III. Considérer les actions
Premier prélude. « Pilate ayant assemblé les princes des prêtres , les magistrats et le peuple , leur dit : Vous in avez présenté cet homme en Taccusant de soulever le peuple ; je l'ai interrogé devant vous , et je n ai trouvé en lui aucun sujet de condamnation ; Hérode en a porté le même jugement. C'est un usage parmi
vous qu'à la Tète de Pâques je vous relâche un criminel ; lequel voulez-vous que je vous délivre , ou Barabbas , ou Jésus qui est appelé Christ?.. Ils s'écrièrent tous : Défaites-nous de celui-ci, et délivrez Barabbas. Pilate leur parla une seconde fois et leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse du Roi des Juifs, qui est surnommé le Christ?.. Et ils s'écrièrent tous de nouveau : Crucifiez-le , crucifiez-le. )> (Luc. 23. 13... — Matth. 27. 17.)
Deuxième prélude. Se représenter le prétoire ; au dehors , une vaste cour où le peuple est réuni.
Troisième prélude. Prier Jésus-Christ de nous donner une connaissance intime de son divin cœur, de nous apprendre à nous défier de notre faiblesse, et surtout d'augmenter toujours en nous l'eslime et l'amour de l'abjection.
I" P. Contempler les personnes. — Pilate , tantôt sur son tribunal, dans l'intérieur du prétoire , tantôt s'avançant au dehors pour parler au peuple. Il parait soucieux, préoccupé, indécis... On croit lire sur son visage que son cœur est le théâtre d'un terrible combat.. , respect humain, cruel tyran!.. — Les accusateurs de Jésus-Christ, princes des prêtres, scribes , pharisiens ; ils ont l'air sombre et cruel... Ils nourrissent évidemment un noir projet ; leur haine est réfléchie. — Le peuple ; la curiosité , le désœuvrement , l'envie de voir
quelque chose d'extraordinaire l'avaient réuni en grand nombre... La mobilité de ses pensées se peint dans celle de ses regards... On prévoit qu'il croira sans examen ce qu'on lui dira , et qu'il prendra toutes les impressions qu'on voudra lui donner : funeste disposition , qui va l'enlrainer au plus grand de tous les crimes et à d'effroyables malheurs. — Barabbas, au fond de son cachot , attendant la mort que lui ont méritée ses forfaits... Quelle expression de scélératesse sur son visage !.. Comme tout est repoussant dans cet homme !.. — Mais donnez votre attention principale à Jésus-Christ ; et considérez-le bien plus du cœur que des yeux. Toujours même douceur , même sérénité modeste, même calme ; toujours désir ardent de souftrir pour nous , et de nous voir profiter de ses souffrances , en marchant par la voie que nous ouvrent ses exemples.
IP et Ilh' P. Écouter les paroles et considérer les actions. — Q.ue va dire, que va faire Pilate? Il avait déjà commis une faute énorme en renvoyant Jésus-Christ à Hérode par une indigne faiblesse ; heureusement il peut encore tout réparer, il n'a qu'un mot à dire, et il sauve celui dont Hérode, aussi bien que lui, a reconnu l'innocence : a Vous m'avez présenté cet homme, comme portant le peuple à la révolte ; je l'ai interrogé devant vous , et je ne l'ai trouvé coupable d'aucun des crimes dont vous l'ac-
cusez. Xi Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à lui , et il ne Fa pas traité de manière à montrer qu'il fût digne de mort. Vous prétendez qu'il a commencé par la Galilée à soulever le peuple ; qui peut en être mieux instruit qu' Hérode ? Vous dites qu'il continue à le soulever jusqu'en Judée et à Jérusalem ; qui le sait mieux que moi ? J'oppose le jugement du prince à celui que vous me demandez ; vous voulez que je condamne à mort un homme qu'il ne condamne à rien !.. Il est vrai qu'il s'est moqué de lui ; mais ne voyez-vous donc pas qu'en cela même il s'est aussi moqué de vous , puisque les prétendus crimes d'état , dont vous faites si grand hruit , lui ont paru tout au plus une folie sans conséquence?.. Je vais donc le faire châtier et je le renverrai : Emendatum ergd illum dimittam. •) Luc. 23. 16. ^
Oh ! l'étrange conclusion ! Qui pouvait- s'y attendre ? Quoi î vous le déclarez innocent : vous reconnaissez fausses les accusations qu'on lui intente, et, à cause de cela, vous le châtiez î Corripiotn crr/d illum. Ibid. -22.; C'est le contraire apparemment que vous voulez dire : vous allez punir les accusateurs et rendre justice à l'accusé... Xon , tous les ménagements de Pilate seront pour ceux dont au fond il déteste la perversité, toutes les rigueurs pour celui dont il ne peut s'empêcher d'admirer la vprlu. 0 Jésus, vous voulez être le consolateur
et le modèle de vos disciples opprimés , et principalement de vos ministres, que poursuivront toujours avec violence la haine et la calomnie.
