‹ Nouveau ChristianismeChapitre 2 sur 5 · PREMIER DIALOGUE · texte numérisé non relu

PREMIER DIALOGUE

Le Conservateur. Croyez-vous en Dieu ?

Le Novateur. Oui , je crois en Dieu.

Le C. Croyez-vous que la religion chrétienne ait une origine divine ?

Le in. Oui, je le crois.

Le C. Si la religion chrétienne est d'origine divine , elle n'est point susceptible de perfectionnement ; cependant vous excitez par vos écrits les artistes , les industriels et les savants

û pcriectionner cette velij^ion : vous entrez doncen contradiction avec vous-même, puisque votre opinion et votre croyance se trouvent en opposition.

Le ]N. L'opposition que vous croyez remarquer entre mon opinion et ma croyance n'est qu'apparente ; il faut distinguer ce que Dieu a dit personnellement 5 de ce que le clergé a dit en son nom.

Ce que Dieu a dit n'est certainement pas perfectible, mais ce que le clergé a dit au nom de Dieu compose une science susceptible de perfectionnement , de même que toutes les autres sciences humaines. La théorie de la théologie a besoin d'être renouvelée à certaines époques , de même que celle de la physique, de la chimie et de la physiologie.

Le C. Quelle est la partie de la religion que vous croyez divine ? quelle est celle que vous considérez comme étant humaine ?

Le N. Dieu a dit : Les hommes doivent se conduire en frères à l'égard les uns des autres ; ce principe sublime renferme tout ce qu'il y a de divin dans la religion chrétienne.

Le C. Quoi ! vous réduisez à un seul principe ce qu'il y a de divin dans le christianisme?...

Le N. Dieu a nécessairement tout rapporté à un seul principe ; il a nécessairement tout déduit du même principe ; sans quoi sa volonté à l'égard des hommes n'aurait point été systématique. Ce serait un blasphème de prétendre que le Tout-Puissant ait fondé sa religion sur plusieurs principes.

Or , d'après ce principe que Dieu a donné aux hommes pour règle de leur conduite , ils doivent organiser leur société de la manière qui puisse être la plus avantageuse au plus grand nombre ; ils doivent se proposer pour but dans tous leurs travaux , dans toutes leurs actions , d'améliorer le plus promptement et le plus complètement possible l'existence morale et physique de la classe la plus nombreuse.

Je dis que c'est en cela et en cela seulement que consiste la partie divine de la religion chrétienne.

Le C. J'admets que Dieu n'ait donné aux hommes qu'un seul principe ; j'admets qu'il leur ait

commandé d'organiser leur société de manière

à garantir à la classe la plus pauvre l'amélioration la plus prompte et la plus complète de son existence morale et physique : mais je vous ferai observer que Dieu a laissé des guides à l'espècehuniaine. Avant de remonter au ciel , Jésus- Christ a chargé ses apôtres et leurs successeurs de diriger la conduite des hommes , en leur indiquant les applications qu'ils devaient faire du principe fondamental de la morale divine , et en leur facilitant les moyens d'en tirer les conséquences les plus justes.

Reconnaissez-vous l'église pour une institution divine ?

Le N. Je crois que Dieu a fondé lui-même l'église chrétienne ; je suis pénétré du plus profond respect et de la plus grande admiration pour la conduite des pères de cette église.

Ces chefs de l'église primitive ont prêché franchement l'union à tous les peuples; ils les ont engagés à vivre entre eux d'une manière pacifique ; ils ont déclaré positivement et avec la plus grande énergie aux hommes puissants que leur premier devoir était d'employer tous leurs moyens à la plus prompte amélioration

possible de l'existence morale et physique des pauvres.

Ces chefs de l'église primitive ont fait le meilleur de tous les livres qui ait jamais été publié , le Catéchisme -primitif, dans lequel ils ont partagé les actions des hommes en deux classes , les bonnes et les mauvaises , c'est-àdire celles qui sont conformes au principe fondamental de la morale divine , et celles qui sont contraires à ce principe.

Le C. Précisez davantage votre idée, et ditesmoi si vous regardez l'église chrétienne comme infaillible.

Le N. Dans le cas où l'église a pour chefs les hommes les plus capables de diriger les forces de la société vers le but divin , je crois que l'église peut sans inconvénient être réputée infaillible , et que la société agit sagement en se laissant conduire par elle.

Je considère les pères de l'église comme ayant été infaillibles pour l'époque où ils ont vécu , tandis que le clergé me paraît atijourd'hui, de tous les corps constitués, celui qui commet les plus grandes erreurs , les erreurs

les plus nuisibles à la société ; celui dont la conduite se trouve le plus directement en opposition avec le principe fondamental de la morale divine.

Le C. La religion chrétienne se trouve donc, selon vous, dans une bien mauvaise situation ?

