‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 56 sur 96 · II · texte numérisé non relu

II

Odorat.

Goût.

Toucher

Premier prélude. « Alors Pilate fil prendre .lésus et le fit flageller *. •)

Deuxième prélude. Se représenter la salle destinée à ces sanglantes exécutions ; la colonne à laquelle Jésus va être attaché ; tout est préparé pour un supplice aussi honteux qu'il est cruel.

Troisième prélude. C'est maintenant, ô mon Sauveur , qu'oubliant tout et m'oubliant moimême, je ne dois être occupé que des sentiments d'une tendre compassion et d'une vive reconnaissance. Faites passer dans mon cœur une partie du feu céleste qui consume le vôtre. Faites que je pleure sur vous, comme vous avez pleuré sur moi ; que je sois touché de vos douleurs , comme vous l'avez été de mes misères. Inspirez-moi la crainte de celle justice, qui a

^ Tiinc ergô apprehendit Pilatus Jesum, etflagellavit, Jonn, 10. I.

exigé une si rigoureuse satisfaction de l'Agneau <ans tache ; mais surtout apprenez-moi combien je serais injuste , si je refusais d'être châtié en cette vie par la main de votre Père , moi qui ai mérité de subir des supplices éternels.

I" P. Vue. Piegardez tout ce qui se passe avant, pendant, après cette cruelle flagellation. — Voyez cette foule qui circule et s'agite autour de la salle.., qu'attend-elle? Sur tous les visages se peint une curiosité féroce. — Voyez Jésus entre les mains des bourreaux. Avec quelle douceur il leur obéit, lorsqu'ils lui commandent de se dépouiller de ses vêtements!.. \h ! qu'il en coûte cependant à celui qui est rinnocence et la pudeur même, d'être ainsi exposé aux yeux et aux insolents propos" d'une populace licencieuse î — Voyez ces bourreaux impitoyables , qui lient l'adorable victime à la colonne. Tous leurs mouvements respirent la brutalité et je ne sais quelle fureur infernale. Regardez ces fouets qu'ils tiennent cà la main, et ces verges armées de pointes aiguës... L'affreuse ex-écution commence. Quelle grêle de coups tombent sur le corps de Jésus-Cbrist î Voyez sa chair virginale qui vole en lambeaux , le sang qui coule à grands flots ; la colonne, le pavé, les bourreaux en sont déjà couverts ; tout ce corps divin n'est qu'une plaie. Leurs coups nf" tombpnf nnn >ur do? plains.. : ils frappent

toujours avec un redoublement, de cruauté : épuisés de forces , ils jettent leurs verges et se reposent, d'autres leur succèdent et frappent avec plus de violence... Enfin l'un d'eux , se rappelant que leur victime est réservée à un plus grand supplice , et craignant qu'elle n'expire trop tôt. coupe les liens qui l'attacbaient à la colonne , et Jésus tombe baigné dans son sang.

Arrêtez -vous longuement ici, et méditez. Si vous n'êtes pas ému de compassion , du moins confondez-vous, et reprochez-vous, dit saint Bonaventure, d'avoir un cœur de pierre ' . Voyez ensuite votre Rédempteur tout meurtri, se traînant à peine sur ce pavé sanglant , parmi les lambeaux de sa divine chair ; il cherche ses vêtements pour s'en couvrir. Le voilà bien dans l'état où l'avaient contemplé les prophètes , « l'opprobre des hommes, plus semblable à un ver qu'à un homme. Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a rien en lui qui n'ait sa souffrance, et cette plaie universelle, n'est ni bandée ni adoucie par aucun remède. Xous l'avons vu ; il ne lui restait rien de sa beauté. 11 était présent à nos yeux , et nous demandions où il était. Nous avons

' Hic eum diligenter considéra per longam moram, et si hic non compateris , cor lapideum puta te haber'\ 5. S'iiiiiv. Clip. K). mrriif. Pfts^.

• iiorché notre Dieu , et nous n'avons trouvé <,nf im homme de douleurs , un homme que •■■■' main du Seigneur a frappé ; car il a été

'ssé pour nos iniquités , brisé pour nos iimes. » Oui, mon Dieu, pour nos crimes! l'uis-je y penser sans rn'attendrir? Mais que ferai-je pour celui qui a tant soulTert pour moi? Que ferai-je pour Texpiation de c^'S péchés qui hii ont causé tant de sonflrances?

