LN CATHOLICISME ACCEPTAI5LE
Nous connaissons des exemples des ravages produits dans certains séminaires par l'exégèse et Tapologétiqué modernes.
C'est à riieure actuelle un des grands dangers qui menacent le clergé : ce n'est pas le seul (i).
(1) En fait de Christ acceptable, nous devons signaler la Tragédie du Nouveau Christ de M. Saint-Georges de Bouhélier (Fasquelle. éditeur).
Le Sillon {l'.'i mars 1901) dit, à propos de ce Nouveau Christ:
« Il n'est ni chrétien, ni socialiste, ni anarchiste. Il n'a point de doctrine. On ne sait pas ce qu'il expie; on ne sait pas davantage quel droit il a de se glorifier, quand il marche à la mort. \ous comprendrions mieux le prince Kropotkine ou la citoyenne Louise Michel. Cependant il est beau et il aime les malheureux : aimons-le. »
La conclusion est assez imprévue, après de telles prémisses. Le Sillon nous donne ici, une fois de plus, la preuve de ses sympathies excessives pour le « nouveau catholicisme. »
SEMINARISTES SOCIAUX
Tout est social a.\i']OUT(ïhm, comme tout (Atait s;ensibleh. la fin du dix-huitième siècle, et de même que la sensibilité de nos pères aboutit aux hécatombes de 1793, il est à craindre que la sociabilité de nos contemporains présage une épouvantable anarchie.
Nous avons parlé plus haut de « séminaristes sociaux. ))
Ce n'est pas une expression que de malins confrères aient imaginée pour critiquer leurs tendances, c'est un titre qu'ils se donnent et revendiquent avec complaisance.
Les « séminaristes sociaux » d'aujourd'hui, il est aisé de le prévoir, seront les « abbés démocrates » de demain.
Dès maintenant, ils se préparent, ils s'entraînent, pourrait-on dire, en vue des campagnes
futures et nous avons vu avec quelle liberté d'esprit ils abordent les problèmes les plus délicats .
L'un d'eux, dans la Voix du Siècle, invite ses confrères à se servir de leurs vacances pour « acquérir l'état d'âme démocratique /?ra/«yz<e. »
« Examinons, écrit-il, la vie de ces abbés démocrates, prétendus révolutionnaires et que, peutêtre, on a accusés devant nous d'indiscipline et de témérité; que font-ils ? Ils agissent... A leur contact intime s'allume la flamme de l'apostolat et on devient à son tour démocrate... »
Mais, pour répandre dans les séminaires la bonne nouvelle démocratique, il faut une active propagande ; c'est ce que nos « séminaristes sociaux » ont compris.
11 existeactuellementune organisation, embrassant une cinquantaine de séminaires et enrôlant près d'un millier de jeunes élèves dans le parti dont la Justice Sociale et la Voix du Siècle sont les organes attitrés.
Parmi les directeurs de grands séminaires, fort peu étaient au courant de cette organisation avant que nous l'eussions dévoilée dans la Vérité Française du 10 août 1901. Les « séminaristes sociaux » ne se souciaient pas d'attirer l'attention sur leur propagande, et c'est à grand' peine que nous avons pu recueillir les renseignements suivants :
Les séminaires de France ont été répartis en cinq groupes ou circonscriptions.
Cliaque groupe possède un organe mensuel lithograpliié, qui circule dans les séminaires de la circonscription.
Voici la liste de ces publications :
Le Trait d'union, petite feuille mensuelle destinée aux séminaires du sud-est, s'imprime à Lyon (1) et circule dans dix-huit séminaires.
Le Lien, rédigé à Orléans et imprimé à Lyon, circule dans dix séminaires du centre et de l'ouest.
La Chaîne paraît à Auch et pénètre dans quatorze séminaires du Midi.
Le Nord a un organe intitulé : Caritas, qui unit cinq séminaires, au moins.
Il y a à Paris un organe spécial i'2) pour les trois séminaires établis dans le diocèse.
Ces cinq publications, animées d'un même esprit, ont chacune une chronique oii sont relatées les communications les plus intéressantes, dont Tune d'entre elles a eu la primeur. Elles sont aussi en relations étroites avec \e Sillon elïEspérancek Paris, la Chronique du Sud-Est à Lyon.
