‹ Nouveau Catholicisme et nouveau clergéChapitre 52 sur 61 · AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS-UNIS

« Parmi les phénomènes les plus caractéristiques de cette fin de siècle, je n'en connais guère de plus intéressant, de plus significatif à tous égards, ni, en vérité, de plus paradoxal que le développement du catholicisme aux États-Unis. »

Ainsi s'exprimait M. Ferdinand Brunetière au début de l'article qu'il publiait dans la Revue des Deux-Mondes du 1" novembre 1898, sur « le Catholicisme aux États-Unis. »

Cette entrée en matière pose très clairement et très heureusement la question ; car elle nous révèle la cause principale qui a fait donner à un courant d'idées, d'aspirations, de tendances, très en vogue aujourd'hui, le nom à' Américanisme.

482 APPK.NDICE

M. Briinetière constate, et nous reconnaissons volontiers uA^ec lui que ces idées ne sont pas nouvelles en France et que ces tendances ne sont pas plus exclusivement américaines qu'elles ne sont françaises ou européennes ; déjà Montalembert, Lacordaire, mais avant eux et surtout Lamennais nous avaient habitués à de tels accents ; seulement ce qui leur donne aujourd'hui un nouvel élan, une nouvelle jeunesse, ce qui associe leur fortune à celle des liommes et des œuvres d'au-delà de 'l'océan, le voici en peu de mots :

Notre siècle a cru découvrir en Amérique une société dont les conditions religieuses, historiques, politiques et sociales semblent opposer un éclatant démenti aux doctrines de la vieille école catholique sur la constitution chrétienne des États.

En 1864, le syllabus de Pie IX condamnait la proposition suivante :

« LXXIX. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit, et propagent la peste de l'indifTérence. »

Or, voici un peuple chez lequel « la liberté civile de tous les cultes » est considérée comme l'une des lois fondamentales de la constitution ; où « le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions », est non seulement garanti par la loi, mais efficacement et pleinement entré dans les

mœurs : t'I le vieux inonde affaibli, enserré par mille entraves légales, voit grandir ce jeune peuple ; il le voit surpasser en richesse et en puissance les plus antiques et les plus fîères nations, et il apprend que ces libertés proscritesparlui, nont enfanté là-bas ni « la corruption des mœurs et de Tesprit », ni « la peste de l'indifférence. »

Bien plus, on lui vante les « vertus naturelles » du peuple américain. Tandis que les nations catholiques subissent une irreligion d'État, on montre en Amérique « l'un des peuples les plus religieux » du monde, une église libre et féconde, et, au sein d'une population dont les catholiques ne formaient, il y a cent vingt-cinq ans, qu'un centième, le catholicisme groupant aujourd'hui le septième de la nation.

Voilà un fait ! Or, de nos jours surtout, rien n'a plus d'action sur les esprits que les faits.

Ce n'est point trop dire, en vérité, que d'appeler ce fait un « phénomène caractéristique de cette fin de siècle » ; et de n'en point voir qui soit plus « intéressant », plus « significatif à tous égards ». Oui, c'est un fait « paradoxal », et le paradoxe consiste en ceci que l'Église s'étant prononcée contre les libertés dites modernes, voici que ces libertés, appliquées en Amérique plus largement qu'en aucun pays, proclament par les faits leur bienfaisance, rendent à l'Église des services en échange de ses anathèmes.

On conçoit l'enthousiasme de notre libéralisme européen pour la jeune et libre Amérique. Il n'est plus besoin désormais de s'attarder aux luttes de doctrines ; de discuter par arguments les droits et

les limites respectives de la liberté et de rautoritc ; voici des faits, voici des chiffres ;. c'est à la lumière de ces faits et de ces chiffrés qu'il faut comprendre et interpréter les enseignements de l'Église ; l'autorité infaillible de Pierre n'a pas pu proscrire ce qui sert si bien à l'extension de l'Église. C'est une exception, peut-être, mais elle est de taille à faire large brèche, dans les remparts du vieux droit.

Si l'on nous permettait une comparaison, nous dirions que l'Amérique est le « fait nouveau » qui permet la révision du procès des libertés modernes.

Mais au lieu de procédera la révision du Sijllabus^ il serait sage, à notre avis, de considérer de plus près s'il y a vraiment un « fait nouveau » et si les libertés modernes, appliquées en Amérique plus largement qu'ailleurs, ont eu sur les progrès de l'Église, aux États-Unis, lïnfluence qu'on leur attribue. Il y a lieu d'examiner encore si ces progrès ne tiennent pas à d'autres causes ; enfin s'ils n'ont pas été entravés, au lieu d'être servis, par l'action des libertés modernes.

En ce cas, nous ne serions plus en présence d'un fait nouveau, mais plutôt d'une sanction nouvelle donnée par les faits à la sagesse surnaturelle des censures de l'Église.

