SOS
Qu'est devenue sa sagesse? Il semble n'avoir mot à dire pour sa défense ; on le regarde comme un insensé. Sa puissance? îl paraît sans force dans ses liens ; on dirait qu'il ne peut rien contre ses ennemis. Sa pénétration , ses lumières? On lui voile le visage, on le délie de deviner qui l'a. frappé , et son silence semble avouer qu'il n'en sait rien. Sa vertu, sa sainteté ? On le condamne comme un fourbe, comme un bomme chargé de. tous les crimes , également odieux au ciel et à la terre.
2° 11 perd sa réputation partout ; sa diffamation est encore plus étendue que n'avait été sa; gloire. C'est à Jérusalem quil est condamné, traîné au supplice comme un insigne malfaiteur, au temps de la Ptàque , le jour le plus solennel' de l'année, en présence d'une innombrable mul-^ titude , composée de peuples divers ; le monde entier est en quelque sorte témoin de ses opprobres, du triomphe de ses ennemis et de sa mort infâme.
3° Enfin, sa dilïamation est revêtue des formes les plus flétrissantes. S'il n'avait eu contre lui que les scribes et les pharisiens , sa réputation en aurait peu souffert : leur prévention jalouse était manifeste ; mais il est condamné à tous les tribunaux : au tribunal des docteurs de la loi, qui décident que sa doctrine est pleine d'impiétés et de blasphèmes ; au tribunal du souverain Pontife et des prêtres , qui le déclarent ennemi
(lu tehiple et des autels ; au tribunal d'un roi, qui prononce que son apparente sagesse est une l'olie ; au tribunal du magistrat romain: s'il avait cherché plusieurs fois à l'absoudre, on pouvait ( roire qu'il ne revenait pas sans raison à l'avis commun ; au tribunal de tout le peuple , qui semblait se dédire des applaudissements qu'il lui avait donnés, et se montrait plus ardent, plus unanime à demander sa mort, qu'il ne l'avait été à lui décerner un triomphe ; au tribunal même en quelque sorte de ses propres disciples, qui, en le trahissant, en le renonçant, en l'abandonnant, paraissaient convenir qu'ils le croyaient coupable, au moins de quelques-uns des délits qu'on lui imputait. Comment est-il possible, ô mon Sauveur , que je désire être estimé d'un monde qui vous a tant méprisé , et dont vous n'avez recherché que le mépris? 0 mon Dieu, humiliez mon orgueil; pourvu queje vous plaise, je consens à déplaire au monde : Sihominihiis 'placer em, Christi servus non essem.
IIP P. Avec quelle tranquillité d'âme Jésus- Christ nous fait le sacrifice de sa répulation. Quand on se rappelle ce qu'il est , les adorations qu'il mérite , et les outrages dont il est accablé, on s'étonne de ne pas voir toute créature s'armer pour venger son honneur ; on voudrait au moins , qu'avant de mourir, luimême fît éclater son innocence à la face de l'univers... Non, il pardonne et se tait; il peut
tout , et il ne fait rien ; // est devenu se)\xhlahle à an muet, il n'ouvre pas la bouche, comme s'il n'avait rien à répliquer , malgré les motifs si pressants qui semblent lui imposer l'obligation de se défendre. 0 silence adorable! que vous nous reprochez vivement nos plaintes et nos emportements , pour peu qu'on attaque notre réputation! Est-elle donc plus nécessaire, est-elle aussi étendue, aussi bien fondée, aussi indignement flétrie que le fut celle du Fils de Dieu ? Qu'est-ce donc qui nous^ alarme tant ? Une parole qui passe , un discours dont le souvenir sera si tôt effacé ; tout au plus , un peu m.oins de considération auprès d'un petit nombre de personnes. .. Quoi, pour si peu de chose perdre le repos de son àme, se rendre incapable de prier ! . . Une grande réputation est toujours un grand fardeau , et souvent un grand danger ' .
0 Seigneur, je me rendrai vil plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent, et je serai humble à nus yeux-. Accordez-moi d'aimer à être mé-
i On raconte qu'un saint personnage , visitant un célèbre prédicateur, au temps de ses plus brillants su ces , au lieu des compliments qu'on lui faisait de touU. parts, lui dit : « Mon cher confrère, si Dieu veut vous sauver , attendez-vous à de grandes humiliations , car jusqu'ici , je vois en vous peu de marques de prédestination. »
2 II. Reg. 6. ^2.
jrrisé et inconmi du monde ' , pour l'amour de v(jus ; car j'ai choisi d'être abject dans la maison de mon Dieu -. — Placez une garde de circonspection sur mes lèvres^ afin que mon cœur ne se laisse point aller à chercher des excuses^'. Comme tant de saints, et à votre imitation, je garderai le silence, lorsque vous permettrez que je sois en butte aux calomnies et aux outrages.
En vous préparant à la sainte rnesse et dans votre action de grâces , offrez à Jésus-Christ sacrifice pour sacrifice. Priez-le de disposer, comme il voudra , de vous et de votre réputation, pour sa gloire, pour votre sanctification, et pour le salut des âmes.
1er p. Quelle est la réputation que Jésus nous sacrifie? Réputation éclatante. Que n'avait-on pas admiré en lui? Quelle sagesse à Tàge de douze ans, et dans sa conduite à l'égard de ses persécuteurs ? Quelle puissance ! Quelle pénétration d'esprit î Quelle innocence de vie î — Réputation universellement répandue : à Jérusalem, dans la Judée, la Galilée, la Samarie. dans les provinces de Tyr et de Sidon. — Réputation la plus justement acquise : elle était fondée sur une vie de sainteté et de miracles, sur des bienfaits qu'atlestaienl ceux qui les avaient reçus. — Réputation qu'il lui était facile de
1 Imit. 1. 3. c. lo.
- Ps. 83. 11.
3 Ps. 140. 3, i.
conserver, el que les plus fortes raisons, ce semble . deoiandaieiit qu'il conservai... 0 mou Dieu , je comprends enfin que vous êtes le seul dont je dois désir» Teslime, craindre le blâme.
Ile P. Comment le Sauveur nous sacrifie sa réputation. Il la perd en tout Qu'est devenue sa sagesse?.. sa puis.ance?.. sa pénétration?., sa vertu?.. Il la perd partout. Sa diffamalion est encore plus étendue que n'avait été sa renommée. Le monde entier est en quelque sorte témoin de ses opprobres. — Cette diffamation est revêtue des formes les plus flétrissantes. Il est condamné à tous les tribimaux :.des docteurs de la loi, des pontifes, d'Hérode, de Piiate, de tout le peuple, et même en quelque sorte de ses propres disciples.
llle P. Avec quelle patience Jésus nous fait ce sacrifice Quand on se rappelle ce qu'il est, on s'étonne de ne pas voir toute créature s'armer pour sa vengeance. On voudrait au moins quavanl de mourir il fit éclater sou innocence. 1: pardonne et il se tait. 0 silence adorable! qu'il nous reproche vivement nos murmures et nos plaintes, pour peu qu'on attaque notre honneur...