Nous avons déjà signalé la propagande faite par le Sillon dans les grands séminaires. Les organes des «jeunes», ecclésiastiques ou laïques, sont en intime communion d'idées et d'action.
Dans un de ses derniers numéros, le Lien
(1) La Chronique du Sud-Est à Lyon est le centre d'une active propagande démocratique.
(2) Nous n'avons pu parvenir à en connaître le titre.
transmet à ses lecteurs les remerciements des abbés Naudet et Dabry, pour l'active propagande dans les séminaires en faveur de la Justice Sociale et de la Voix du Siècle :
(( Plus de six cents séminaristes ont pris des abonnements de vacances, la plupart par l'intermédiaire de nos bulletins. Il y a des diocèses où Ja moitié de la communauté lit maintenant ces deux journaux. Espérons que cette lecture modifiera profondément l'état d'àme de ceux de nos confrères qui jusqu'ici sont restés indifférents à nos initiatives et que l'inattendu de tios hardiesses avait quelque peu déroutés. Nos cercles d'études sociales sont un organisme vivant, il en sortira bientôt une ardente et infatigable généraration d'apôtres. »
On voit par ces dernières lignes qu'il existe dans certains séminaires des « cercles d'études sociales. » 11 ne faut pas confondre cette institution avec celle des « conférences d'œuvres » telles que le saint abbé de La Côste les comprenait quandil fonda celle de Saint-Sulpice en 1873. Les « conférences d'œuvres », là oiî elles sont restées fidèles à cet esprit, méritent tous les encouragements (1) ; mais les « séminaristes sociaux » ont éprouvé le besoin d'innover et l'on a vu se former des « cercles d'études sociales »
(1) Nous avons contribué nous-même, de tous nos eflorts, à la fondation de la « Conférence des (ouvres » au séminaire français de Rome, en 1882.
sur le modèle de ceux que le Sillon a entrepris de créer dans les patronages et les cercles d'ouvriers.
Les « scmmaristes sociaux» ne se bornent pas à échanger des correspondances, ils se réunissent en congrès^, pendant les vacances.
Un congrès de ce genre a été tenu à Lyon en 1900, à la suite du congrès Mariai. Il y a tous les ans une réunion des délégués des séminaires au Val des Bois. Cette réunion amicale d'études s'est tenue en 1900, du 20 au 27 août; on y comptait des représentants d'une quinzaine de séminaires.
Nous avons sous les yeux le compte-rendu officiel de cette réunion ; c'est un document dont il est assez difficile d'obtenir communication, et qui est polygraphié comme les Bulletins régionaux des séminaires.
A la première séance du samedi 25 août, M. l'abbé Beaupin, l'un des délégués d'Orléans, fit observer que, « en général, nos séminaristes ne savent pas tenir la plus banale conversation. »
Certainement, M. l'abbé Beaupin exagère ; mais son opinion n'en vient pas moins corroborer celle de plusieurs directeurs de séminaires qui estiment que les plus « sociaux » parmi leurs élèves ne sont pas toujours les premiers de leur cours.
Toute cette propagande, ces bulletins, ces
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congrès n'échappent pas complètement à la vigilance des directeurs de nos grands séminaires, puisque nous devons précisément à quelques-uns d'entre eux la communication d'une partie des documents que nous venons de citer, mais c'est au prix de longues et minutieuses enquêtes que ces zélés directeurs ont pu se les procurer.
Il s'agit, en réalité, d'une organisation secrète, ayant une caisse alimentée par des cotisations et pour laquelle certain Nicodème (i) voyage à l'occasion à travers la France.
La vigoureuse campagne menée au printemps de 1901 par la Semaine Beligîeuse de (lambral a jeté quelque désarroi dans cette organisation ; Va. Justice Sociale du 2U juillet avouait qu'un Bulletin, dont elle ne dit pas le nom, et qui circulait dans un certain nombre de diocèses, venait d'être supprimé, par ordre des supérieurs. Le même fait s'était produit, l'année précédente, dans une autre partie de la France.