<> Comment ceux qui n'étaient, il y a cent vingtcinq ans, qu'un peu plus du centième de la population de l'Union, — 30 ou 40,000 âmes sur 3 millions d'habitants, — en sont-ils devenus le septième, —

9 OU 10 millions sur un chiffre qui n\itteint pas encore tout à fait 65 millions? » Telle est la première question posée par M. Brunetière.

Assurément si ce progrès magnifique était uniquement le résultat du zèle et de l'activité des 30 ou 40,000 catholi([ues de 1778 et de leurs descendants, l'Amérique serait la terre promise du prosélytisme et de l'apostolat ; mais tout en faisant large part au zèle du clergé américain et des missionnaires venus d'Europe, il faut tenir compte d'autres éléments.

Rappelons, en premier lieu, que depuis cent vingtcinq ans, les États-Unis se sont annexé un certain nombre d'états du Sud, anciennes colonies espagnoles, dont la population était en grande majorité catholique. Il est résulté, de ce fait, un accroissement notable du chiffre total de la population catholique pour l'ensemble des États, mais le prosélytisme et 1 influence des libertés modernes n'y sont évidemment pour rien.

La guerre hispano-américaine vient dé faire passer plusieurs millions de catholiques sous la domination des États-Unis. Ce n'est pas un « progrès » pour le catholicisme américain, pas plus que le partage de la Pologne n'a été unprogrès du catholicisme en Russie.

La seconde cause de l'accroissement du nombre et de l'influence des catholiques aux États-Unis, c'est, M. Brunetière le reconnaît très loyalement, le secours donné par l'Europe et surtout par la France au clergé américain. L'œuvre de la Propagation de la Foi, depuis sa fondation, a procuré à l'Église d'Amérique une somme de 25 millions. La Révolu-

APPENDICK

tion a obligé un grand nombre de prêtres à se réfugier en Amérique ; ces prêtres, confesseurs de la foi, n'y sont pas demeurés oisifs; plusieurs s'y sont fixés pour toujours; la plupart des évêchés fondés alors ont été occupés par des Français

Ce sont là de ces coups par lesquels la Providence se plaît à tirer le bien du mal. Les libertés modernes et les vertus propres au peuple américain n'ont point encore à revendiquer l'honneur des progrès qui en résultent. Enfin la grande cause d'accroissement pour la population catholique des États-Unis, c'est le tlot incessant de l'immigration. Pendant un siècle, le continent américain a reçu des millions d'hommes de tous pays, principalement d'Europe, et parmi eux les catholiques se comptaient par millions.

Pour apprécier avec justesse la portée sociale et religieuse des chiffres cités par M. Brunetiôre, il faut se souvenir que l'immigration européenne vers cette partie de l'Amérique qui forme aujourd'hui les États- Unis, fut à l'origine exclusivement protestante, mais que durant le xix'^ siècle, à certaines époques, l'immigration a été, en grande partie, souvent même en majorité catholique.

Dès lors, nous seronsmoins surpris de constater que la proportion des catholiques par rapport à la population totale des États, soit passée de 1 p. 100 à 1 p. 7.

Mais, étudions de plus près les chiffres, suivant les statistiques citées par M. Brunetière : de 1871 à 1890, il y a eu 2,410,000 immigrés d'origine catholique et 2,23r3,000 d'origine protestante, sans compter 2, r300,000 Allemands, dont plus d'un tiers catholiques.

Tout lecteur impartial conviendra que ce seul fait change sinfïuiièremeut les proportions numériques entre les catholiques et les protestants.

Bien plus, M. Brunetière reconnaît que dans les périodes précédentes, de 1840 à 1870, l'immigration catholique a de beaucoup surpassé l'immigration protestante.

Il semble que cette constatation devait retenir l'attention de l'écrivain et exercer quelque influence sur les conclusions de sa thèse. Pour l'édification de nos lecteurs nous plaçons intégralement sous leurs yeux ce passage, décisif et délicat, de l'argumentation de M. Brunetière.

« De 18il, par exemple, à 1850 le total de l'immigration irlandaise a été de 780,000 ; il a été de 914,000 de 1851 à 1860. Et il est vrai qu'enfin il est difficile de manier les chiffres, tant il y a de façons et si ingénieuses de les assembler. Mais pourtant, de ceux que nous venons de citer, on ne peut s'empêcher de conclure que les conversions doivent avoir aussi leur rôle dans le développement du catholicisme aux États-Unis. »

Voilà une démonstration qui manque de précision et de vigueur, et nous ne voyons pas comment les lecteurs de M. Brunetière ne peuvent s'empêcher de conclure que les conversions doivent avoir aussi le«r rôle dans le développement du catholicisme aux Etats-Unis.

Il serait triste de penser, en vérité, que les conversions n'eussent aucun rôle dans les développements de l'Église d'Amérique. Aussi M. Brunetière n'avait-il nul besoin de faire appel à l'autorité du

cardinal Gibbons, ni même à celle du concile de Baltimore polir nous en convaincre. Seulement, grfice aux chiflres que le Directeur delà Revue des Deux- Mondes a placés sous nos yeux, nous ne pouvons « nous empêcher de conclure » que si les conversions des protestants au catholicisme sont annuellement de 30,000, comme l'estime le cardinal Gibbons, et si durant plus de trente ans, l'immigration catholique a surpassé de beaucoup l'immigration protestante, les catholiques devraient être trois fois plus nombreux qu'ils ne sont aux États-Unis.

