SYMPTÔMES
Ces moyens sont de plusieurs sortes : 1° ceux qui sont propres au médecin, à la mise enjeu de ses facultés, comme l'inspection, l'interrogation, le toucher, l'audition, l'odoration, la gustation ; 2° ceux que fournissent les malades ou les personnes qui les entourent, par leur témoignage ; 3° ceux qu'on emprunte aux sciences physiques, à la chimie, à la physique et à la mécanique; 4° ceux résultant de la pratique de l'inoculation; 5° enfin, ceux que fournit l'action de certains médicaments sur l'économie.
ARTICLE PREMIER
Inspection.
Tous les phénomènes qui se produisent à l'extérieur sont de son domaine; c'est par elle qu'on apprécie les variétés de mouvements, de teintes, de formes, de cicatrices, de boutons, de volume, de conformation, etc., etc. Son importance est extrême, puisqu'il n'est aucune fonction, pour ainsi dire, qui ne donne lieu, soit directement, soit par le jeu des sympathies, à quelque chose de sensible à la vue.
L'inspection est d'abord générale; c'est par elle que commence l'examen du malade. Le médecin jette un coup d'œil rapide sur l'habitude extérieure du sujet, et pour cela, il le découvre complètement s'il n'y voit pas d'ailleurs d'inconvénient, afin de connaître sa constitution, sa force physique, son état de maigreur ou d'embonpoint, les taches, difformités, plaies, etc., qu'il peut présenter. Il est beaucoup de maladies pour le diagnostic desquelles il ne faut pas d'autre investigation.
L'inspection devient ensuite spéciale, c'est-à-dire qu'on s'attache à l'examen particulier d'une partie, d'une région ou d'un produit pathologique, pour en mieux apprécier les propriétés physiques, dont la connaissance offre une plus grande importance au point de vue du diagnostic. Tantôt l'œil nu est impuissant à bien voir certains objets infiniment petits : alors la loupe et le microscope viennent à son secours; dans d'autres cas, la vue ne peut atteindre les parties profondément situées, alors on se sert des spéculums.
ARTICLE II
Interrogation.
Quoique très importante, l'interrogation est moins indispensable que l'inspection. On sait d'ailleurs que son rôle est nul dans les maladies des jeunes enfants, des sourds de naissance et de ceux qui ont perdu l'usage des facultés intellectuelles. Elle exige, pour être bien faite , une longue habitude de voir des malades , des connaissances sûres en pathologie, de plus un jugement droit, car elle doit être courte, claire, dépourvue de digressions inutiles et de mots scientifiques. Il faut apporter, dans les expressions dont on se sert et dans ses actes, plus ou moins de circonspection, de décence et de retenue selon l'âge, le sexe et les conditions sociales des malades ; et pour plaire à ceux-ci, il faut réunir des qualités que procure l'usage du monde, mais qui sont encore plus souvent innées. La manière d'interroger offre une telle importance, que c'est souvent par elle seule que les médecins sont jugés non-seulement par leurs confrères, mais encore par leurs clients. — A l'article Diagnostic nous exposerons le tableau de l'interrogation et de l'examen des malades.
ARTICLE III
Toucher.
11 comprend la pression , la palpation et le toucher proprement dit, de plus la succussion et la percussion, qui se rapportent en même temps à l'audition.
§ I. Pression. — C'est par la pression de la main ou des doigts qu'on reconnaît : 1° les changements divers de résistance que présentent les parties malades, comme la dureté, la tension, la réuitenec, l'élasticité, la flaccidité ; 2» certains bruits, tels que ceux produits par le déplacement de l'air, de l'eau ; 3° la valeur de certaines colorations morbides, suivant qu'elles persistent ou disparaissent sous les doigts ; 4° le degré de sensibilité des parties affectées.
§ II. Palpation. — L'action de pallier consiste à porter la main ouïes doigts sur les parties malades dans le but d'apprécier les divers changements do volume, de tension ou de flaccidité, de sécheresse ou d'humidité qui peuvent y être survenus. C'est le mode de toucher le plus utile, le plus employé, et qui demande a la fois beaucoup de
décence, do dextérité et d'habitude. Les parties soumises à cette exploration doivent être, autant que possible, dans le relâchement musculaire, et découvertes. Le médecin ne doit point appuyer l'extrémité des doigts d'une manière oblique, mais toute la main à plat ; l'une de ses mains est souvent employée à favoriser l'exploration de l'autre, comme dans les cas où l'on cherche à constater la fluctuation.
§ EŒ. Toucher. — Cette sorte de palpation se pratique au moyen d'un ou de plusieurs doigts introduits dans des parties naturellement inaccessibles à la vue, comme le vagin, le rectum.
