‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 45 sur 61 · UN CATHOLICISME ACCEPTABLE · texte numérisé non relu

UN CATHOLICISME ACCEPTABLE

« Le p. Lacordaire, dans la chaire de Notre- Dame, devant cinq mille jeunes gens, a affirmé qu'un bon catliolique pouvait ne voir qu'un récit, en grande partie allégorique, dans le tableau de la création par Moïse : le P. Lagrange, directeur de la Revue Internationale Biblique de Jérusalem, revue classique s'il en est, soutient la même opinion. On l'enseigne couramment dans nombre de nos séminaires. Eh bien! pas une seule liistoire sainte à l'usage même des classes supérieures, ne se risque à soutenir ce sentiment très libre, et, à mon avis, si raisonnable ; aucun ou à peu près aucun aumônier de jeunes gens n'ose trop ouvertement expliquer par un symbole la tentation, le serpent, l'épée du chérubin. Notons un progrès en ce qui concerne les six jours, l'universalité du déluge, le soleil de Josué.

» Et cependant, voilà des jeunes gens attaqués du matin au soir sur leurs croyances, qui auraient besoin, plus encore que les séminaristes, d'être mis au large dans la mesure tolérée par l'Église et à qui on refuse systématiquement de laisser connaître les théories modernes. »

Ces paroles méritaient d'être désavouées, tout autant que celles qui ont motivé, un an plus tard, la rétractation de M. l'abbé Sifflet. Elles ne le furent point.

Nous n'engagerons pas de discussion sur ce sujet, avec l'aumônier de l'École Saint-Jean-

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Baptiste de La Salle; nous voulons seulement constater que la liberté revendiquée par les « novateurs » de donner un sens purement allégorique et symbolique aux faits les plus importants des récits bibliques, est pratiquée « dans nombre de séminaires » et que certains « aumôniers de jeunes gens » en font « ouvertement » usage. Un professeur de séminaire a pu constater récemment que plusieurs de ses élèves ne craignaient pas de mettre en doute jusqu'à l'existence de Moïse,, ainsi qu'on a fait de l'existence d'Homère. Comment, d'ailleurs, pourraitil en être autrement?

La jeunesse va d'instinct aux extrêmes, et quand elle voit des personnages vénérables, des bommes réputés pour leur science et leur prudence^ ébranler ou rejeter comme en se jouant l'enseignement traditionnel, elle brûle du désir de se signaler par de plus audacieuses conquêtes sur la vieille exégèse et ses interprétations surannées.

On espère, au prix de tant de concessions, rendre enfin le catliolicisme acceptable à l'esprit moderne. Vaine illusion ! Le désaccord est trop profond; l'antagonisme est irréductible entre le catholicisme et cette doctrine rationaliste et naturaliste qui spécifie l'esprit moderne.

Le seul résultat que les tentatives de conciliation et d'adaptation puissent atteindre c'est d'affaiblir la foi dans les âmes.

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