Pour arriver à cette conclusion, il n'est pas besoin de recourir à 1' « art de grouper les chiffres » devant lequel recule M. Brunetière. Il suffit de prendre les statistiques officielles, qui ne sont point faites pour les besoins de la cause et sont à la portée de tous. Les chiffres que nous allons citer sont empruntés à V Almanach de Golha de 1898.

D'après le tableau de l'immigration aux États- Unis de 1821 à 1895 inclusivement, nous relevons pour les différentes nationalités catholiques les chiffres suivants :

Irlandais : 3,798,161; Allemands et Autrichiens : 5,795,633, dont un tiers au moins venus des provinces catholiques; Italiens : 131,221; Français: 399,163 ; Belges : 6,230,90 ; Espagnols el Portugais : 60,377. Ce qui donne un total d'environ 6 millions de catholiques, venus d'Europe en Amérique de 1821 à 1895 inclusivement, auxquels il faut ajouter un million de Canadiens.

Nous demandons maintenant à M. Brunetière de nous expliquer comment 7 millions de catholiques,

appartenant à des races aussi prolifiques que les Irlandais, les Canadiens, les Italiens, les Allemands, ne forment encore à la fin d'une période de 75 ans, qu'une population de 9 ou 10 millions d'âmes, alors que le chiffre de cette population, par le seul accroissement proportionnel dû à la natalité, dépasserait certainement 25 millions. La population totale des Ëlats-Unis, qui était de 38 millions d'habitants en 1S74, n'était-elle pas évaluée, en 1896, à 71 millions?

M. Brunetière répond à cette démonstration par un sourire. Il oppose à l'argumentation vigoureuse d'un député au Reichstag, M. Cahensly, cette ré- [)onse ironique : « Si les catholiques d'Amérique DEVRAIENT être 20 millions, je l'ignore. »

Tout à l'heure, M. Brunetière n'apportait pas d'autre preuve en faveur du prosélytisme aux États-Unis.

« Les conversions, disait-il, doivent avoir aussi leur rôle dans le développement du catholicisme... » Et pourtant l'éminent directeur de la Revue des Deux-Mondes conviendra qu'il est plus facile de calculer avec probabilité le nombre des naissances que celui des conversions.

En supposant que le chiffre de 2G millions d'Américains issus de souche catholique fût exagéré en 1889, c'est la date du rapport de M. Cahensly, ce chiffre a été certainement dépassé depuis dix ans ; or, les statistiques les plus avantageuses au catholicisme n'accusent pas actuellement plus de 10 millions.

Il y avait donc aux États-Unis, en 1899, plus de 15 millions d'habitants, d'origine catholique, qui

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n'appartiennent plus à notre religion, et ne sont même pas baptisés.

Si douloureuse que soit cette constatation, il faut la faire parce qu'elle est conforme à la vérité. Nous sommes même persuadés que les chilTres donnés plus haut sont notablement inférieurs à la réalité.

Nous pouvons d'ailleurs contrôler ces assertions par une sorte de contre-épreuve. Les pertes subies par l'Église catholique aux États-Unis doivent avoir leur répercussion dans le pays et grossir d'autant les troupes ennemies. 15 millions d'hommes ne se déplacent pas sans qu'on retrouve leurs traces quelque part.

Ce n'est pas le protestantisme qui profite de ces défections.

Non seulement, comme l'a fait remarquer M. Brunetière, aucune secte protestante des États-Unis n'égale en nombre les catholiques, mais l'ensemble de toutes lies églises chrétiennes, même en y comprenant l'Église catholique, atteignait à peine, en 1890, le chiiTre de 20 millions.

Voici le tableau du recensement officiel de la population {census 1890) :

Catholiques 0,258,000

Méthodistes 4,598,000

Baptistes 3,718,000

Presbytériens .... 1,278,000

Luthériens 1,231,000

Épiscopaliens .... 552,000

Sectes diverses. . . . 2,000,000 environ.

En comparant ces chiffres au tableau de l'immi-

gration européenne de ÏAlinanacJi de Gotha, il est facile de se rendre compte que les pertes du protestantisme sont au moins aussi considérables que celles du catholicisme aux États-Unis.

D'après le recensement officiel de 1890 le chillre total de la population des États s'élevait alors à 6'2,222,2o0 iiabitants, sur lesquels :20 millions à peine appartenaient aux différentes confessions chrétiennes.

Or, l'immense majorité des émigrants établis aux États-Unis, depuis iio ans, venaient de pays chrétiens.