A . Pour le toucher vaginal, la femme étant soit debout et appuyée contre un plan résistant, les jambes tenues un peu écartées, soit couchée, les cuisses fléchies et aussi un peu écartées, le médecin, ayant un genou à terre dans le premier cas, ou étant placé au côté droit de la femme dans le second cas, porteTindex de la main droite, préalablement enduit d'un corps gras, horizontalement entre les cuisses, appliquant le bord radial sur le périnée ; puis le ramenant en avant et en haut, il l'introduit doucement dans la partie postérieure de la vulve qui répond à l'entrée du vagin, en même temps que les autres doigts sont fortement fléchis dans la paume de la main. Alors les parois vaginales, le museau de tanche, le col et le corps de la matrice sont successivement explorés. Cet examen exige quelquefois que le doigt soit porté très haut, comme aussi il est nécessaire souvent de varier la position de la femme. Le toucher vaginal doit être accompagné de la palpation sus-pubienne, exercée par la main gauche, toutes les fois qu'il s'agit d'apprécier le volume et la mobilité de la matrice.
B. Le toucher rectal est plus facile. Pour l'effectuer, le sujet doit être couché sur le côté, le membre qui appuie sur le lit étant étendu, l'autre fléchi. Le doigt indicateur, enduit d'un corps gras, est introduit avec beaucoup de lenteur et de ménagement, surtout si le sphincter est douloureux ou très contracté. Ce toucher est employé pour reconnaître les maladies du rectum, de la prostate et de la vessie chez l'homme, celles du vagin et de la matrice chez la femme. Dans ce dernier cas, on introduit souvent simultanément le pouce dans le vagin et l'indicateur de la même main dans le rectum.
C. Il y a enfin le toucher buccal qui consiste à porter le doigt profondément dans l'arrière-bouche pour fixer le diagnostic de certaines maladies fort obscures, comme les tumeurs polypeuses des fosses
nasales, l'angine œdémateuse, les corps étrangers dans le pharynx, les abcès de cette région.
§ IV. Succussion. — « La succussion consiste à imprimer au corps du malade une secousse assez forte pour agiter les liquides et les gaz contenus dans une même cavité, et donner lieu à la production d'un gargouillement plus ou moins manifeste. » Ce mode d'exploration n'est applicable qu'à l'hydro-pneumo- thorax, à la dilatation de l'estomac ou d'une anse intestinale.
I V. Percussion. — Moyen de diagnostic basé sur les différents degrés de sonorité que présentent les parties que l'on frappe et sur le3 différentes sensations perçues par les doigts qui percutent. La percussion se distingue en médiate et en immédiate.
La percussion médiate se pratique en plaçant entre la main ou les doigts qui percutent et la partie percutée, un corps intermédiaire qui diminue la douleur sans atténuer le son, ou plutôt qui renforce celui-ci. Ce corps n'est autre qu'un ou deux doigts réunis de la main gauche, ou le disque d'ivoire connu sous le nom de plessimètre.
La percussion immédiate se fait en percutant directement les parties à explorer avec un seul ou plusieurs doigts réunis, quelquefois avec la main tout entière.
Les parties auxquelles on applique la percussion doivent être mises à nu ou recouvertes seulement d'une étoffe mince : le malade se tiendra assis pour la percussion du thorax ; il sera couché sur le dos pour la percussion de l'abdomen. La percussion doit être pratiquée d'abord légèrement ; on augmente peu à peu la force avec laquelle on percute, et l'on s'arrête au degré où l'on obtient les résultats les plus tranchés.
La percussion étant basée sur l'appréciation du degré de sonorité rendue par les parties malades, il est nécessaire de connaître préalablement la sonorité normale de ces mêmes régions à l'état normal. Non-seulement les cavité» donnent , par la percussion , dans l'état sain, des résultats qui diffèrent de ceux de l'état morbide, mais en • core elles rendent des nuances de sonorité qui varient suivant les différents points de leur surface percutés. Ainsi, par exemple, pour le thorax, le sou est plus clair sous les clavicules et les aisselles que dans les autres régions; il l'est aussi davantage du côté droit, considéré en général, que du côté gauche où le coeur occupe uue largo place. En un mot, là où il y a des organes plus pleins, plus denses, plus volumineux, ou des parois plus épaisses, la où le vide tend le
FATHOLOGIE GÉNÉRALE. 17
plus à disparaître, où l'air est le moins abondant, etc , il faut s'attendre à trouver moins de sonorité, un son plus mat, plus obscur, comme l'on dit. Lorsque, au contraire , le son est très prononcé, très résonnant, rendu par une cavité remplie d'air, on dit qu'il est tympanique.