C'est pourquoi Le Lien dit à ses lecteurs :
« Nous regrettons vivement qu'on s'occupe ainsi de nous ; nous désirons qu'on fasse autour de nous le plus absolu silence, et qu'en paix on nous laisse poursuivre notre labeur. »
Un « séminariste social » qui rédige Le lÂen^i écrivit, pendant quelque temps, dans la Justice
(1) C'est le pseudonyme d'un des rédacteurs du Lien.
Sociale et la Voix du Siècle, M. Emile Bauny, donne à ses confrères, dans ce dernier journal, des conseils dont plusieurs sont excellents.
Après les avoir engagés à se servir de leurs vacances pour « acquérir Fétat d'àme démocratique pratique » en fréquentant les abbés démocrates, M. Emile Bauny ajoute :
« Nous rencontrerons encore d'autres prêtres, très saints, très dévoués, très apôtres, eux aussi, mais qui, pour des raisons que je n'ai ni à discuter ni à apprécier ici, n'acceptent point notre manière de faire, repoussent notre programme et le considèrent même comme anti-orthodoxe et comme dangereux.
» Vis-à-vis d'eux ne nous posons pas en réformateurs, nous sommes trop jeunes et notre front n'a point été, comme celui de Moïse, irradié de rayons au Sinaï. Pas de théorie, des actes. Qu'importent les mots, les cocardes, quand ils ne servent qu'à envenimer les discussions et à faire s'ouvrir, large et écumeuse, l'écluse aux injures ? Que notre vie soit notre seule prédication.
» A ceux qu'inquiètent nos tendances, n'opposons qu'une réponse : une régularité exemplaire dans la piété; un zèle intelligent et inlassable, dans les œuvres ; un respect intransigeant de l'autorité et de ceux qui la représentent.
» C'est par la bonté, c'est par la sainteté, c'est par l'évidence des services rendus, que nous
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désarmerons les préjugés et que nous prendrons d'assaut les parti-pris.
(( Vous le savez, on mène en ce moment campagne, avec un acharnement insensé, contre les séminaristes sociaux. Nous ayons été calomniés dans diverses publications. Ces publications ont été distribuées à profusion et spécialement envoyées àtous nos supérieurs. Laissons à ceux qui ont mission de le faire le soin de prendre publiquement notre défense et n'oublions jamais que le secret de notre triomphe, ce sera une attitude, sur tous les points, irréprochable. »
Tout n'est pas à reprendre, évidemment, dans ce programme, et les « séminaristes sociaux », s'ils sont fidèles à le suivre, feront plus d'un acte extérieur de vertu, mais l'esprit qui dicte ces pages fait de la régularité une tactique et lui enlève ainsi tout son prix. Qu'on lise plutôt ces hgnes : « Il faut avoir tous les atouts dans notre jeu. Le moyen de les avoir, c'est de tenir ferme et de ne pas capituler devant l'impérieux devoir qui nous incombe d'être des modèles d'action, de travail et de dignité.
» Nous avons la partie belle. Une poussée irrésistible, un courant que rien n'arrête entraîne les jeunes générations cléricales; ceux que nous appelons nos chefs, forts de l'appui de Pierre, fermement et solidement unis à Pierre, nous montrent à l'horizon une triomphante aurore. Marchons à l'étoile, vaillamment...
. Ilfautlasser la conlradiclion par une constanceà toute épreuve, il fauttenir ferme, prouver à nos supérieurs, par notre conduite, que jamais ils ne trouveront des fils plus dévoués, plus désintéressés et plus respectueux, n
Ceux denos lecteurs qui ont quelque peu pratiqué le « jeune clergé » ; ceux qui ont observé son attitude, en face d'ecclésiastiques plus âgés et fidèles à la tradition catholique, savent si la réserve et la déférence que M. Bauny préconise, modifient en quoi que ce soit les « idées » des abbés démocrates de demain.
Quant à l'obéissance au Pape, on sait comment l'entendent les tenants de l'américanisme et du libéralisme tant de fois condamnés et toujours renaissants.