L'ancienne population indigène est exlt^riuuicc ou baptisée; les Chinois, qui viennent par milliers en Amérique, n'y restent pas, n'y fondent point de familles ; ces quarante et quelques millions d'hommes n'appartenant à aucune Église — « inéglisrs » comme l'on dit là-bas — [unchurched) — sont pour la plupart des fils ou des petits-fils d'immigrants chrétiens.

Il est constaté, en effet, par un grand nombre de membres du clergé américain, que la foi s'affaiblit à mesure que la population s'américanise. Les fils d'immigrants sont généralement beaucoup moins chrétiens que leurs pères. D'ailleurs, les chiffres nous en fournissent une nouvelle preuve.

La statistique des étrangers résidant aux États- Unis, publiée dans V Almanach de Gotha (1898), donne, pour les nationaux de pays catholiques, les chiffres suivants :

Irlandais : 1,871,509; Italiens : 182,580; Canadiens : 980,938. Autres pays catholiques d'Europe :

927,686 ; Allemands : 2,784,894, dont un tiers catholiques.

Soit une population de 4 millions et demi d'habitants, originaires de pays catholiques, et récemment établis aux États-Unis, puisqu'ils n'ont pas encore perdu leur nationalité.

Ces 4 millions et demi d'habitants catholiques forment près de la moitié des fidèles de lÉglise romaine en ces régions (9 à 10 millions). En sorte que les catholiques américains proprement dits ne sont guère plus de 5 millions.

Ce sont là des chiffres incontestables, et la conclusion qui en découle est d'une certitude mathématique.

M. l'abbé Bouquillon, professeur à l'Université catholique de Washington, a publié la statistique de 1890 dans un article intitulé : « Catholicisme el Civilisation » [The catholic universitij Bulletin.) Octobre 1898. Il évalue à 44 millions le nombre des inéglisês et des non-communiants (1), c'est-à-dire des enfants n'asant pas atteint l'âge de lapremière communion catholique ou de la « confirmation » telle que la pratiquent les protestants. Quant aux inéglisês,

[{) Dans les sectes protestantes, on ne compte généralement comme membres des conr/réfjalions ou « églises » que les communiants et confirmés. M. Bouquillon donne le chiffre de (î, 00 8,000 catholiques, comme ne comprenant pas les non communiants. V Almanach de Gotha, au contraire, mentionnexpressément que pour les catholiques, la statistique comprend les non-communiants. Cela d'ailleurs est conforme à l'usage de nos églises auxquelles appartiennent tous les catholiques dès le baptême. Même en admettant l'hypothèse de M. l'abbé Bouquillon, le nombre des Américains inéglisês serait d'environ 40 millions en 1890.

qui forment de beaucoup la majorité de la population américaine, M. labbé Bouquillon estime que u sans être rattachés à aucune église, ils sont chrétiens au moins par les sentiments. »

Parole profonde et qui nous révèle, avec tout le fond de l'Américanisme (1), la raison de ses prédilections pour ce qu'il appelle « les vertus naturelles du peuple américain. »

Au milieu de cette confusion inextricable de sectes, pullulant sous le régime d'une liberté' sans frein, l'église, ou plutôt les églises; les « congrégations », comme on les appelle là-bas, finissent par ne plus apparaître que comme des formes transitoires et secondaires du christianisme. De même que l'on peut être bon citoyen sans faire partie d'aucune ligue ou société politique, le peuple américain en est venu à considérer que l'on peut être clirétien, être un homme « religieux » sans faire partie d'aucune église.

Il y avait, en 1890, 40 millions et plus d'Américains vivant selon cette doctrine. Le New- York Freemann''s Journal du 3 décembre 1898, estime qu'il y en a maintenant 50 millions, en sorte que l'Amérique n'est pas plus un pays protestant qu'elle n'est une terre catholique ; c'est une puissance non-chrétienne, et quelle puissance !

L'Église n'avait pas subi, depuis la Réforme du seizième siècle, un dommage comparable à celui de

(1) M. l'ahbé Bouquillon, de nationalité belge, a quitte 1 Institut catholique de Lille pour aller à Washington. C'est un apologiste militant de l'Américanisme.

la perle de ces millions d'âmes que l'Amérique lui a ravies.

Mais il est un mal plus grand, c'est le danger que fait courir aux peuples catholiques d'Europe le mirage trompeur des « progrès » de l'Église aux États- Unis,

Si, non content de déchristianiser les immigrants, le régime de liberté sans frein qui constitue l'américanisme s'implante en Europe, grâce au sophisme que nous essayons de réfuter, il tarira dans sa source le flot de sève catholique dont vit l'Église américaine. 11 fera perdre au vieux monde cette foi que le nouveau ne sait pas garder.