Nous avons parlé de la sensation perçue par les doigts qui percutent. « D'après les observations de M. Piorry, lorsqu'il existe dans le ventre un kyste ovarique multiloculaire, dont les loges contiennent des matières variées, chacune d'elles peut offrir sous le doigt une résistance différente, et ce phénomène doit concourir, avec la pression et la palpation, à déterminer le siège et la nature de la tumeur. »
ARTICLE IV
Audition ou auscultation.
L'application du sens de l'ouïe en séméilogie a reçu le nom à! auscultation. Celle-ci consiste à appliquer l'oreille sur les diverses parties du corps sain ou malade pour apprécier les bruits variés dont elles sont le siège. L'auscultation est dite immédiate ou médiate, suivant que l'oreille s'applique immédiatement sur les parties ou qu'on se sert de l'instrument connu sous le nom de stéthoscope; elle peut encore avoir lieu à distance, lorsque les bruits sont très prononcés.
Pour pratiquer l'auscultation, il convient de mettre à nu la partie qu'on se propose d'ausculter ou du moins de ne la recouvrir que d'une toile simple; les muscles interposés entre l'oreille et la partie explorée doivent être, autant que possible, dans le relâchement ; le malade doit être assis sur son lit ou sur une chaise ; le stéthoscope, s'il est employé, doit être tenu comme une plume à écrire, la main placée très près de la partie que l'on explore, afin de s'assurer si l'instrument y est exactement appliqué. » Le médecin, placé à côté du malade, applique successivement sur toute la région extérieure du thorax, à droite et à gauche, à des hauteurs semblables, la même oreille, la droite s'il est à gauche du malade ; la gauche s'il est h sa droite, afin de. saisir les plus légères différences que pourraient offrir les phénomènes d'auscultation, dans les points correspondants des poumons ou des plèvres. Ensuite le bras du malade étant tenu élevé, le médecin porte son oreille dans le creux de l'aisselle du même côté, et l'applique sur les divers points de la région latérale du thorax ; il passe du côté opposé pour explorer la région dorsale, le creux de l'autre aisselle et tout le côté correspondant de la poitrine. »
La respiration, la toux et la voix, dans les maladies de poitrine ; les bruits du cœur et des artères, pour les troubles de la circulation; le souffle placentaire et les bruits du cœur du fœtus, dans la grossesse, la crépitation dans certaines lractures,le frottement des fausses membranes dans quelques péritonites chroniques, etc., tels sont les phénomènes que l'auscultation a à apprécier. Nous y reviendrons.
^ Quant à dire si l'auscultation médiate mérite la préférence sur la directe, ou vice versa, c'est une question d'habitude et de préférence individuelle : tel médecin familiarisé avec le stéthoscope perçoit moins bien les divers bruits à l'oreille nue, et réciproquement. M. Chomel n'a jamais recours qu'à l'auscultation immédiate, dont l'habitude est plus facile à acquérir, qui exige moins de temps et est plus simple. Il reconnaît pourtant des cas où l'auscultation médiate est préférable : c'est, par exemple, lorsque la poitrine est œdémateuse, parce que la pression du stéthoscope déplace la sérosité et permet de mieux apprécier les phénomènes morbides ; c'est encore lorsque l'espace sous-claviculaire étant très enfoncé chez un sujet hectique, l'oreille ne peut s'y appliquer à cause de la saillie des os, etc.
ARTICLE V
Odorat ion.
Ce sens est utile au diagnostic en ce qu'il fait percevoir et apprécier les diverses odeurs fournies par les exhalations, les sécrétions et les excrétions. Son importance est minime, comparée à celle de la vue et du toucher. Cependant il est des maladies, telles que la gangrène, l'ozène, le cancer ulcéré de la matrice, la teigne, dont l'odeur seule peut révéler l'existence ou confirmer le diagnostic.
La plupart des odeurs exhalées par l'homme malade sont fétides et sans analogues ; pourtant il en est que l'on peut comparer à quelques-unes qui lui sont étrangères : telle est l'odeur de souris, d'aigre, etc. Les excrétions répandent souvent l'odeur de certaines substances ingérées, telles que la térébenthine, l'asperge, le musc, etc.
ARTICLE VI
Guatatton.
