire tout simplement qu'avec l'aide de Dieu (la grâce) l'homme est capahle de faire plus et mieux que laissé à ses propres forces. »

Il y a là une confusion tout à fait considérable. M. Fonsegrive ne soupçonne même pas en quoi consiste la différence entre les vertus naturelles et les vertus surnaturelles. Cependant, il a dû lire dans la Lettre Apostolique au cardinal Gibbons, que les actes des vertus, même purement naturelles, ne s'accomplissent le plus souvent qu'avec le secours de la grâce de Dieu, (juant aux vertus surnaturelles, elles sont ainsi appelées non pas parce que nous les pratiquons « plus et mieux avec l'aide de Dieu que laissés à nos propres forces », mais parce qu'elles surpassent tellement nos forces que nous ne pouvons pas les acquérir, mais seulement les recevoir et les obtenir de Dieu. De là vient qu'on les appelle : vertus infuses, par opposition aux vertus acquises ou vertus naturelles.

Celte doclrine de la transcendance et de l'entité surnaturelle des vertus infuses^ M. Fonsegrive en a-t-il une notion bien claire ?

Voici ce qu'il écrit : *

« La vérité, c'est que les vertus surnaturelles ne peuvent s'édifier que sur les vertus naturelles et ([u'un homme qui n'est pas d'abord un jionnéte homme, probe, loyal, tempérant se met luimôme hors de la grâce et ne peut par conséquent accomplir aucun acte surnaturel de vertu. »

Le membre de phrase que nous avons souligné contient une erreur contre la doctrine catholique, laquelle nous enseigne que tous les actes des pécheurs ne sont pas des péchés, et que, même, ils peuvent faire, de temps à autres, des actes non seulement honnêtes, mais encore surnaturels.

S'il en était autrement, jamais un pécheur ne ferait pénitence, puisque, pour se convertir et rentrer en grâce avec Dieu, il faut que le pécheur fassse certains actes surnaturels de vertu.

Bien plus, la miséricorde de Dieu a voulu, pour faciliter le retour du pécheur, que les vertus théologales de foi et d'espérance demeurassent en lui tant qu'il n'a pas formellement prévariqué contre elles

Oi-, les vertus théologales sont au premier rang parmi les vertus surnaturelles.

Un liomme qui n'est ni probe, ni honjiete, ni loyal, est en dehors de la grâce sanctifiante.

mais il n'est jamais privé de la grâce actuelle, et il peut encore posséder deux des vertus théologales qu'il a reçues au baptême et qui l'incitent au repentir.

M. Fonsegrive estime que la thèse de Mgrlreland se réduit à CBci : c Une obligation stricte ne doit pas être négligée sous prétexte de faire une action simplement conseillée ».

Cela est évident, mais la question est tout autre ; il ne s'agit pas de distinguer entre les préceptes et les conseils, il s'agit de discerner les vertus naturelles des vertus surnaturelles.

M. P^onsegrive penserait-il que les actes des vertus naturelles soient seuls de précepte, tandis que les actes surnaturels seraient simplement de conseil ? Ce serait une grave erreur.

La vérité est que l'on doit attacher aux vertus surnaturelles un prix inestimable parce qu'elles seules nous conduisent au salut, parce que, quiconque les pratique vraiment, ne saurait être dépourvu de vertus naturelles, tandis que celui qui ne possède pas les vertus surnaturelles peut avoir extérieurement certaines habitudes honnêtes et faire même quelquefois des actes naturels de vertu, mais il ne saurait persévérer dans la pratique constante de véritables vertus morales.

Ce sont là des notions théologiques évidemment étrangères au directeur de la Quinzaine

Une seule phrase suffit à le prouver. M. Fon-

segrive avertit le lecteur qu'il ne faut pas confondre « la morale naturelle, où toute la valeur des actes ne dépend que de l'intention^ avec la morale surnaturelle oii la valeur des actes n'est plus seulement morale mais aussi religieuse^ et dépend à la fois de l'intention de la volonté humaine et du concours divin ».

Nous livrons ces lignes aux méditations des théologiens ; peut-être cachent-elles en leur profondeur de nouvelles clartés doctrinales; en tout cas elles ne sauraient ni s'exphquer ni se comprendre avec les données traditionnelles de la vieille théologie d'un saint Thomas ou d'un Suarez.

Il n'est pas moins inexact de dire : « Les vertus surnaturelles ne peuvent s'édifier que sur les vertus naturelles. » Le petit enfant que l'on présente au baptême n'a pu acquérir aucune vertu naturelle et pourtant il reçoit et garde en son âme, avec la grâce sanctifiante, toutes les vertus surnaturelles, bien qu'il ne puisse, durant des années, en accomplir les actes.

CÀiiquième erreur. — « Pour un catholique quelque peu instruit de sa religion^ continue M. Fonsegrive, il ne saurait être douteux que plus l'objet du vœu est élevé et plus la perfection de ce vœu est grande, en sorte que les ordres contemplatifs sont supérieurs aux ordres actifs et, par exemple, que les chartreux sont supérieurs aux jésuites. »

— Qu'en dites-vous, mes Révérends Pères?

