N0TI0H6 DE VERSIFICATION
828. Exercice.— Lire ou copier le morceau suivant, en rétablissant les vers. (Ces vers sont de huit syllabes, à rimes croisées et redoublées.) — Faire la description d'un beau lever de soleil en été, en s'inspirant du canevas ci-dessous.
Le Matin.
L'agneau bêle, l'oiseau chante, au berceau, l'enfant gazouille; la voix de l'homme se mêle au bruit de l'eau et des vents; l'air frémit, l'épi frissonne, l'insecte bourdonne au soleil ; l'airain pieux qui résonne rappelle le premier soupir du jour au Dieu qui le donne. Tout vit, tout remue,, tout luit. Dans la nue, c'est l'aurore. C'est la terre qui salue l'astre de vie et d'amour.
829. Exercice.— Lire ou copier le sonnet suivant en rétablissant les vers. (Ces Vers sont de douze syllabes.)
A Doris.
Do ris, qui sait que je me plais quelquefois aux vers, me demande un sonnet, et je m'en désespère ; quatorze vers, le moyen de les faire? Grand Dieu! Cependant, en voilà déjà quatre de faits.
D'abord, je ne pouvais trouver de rime ; mais, en faisant, on on apprend à se tirer d'affaire. Poursuivons; si je puis faire les frais du premier tercet, les quatrains ne m'étonneront guère.
Au hasard, je commence ; et, si je ne m'abuse, de ma muse, je n'ai pas commencé sans l'aveu, puisque je m'en tire tout net et 'en si peu de temps.
J'entame le second, et, extrême est ma joie, car j'achève le treizième des vers commandés ; comptez s'ils sont quatorze, et voilà le sonnet.
830. Exercice. — Lire ou copier le sonnet suivant, en rétablissant les vers. (Ces vers sont de douze syllabes.)
Maris Stella.
Les femmes, sous les coiffes de lin, croisant leurs bras vêtus de mince percale ou de laine rude, toutes à genoux sur le roc de la cale, regardent l'Océan blanchir l'île de Bas.
Les hommes, maris, fils, pères, amis, avec ceux d'Audierne, de Cancale et de Paiinpol, sont partis pour la lointaine escale, là-bas, vers le Nord. Que de hardis pécheurs qui ne reviendront pas !
Le chant plaintif s'élève par-dessus la rumeur des côtes et de la mer, invoquant à haute voix l'Étoile sainte, espoir des marins en péril ;
Et, dans le ciel rose et pâle, s'envole, tinte et meurt VAngeluSy courbant tous ces fronts noirs de hàle, des rochers de Sibyril à ceux de Roscoff.
EXERCICES. 175
SUJETS DE COMPOSITIONS FRANÇAISES La dent d'or.
En 1593, le bruit courut que, les dents étant tombées à un enfant de Silésie âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or à la place d'une de ses grosses dents.
Dans les universités du Saint-Empire, docteurs et étudiants rivalisèrent de génie pour expliquer le miracle ou la merveille de cette dent : les imprimeurs en profitèrent.
Le bruit durait depuis un an, quand un orfèvre qui vit la dent déclara qu'une feuille d'or y avait été appliquée avec beaucoup d'adresse. — Morale à tirer.
Un fripon qui se condamne lui-môme.
Un Arabe, Sétoc, redemanda lin jour à un Hébreu 500 onces d'argent qu'il lui avait prêtées. Comme les témoins de ce prêt étaient morts, l'Hébreu refusa de rendre l'argent.
Sétoc confia sa peine à Zadig. Celui-ci s'informa soigneusement de l'endroit où l'argent avait été compté, et ayant appris que c'était sur une large pierre près du mont Horeb et que l'Hébreu était vif et impatient, il se chargea de plaider la cause de l'Arabe.
Le jour venu, il se présenta devant le juge pour Sétoc et réclama l'argent. « Où sont vos témoins ? dit l'Hébreu. — Hs sout morts, répondit Zadig, mais si le juge permet qu'on aiHe chercher la pierre où l'argent fut compté, elle viendra témoigner. Nous l'attendrons ici, Sétoc et moi. » Le juge accepta et expédia d'autres affaires.
A la fin de l'audience, le juge demanda en riant à Zadig où était sa pierre, L'Hébreu se mit à rire et s'écria : a Elle n'est pas près d'arriver, se trouvant à 6 milles d'ici, et demandant au moins quinze hommes pour la remuer, car elle est gigantesque. — J'avais bien dit, reprit Zadig, que la pierre témoignerait : il avoue donc que c'est sur elle que l'argent fut compté. » L'Hébreu avoua tout, et fut condamné à rendre l'argent reçu.
Voltaire (Zadig).
Le faquin et le rôtisseur.
Ditant une rôtisserie du Pelit-Chàlelet, un faquin (un portefaix)
176 COMPOSITIOi^S FRANÇAISES.
affamé mangeait son pain à la fumée du rùt. Le rôtisseur, quand il eut fmi, lui réclama le prix de la fumée ; mais le faquin prétendait ne rien devoir, n'ayant rien endommagé, rien pris. La fumée n'était point une marchandise qui se vendait à* Paris.