On ne gofitc guère les produits do l'économie, si co n'est le lait, d'abord parce que cela répugne beaucoup trop, ensuite parce que la
gustation est remplacée avec avantage par l'emploi des réactifs chimiques. Néanmoins, il est des médecins qui poussent le zèle jusqu'à goûter certains produits morbides, l'urine sucrée des diabétiques, par exemple. Il arrive plus souvent que l'on goûte d'une substauce que l'on soupçonne d'avoir produit des accidents ou contribué à leur développement.
ARTICLE VII
Témoignage des malades, des] parents on de toute autre
personne.
Il y a à considérer le témoignage ordinaire et le témoignage mal îétique.
§ I. Témoignage ordinaire. — Ce n'est point du témoignage résultant directement de l'interrogation des malades qu'il est question , mais des aveux qu'ils font sur des circonstances ou des phénomènes physiologiques ou morbides n'ayant que des rapports très indirects avec la maladie actuelle, et sur lesquels le médecin n'aurait probablement adressé aucune question. Les parents du malade, des personnes étrangères même, peuvent fournir un témoignage du même genre, qui devient surtout utile quand ce malade est dans le délire ou aliéné, muet ou dans le premier âge. Mais le médecin doit se tenir en garde contre les rapports de cette nature, surtout s'il n'est sûr ni de la bonne foi, ni de l'intelligence, ni du désintéressement do ceux qui les font.
§ II. Témoignage magnétique. — C'est celui que fournissent les personnes soumises au magnétisme animal. Tantôt c'est le malade lui-même, tantôt c'est un autre individu qui le procure, selon que le premier est magnétisé pour son propre compte, ou que le second l'est pour le compte du malade, directement ou indirectement en rapport avec lui.
Nous croyons superflu de nous étendre sur les phénomènes ou effets magnétiques, et d'expliquer la manière de procéder pour les développer. Nous n'avons pas surtout besoin de déclarer que nous ne croyons pas à la science infuse des magnétisés en matière de physiologie, de pathologie, de thérapeutique; qu'en supposant même qu'ils voient nos organes les plus cachés et les altérations dont ils sont lo siège, ils ne peuvent en tirer aucune induction ni pour le diagnostic, ni pour la thérapeutique, s'ils ne sont au préalable versés dans la
connaissance de l'anatomie patliologique et de la matière médicale car le magnétisme serait réellement la connaissance du passé , du présent et de l'avenir, qu'il ne pourrait pénétrer les secrets dune science aussi difficile et compliquée que la médecine, dont les dogmes se soustraient à l'action des sens.
Dans la première édition de cet ouvrage, et successivement dans quatre impressions de notre Anthropologie, nous avons professé la plus grande- incrédulité pour tout ce qui se rapporte aux effets extraordinaires du mesmérisme, comme par exemple de lire sans le secours des yeux et de la lumière, de voir à travers les corps opaques, même à de grandes distances, etc. Cependant, depuis, nous avons ouï de nos oreilles, vu de nos yeux, des choses qui nous ont profondément étonné, et, pourqitoi ne pas l'avouer? qui ont ébranlé notre scepticisme.
Voici le fait pur et simple. Il y a vingt mois, M. Fabre, avoué à la cour d'appel, à Paris, reçoit une lettre de Dôle Cette lettre est écrite par une dame habitant en Amérique, à son fils qu'elle croit chez son parent, dans cette ville. Ce fils venant de partir pour Paris, où il doit, descendre chez M. F..., la lettre est glissée dans une enveloppe et adressée à ce dernier pour être remise au destinataire. Mais le jeune voyageur n'avait pas encore paru chez M. F..., qui, le connaissait étourdi et très ami du plaisir, conçut des inquiétudes et voulut se mettre à sa recherche.
M. F... est notre ami d'enfance : il ne connaissait du magnétisme que ce qu'il en avait entendu raconter ou lu, et rejetait très loin toutes ses prétendues merveilles. En nous faisant part de son inquiétude au sujet du jeune homme qui devait être chez lui depuis huit jours et dont il ignorait le sort, l'idée lui vint, idée de pure curiosité, d'aller consulter un somnambule. Aussitôt fut choisi Alexis, dont la lucidité avait été tout récemment exaltée dans un roman d'Alexandre Dumas. Nous cherchâmes son adresse dans l'Almcmaeh du Commerce, et partîmes sur-le-champ pour l'aller trouver, rue des Fossés- du-Temple, 40. Chemin faisant, M. F... dut passer chez lui pour se munir d'une lettre qui, seule, pour ainsi dire, devait porter la parole.
Alexis fut endormi en notre présence avec une facilité et une promptitude qui nous firent sourire d'incrédulité et craindre uno mystification. Assis sur son canapé, il lit signe à M. F... de prendre place h côté de lui. Il lui prit d'abord la main, qu'il garda deux ou trois minutes dans la sienne, puis lui demanda s'il n'avait pas quelque choso qui put le mettre sur la voie dos renseignements qu'il dé-
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. 21 sirait. Alors M. F... tira la lettre de sa poche et la lui remit sans prononcer un seul mot.