Il est évident que M. Fonsegrive n'a pas une connaissance très nette de la vie religieuse en général et des vœux de religion en particulier. Ne dirait-on pas, en lisant ces lignes, que les chartreux font vœu de contemplation et les jésuites d'activité?

M. Fonsegrive n'est pas plus heureux quand il explique la différence entre les vœux perpétuels et les vœux temporaires' :

« Le vœu, dit-il, est encore d'autant plus parfait qu'il est plus strict et plus rigoureux, et par con^éfjuent les vœux perpétuels remportent de beaucoup sur les vœux temporaires, en sorte que l'ordre de saint Dominique, par exemple, l'emporte en perfection sur Saint-Sulpice et sur l'Oratoire. C'e8t cet enseignement catholique f/ue rappelle la Lettre pjontificale et que quelques imprudences de langage ont rendu opportun de rappeler. »

Voilà ce que M. Fonsegrive a vu dans la Lettre pontificale ! Il confond la durée des obligations avec leur rigueur, il ne tient pas compte des vœux solennels et des vœux simples, et cite à l'appui de sa thèse Saint-Sulpice et l'Oratoire, où l'on ne fait point de vœux !

Il est difficile d'accumuler plus d'erreurs en moins de pages.

M. Fonsegrive sait assurément beaucoup de choses que nous ignorons, et nous ne songerions

pas à lui reprocher de n'être pas théologien s'il n'avait la prétention d'enseigner hi tlu'ologie aux théologiens eux-mêmes.

Mais ces erreurs n'étaient point les seules qui fussent contenues dans l'article de M. Georges Fonsegrive.

Tout en repoussant comme injurieuse au Pape la prétention de ceux qui affirment que les opinions condamnées par Léon XIII n'ont jamais été professées sur aucun continent, l'éminent universitaire imagine une interprétation tout à fait nouvelle en théologie :

La voici :

« Le hruit fait autour des critiques de la Vie du P. Ilecker a donné à ces critiques le rayonnement social nécessaire pour donner à l'exercice du magistère une opportunité telle que cet exercice a été presque inévitable. »

Les erreurs condamnées par le Saint-Père n'étaient donc ni dans « le livre de la Vied'Isaac, Thotnas Ilecker, ni en Amérique, ni en Europe, mais la polémique, soulevée par ce livre — ou par celui qui le réfutait, — ou plutôt le bruit fait autour de cette polémique, lui a donné un « rayonnement social » qui, paraît-il, était (( nécessaire » pour donner à « l'exercice du magistère » une « opportunité telle » que cet « exercice » a été « presque inévitable. ))

Et voilà comment il est manifeste que, non-

seulement il n'y a plus, mais il n'y a jamais eu d'américanisme!

C'est là un résultattel que les décisions les plus solennelles de l'Eglise n'en ont jamais obtenu.

C'est vouloir, par un jeu d'esprit, résoudre une question de dogme.

Mgr TurinaZ:, évêque de Nancy, qui se trouvait à Rome au moment de la condamnation de l'américanisme, crut devoir, à son retour dans son diocèse, prononcer une sentence épiscopale contre l'interprétation donnée par M. Fonsegrive aux enseignements du Saint-Siège.

On trouvera, à la fin de ce volume, le texte complet de cet important document dont nous reproduisons seulement ici la conclusion :

« Considérant que Nous ne devons pas permettre qu'une revue catholique, destinée spécialement aux ecclésiastiques et dont un certain noml)re d'exemplaires circulent dans notre diocèse, égare le clergé et les fidèles sur des opinions et des doctrines que Notre Saint-Père le Pape a condamnées pour « sauvegarder » — il l'a dit lui-même — « l'intégrité de la foi et veiller au salut des âmes ». En vertu de notre autorité épiscopale, accomplissant un des grands devoirs de notre charge. Nous déclarons réprouver et condamner l'article de la livraison de la Quinzaine, du 1" avril 1899, intitulé : « Américanisme et Américains^ » comme donnant

(le la lettre de notre Saint-Père le Pape à S. E. le cardinal Gibbons, du 22 janvier 1899, une interprétation inexacte, erronée et très g-ravement injurieuse à l'égard de l'autorité du Saint-Siège apostolique et de la personne auguste de Léon XIII.

» f Charles-François, » Erér/ue de Nancy et de Toul (1).

