Même exercice que plus haut
Aux notables de Rouen.
Si je voulois acquérir le tiltre d'orateur, j'aurois apprins quelque belle et longue harangue, et vous la prononcerois avec assez de gravité. Mais, messieurs, mon désir me poussé à deux plus glo* rieux tiltres, qui sont de m'appeler libérateur et restaurateur de
cet Estât. Pour à quoy parvenir je vous ay assemblés. Vous sçavez à vos dépens, comme moy aux miens, que, lorsque Dieu m'a appelé à ceste couronne, j'ay trouvé la France non-seulement quasi ruynée, mais presque toute perdeue pour les François. Par la grâce divine, par les prières et les bons conseils de mes serviteurs qui ne font profession des armes, par l'espée de ma brave et généreuse noblesse (de laquelle je ne distingue point les princes, pour estre notre plus beau tiltre : foy de gentilhomme!), par mes peines et labeurs, je l'ay sauvée de la perte; sauvons-la à ceste heure de la ruyne. Participez, mes chers subjects, à ceste seconde gloire avec moy, comme vous avez faict à la première. Je ne vous ay point appelés, comme faisoient mes prédécesseurs, pour vous faire approuver leurs volontés. Je vous ay assemblés pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suyvre, bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains, envye qui ne prend guère s aux roys, aux barbes grises et aux victorieux. Mais la violente amour que je porte à mes subjects, et l'extrême envye que j'ay d'ajouter ces deux beaux tiltres à celuy de roy, me font trouver tout aysé et honorable. Mon chancelier vous fera entendre plus amplement ma volonté. Henri IV (1555-1610),