Alexis saisit cette lettre, la palpa, et se la porta au nez comme pour la sentir. Mais, chose étrange, il n'eut pas plus tôt fait ce mouvement, qu'il sépara l'écrit de l'enveloppe et rendit vivement cette dernière, comme si elle eût été un obstacle. Cette enveloppe n'appartenait pas en effet à la lettre ; elle lui avait été ajoutée à Dôle, ainsi que nous
l'avons dit plus haut.
Alexis applique alternativement lalettre sous sonnez et sur son front, il la flaira fortement, la palpa et la retourna dans tous les sens, non dépliée, puis il commença à parler lentement, s'arrêtant et se reprenant souvent, tout en continuant de sentir et de palper l'écrit. « Cette lettre, dit-il, vient de hien loin..., de très loin..., d'au-delà les mers... Elle a été écrite par une femme..., par une mère à son fils. Cette femme est brune, entre deux âges... Elle habite une petite ville d'Amérique... où on parle anglais, français et espagnol. Elle est en deuil (c'était vrai, deuil de son mari), je la vois dans une maison de campagne... non loin de la ville (on a pu se convaincre plus tard que c'était encore la vérité), elle est à table, etc.. »
Ici M. F ... prit la parole pour la première fois . Ouest son fils ? demanda-t-il. « Vous le savez bien, répond Alexis; il est à Paris; attendez, je le vois dans un hôtel, tout près de l'Odéon... -> Il y avait erreur sur ce point. Mais, chose encore étonnante, c'est que le jeune homme, qui n'était pas actuellement à Paris et qui s'était arrêté en route pour visiter quelques amis , avait habité l'année précédente l'hôtel désigné, l'hôtel Corneille.
.< Pouvez-vous me dire, ajouta M. F... si ce que j'ai envoyé à cette dame d'Amérique lui est parvenu? — Je vois ce que c'est, dit le somnambule... une lettre... non, une enveloppe contenant trois papiers : l'un est une lettre, l'autre représente une valeur et porte des caractères imprimés (vérité); le troisième... (Ici Alexis parut, par sa mimique, faire de grands efforts d'attention et de pénétration ). Non, ce n'est pas arrivé... Je vois de l'écriture sur l'enveloppe du côté du cachet (c'était exact, cela existait!). »
Les détails de l'enveloppe cachetée et de son contenu furent si extraordinaires, qae M. F... en pâlit d'étonnement et de stupeur. Pour moi, bien que je ne fusse que témoin, sûr de M. F..., sûr de ce que j'entendais et voyais, je fus tellement impressionné que mon sommeil en fut troublé, et qu'après deux ans bientôt, je suis encore sous une impression assez forte pour mo faire braver les marques
d'incrédulité et peut-être les railleries de mes confrères. Aucune puissance au monde, pas même le respect humain, qui est un si grand tyran pour certaines personnes, ne m'empêchera d'avouer que j'ai entendu et vu ce que je viens de raconter.
ARTICLE Vm.
Sciences physiques.
La chimie, la physique et la mécanique sont tributaires du diagnostic.
§ I. Chimie. — Par l'analyse chimique, nous acquérons des notions plus ou moins exactes sur la composition des tissus , des produits normaux et des produits pathologiques. A l'aide du seul papier de tournesol, on décèle les propriétés acide, alcaline ou neutre des liquides. Par l'emploi méthodique des réactifs, on retrouve dans les organes les substances qui ne doivent point s'y rencontrer physiologiquement, substances provenant soit du dehors, par voie d'absorption aérienne, gastro-intestinale ou cutanée, par injection ou inoculation, soit de l'économie elle-même, par l'effet d'une maladie dans laquelle un principe est distrait d'un liquide ou d'un solide pour se porter dans un autre auquel il était étranger auparavant ; soit tout à la fois du dedans et du dehors, comme pour le sucre de l'urine diabétique.
Les secours de la chimie ne Bout pas seulement nécessaires pour reconnaître la nature de la maladie, ils le sont aussi pour eu suivre la marche, en apprécier les changements, etc. Malheureusement ils exigent, la plupart du temps, des expériences longues, diificiles, nombreuses, qui ne sont du ressort que d'un très petit nombre de praticiens.