IP P. Ouïe. Ecoutez le bruit d»^? coups, les paroles des bourreaux qui s'excitent à frapper plus fort , pour lasser la patience de cet agneau.., les cris du peuple qui applaudit à leur tureur... De qui parle cette luule , dont un avait changé toutes les passions en haine contre celui qu'elle avait acclamé avec tant de chaleur?.. Que de propos outrageants! que de railleries! que d'insultes:.. Mais Jésus luimême, que dit-il ? Il garde le silence : // a été offert en sacrifice , et il n'a pas ouvert la bouche pour se plaindre \ Il n'y a que son cœur qui parle : « Ego in flagella paratus suni. Ps.37. 18. j Je me suis mis k la place des pécheurs. Frappez , mon Père , ne m'épargnez pas ; mais épargnez les hommes. Et vous , ô hommes, enfants de ma douleur, aimez-moi et ne m'offensez plus. » 0 Jésus, comment ne pas vous aimer ? Comment pouvoir encore vous oiïenser ?

1 Ohlatu? p?f... e\ non a^u-^mit os suum. I<. o3. 7.

Haine du péché ; amour de Jésus : tout ce que je vois , tout ce que j'entends fait naître et fortifie en moi ces deux sentiments. — Mais dans la salle du prétoire après la flagellation , il y a autre chose à écouter, c'est la voix du sang de .lésus-Christ ; car il parle, ou plutôt il crie ce sang divin : Vox sanguinis clamât. Crie-t-il veugeance comme le sang d'Ahel ? Non , il demande à Dieu le pardon des pécheurs ; il demande aux pécheurs le repentir ; et à vous , ô prêtre , il vous demande zèle , dévouement , immolation de vous-même , pour le salut des âmes.

IIP P. Odorat. Il en est du sang de Jésus- Christ comme de son nom et de toutes les vertus qu'exprime cet adorable nom , c'est un parfum qui embaume les âmes et qui produit le céleste amour dans les cœurs : Oleum effusum... Ideô adolescentulœ dilexerunt te. (Cant. 1. 2.) Respirez ces salutaires odeurs , qui vont bientôt se répandre par toute la terre pour la purifier, qui déjà s'élèvent jusqu'au ciel pour l'apaiser, et pour faire descendre sur nous les divines miséricordes. Dites à Jésus avec l'épouse des Cantiques : Trahe me post te ; ciirremus in odorem unguentorum tuorum. C'est à l'odeur de ces parfums qu'ont couru avec tant d'ardeur ces martyrs, ces prêtres magnanimes, ces pénitents, ces vierges pures, qui se plaignaient de no sniifTrir jamais assez.

V*^ P. Gouf. Oii'ii y a d'amertume dans la fasion qu'éprouve le Sauveur dépouillé de vêtements, dans la pensée qu'il est un objet haine et d'horreur pour ceux qui lui doivent tant d'amour , et qu'il aime lui-même si endrement !.. Mais qu'il y a de douceur dans ^a charité , dans sa patience et dans sa résigna- Jon ! Goûtez la satisfaction que lui causent la gloire de son Père qu'il répare , le salut des • lommes qu'il opère, les grâces qu'il nous mérite, les malheurs dont il nous préserve, les biens infinis qu'il nous procure. Savourez les iélices du saint amour qui rend doux ce qui est ^mer : Omne amarum dulce ac sapidum efficit. Imit. 1. 3. c. 5.)

Y^ P. Toucher. Oh ! quel aliment trouve ici une piété tendre et respectueuse ! Que d'objets à toucher ! Les instruments du supplice sont encore là : ces verges à moitié brisées et teintes de sang ; ces liens qui ont attaché le Sauveur, ilette colonne devenue si vénérable. Laisseronsnous par terre ces lambeaux sacrés de la chair îi'un Dieu, que ces aveugles foulent aux pieds? Qui ne , s'inclinera religieusement , pour ap- • procher ses lèvres de ce sang répandu pour nous? Qui ne voudra y mêler ses pleurs? Recueillez-le ce sang précieux , offrez-le cà Dieu pour vos péchés, appliquez-le aux maladies de votre âme ; c'est un remède universel que nous 'à préparé la miséricorde du Seiirneur : Uvorr

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