Au contraire, c'est servir l'Église et contribuer à son extension sur l'un et l'autre continent que de montrer les faits d'accord avec la doctrine; les chiffres et les statistiques d'au-delà des mers, servant de commentaire au syllabus d'au-delà des monts et prouvant que l'Église était plus sage et plus éclairée que le siècle, lorsqu'elle condamnait l;i proposition déjà citée au début de cett« étude :

« Il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit e t propagent la peste de l'indifférence. »

Ce que nous avons dit des pertes subies par le catholicisme aux États-Unis n'est point du tout un

paradoxe, encore moins est-ce une découverte dont nous puissions revendiquer le douloureux honneur. C'est un fait constaté, reconnu et proclamé , à maintes reprises, par les catholiques américains, par la presse relii^ieuse des États-Unis, par les Évoques, un fait, par conséquent, que M. Brunetière n'aurait pas ignoré, s'il avait étudié, en remontant aux sources, la situation de l'Église d'Amérique- Ce que le Directeur de la Revue des Deux-Mondes n'a point fait nous allons essayer de le faire à présent ; nous invoquerons le témoignage des Américains eux-mêmes et nous entendrons de leur bouche la confirmation de ces chifïres et de ces statistiques dont M. Ferdinand Brunetière n'a pas estimé qu'il y eût lieu de tenir compte.

Ce sera notre meilleure réponse, à ceux qui nous ont accusé, sans preuves aucunes, de mener « une campagne contre VÉglise d'Amérique. » Nous n'attaquons pas cette Église, pas plus que nous ne faisons campagne contre l'Église de France quand nous constatons l'état déplorable où l'a réduite la Révolution.

Nous faisons une enquête impartiale ; nous voulons éclairer le public français sur la situation réelle du catholicisme aux États-Unis, afin de mettre nos compatriotes en garde contre les conséquences que le libéralisme prétend déduire des « progrès » du catholicisme aux États-Unis.

Sachant, par expérience, combien il est difficile aux étrangers d'apprécier sainement les choses de notre pays , nous n'avons pas voulu encourir le même reproche, en parlant d'un peuple et d'une

terre qui ne sont point nôtres. Nous nous bornerons donc à citer des auteurs américains.

Ceux-là savent ce dont ils parlent, et leur amour pour les étoiles et les bandes du drapeau de l'Union, n'est pas de moins bon aloi, assurément, que celui du directeur de la Revue des Deux-Mondes.

Recueillons d'abord un écho de l'accueil fait par la presse du Nouveau Monde, à l'article de M. Brunetière.

Voici comment s'exprime un journal canadien, la Vérilé, de Québec, dont le directeur, M. Tardivel, est natif du Kentucky.

On lit à la date du 3 décembre 1898 :

« M. Ferdinand Brunetière vient d'écrire, dans la Revue des Deux-Mondes, un article sur le catholicisme aux B tais-Unis.

« Cette étude fait quelque bruit dans le monde littéraire, à cause surtout de la position que l'auteur occupe dans la société. Car, en soi, l'étude du célèbre académicien est peu remarquable. M. Brunetière s'extasie devant les progrès du catiiolicisme aux Étals Unis. Voyez donc, dit-il, il y a cent vingt-cinq ans, le centième de la population seulement était catholique, aujourd'hui, c'est le septième.

Il est probable que le directeur de la Revue des Deux-Mondes exagère quelque peu la situation en faveur de sa thèse : la proportion actuelle est plutôt de 1 à 9. Mais peu importe.

» Le point sur lequel il convient d'insister, c'est que l'augmentation du nombre des catholiques aux États-Unis, même si nous acceptons les chiffres de M- Brunetière, n'a rien de phénoménal, de glorieux ou de consolant.

') Cette augmentation s'est produite principalement par l'immigration, voilà tout le mystère. 11 y a eu déplacement des forces catholi([ues, rien de plus. Des millions d'enfants de l'Église ont quitté la vieille Europe pour s'établir en Amérique ; et comme les catholiques ont ordinairement des familles nombreuses, les rangs de l'Église en Amérique se sont accrus rapidement.

» Encore une fois, voilà tout le mystère. » Parlant ensuite des conversions et aussi des défections, malheureusement plus nombreuses , la Vérité de Québec énonce des affirmations identiques à celles que nous avons formulées avant que cet article du journal canadien nous fût parvenu :

« Il y a eu, aux États-Unis, en tout temps, un certain nombre de conversions. Lésâmes d'élite de tout pays ont toujours entré et entreront toujours dans le giron de l'Église. Mais il n'y a jamais eu, dans le pays voisin, des conversions nombreuses.

» Par contre, chose déplorable, les apostasies se sont multipliées la-bas.

» Non pas que les rangs des sectes se soient accrus beaucoup aux dépens de l'Église ; car bien peu quittent l'Église pour entrer dans une secte. Mais que d'enfants de parents catholiques sont tombés dans l'affreux indifférentisme religieux qui sévit chez nos voisins ?

» On estime que les deux tiers, au moins, de la population des États-Unis ne sont pas baptisés, ne professent, par conséquent, aucune forme de christianisme.

APPENDICK

» Parmi ces millions de nt-o-païens il y a incontestablement des millions d'enCants ou de petits-enfants de parents catholiques.