§ II. Physique. — Elle prête plusieurs sortes d'instruments au diagnostic. 1° Les lunettes, ou mieux les verres concaves ou convexes, servent à mesurer le degré de la faculté visuelle, à renforcer les rayons lumineux en modifiant leur foyer, etc. — 2° La loupe grossit les objets et est d'un usage facile et général pour faire apercevoir l'acarus dans la gale, certaines érosions superficielles de la cornée; pour déterminer, au début de quelques maladies cutanées, le genre d'affection qui se déclare, etc. — 3° Le microscope est infiniment plus puissant; il rend distincts les objets totalement invisibles à l'œil nu. On s'est beaucoup exercé , depuis quinze ans , à se servir de cet
instrument; niais son emploi exige une longue habitude et des études spéciales qui s'opposeront toujours à ce qu'il devienne familier à l'immense majorité des médecins. Le microscope, d'ailleurs, malgré les services incontestables qu'il a rendus, ne doit point être considéré comme infaillible : c'est un coup d'oeil plus perçant , voilà tout. — 4° Le thermomètre est utile pour l'appréciation des différents degrés de température que présente le corps ou l'une de ses régions. — 5° L'aréomètre fait connaître la densité des liquides de l'économie.
6° L'électricité est quelquefois employée pour s'assurer si la vie
existe encore soit chez un malade supposé mort, soit chez le fœtus encore renfermé dans le sein de la mère, lorsqu'il s'agit de procéder, dans un accouchement difficile , à une manœuvre qui peut compromettre son existence, etc. — 70 Enfin la lumière, cet agent physique, est mise en usage pour s'assurer si la rétine est encore sensible et si l'iris jouit ou non de mobilité. — 8° Nous en dirons autant du son et du bruit pour ce qui concerne l'audition.
§ m. Mécanique. — Le médecin lui doit, comme servant au diagnostic seulement, le stéthoscope, le plessimètre, le spéculum, le pelvimètre, le stylet, les sondes et les bougies, le cordon gradué, sans compter les instruments ci-dessus, rapportés à la physique.
A. Nous n'avons pas à revenir sur le stéthoscope et le plessimètre, (V.p. 16.)
B. Spéculum. — On a varié la forme de cet instrument. Ses nombreuses variétés se rattachent à deux conditions principales que voici ; 1° cylindres coniques d'une seule pièce; 2° cylindres composés de plusieurs pièces mobiles. Relativement à ces derniers, les uns ont leurs pièces mobiles les unes sur les autres, de manière que l'instrument s'introduit très petit pour se développer, augmenter son diamètre après l'introduction; les autres se composent de deux valves auxquelles peuvent s'en ajouter à volonté une ou deux autres. Le spéculum à quatre valves est le plus employé pour l'exploration des organes génitaux de la femme.
Voici la manière d'appliquer le spéculum. La femme étant assise sur le bord du lit, en face du jour, les cuisses à demi fléchies sur le bassin, les jambes à demi fléchies sur les cuisses et les pieds appuyés chacun sur une chaise, l'opérateur, placé entre les membres pelviens, tenant delà main droite l'instrument, dont les valves sont rapprochées et enduites de cérat ou d'huile, écarte d'abord les grandes et les petites lèvres avec l'annulaire et l'indicateur de la main gauche, et déprime
avec le médium la partie postérieure de la fourchette et de l'anneau vulvaire. Alors l'extrémité du spéculum, munie ou non d'un embout, est présentée à la vulve. On dirige l'instrument d'abord directement d'avant en arrière, puis de bas en haut, en lui faisant suivre la direction de l'axe vulvo-vaginal. Au fur et à mesure qu'on le fait pénétrer, on a soin d'écarter peu à peu les valves, afin d'embrasser le col. Mais ce but n'est pas toujours facile à atteindre, et souvent on vient s'engager dans le cul-de-sac du vagin sans que le col soit saisi. Ce qu'il faut faire, dans ce cas, c'est de retirer un peu et doucement le spéculum, puis de l'enfoncer de nouveau en donnant plus d'écartement à ses valves et en dirigeant son extrémité interne plus en arrière, car le col est ordinairement dirigé de ce côté, présentant sa face antérieure à l'ouverture et non le museau de tanche.
Il convient d'explorer préalablement les organes par le toucher, car, quand le doigt a reconnu le siège, quelquefois la nature du mal et surtout la position de l'utérus, l'instrument est dirigé plus directement et plus sûrement. L'inflammation des parties sexuelles, leur ramollissement carcinomateux, leur développement incomplet, la présence de l'hymen, telles sont les conditions qui doivent faire rejeter l'emploi du spéculum.
Il y a encore le spéculum auris , à deux valves , pour l'examen et le diagnostic des maladies du tympan ; — le spéculum uni, qui est d'un emploi plus douloureux et plus rare à l'anus.