Considérer la vertu sacerdotale comme « un atout dans son jeu » n'est assurément pas une conception très haute.
Les journaux qui propagent cet esprit dans les séminaires ont produit, en réponse à nos critiques, un document singulier qui confirme^ par son étrangeté même, nos trop justes alarmes.
Personne n'ignore, en France, le rôle joué par M. Léon Harmel, fîlateur au Val-des-Bois, dans l'organisation et la propagande du mouvement qui s'est appelé démocratique chrétien.
L'importance de ce rôle a valu à celui qu'on appelait déjà : « le Bon Père, » le titre plus
ambitieux et plus récent de Patriarche de la démocratie chrétienne.
Or voici la lettre que M. Léon Harmel adressait naguère à l'un de ces congrès de « séminaristes sociaux » dont nous venons de parler :
« Cliers messieurs et permettez de vous dire : • Biens-aimés amis.
» Avec quel bonheur n'aurais-je pas répondu à votre affectueux appel si je le pouvais.
» Du moins, laissez-moi vous dire la joie de mon cœur, en vous saluant, jeunes hommes appelés de Dieu^ qui savez répondre avec générosité à cet appel.
» Dans les temps de persécution où nous entrons, il nous faut des prêtres dévoués, des prêtres dociles à la voix de Jésus-Christ pro longé dans son vicaire, Léon XIII.
» Ce noble, ce vénérable vieillard, notre père bien-aimé, a dans son corps fragile une àme de feu comme celle de saint Paul. 11 vous pousse vers le peuple, vers ce Lazare couvert de plaies, • dépouillé des biens essentiels de la vérité, gisant sur le seuil de la porte du clergé pour recevoir l'aumône du corps et du sang (sic ! ! !), des viandes choisies dont se nourrit le prêtre, l'aumône de la vertu, l'aumône de l'amour !
» Jésus-Christ ne veut pas que Lazare reçoive seulement la pitié des chiens — nous autres laïques qui ne pouvons qu'adoucir les plaies sans
SEMINAlllSTES SOUIALX ôli
los guérir. — Il veut que le riche rev^Hu de lin t't de pourpre (vêtement sacerdotal et royal) sorte de sa demeure et se consacre à Lazare. S'il ne le fait pas, il encoure (sic) la malédiction de Dieu, et alors se réalise cette parole de saint Jean Clirysostome : « pavimenta infernorum capita sacevdotum. »
» Si notre peuple de France est tombé où il est, c'est parce que le riche est resté dans sa demeure, se gorgeant du corps et du sang (sic) ! ! ! et ne pensant pas à Lazare.
» Dans le monde on appelle cela des saints.
» L'Évangile parle autrement.
» Oui, mes bien-aimés amis, vous avez raison de mépriser les critiques, ceux qui blâment les démocrates chrétiens, ceux qui se vengent de ne rien faire en semant les soupçons malveillants sur ceux qui agissent.
» Quand, de tous côtés, nous aurons une jeunesse sacerdotale formée à l'apostolat, tel que le veut Jésus-Christ dans l'Évangile et tel que l'interprète Léon XIII, le peuple de France recevra la vérité et la vie : Lazare se lèvera de sa couche de .misère et d'humiliation et deviendra le soldat 'lu Christ, le Sauveur de l'Église.
» Croyez-moi toujours
» Votre très affectionné :
» Léon Harmel. »
Ce langage incohérent et exalté ne mériterait
pas d'être relevé s'il ne trouvait des admirateurs et si toute la presse du parti ne le faisait pénétrer dans nos séminaires.
M. le chanoine Delassus a fait remarquer, dans la Semaine Religieuse de Cambrai, que depuis longtemps les chefs de la Révolution se préoccupent des moyens d'atteindre le clergé et les élèves des grands séminaires.