» On discute sur le chiffre de ces tristes apostasies. Des hommes très sérieux prétendent que, sans ces pertes terribles, TÉglise des États-Unis compterait aujourd'hui 25.000.000 d'enfants, au lieu de 8 à 10 millions. Il y aurait donc une déperdition dans les forces catholiques de 15 à 17 millions.

B Les optimistes trouvent ces chiffres exagérés. Mais, même les plus optimistes, admettent que l'Église des États-Unis a fait de très grandes pertes.

» Il n'y a donc réellement rien de merveilleux dans l'augmentation du nombre des catholiques chez le peuple voisin, et nous pouvons dire avec V Indépendent de Fall River :

« On peut donc être académicien, comme M. Bru- » netière, et en même temps se pâmer d'admiration » devantun état de choses plutôt lamentable que con- » solant! »

On voit par cette dernière citation que la Vérité de Québec n'est pas seule à apprécier sévèrement l'article de M. Brunetière. Si la forme donnée à ces critiques déplaît à l'érainent académicien, qu'il veuille bien considérer que cette forme n'est point nôtre, mais qu'elle est, au contraire, éminemment américaine — ce qu'il ne saurait lui reprocher.

D'ailleurs, nous allons emprunter nos citations à des sources plus américaines encore.

Le Rev. Walburg s'exprime en ces termes dans une brochure publiée à Cincinnati et qui a pour titre : The Question of nationality :

« L'Église catholique a fait des progrès étonnants ilans les États-Unis de TAmérique du Nord. Cependant, ces progrès ne se réalisent pas parmi les divers éléments, devenus américains, de notre population, mais seulement parmi ceux qui ont gardé leur langue et leur nationalité. Pour ne pas flatter notre vanité, essayons d'évaluer les pertes subies plutôt que de nous réjouir de succès apparents. Genvon Steinwehr, statisticien remarquable, donne les chifTres suivants des diverses nationalités en 1870 :

Anglais 8 310.000

Irlandais 10.255.000

Allemands 8.930.000

Italiens, Français. . . . 1.016.000

Hollandais. Scandinaves. 728.000

Divers 4.736.000

Total en 1870. ... 33.475.000

» La population actuelle (1891) des États-Unis est évaluée à 60.000.000. En suivant la proportion donnée pour 1870, il y aurait actuellement une population Irlandaise d'environ 20 millions d'habitants et Allemande de 16 millions.

» Parmi les Irlandais, 18.000.000 environ peuvent être catholiques ; parmi les Allemands, un tiers environ, à peine 5 millions. Américains, Polonais, Italiens, etc., 2 millions en tout : Total 25 000.000.

«D'aprèsle livre d'adresses de Hoffmann, le nombre des catholiques pourFannée 1889 serait de 8. 157. 676.

Cela donne une perte des deux tiers de la population catholique pour notre foi. »

C'est la conclusion à laquelle aboutissent tous ceux qui ont étudié le mouvement de la population aux États-Unis : TÉglise] ne compte aujourd'hui dans son sein que le tiers de la population d'origine catholique.

Bien plus, des voix autorisées proclament que la situation faite aux catholiques américains ne pouvait amener d'autres résultats.

La CathoUc lieview de New-York, dans son numéro du 4 juin 1887, fait les effrayantes déclarations qui suivent :

« Pendant un demi-siècle, on a jeté dans le sol catholique de ce pays une semence dont le fruit mûrit maintenant et dont nous récolterons la moisson avant longtemps. Pendant cinquante ans, les catholiques de ce pays, au centre de la tradition du protestantisme, ont vécu sans écoles pour leurs enfants, sans journaux pour protéger les parents contre l'influence continue de .cette tradition, contre sa puissance de pénétration qui, sous mille formes, s'impose à l'attention de notre population et corrompt ses bonnes coutumes et sa bonne volonté.

» Ce serait folie de prétendre qu'un peuple, si attaché qu'il soit à la foi, puisse dans de telles conditions se préserver complètement. Beaucoup ont été perdus pour la religion ; beaucoup, sans y renoncer, sont devenus lâches dans la foi ; nombre d'autres ont fait un tel mélange des leçons de l'Église et des leçons de Terreur qu'ils sont devenus pour le catholicisme, en Amérique, une source de dangers. »

APPENDICK 501

Et le journal américain conclut en disant : « Malgré ces avantages soit apparents, soit réels, nous sommes actuellement entourés de difficultés, et menacés intérieurement de dangers qui pourront nous <auser des pertes incalculables et de grandes soufl'rances. »

En regard de ces sombres pronostics de la Catholic Review de New-York, nous pouvons mettre les déclarations triomphantes des prédicants :

« La Bible et l'École, disait publiquement un fameux ministre presbytérien, sont les deux meules qui expriment le catholicisme du cœur des enfants. »

Un ministre méthodiste proclamait avec satisfaction, que par ce moyen les catholiques avaient perdu 1.990.000 âmes en l'espace de douze ans.