§ IV. Pelvimitre. — Instrument imaginé pour mesurer le bassin. On en a fabriqué pour l'intérieur et pour l'extérieur. Les premiers, qui sont ceux de Coutouly, de madame Boivin, de Wellenberg, etc., n'offrent qu'une bien faible utilité à cause de leur peu de précision ou de leur complication. Quant aux seconds, ils ne sont autre chose que le compas d'épaisseur de Baudelocque , lequel est surtout employé pour mesurer l'étendue du diamètre sacro-pubien au détroit supérieur, ce qui se fait en plaçant l'une des extrémités lenticulaires un peu au-dessous de l'apophyse épineuse de la dernière vertèbre lombaire , l'autre sur la partie supérieure de la symphyse des pubis, et en appréciant l'écartement des branches au moyen de la règle graduée qui les traverse au point où leur portion droite s'unit à la courbe.
§ V. Sondes el stylets. — Do tout temps on s'en est servi pour connaître lo trajet, la direction, lo diamètre des canaux malades, dos trajets fistuleux ; pour constater la présence de corps étrangers,
tels que les calculs dans la vessie, des portions d'os nécrosées, des balles, etc.
§ VI. Lien gradué. — Il sert à mesurer la longueur ou la circonférence des parties , comparées soit à elles-mêmes, suivant les différentes phases de la maladie, soit à leurs semblables du côté opposé. Le premier cordon venu peut servir à cet usage, pourvu qu'il ne prête pas lorsqu'on le tend un peu fort. — La mensuration est un mode d'examen qui résulte de l'emploi du lien gradué. Pour qu'elle ait de la valeur et ne trompe pas, il faut avoir soin de prendre des points fixes bien connus, sur les os par exemple, pour en faire partir et y faire aboutir le cordon. Il faut excepter les cas où il s'agit de mesurer la circonférence d'un membre ou de toute autre partie.
Au reste, la mensuration est presque exclusivement employée pour comparer un côté du thorax avec l'autre, dans le cas d'épanchement pleurétique considérable . Pour l'exécuter, on applique une des extrémités du cordon sur une apophyse épineuse vertébrale , et l'on ramène ce cordon du côté que l'on veut mesurer jusqu'au milieu horizontal de la poitrine en avant. En opérant de la même manière de l'autre côté, on acquiert la connaissance delà différence de volume •ntre les deux par la différence notée sur les degrés du cordon.
ARTICLE IX
Inoculation.
Elle n'a guère été employée, comme moyen de diagnostic, que dan9 la blennorrhagie et la syphilis. M. Ricord a pratiqué un très grand nombre d'inoculations pour démontrer la nature virulente ou non virulente des nombreux symptômes qu'on rattache à ces affections ; aussi sont-ce les opinions de ce chirurgien que nous allons surtout reproduire. D'abord, il faut dire que l'inoculation ne se pratique généralement que sur les individus mêmes qui fournissent le produit inoculable attendu que, d'une part, celui-ci ne peut se transmettre aux animaux, sauf le singe pourtant, d'après les expériences de M. Auzias Turenne ; et que, d'un autre côté, il serait inhumain d'exposer des personnes saines à son action redoutable. On a vu cependant, dans ces dernières années , un jeune médecin se soumettre à toutes les expériences qu'on a voulu tenter sur lui, pour démontrer la possibilité prétendue de se prémunir contre la syphilis, en répétant
26 NOUVEAU CÛMPENDIUM.
l'inoculation plusieurs fois successivement, en syphiliscmi l'économie, et la rendant ainsi réfractaire au virus : théorie monstrueuse que tous les corps savants ont blâmée sévèrement.
L'inoculation s'opère de la même manière que la vaccination ; seulement c'est à la partie interne des cuisses que les piqûres se font, la lancette étant chargée de l'humeur provenant d'ulcères, de bubons ou d'urétrites présumés syphilitiques. Lorsque telle est leur nature, en effet, on voit bientôt apparaître un bouton pustuleux qui augmente graduellement et ne tarde pas à revêtir la forme d'un véritable chancre, lequel pourra donner lieu à l'infection générale, si l'on n'a soin de le. cautériser de bonne heure au moyen de la pûte de Vienne, par exemple, et dont le pus sera lui-même inoculable et transmissible indéfiniment. Pour que l'opération réussisse, deux conditions sont nécessaires : 1° le pus doit être emprunté à un chancre primitif actuellement dans la période de progrès; 2° il ne faut pas qu'aucune circonstance fortuite ait pu altérer le principe virulent qu'il renferme.