Weishaupt écrivait à la fin du dix-huitième siècle :
« S'il est intéressant pour nous d'avoir les écoles ordinaires, il paraît aussi très important de gagner les séminaires ecclésiastiques et leurs supérieurs. Avec ce monde-là, nous avons la principale partie du pays ; fioiis mettons de notre côté les plus grands ennemis de toute innovation; et, ce qui est par-dessus tout, avec les ecclésiastiques, le peuple et les gens du commun se trouvent entre nos mains. »
\J Univers Israélite (t. Y, p. 223) dit que les intérêts les plus sacrés de l'AUiance Israélite Universelle exigent qu'elle s'occupe des séminaires, particulièrement en France ; car la France, grâce à son esprit généralisateur et expansif, peut être appelée à faire, pour la synthèse religieuse, ce qu'elle fit un jour pour lu reconstitution civile et politique du monde.
Dans les instructions données à la Haute- Vente, sous le Pontificat de Grégoire XVI, il lui est fait cette recommandation ; « Tendez vos
jj^)^i ^^.PH.i i' 1 '«•.■î'^gr.TiHTJTnrg'» iw-ir-^T^ •'-
SKMINARlSTliS SOCIAUX
niels dans les séminaires. Et si vous ne pivcipilez rien, nous vous promettons une pêclie plus miraculeuse que celle de Pierre (1).
Les « jeunes catholiques » ne pardonnent pas à M. le chanoine Delassus d'avoir rendu manifeste le lien logique et liistorique qui unit l'ann'ricanisme et le libéralisme à la conjuration ourdie par les sectes contre le christianisme. Ce lien apparaît ici, une fois de plus.
Sans doute, les prêtres et les laïques qui écrivent des lettres encycliques à leurs « bien-aimés amis » les « séminaristes sociaux » ne se proposent pas de travailler pour les loges Nous mettons leurs intentions en dehors de tout débat.
Mais croit-on que Weishaupt ait jamais songé à faire pénétrer dans nos séminaires l'Univers Israélite ou le Bulletin du grand Orient?
Il faut à ce dessein d'autres ressources.
Des publications catholiques empreintes d'un faux mysticisme, pleines de théories sociales et humanitaires se rapprochant plus ou moins d'un socialisme évangélique acceptable pour des protestants, voilà ce qui prépare les voies aux entreprises de la secte.
C'est la vue de ce péril qui a déterminé un évêque français à prendre immédiatement d'énergiques mesures pour préserver le jeune clergé
(1) Extrait de documents historiques conservés au Vatican, cités par M. Claudio Jannet.
SKMINARISTES SOCIAUX
(le son diocèse des atteintes d'une propagande si funeste.
Nous avions signalé^ dans la Vérité Française du 10 août, l'existence et les noms des publications secrètes propagées dans les séminaires. La Semaine Religieuse de Cambrai avait reproduit ces renseignements le 17 août, en y ajoutant les documents maçonniques que nous avons cités plus haut. Le 31 août 1901, la Semaine Religieuse de Quimper publiait sous ce titre : « Communiqué de l'Évêché » la note désormais historique que voici :
« Nous nous permettons d'appeler de nouveau l'attention de nos vénérés confrères sur une propagande très active qui se fait auprès des séminaristes en vacances^ et dont Mgr l'évêque a entretenu ses prêtres, dans ses conférences, pendant les retraites pastorales.
» Il s'agit, non seulement des journaux la /wstice sociale et la Voix du Siècle, qui sont mis à la disposition des séminaristes pendant les vacances, à des prix dérisoires, et dont la lecture ne peut qu'être funeste à la discipline ecclésiastique et à la formation du jeune clergé, mais encore, et surtout, de certaines correspondances lithographiées, faites exclusivement pour les séminaristes, et qui sont propagées, à l'heure présente, dans presque tous les diocèses de France. Ces correspondances portent des noms différents, mais toutes sont rédigées avec le même esprit ;
elles s'appellent : Caritas, Trait d'union. Lien, Chaîne...
» Nous ne mettons pas en cause les intentions des inspirateurs de cette campagne ; et cependant nous ne pouvons point ne pas remarquer l'analogie qui existe entre ce travail souterrain et les programmes élaborés depuis si longtemps dans les loges maçonniques et rapportés dans un journal d'oii nous les extrayons. » (Suivent les citations de Weishaupt et autres documents que le lecteur a vus plus haut.)