Ils allaient en venir aux mains, et le peuple s'assemblait, quand Seigni Joan le Fol, citadin de Paris, qui passait là, fut prié par le rôtisseur de trancher le débat. Les parties entendues, Seigni Joan demanda au faquin une pièce d'argent que celui-ci lui remit. Seigni Joan la soupesa, la fit sonner sur la paume de sa main, et observa si elle était bien marquée. Tous se taisaient : le rôtisseur attendait et le faquin désespérait. Joan jeta la pièce une dernière fois sur le comptoir, puis, ayant gravement toussé, rendit l'arrêt suivant: « Le faquin a son pain mangé à la fumée du rôt, civilement a payé au son de argent », et il renvoya les parties.
Rabelais (IIP liv., ch. ^1, Faits et Dits héroïques du bon Pantagruel).
Mateo Falcone.
Mateo Falcone, riche paysan corse, renommé par sa bravoure et son honnêteté, quitta un jour sa maison avec sa femme pour aller visiter ses troupeaux. Il y laissa son fils Fortunato, âgé de dix ans, l'héritier de son nom, disait -il; car il ne comptait pour rien trois tilles, d'ailleurs mariées.
Lui parti, un bandit, poursuivi par les gendarmes, arriva blessé d'un coup de feu et supplia Fortunato de le cacher au nom de Mateo Falcone.
L'enfant ne se détermina qu'à la vue d'une pièce de cinq francs, et l'aida à se dissimuler sous une meule de foin.
Les gendarmes arrivèrent. Le chef, cousin de Mateo, interrogea l'enfant, n'en put d'abord rien tirer que des réponses niaises ; il lit donner un coup de baïonnette dans la meule par excès de conscience, et se disposa à partir. Auparavant, il essaya encore de tenter l'enfant par des caresses et des présents, et lui offrit sa montre, s'il voulait indiquer la retraite du bandit. Fortunato hésita tant qu'il put douter de la parole de son cousin, puis désigna du doigt la meule, d'où l'on tira le bandit.
A cet instant, Mateo Falcone rentrait. Le chef le mit au courant de ce qui s'était passé. Quant au bandit, à qui Fortunato avait jeté les cinq francs reçus, après qu'il eut tenu la montre, il se contenta de jeter à la face de Matëo ce mot: maison de traître. Les gendarmes l'emmenèrent.
EXERCICES. 177
Le Corse ne répondit rien à cette apostrophe qui Feût fait bondir en tout autre temps; il baissa la tête. Il arracha la montre des mains de l'enfant, la brisa en mille pièces, prit son fusil et lit marcher devant lui Fortunato épouvanté. Il le conduisit dans un petit ravin, lui ordonna de s*agenouiller, et après que l'enfant eut terminé ses prières : « Que Dieu le pardonne, dit-il, et il fit feu. )) Comme il revenait, il rencontra sa femme en larmes : « Qu'as-tu fait? lui cria-t-elle. — - Justice, répondit-il. » .
(D'après la nouvelle de P, Mérimée.)
Voltaire et le coutelier.
Voltaire, malgré toute sa politesse, était volontaire et irascible. Désirant avoir un couteau de chasse, Voltaire envoie chercher un marchand qui en vendait. Le marchand arrive, montre ce qu'il a, et demande un louis de vingt-quatre francs d'un superbe couteau. Voltaire, lui, |i'en veut donner que dix-huit francs.
D'un air entendu, il expose devant le marchand ce que le couteau' peut valoir, et lui dit qu'avec l'honnêteté qu'il a sur le visage il ne saurait lui vendre l'objet plus de dix-huit francs. Le commerçant répond qu'il est juste, que le couteau vaut bien ce prix, et ' qu'il a des enfants à nourrir, qu'il ne peut rien diminuer. (( Combien d'enfants, demande Voltaire. — Trois garçons et deux filles, répond l'autre. » Voltaire s'engage à marier les filles et à placer les garçons, il continue d'offrir dix-huit francs. L'homme lient bon et refuse. (Vous les ferez parler,)
Toute l'éloquence et la séduction de Voltaire sont inutiles : il ne peut avoir raison du marchand. Il cède enfin et, d'un air dépité, jette au nez du vendeur l'écu de six francs qui complétait le louis.
Marmontel (Mémoires, liv. IV).
Faut-il les tuer tous deux?
Un jour, Paul-Louis Courier voy«igeait en Calabre, pays affreux, plein de précipices, habité par de méchantes gens. Il s'égara ainsi que son compagnon, et fut tout aise de trouver l'hospitalité dans une maison de charbonniers, remplie d'armes comme un arsenal. L'ami de Paul-Louis Courier riait, s'amusait, donnait des détails sur sa fortune, racontait tout ce qu'on voulait, et recommandait surtout sa valise, comme si elle contenait des diamants. Paul-Louis Courier était au désespoir.
COURS SVP. EXERi. 12