Voici les principales conséquences auxquelles l'inoculation a conduit M. Ricord.
1° Tout chancre primitif à la période de progrès est inoculable. Les chancres en voie de réparation, les ulcères consécutifs et tous les accidents secondaires ou tertiaires ne sont pas susceptibles d'être inoculés.
2° Tout bubon d'absorption à l'état de suppuration est inoculable: toutefois, le pus doit provenir des ganglions mêmes, non du tissu cellulaire environnant.
3° Le pus de la blennorrhagie ne s'inocule pas, ne fournit jamais la pustule chancreuse caractéristique. Lorsqu'il en est autrement, c'est que cette blennorrhagie est compliquée d'un chancre urétral, ou que ce pus a été rendu virulent par celui d'ulcères primitifs apparents ou cachés.
Ces propositions ont soulevé plus d'un orage dans la presse et les académies : nous aurons occasion de reproduire les principales objections qui leur ont été faites.
ARTICLE X
Thérapeutique.
Pour éclairer le diagnostic, 1» certains médicaments spécifiques sont employés dans le but de modifier rapidement l'état local ou gé-
néral et do mettre sur la voie de la nature de l'affection, comme le mercure dans les affections vénériennes, le soufre dans les maladies dartreuses; 2° dans d'autres circonstances, on administre des excitants généraux pour forcer l'organe malade à exprimer sa souffrance, lorsque l'organisme paraissant languir tout entier, nulle partie ne semble être atteinte plus qu'une autre.
Second® partie.
EXAMEN ET APPRÉCIATION DES SYMPTÔMltfJ.
Nous touchons à la partie la plus importante de la pathologie générale. Nous avons à étudier, en effet, les phénomènes précurseurs, les signes, les symptômes, la marche, la durée, les terminaisons, les crises, les complications, les phénomènes consécutifs, le siège, le diagnostic, le pronostic et la nature des maladies.
ARTICLE PREMIER
Phénomènes précurseurs,
On désigne par là les troubles généraux qui accusent plutôt du malaise qu'une maladie déterminée. On les appelle prodromes, signes avant-coureurs, parce qu'ils marquent le début de presque toutes les affections aiguës et fébriles. Ces phénomènes sont extrêmement nombreux et variés. « Ceux de presque toutes les maladies ont entre eux beaucoup de ressemblance, et ceux de la même affection ne sont presque jamais semblables. Néanmoins, lorsqu'il règne une épidémie, elle peut être annoncée par des phénomènes uniformes chez la grande majorité des malades ; mais, dans la plupart des cas, le prodrome ne peut donner lieu à aucun jugement, ni même à aucune conjecture bien fondée. »
Attitude molle, démarche chancelante, faiblesse, fatigue, lassitude, altération des traits, pâleur et rougeur alternatives de la face, céphalalgie, éblouissements, tintements d'oreilles, exagération de la sensibilité nerveuse, pressentiments tristes, insomnie, anorexie, fétidité do l'haleine, teinte foncée des urines, etc., etc., tels sont les principaux phénomènes précurseurs des maladies. Au lieu d'un malaise, ce peut être une sorte de bien-être, comme dans la goutte. Du reste, les prodromes s'associent, se combinent d'une manière infinie. Il n'y a pas de rapport entre leur intensité et celle de ln maladie
qu'ils précèdent. Cette intensité est telle quelquefois qu'elle eu impose pour la maladie elle-même : dans ces cas, signes précurseurs et symptômes proprement dits se confondent.
ARTICLE II
Signes des maladies.
« On désigne spécialement par signes tout ce qui peut faire connaître ce qu'il y a de caché sur l'état passé, présent et futur d'une maladie. Les causes qui ont précédé le développement, la manière dont elle a débuté et marché, l'influence exercée sur son cours par les moyens thérapeutiques, fournissent des signes aussi bien que des symptômes. Le symptôme est simplement une sensation qui ne devient signe que par une opération particulière de l'esprit. L'un appartient par conséquent au jugement, l'autre au sens. »
ARTICLE m.
Symptômes des maladies.
« Tout changement perceptible au sens, survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction, et lié à l'existence d'une maladie, est un symptôme. Tout acte, tout changement qui s'opère dans le corps est un phénomène. Celui-ci appartient à la santé comme à la maladie, tandis que le symptôme est toujours l'effet de cette dernière. »
Les symptômes sont extrêmement nombreux et variés. Le meilleur ordre à suivre dans leur étude est celui des fonctions physiologiques.
1° Fonctions de relation ;
2° Fonctions d'assimilation ;
3° Fonctions de génération.