Cette première concession enhardit les ennemis du Sauveur, en leur découvrant de plus en plus la faihlesse du juge. Le lâche préteur imagine un autre expédient : C'est un usage parmi vous qu'à la fête de Pâques je vous relâche un criminel; lequel voulez-vous que je vous délivre, ou Barahbas ou Jésus, qui est appelé Christ ?.. » Plus la comparaison est odieuse , mieux elle entre dans ses vues : «. Quem vultis vobi.s de duohus dimitti ? Lequel des deux , de duohus ? Choisissez : la liberté sera rendue à celui que vous aurez préféré , l'autre subira le dernier supplice ; mais, donnez-vous le temps de la réflexion , consultez la justice et vos intérêts... »
Tandis qu'il attend la réponse , sa femme lui envoie dire : « Ne vous mêlez point de ce qui regarde ce juste, car j'ai beaucoup souffert à son sujet dans un songe que j'ai eu. » 0 mon Dieu, que d'efforts tentés par votre grâce, pour arrêter un pécheur sur le penchant du précipice ! Mais quand l'homme commence à s'a- \;eugier volontairement , qui l'arrêtera dans cette funeste voie?.. Un murmure sourd a couru dans la foule ; Satan , par la bouche des scribes et des pharisiens , a inspiré le peuple ;
un cri s'élève : Défaites-nous de celui-ci, et relâchez Barabbas!.. Ce ne sont pas des voix timides que l'on entend , ce sont des cris perçants , c'est de la fureur... Ce ne sont pas des voix isolées , c'est tout le peuple ; l'unanimilé est complète : Exclamavit simul universa turba, dicens : Toile hune, etdimitte nabis Barabbam. Quelle énergie dans cette expression de haine ! (' Otez celui-ci, toile hune. >> On ne daigne pas le nommer. « Faites-le disparaître ; ne nous condamnez pas à le voir plus longtemps ; qu'il ne soit plus ; qu'il périsse !.. » Sans se borner à ses droits, en demandant l'élargissement d'un criminel, le peuple en usurpe un qu'il n'a pas, en demandant la mort de Jésus. 0 Sauveur, quels étaient alors vos sentiments pour ce peuple ingrat à qui vous aviez fait tant de bien et témoigné tant d'amour? des sentiments de compassion , de zèle , d'ardente charité ; les mêmes sentiments que vous avez mis au cœur de vos martyrs , quand ils se sont vus , comme vous et à cause de vous , l'objet de l'irritation pubhque ; les mêmes que vous inspirez encore maintenant à vos fidèles serviteurs , à vos bons prêtres , lorsque , s'exposant pour votre gloire à toutes les fureurs du monde , ils entendent les passions humaines rugir contre eux.
Pilate est surpris et aftligé , il insiste : Que vouhz-vous donc que je fasse au Roi des Juifs ? — Crucifiez-lr , rrvrifjoi-le. — Mais quel mal
a-l-it fait ? Ah î plutôt quel bien n'a-t-il pas fait ! 0 prêtres, ne comptez pas sur votre innocence au tribunal des hommes ; ne comptez pas même sur les services que vous leur aurez rendus. N'espérez rien ici-bas de leur reconnaissance : voyez ce qu'en reçoit Jésus; mais que leur ingratitude ne vous empêche pas de vous sacrifier pour leur salut. A toutes les représentations de Pilate , il n'est fait qu'une réponse : Crucifiez-le ; qu'il soit crucifié. Le voiLà donc atteint ce but tant désiré par les ennemis de Jésus, si clairement annoncé par les prophètes, si souvent prédit par le Sauveur lui-même. . . Qui eût pensé que les choses en viendraient là? Elles y sont venues cependant. Pilate aura beau faire jouer tous les ressorts de sa politique , l'arrêt est prononcé auxiel comme sur la terre, il -sera exécuté. Mais si Jésus-Christ doit être crucifié, que devra être son disciple et son représentant? Qui sunt Christi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis. (Gai. 5. 24.) Sans cela, comment ressemblera-t-il à son modèle?