Le « Communiqué » se termine par l'avis suivant, textuellement emprunté à la Semaiîie Religieuse de Cambrai :
« Nous prions nos vénérés confrères d'apporter à la communication que nous avons l'honneur de leur faire la plus religieuse attention, d'observer les séminaristes en vacances dans leurs paroisses, de scruter leur esprit, de surveiller leurs lectures et leurs fréquentations, il y va du suprême intérêt de l'Église ; et s'ils recueillent des observations de quelque importance^ d'en tenir compte dans les lettres testimoniales qu'ils doivent adresser à M. le supérieur à la rentrée des cour». »
Cet acte épiscopal fut immédiatement reproduit par toute la presse catholique, sauf l' Univers- Monde, et par les Semaines religieuses de Paris, de Reims, d'Autun et d'une trentaine d'autres diocèses.
382 SKMINARISTES SOCIAUX
La vive impression qu'a produite dans le monde religieux la découverte de cette organisation occulte de la propagande démocratique dans les séminaires n'est pas encore effacée. Beaucoup de supérieurs de grands séminaires ignoraient complètement l'existence de ces feuilles clandestines ; ayant constaté, depuis, l'exactitude de nos informations, ils ont pris des mesures^ dès la rentrée d'octobre, pour mettre un terme à de tels agissements.
Les observations que MM. les curés sont invités à faire parvenir à qui de droit, sur les lectures et sur l'état desprit des séminaristes de leurs paroisses, ne manqueront pas d'éveiller l'attention de MM. les directeurs de grands séminaires.
Il a été constaté, dans telle paroisse^ que certain séminariste faisait sciemment et par choix sa lectute d'Écriture Sainte dans une Bible protestante.
Ailleurs, un sous-diacre de la dernière ordination se livre à des dissertations hypercritiques sur les légendes du bréviaire.
Celui-là écrit à la Justice Sociale. — qui s'empresse de l'imprimer, — que la dévotion au Sacré-Cœur est « très catholique et fort respectable en soi, eficore que mal définie (?). »
Cet autre, plein de zèle, fait répéter aux enfants les leçons du catéchisme et leur apprend que le serpent, l'arbre de la science du bien et
(lu mal, l'arche de Noë, etc., etc., no sont point (les réalitf5s mais des symboles qu'on leur expliquera quand ils seront grands.
C est qu'en effet, le Lien, la Chaîne, le Traild Union, et autres petites feuilles sociologiques ne sont pas les seules publications qui pénètrent dans les séminaires et y circulent sous le manteau. 11 en est une au moins, plus secrète que les autres, réservée à une élite à' intellectuels, et qui a trait principalement aux études d'exégèse biblique. C'est ainsi, nous lavons vu plus haut, que les articles de Fabbé Loisy, dont son Em. le cardinal Richard avait interdit l'insertion dans la Revue du Clergé Français, au mois de novembre 1900, ont été imprimés à la presse lithographique, et communiqués à des lecteurs de choix.
On ne se borne pas, dans cette correspondance fermée, à disserter sur la Bible, on donne aussi des détails sur les recrues que fait le parti et Ton signale avec sympathie les jeunes clercs dont l'intelligence ouverte et l'esprit hardi semblent avides de tout connaître.
Certains établissements libres d'enseignement secondaire ne sont pas à l'abri de cette conta- ^ gion. Une plaquette qui n'a pas été mise dans le commerce, et dont l'auteur anonyme est un prêtre, a été distribuée à Paris, dans un établissement de ce genre. Les opinions émises dans cet imprimé étaient tellement contraires
384 SKMINARISTKS SOCIAUX
aux dogmes de la foi, que l'autorité diocésaine a dû sévir, immédiatement et sévèrement.
Nous pourrions continuer longtemps cette revue des tristesses de l'Eglise.
Le courageux discours du R. P. Bouvier au congrès eucharistique d'Angers a signalé, une fois de plus, à la vigilance des évoques le danger grandissant qui menace la foi.
N'a-t-onpas vu, cette année même, una Jievue dirigée par un prêtre, les A/ifia/es de philosophie chrétienne, publier sur la transsubstantiation un article signé par un vicaire général, où pullulaient les erreurs les plus graves (1)?