Le N. Bien au contraire , jamais il n'a existé un si grand nombre de bons chrétiens ; mais aujourd'hui ils appartiennent presque tous à la classe des laïques. La religion chrétienne a perdu, depuis le quinzième siècle, son unité d'action. Depuis cette époque il n'existe plus de clergé chrétien ; tous les clergés qui cherchent aujourd'hui à enter leurs opinions , leurs morales , leurs cultes et leurs dogmes sur le principe de morale que les hommes ont reçu de Dieu sont hérétiques , puisque leurs opinions , leurs morales , leurs dogmes et leurs cultes se trouvent plus ou moins en opposition avec la morale divine ; le clergé qui est le plus puissant de tous est aussi celui de tous dont l'hérésie est la plus forte.

Le C. Que deviendra la religion chrétienne si , comme vous le pensez , les hommes chargés

du soin de l'enseigner sont devenus hérétiques ?

Le N. Le christianisme deviendra la religion universelle et unique ; les Asiatiques et les Africains se convertiront; les membres du clergé européen redeviendront bons chrétiens , ils abandonneront les différentes hérésies qu'ils professent aujourd'hui. La véritable doctrine du christianisme , c'est-à-dire la doctrine la plus générale qui puisse être déduite du principe fondamental de la morale divine , sera produite , et ausitôt cesseront les différences qui existent dans les opinions religieuses.

La première doctrine chrétienne n'a donné à la société qu'une organisation partielle et très incomplète. Les droits deCésar sont restés indépendants des droits attribués à l'église. Rendez à César ce qui appartient à César; telle est la fameuse maxime qui a séparé ces deux pouvoirs. Le pouvoir temporel a continué de fonder sa puissance sur la loi du plus fort , tandis que l'église a professé que la société ne devait reconnaître comme légitimes que les institutions ayant pour objet l'amélioration de l'existence de la classe la plus pauvre

La nouvelle organisation chrétienne déduira les institutions temporelles , ainsi que les institutions spirituelles , du principe que tous les hommes doivent se conduire à l'égard les uns des autres comme des frères. Elle dirigera toutes les institutions , de quelque nature qu'elles soient , vers raccroissement du bien-être de la classe la plus pauvre.

Le C. Sur quels faits fondez-vous cette opinion? Qui vous autorise à croire qu'un même principe de morale deviendra le régulateur unique de toutes les sociétés humaines ?

Le N. La morale la plus générale, la morale divine doit devenir la morale unique ; c'est la conséquence de sa nature et de son origine.

Le peuple de Dieu , celui qui avait reçu des révélations avant l'apparition de Jésus , celui qui est le plus généralement répandu sur toute la surface du globe , a toujours senti que la doctrine chrétienne, fondée par les pères de l'église , était incomplète; il a toujours proclamé qu'il arriverait une grande époque , à laquelle il a donné le nom de messiaque , époque où la doc-

trine religieuse serait présentée avec toute la généralité dont elle est susceptible; qu'elle réglerait également l'action du pouvoir temporel et celle du pouvoir spirituel, et qu'alors toute l'espèce humaine n'aurait plus qu'une seule religion, qu'une même organisation.

Enfin je conçois clairement la nouvelle doctrine chrétienne , et je vais la produire ; puis je passerai en revue toutes les institutions spirituelles et temporelles qui existent en Angleterre, en France , dans l'Allemagne du nord et dans celle du sud ; en Italie , en Espagne et en Russie ; dans l'Amérique septentrionale et dans l'Amérique méridionale. Je comparerai les doctrines de ces différentes institutions avec celle qui se déduit directement du principe fondamental de la morale divine, et je ferai facilement comprendre à tous les hommes ayant de la bonne foi et de bonnes intentions, que si toutes ces institutions étaient dirigées vers le but de l'amélioration du bien-être moral et physique de la classe la plus pauvre , elles feraient prospérer toutes les classes de la société, toutes les nations, avec la plus grande rapidité possible.

Je suis novateur, pareeque je lire des conséquences plus directes qu'on ne l'avait fait jusqu'à ce jour du principe fondanaental de la morale divine. Vous qui , zélé comme moi pour le bien public , êtes animé d'un esprit de conservation, vous bornez votre tâche à empêcher les hommes de perdre de vue le principe même que je veux développer. Eh bien , réunissons nos efforts ; je vais produire mes idées , combattez-les quand il vous paraîtra que je m'écarterai de la direction donnée aux hommes par le Tout- Puissant.

C'est avec une entière confiance que j'entreprends cette grande œuvre. Le meilleur théologien est celui qui fait les applications les plus générales du principe fondamental de la morale divine ; le meilleur théologien est le véritable pape , il est le vicaire de Dieu sur la terre. Si les conséquences que je vais présenter sont justes , si la doctrine que je vais exposer est bonne , c'est au nom de Dieu que j'aurai parlé.

J'entre en matière. Je commencerai par examiner les différentes religions qui existent aujourd'hui ; je comparerai leurs doctrines avec

celle qui se déduit directement du principe fondamental de la morale divine.

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