Un autre ministre protestant, le D' Clark d'Albany, disait avec sang-froid : « Toutes les masses sont maintenant sous notre influence, et le plus puiss;mt instrument de cette œuvre a été notre admirable système d'écoles. »

On pourrait, il est vrai, révoquer en doute l'impartialité de pareils témoins, mais nous empruntons ces textes à une « Lecture » prononcée à Cleveland (Ohio), le 17 décembre 1874, par Mgr Mac Quaid, le vaillant évéque de Rochester, l'une des autorités les plus incontestées de l'épiscopat américain.

Un autre prélat, Mgr Lynch, archevêque de Toronto, calculait, il y a plus de vingt-cinq ans, que la population catholique des États-Unis, par suite de l'immigration et de l'accroissement naturel, aurait dû atteindre à cette époque le chiffre d'environ 16 millions.

S02 APPENDICK

Aussi, la lieoiew cite ces paroles d'un prédicant, le llév. Fulton, qui disait, le 19 octobre 1873, s'appuyant sans doute sur le calcul de Mgr Lynch :

u II devrait y avoir aux États-Unis 17.000.000 de catholiques et il n'y en a que 5.000.000 ; où donc sont les autres ? Ils se sont rangés sous l'étendard de notre glorieuse république : par suite de nos Bibles, do notre système d'écoles publiques, de nos journaux , de toute notre influence libéralisante , 10.000.000 de catholiques romains ont été délivrés de l'esclavage papal et jouissent aujourd'hui avec nous des glorieuses libertés de ce pays. »

Mais, c'est à tort, nous l'avons vu, que le protestantisme se vante de profiler des pertes subies par le catholicisme aux États-Unis. Sa haine du a papisme » peut seule l'aveugler à ce point, de considérer comme un gain les progrès effrayants de l'irréligion et du matérialisme.

Le R, P. Baumgarten. S. J., au cours d'une remarquable étude, intitulée : « Quelques points noirs dans la condition faite à l'Église catholique aux États-Unis » [Stimmen aus Maria- Laach 1878), s'exprime ainsi :

« La liberté religieuse, en Amérique, a fait que les sectes protestantes se sont de plus en plus morcelées et pulvérisées, que l'incrédulité a crû dans une proportion effrayante, que l'indifférentisme s'est répandu dans des limites encore plus vastes.

» De là s'est éteinte dans la conscience cette vérité que le particulier, comme l'État, doit se soumettre à la religion révélée de Dieu et que celte religion est nécessairement une. Isolés dans celle atmosphère

d'incrédulité et de eectarianisme, des milliers de protestants croyants et de catholiques onl non seulement perdu la foi, mais même le besoin de croire et toute juste idée de révélation divine. D'après les diligents travaux de statistique du Dominicain Irlandais, Etienne Byrne, les catholiques devraient être maintenant, aux États-Unis, trois fois plus nombreux qu'ils ne le sont en réalitt^ » (Irish Emvjnilion, Wliat il has heen and \\ liai il is. — N^ 7, 1873, p. 36.)

Ainsi, tous les témoignages nous amènent aux mêmes conclusions : l'exemple de rAmérique est la démonstration la plus saisissante de la sagesse supérieure des enseignements du Sifllabus. Les deux tiers de la population n'appartenant à aucune Église, un tiers n'étant même pas baptisé, prouvent que vraiment, la liberté de tout enseigner, de tout publier et de tout dire, engendre nécessairement la corruption des mœurs et de l'esprit et la peste de l'indifférence.

Ces fameuses libertés américaines dites aussi : libertés modernes et qualifiées par Grégoire XVI de folies, ont eu pour résultat de faire perdre à des millions d'âmes, non-seulement la foi et le nom de chrétien avec le baptême, mais jusqu'à ce minimum d'idéalisme et-cette velléité de religion, saluée naguère par M. Brunetière : le besoin de croire.

Le Correspondant a publié, dans sa livraison du 10 octobre 1901, un article de Mgr Gabriels, évêquc

d'Ogdensburg(É.-U.), sur Le catholicisme aux F lats- Unis durant le dix-neuvième siècle, de 1800 à

Les conclusions de Mgr Gabriels sont beaucoup plus modestes et par conséquent plus près de la vérité que celles de M. Brunetière. Il convient qu'au lieu de dix à onze millions de catholiques, il devrait y en avoir aux États-Unis plus de vingt millions. Mais Mgr Gabriels ajoute que les pertes de l'Église sont moins grandes, depuis quelques années, tandis que les conquêtes faites sur le protestantisme augmentent.

Il est hors de toute contestation que le nombre des prêtres, des évêques, des églises et autres institutions catholiques va sans cesse progressant aux Étals-Unis. Mais il faut convenir également que, sous certains rapports, de nouveaux obstacles surgissent qui menacent d'entraver ces progrès.