(1) La même Revue publie dans sa livraison d'octobre liJUl, ùla page 78, une note où nous lisons, à propos de l'encyclique du 8 septembre 1899 au clergé français, les lignes suivantes :
« Celte lettre n'est pas de Léon XIII qui venait de subir une ope'ration chirurgicale et était gravement malade. Elle est du défunt Père Mazella, qui faisait alors toutes sortes de démarches pour obtenir la condamnation par l'Index de philosophes laïques et ecclésiastiques français. S. S. Léon XIII, un moment hésitant, tant on lui représentait en noir les choses de France, refusa formellement toute condamnation. Mazella obtint au moins que la Démonstration philosophique de M. l'abbé Jules Martin, œuvre supérieure d'un penseur isolé et sans attache avec les néoapologistes, serait retirée du commerce. Un innocent, un vénérable vieillard, était frappé pour ses opinions libres ! — Dans la Lettre de Mazella, on lit un passage qui est évidemment en contradiction avec l'esprit large et paternel de Léon XIII, c'est celui où il oppose l'esprit français à l'esprit allemand Sous cette forme apparemment tlatteuse, il condamnait toute une catégorie de peu seurs catholiques qui ne sont pas plus Allemands qu'Italiens mais qui cherchent la vérité partout où elle peut se trouver. Les catholiques étaient présentés comme pratiquant un
SEMINARISTES SOCIAUX 385
En présence de tant de périls qui poursuivent le prêtre et le lévite jusque dans le sanctuaire, il faut dénoncer sans relâche les entreprises téméraires ou seulement brouillonnes qui viennent aggraver le danger.
Il reste désormais acquis que dans une trentaine de diocèses, la Justice Sociale et la Voix du Siècle ont été signalées par les SemaineH ftelifjieuses comme des feuilles dont « la lecture ne peut qu'être funeste à la discipline ecclésiastique et à la formation du jeune clergé. »
MM. les abbés Naudet et Dabry, directeurs respectifs des susdites publications, semblent avoir pris à tâche de montrer combien la censure de Mgr Tévêque de Quimper était justifiée.
Voici textuellement la réponse de l'abbé Dabry.
MGR DUBILLARD
» On nous demande ce que nous pensons de la fameuse note publiée par Mgr l'évêque de Quimper et reproduite avec une platitude niaise
» subjectivisnie radical ». On chercherait en vain par qui et où pareille philosophie a été professée. »
Nous ne croyons pas que rien d'aussi audacieux ait encore été écrit dans une publication ecclésiastique. L'auteur s'est enfin rétracté, par une lettre à ÏUnivers que publie la Justice sociale du 16 novembre 1901; mais cette lettre contient ellemême, sur les rapports de l'apologétique et de la théologie, des assertions très dangereuses.
par tous les journaux et toutes les Semai7ies lielif/ieuses à la solde du parti réfractaire.
» Nous y sommes nommément représentés, nous et nos amis, comme faisant œuvre malsaine, omvre de Satan (a dit un commentateur), de complicité avec les francs-maçons et les socialistes.
» Nous répondons que nous n'en pensons rien. Mgr Dubillard, évoque de Quimper, n'est pas notre évoque. Ce que nous faisons ne le regarde pas et ce qu'il dit peut difficilement nous atteindre.
» L'incohérence des diverses parties de son document montre qu'il apporte une certaine légèreté dans ce qu'il fait. On jugera du degré de confiance qu'il faut lui accorder quand on saura qu'il a écrit contre nous pour demander aux curés de son diocèse de surveiller très attentivement les séminaristes qui nous lisent : Or, pas un seul séminariste du diocèse de Quimper ne reçoit ni la Voix du Siècle ni, croyons-nous, la Justice Sociale ! Ce seul fait indique suffisamment la simple intention de nuire et non de faire le bien et laisse percer sous l'évéque l'homme de parti. On ne peut s'empêcher alors de constater qu'il est triste qu'un homme deux fois sacré, qu'un liaut dignitaire de l'Église, mette au service des passions humaines et prostitue à la bassesse des intérêts de ce monde te caractère auguste, la dignité et l'autorité dont il est revêtu.