‹ Nouveau ChristianismeChapitre 1 sur 5 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le morceau que l'on va lire était destiné à faire partie du deuxième volume des Opinions littéraires, philosophiques et industrielles ; mais l'objet qui s'y trouve traité est tellement important en luimême , et à cause des circonstances politiques actuelles, qu'il a été jugé convenable de le publier séparément, et Tlès %. présent. ♦ *

Rappeler les peuples et les rois au véritable esprit du christianisme , alors même qu'on s'en écarte le plus , que des lois sur le sacrilège sont promul-

giiécs , et que les eatholiqucs et lesi protestants en Angleterre cherchent les nio}^ens de terminer une lutte longue et pénible ; en même temps , essayer de préciser l'action du sentiment religieux dans la société, quand tous l'éprouvent, ou du moins sentent le besoin de le respecter dans les autres ; quand les écrivains les plus distingués s'occupent d'en déterminer l'origine , les formes et les progrès, et que, d'une autre part, la théologieâcherche à l'étouffer sous le poids de la superstition : tel est le but principal qu'on s'est proposé dans les dialogues suivants.

Les ministres des différentes sectes chrétiennes qui se regardent réciproque-

meut comme hérétiques, et qui, dans le sens vrai et moral du christianisme, le sont tous à différents degrés, ces ministres, disons-nous, ne manqueront pas de se récrier contre une semblable accusation , et contre l'écrit où elle est développée; mais ce n'est point principalement à eux que s'adresse cet écrit , il s'adresse à tous ceux qui, classés, soit comme catholiques, soit comme protestants luthériens , ou protestants réformés, ou anglicans, soit même comme israélites , regardent la religion comme ayant pour objet essentiel la morale; à tous les hommes qui , admettant la plus grande liberté de culte et de dogme, sont loin cependant de regarder

la morale avec des yeux d'iiuliiïcrcnce , et qui sentent le besoin continuel de l'épurer, de la perfectionner , et d'étendre son empire sur toutes les classes de la société, en lui conservant un caractère religieux ; à tous les hommes enfin qui ont saisi ce qu'il y a de vraiment sublime , de divin , dans le premier christianisme , la supériorité de la morale sur tout le reste de la loi , c'est-à-dire sur le culte et le dogme, et qui comprennent en même temps que le culte et le dogme ont pour but de fixer l'attention de tous les fidèles sur la morale divine. De ce point de vue, les critiques du catholicisme, du protestantisme, et des autres sectes chrétiennes , deviennent indispen-

sables, puisqu'il est prouve qu'aucune de ces sectes n'a accompli les vues du fondateur du christianisme.

Ce désir d'épurer la morale, de simplifier le culte et le dogme , pousse beaucoup de personnes à proposer une secte particulière du protestantisme , par exemple la religion dite réformée , comme le passage inévitable à un nouvel ordre de choses religieux, ou même comme un choix définitif; elles fondent leur opinion sur ce que cette religion particulière se rapproche davantage de l'esprit du christianisme que toutes les autres, et certes elles s'élèveront pour repousser tous les traits qu'elles croiront lancés contre le protestantisme.

VJ

Il n'y a qu'un mot à répondre à cet argument : l'espèce humaine n'est point condamnée à l'imitation ; et il arrive bien souvent que, lorsque nous apprécions complètement l'avantage qu'il y a eu, à une époque antérieure, d'adopter telle opinion , telle institution ; cette approbation pour ce qui a été fait doit marcher de front avec l'établissement d'une opinion, d'une institution encore supérieure, et toute erreur à cet égard est à la fois et nuisible et passagère.

Quant aux personnes qui n'envisagent les idées sur la Divinité et sur la révélation que comme des formules qui ont pu avoir quelque utilité à des époques d'ignorance et dç barbarie , et qui

vij trouveront anti - philosophique l'emploi de semblables formules au dix - neuvième siècle ; ces personnes , qui , d^un rire voltairien^ croiront pouvoir réfuter l'auteur de cet écrite chercheront probablement dans leurs systèmes prétendus philosophiques une formule de morale plus générale, plus simple et plus populaire que la formule chrétienne ; et si elles ne trouvaient à lui substituer que la raison pure et la loi naturelle, révélée au fond des cœurs , elles ne soutiendraient plus sans doute une discussion de mots; d'ailleurs, elles ne tarderaient pas à s'apercevoir combien il y a de vague et d'incertitude dans leur langage. Si elles pouvaient enfm douter

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de l'excellence sur-humaine du principe chrétien , au moins devraient-elles le respecter comme le principe le plus général que les hommes aient jamais employé, comme la théorie la plus élevée qui ait été produite depuis dix-huit siècles.

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