‹ Nouveau cours de grammaire francaise, Volume 2Chapitre 66 sur 119 · DE LA PRONONCIATION · texte numérisé non relu

DE LA PRONONCIATION

EXERCICES

I. Exercice.— Traiter par écrit quelques questions, telles que : Delà prononciation de a du xii* s. jusqu'à nos jours. — De la prononciation de bi. — De la prononciation des consonnes finales, etc.

6Î PRONONCUTION ET ORTHOGRAPHE.

343. Exercice oral ou écrit. — 1* Lire le morceau suivant en indiquant les changements d'orthographe et de prononciation survenus depuis cette époque. 2* Transcrire le même morceau avec l'orthographe moderne.

L*Éducation de Gargantua

comment gargantua fut institué par ponocrates en telle discipline

qu'il ne përdoit heure du jour

Quand Ponocrates cogneut la vicieuse manière de vivre de Gargantua, délibéra aultrement l'instituer es lettres : mais pour les premiers jours le toléra, considérant que nature n'endure mutations soubdaines sans grande violence. Pour donc mieulx son œuvre commencer, supplia ung sçavant médecin de celuy temps nommé maistre Théodore, à ce qu'il considérast si possible estoit remettre Gargantua en meilleure voie. Lequel le purgea canoniquement avec elébore d'Anticyre, coimne faisoit. Timothée, et par ce médicament luy nettoya toute l'altération et perverse habitude du cerveau. Par ce moyen aussi Ponocrates luy fit oublier tout ce qu'il avoit appris soubs ses antiques précepteurs, comme faisoit Timothée à ses disciples, qui avbient esté instruicts soubs aultres musiciens. Pour mieuL\ ce faire, l'introduisoit es compagnie des gens sçavaris, qui la estoient, à l'émulation desquelz luy creust l'esprit et le désir d'estudier aultrement, et se faire valoir.

Après, en tel entrain d'estude le mit qu'il ne perdoit heure quelconque du jour : ains tout son temps consommoit en lettres et honneste sçavoir. S'esveilloit donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant qu'on le frottoit, lui estoit leue quelque pagine de la divme Escriture haultement et clairement, avec prononciation compétente à la matière, et à ce estoit commis un jeune page nommé Anagnostes. Selon le propos et argument de ceste leçon, souventes fois s'adonnoit à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, duquel la lecture inontroit la majesté et jugemens merveilleux.... Son précepteur répétoit ce qu'avoit esté leu, lui exposant les poincts plus obscurs et difficiles. Eux, retournant, considéroient l'état du ciel, si tel estoit comme l'avoient noté au soir précédent : et quels signes entroit le soleil, aussi la lune pour icelle journée. Ce faict, estoit habillé, peigné, testonné, accoustré et parfumé, durant lequel temps on luy répétoit les leçons du jour d'avant. Luy-mesme les disoit par cœur, et y fonda quelques cas practiques concernans Testât hmnain, lesquels ils entendoient aulcunes fois jusques deux ou trois heures, mais ordinairement cessoient lorsqu'il estoit du tout habillé. Puis par trois

bennes heures luy estoit faicte lecture. Ce faict, issoieut hors, toujours conférans des propos de la lecture, et se déportoient en Braque,ou es près, et jouoient à la balle, à la paulme, à la pile trigone, galantement s*exerçans les corps comme ils avoient les âmes auparavant exercé. Tout leur jeu n 'estoit qu'en liberté : car ils laissoient la partie quand leur plaisoit, et cessoient ordinairement lorsque suoient parmy le corps ou estoient autrement las. Adonc estoient très bien essuyés et frottés, changeoient de chemise, et doulcemeut se pourmenans alloienX voir si le disner estoit prest. Là attendans récitoient clairement et éloquentement quelques sentences retenues de la leçon. Rabelais (1483-1553).

SECTION II

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