» Nancy, 19 avril 1899. »

Dès le lendemain, 20 avril, Mg-r Isoard, évoque d'Annecy, écrivait à Mgr Turinaz :

« Monseig-neur, » Je reçois avec beaucoup de reconnaissance la communication que vous voulez bien me faire de la condamnation que vous allez porter contre un article inséré dans une revue qui traite habituellement des questions religieuses. Elle est l'un des organes de cet esprit d'indépendance, môme au regard des choses delà Foi, que Notre Saint-Père le Pape a déjà stigmatisé dans sa lettre sur l'Américanisme, et qu'il se propose de condamner partout oii sa vigilance le rencontrera. La forme habituelle des articles de la revue qui a pour litre La Quinzaine présente un

(1) Voir à la fui du volume le texte complet de la BéclaraLion de Mgr l'évèque de Nancj-, Docmnent n" 2.

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danger particulier : elle est calme et sereine, et olFre, avec une tranquille iiardiesse, comnio étant la vérité, ce qui est précisément le contraire de la vérité. J'ailhère, monseigneur, aux considérants de votre déclaration, aux termes dans lesquels vous l'avez rédigée. »

Mgr Isoard, l'un des membres les plus éminents de l'épiscopat français venait, lui aussi, de faire un long séjour à Rome où il avait conféré avec le Saint-Père et les principaux membres du Sacré Collège, des dangers qui menacent le clergé contemporain.

Toutefois, malgré ces condamnations et l'évidente futilité du système, les partisans de r Américanisme et du Modernisme sous toutes leurs formes, n'ont pas cessé dejreprendre la thèse de M. Fonsegrive. Nous verrons plus loin à quels arguments ils ont eu recours.

YII

Si nos compatriotes s'obstinent à nier les dangers et même l'existence de l'américanisme, il est des personnages fort au courant des choses d'Amérique qui sont d'un avis diamétralement opposé.

S. E. le cardinal Satolli, par exemple, ancien délégué du Saint-Siège, aux États-Unis, nous adressa le 4 août 1898 une lettre publique où l'américanisme était qualifié de « peste » dont « la contagion s'étend aux deux mondes, » questa finiestissima atmosfera nei due mondi contagiosa (1).

11 est vrai que le cardinal Satolli n'est pas né en Amérique, — il a cela de commun, d'ailleurs, avec Mgr Ireland, Mgr Kean.e et beaucoup

(1) Le texte complet tle la lettre du cardinal Satolli figure entête de la nouvelle édition du P. Jlecker est-il un saint?

d' « américains ». Mais le Cardinal Préfet de la Congrégation des Etudes, n'en a pas moins une autorité exceptionnelle pour porter un jugement sur le mouvement des idées dans les deux mondes et ce jugement n'est pas favorable à l'américanisme non plus qu'à ceux qui en contestent l'existence ou les dangers.

Il y a d'ailleurs des américains — nés en Amérique — qui pensent comme lui à ce sujet.

Le directeur de The Review, M. Arthur Preuss — le Louis Veuillot des États-Unis — n'a cessé d'encourager nos efforts « au nom de milliers de prêtres et de catholiques américains qui abominent l'américanisme. »

Bien plus, des démarches ayant été faites avec succès, près des éditeurs américains pour les déterminer à refuser de prendre en dépôt l'édition anglaise de notre livre sur le P. Hecker, M. Arthur Preuss voulut bien s'offrir spontanément à être notre dépositaire aux Etats-Unis.

« Depuis des années, écrivit-il dans son journal^ les « libéraux » nous ont corné aux oreilles, à nous autres, « vieux encroûtés, » que ce pays est un pays libre, dans lequel la liberté de la parole et de la presse ne sauraient être bâillonnées.

» Leur tentative de supprimer un livre qui nous vient de la Ville Eternelle, avec V imprimatur du Vatican et la recommandation du cardinal SatoUi, tout plein de vérités saintes et opportunes.

86 TÉMOIGNAGES DE l'ÉGLISE d'aMÉRIQUE

un livre capable de séparer la paille, du bon grain et de remettre l'union et l'iiarmonie à la place de la lutte meurtrière qui a troublé l'Eglise d'Amérique depuis plus de dix ans, — cette tentative de poltrons ne réussira pas. »

« Saint-Louis, Missouri, 20 octobre 1898. »

De Dubuque (lowa) M. Nicolas Gonner, directeur de plusieurs journaux anglais et allemands, nous témoignait une sympathie non moins ardente que M. Arthur Preuss.

De l'Illinois, de San Francisco, de Cleveland, de New- York et de Chicago, nous avons reçu des témoignages non équivoques et souvent très suggestifs, de la satisfaction avec laquelle le clergé et les catholiques américains suivaient la campagne contre l'américanisme.

Qu'est-il besoin d'insister sur ce point après l'acte solennel par lequel l'épiscopat de la province de New- York a proclamé son adhésion, en termes vraiment magnifiques, à la lettre du Saint-Père ?

Mgr Corrigan, au nom de ses suffragants et au sien, remercie le Pape d'avoir « su réunir en un seul faisceau les multiples et fallacieuses erreurs qui voudraient passer pour des doctrines bonnes et catholiques, sous le titre spécieux « à' américanisme. »

« Nous pouvons dire ainsi, continue-t-il, que le monstre qui, pour avoir une demeure stable.

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