C'est donc à moi de prononcer contre moimême cette parole de salut : Crucifigatur. Mon corps se plaint , fuit le travail , demande du repos? Qu'il soit crucifié. Ma chair se révolte, la concupiscence veut m'entraîner , les vices se montrent et veulent dominer? que tout cela soit crucifié. Un sentiment d'orgueil , d'anti- III. P.).
pathie, de vengeance s'élève dans mon cœur? Qii^il soit crucifié.
Pilate se lave les mains en disant : Je sîiis innocent du sang de cet homme juste ; pour vous, cest votre affaire '. Lâche préteur , c'est aussi la tienne ; quel usage fais-tu d'un pouvoir qui t'est donné pour punir le crime et protéger Finnocence ? Est-ce assez de la reconnaître , quand tu dois la défendre ? — Le peuple entier répond : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants... Quelle frénésie! Un juge païen tremble quand il s'agit de condamner Jésus ; et les Juifs, adorateurs du vrai Dieu, pour obtenir cette injuste condamnation , en acceptent les conséquences, présentent hardiment leurs têtes à tous les fléaux , et enoas^ent avec eux leurs descendants î
Colloque avec Jésus-Christ. Oh ! qu'il lui est pénible de voir tant d'acharnement dans ses ennemis, tant de haine pour lui dans ce peuple qu'il a tant aimé ! Ce qui l'afflige plus sensiblement encore , c'est la perte de Pilate , et la sentence de réprobation que les Juifs prononcent contre eux-mêmes. Adorez-le , témoignez-lui votre reconnaissance. Demandezlui que son sang divin tombe en abondantes bénédictions sur vous et sur toutes les âmes qui vous sont confiées ; qu'il tombe sur les
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3œurs les plu? ijiirs pour les allendiir, sur les dIus souillés de crimes pour les purifier , sur ,ous pour les sauver.
ler P Contempler les personnes. — Piîa'e , lanlôl sur ;on if bimal ei tantôt se présentant au peuple pour lui )arler. 11 parait soucieux , indécis. 11 est en proie aux onrmeuls du respect humain. — Les accusateurs de iésus-Christ : ils ont tous un air sombre. — Le peuple :
mobilité de ses pensées se peint dans celle de ses égards. — Barabbas au fond de son cachot. — Mais lounez toute votre attention au Sauveur... Toujours nême sérénité moleste, même dér^ir de soutirir pour
lOUS.
Il« et Ille p. Écouter les paroles et considérer les acions. — Oiie va dire , que va faire Pilate? Il peut encore tout réparer. Il prend d'abord la défense de Jésus. 1 l'a interrogé en présence du peuple et ne Pa trouvé •-oupable d'aucun crime... Hérode en a porté le même ugement... Il va donc le faire châtier, après quoi il le enverra. Étrange conclusion! Le châtier, parce qu'il !St innocent !.. Tous les ménagements sont pour la célératesse , loutes les rigueurs pour la vertu. Voilà 8 monde pour Jésus et ses disciples. — Pilate imagine m autre expédient : Lequel voulez-vous que je vous déivre de Barabbas ou de Jésus ? Un cri universel se fait inlendre : Défaites-nous de celui-ci, et rtlâchez Barab- 'dsf.. — Pilale est uflligé et il insiste : Que voulez-vous 'onc que je fasse du roi des Juifs ? — Crucifiez-le , crufiez-le. — Mais quel mal a-t-il fait ? A toutes les rerésenlations du gouverneur, il u'e."^l fait qu'une réonse : Crucifiez-le. Pilate se lave les mains , et le euple accepte la responsabilité du sang divin qui va Ire répandu. — Colloque avec Jésus, qui sent si vivelent l'injusiice q li lui est faite. Demandez-lui que son ançî retombe sur vous en abondantes bénédictions.
- 3Sr. — LXXXYIII. MÉDITATION.
Jésm-Chrisi à In rnb/nne. — A/iplicafion des ^em
Vue.
Ouïe.