A ceux que Mgr Gabriels lui-même énumère : (les écoles neutres, l'influence du milieu protestant, les divorces, les mariages mixtes, etc.), il faut ajouter l'indifTérentisme en matière de religion qui gagne de plus en plus la masse du peuple américain et constitue, certainement, le plus grave danger pour la foi. Mgr Gabriels, grâce à sa longue expérience du ministère des âmes aux États-Unis, sait fort bien, nous en sommes convaincus, que les meilleurs et les plus fervents parmi les membres des paroisses catholiques sont, ordinairement, des émigrants d'origine allemande, irlandaise ou canadienne. La nouvelle génération , c'est-à-dire les descendants d'immigrants fixés aux États-Unis, est déjà plus difficile à

maintenir dans la pratique des devoirs relij^ieux. Sans les immigrants de la première génération qui forment partout le fonds le plus solide des paroisses, serait-il aussi facile de bâtir des églises et de fonder des écoles?

Un autre danger pour le catholicisme aux Étatsl^nis, c'est le bien-être parfois excessif au milieu duquel vit une partie du clergé américain. Ce bienêtre, ce confortable n'est pas de nature à entretenir le zèle apostolique et l'esprit de foi qui animaient les missionnaires du dernier siècle, les Flaget, les Brûlé, les Cheverus, les Galitzine, les Neumann. Ne peut-on pas voir un symptôme de ce manque de zèle apostolique qui menace d'envahir le clergé américain, dans ce fait que si peu de prêtres, même dans les diocèses oii les vocations sont nombreuses, se consacrent à évangéliser les Indiens et les nègres (1)? Comment se fait-il que, sur dix milhons de nègres vivant aux États-Unis, il n'y ait que 150,000 catholiques? D'où vient que, parmi les Indiens ou dans les régions encore pauvres, là où le labeur est plus grand, il n'y a guère que des missionnaires venus d'Europe?D'où vient que, malgré tous les efforts des délégués de l'œuvre de la Propagation de la Foi, les offrandes recueillies sont si peu en rapport avec les ressources du pays ?

Mgr Gabriels fait honneur aux Paulistes de l'augmentation du nombre des conversions au ca-

( 1 ) Nous devons d'autant plus rendre hommage au H. P. Slattery, né à New-York, qui a fondé à Baltimore un petit et un grand séminaires pour former des missionnaires destinés aux hommes de couleur. Son œuvre a rencontré de grandes difficultés et se développe lentement.

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tholicisme parmi les protestants. N'est-il pas à craindre, cependant, que cet accroissement des conversions ne coïncide avec une certaine tendance à abaisser les barrières entre les différentes confessions religieuses? On s'embrasse trop facilement peut être dans la charité, avant d'être assuré qu'on se rencontre sur le terrain solide de la vraie foi, sans restrictions et sans équivoques. Des convertis comme Brownson et le P. llecker peuvent, sans doute, sauver leurs âmes; mais n'ont-ils pas semé des idées fausses qui nuiront à d'autres en n'engendrant qu'un catholicisme bâtard ?

Sil y a moins de fanatisme qu'autrefois parmi les protestants des États-Unis, n'est-ce pas parce qu'ils sont envahis, plus encore que les catholiques, par l'indilïérentisme en matière de religion ?

Ce qui reste actif c'est le mécanisme social organisé par la franc-maçonnerie et (jui, depuis Torigiue, façonne le pays à son image. Le gouvernement américain, sous l'apparence d'une tolérance impartiale, est une leçon vivante d'indifférence dogmatique. Il ne sort de cette indifférence que pour exclure les catholiques des fonctions publiques, refuser les subsides de l'État aux missions catholiques chez les Indiens, ou bien pour imposer les écoles sans Dieuà ses nouvelles possessions catholiques de Porto- Rico, de Cuba et des Philippines.

Il est à souhaiter que les catholiques américains jouissent encore longtemps de la part de liberté qui leur est faite aux États-Unis et que leur reconnaît la Constitution, mais il est très probable que la tolérance dont ils profitent cessera le jour où ils com-

mencei'ont à exercer une influence sociale plus effec- Hve clans le pays. Ils seront tolérés tant qu'ils ne contrediront en rien l'opinion régnante, c'est-à-dire le libéralisme religieux qui fleurit dans tout son éclat sur la terre de Washington.

S'il n'y a point actuellement de persécution, c'est parce qu'il n'y a point de lutte, point de résistance aux idées du siècle.

La plupart des catholiques américains ne comprennent même pas que l'on attaque la franc-maçonnerie ; ils la considèrent encore comme une institution de bienfaisance. Ce préjugé, qui subsiste malgré l'enseignement formel de l'Église, n'est-il pas à lui seul un immense danger? «

En résumé, l'article de Mgr Gabriels a été inspiré par le désir très légitime de mettre en relief ce qu'il y a de bon en Amérique, il marque un progrès sensible sur les travaux publiés naguères dans le Correspondantel dans la Revue des /Jeux-Mondes, mais il ne donne pas encore une idée complètement exacte de la situation religieuse aux États-Unis et il ninfirme en rien les conclusions du livre de M. Jules Tardivcl, et de la thèse que nous avons soutenue plus haut.

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