III. Avec quelle tranquillité il nous fait ce sacrifice
Premier PRÉLUDE. Se rappeler les calomnies et les opprobres , par lesquels on s'efforça de déshonorer le Fils de Dieu , et son silence , sa patience , alors que tout semblait lui faire un devoir de parler et d'agir.
Deuxième prélude. Éteignez en moi, ô mon Sauveur, tout amour désordonné de la réputation ; apprenez-m.oi à ne pas attacher plus de prix à l'estime du monde , que vous n'en avez attaché vous-même , faites-moi ambitionner comme vous l'honneur de ses mépris.
\" P. Quelle est la réputation que le Sauveur nous sacrifie ? Jamais il n'y en eut de plus éclatante, de plus répandue, de plus justem.ent acquise , qu'il fût plus facile et qu'il parût plus nécessaire de conserver.
1o Réputation éclatante. Que n'avait-on pas dit à la gloire de Jésus ? Que n'avait-on pas admiré en lui ? Quelle sagesse ! A l'âge de douze ans, il étonnait les maîtres de la science. Combien de fois depuis avait-il confondu l'orgueil des docteurs de la loi ? Quelle puissance ! La
nier elles vents, le ciel et la terre, la santé et la maladie , la vie et la mort avaient obéi à sa voix. Quelle pénétration d'esprit , quelles lumières ! Il avait montré souvent qu'il connaissait les pensées les plus secrètes, qu'il lisait dans les cœurs. Seigneur, je voishien que vous i'tes un prophète. Venez voir un homme qui m'a lUt tout ce que j'ai faitK Quelle innocence! quelle sainteté ! Qui de vous m'accusera de péché ? Et des ennemis , tels que les Parisiens , n'avaient répondu à ce défi , qu'en l'accusant de visiter les pécheurs et de manger avec eux. C'est à lui qu'on s'adresse pour le faire arbitre (les différends. On déclare hautement qu'il enseio^ne la voie de Dieu en toute vérité. On le reconnaît pour le Messie, ou du moins pour un prophète envoyé du Seigneur : Hosanna filio David : Benedictus qui venit in nomine Domini. fMatth. 21. 9.)
ïl"" Réputation la plus répandue. Où n'était-il pas connu , estimé , révéré ? A Jérusalem , où l'on avait va marcher le paralytique de trentehuit ans, Taveugle-né guéri subitement... Dans la Judée, dont tous les bourgs, les villages, les grands chemins, retentissaient de la gloire de son nom... Dans la Gahlée , où il avait ressuscité le fils de la veuve de Naïm , apaisé des tempêtes , fait des pêches miraculeuses... Dans
' Jean. i. 2y.
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la Samarie , où , après avoir cru en lui sur la parole d'une femme, on disait ensuite : « Nous croyons en lui maintenant , parce que nous l'avons vu et entendu nous-mêmes. » Dans les provinces de Tyr et de Sidon , d'où les aftligés venaient en foule * chercher près de lui le remède à leurs maux, et s'en retournaient guéris.
30 Réputation la plus justement acquise. Elle était fondée sur une vie de vertus et de miracles, sur des œuvres inouïes jusque-là, sur les oracles des prophètes dont on voyait en lui raccomplissement exact, sur des prodiges nombreux et incontestables , des morts ressuscites à la vue et aux portes de Jérusalem.. , sur des bienfaits dont rendaient témoignagne ceux-là mêmes qui les avaient reçus. L'un disait : .l'étais aveugle, il m'a rendu la vue ; un autre : Mon enfant était mort, il l'a ressuscité ; celuici : J'étais sur mer, il m'a sauvé du naufrage ; celui-là : J'ai mangé du pain qu'il a multiplié dans le désert.
4" Réputation qu'il lui était facile , et qu'il avait , ce semble , tout motif de conserver. S'il avait ouvert la bouche pour se défendre , lorsque le gouverneur l'y invitait -, aurait-il eu besoin de sa divine éloquence , pour confondre
1 Luc. 6. 17.
- Pilatus... interrogavit eum, dicens : Non respondes quidquam? Marc. l.'j. I.
ses ennemis et tourner contre eux l'indignation publique? Los témoignages se détruisaient les uns les aulres, la fausseté des accusations était d'une évidence à frapper tous les esprits, s'il eût voulu la faire remarquer ; la mauvaise foi , l'envie de ses accusateurs se trahissait ; Pilate était convaincu de son innocence ; Hérode lui était iavorable ; le peuple fût aisément revenu à l'affection qu'il avait toujours eue pour lui...
Il semblait d'ailleurs absolument indispensable d'etfacer la fâcheuse impression qu'avaient faite tant d'odieuses imputations... Son silence ne serait-il point pris pour un aveu ? Et que devenaient sa doctrine céleste, sa divine mission, son œuvre de régénération commencée , s'il mourait couvert d'infamie?.. Non , jamais tant de circonstances ne se réunirent pour obliger un homme à se justifier ; et cependant Jésus se tait. Il fallait ce remède à l'aveuglement qui nous empêche de reconnaître le néant des créatures, et de leurs blâmes, et de leurs louanges. . . Après cet exemple, ômon Dieu, ne comprendrai-je pas enfin que vous êtes le seul dont je dois désirer Testime et craindre le blâme ?
IP P. Comment le Sauveur nous sacrifie sa réputation. De la manière la plus complète , la plus universelle, la plus propre aie déshonorer sans ressource, s'il eût été possible.
'P Sa difiamation est entière. Que lui restet-il de sa glorieuse et si juste renommée ?