I. Comme le lémoiornage le plus consolant de<raniour de Dieu
pour lui.
II. Comme la preuve la plus certaine qu'il puisse donner à Dieu
de son amour.
I" P. Le bon prêtre aime les souffrances, lomme témoignage assitré de l'amour de Dieu mtr lui. Que sont-elles, au point de vue de la bi, ces afflictions, ces peines que Dieu permet
nu qu'il ordonne , soit qu'elles ne soient que privation et absence de ce qui nous satisfait, soit qu'elles consistent dans la présence de ce qui nous mortifie ? Ce sont des grâces , des grâces de prédilection , des grâces de prédestination. Oh ! qu'il est triste que la science de la 'croix soit si rare, même parmi ceux qui doivent l'enseigner aux peuples !
d° La souffrance est une grâce. Le Sauveur en fait une des béatitudes évangéliques : Beati qui lugent. Beati qui persecutionem patiiuitur . Beati estis cùm maledixerint vohis, et persecuti vos fuerint... Gaudete et exultate , quoniam nierces vestra copiosa est in cœlis. (Matth. 5.) Est-il possible de ne pas recevoir comme un bienfait ce qui nous conduit au vrai bonheur et nous mérite les félicitations du Fils de Dieu lui-même? De quoi nous réjouirons-nous plus justement que d'une grâce, qui nous donne des droits aux récompenses du ciel les plus abondantes ? Saint Paul paraît mettre sur la même ligne la grâce de croire et celle de souffrir : Vobis donatum est pro Chrisio , non soliun ut m eum credatis , sed ctiam ut pro illo patiamini. fPhilip. \. 29.) Un Père du désert lit cette réponse à un jeune homme qui le priait de lui obtenir la santé : w Vous demandez qu'on vous ôte ce qui vous est nécessaire ; car si vous êtes d'or , le feu de la tribulation vous éprouvera ; si vous êtes de fer, il consumera votre rouille.
J.'atlliclion que vous éprouvez esl la verge (Fun père , et non le glaive d'un persécuteur. »
Que serions-nous en effet sans l'affliction ? Où seraient nos mérites? Où seraient nos vertus? Grâce de conversion ; on oublie Dieu dans la prospérité, on revient à lui quand il frappe : Cùm occideret eus, i^evertebanhir. [Ps. il. Zi.] Grâce de perfection ; c'est la souffrance qui nous purifie et nous rend dignes de Dieu \ en nous détachant de tout et de nous-mêmes. Il n'y a qu'elle qui nous fasse bien comprendre cette grande leçon que nous donne le Seigneur : «. Videte quôd ego sim soins. (Deui. 32. 39.) Non, il n'y a que moi , que moi à craindre , à servir, à rechercher... Vous comptez sur vos amis; la position où vous êtes a pour vous des agréments ; vous prétendez prendre là votre repos. . . Je briserai tous ces liens. Vous tenez à votre honneur? Je permettrai qu'il soit flétri. Vous voulez des contentements hors de moi ? Pauvre âme, que trouverez-vous dans le néant? Je ferai tomber, l'un après l'autre, autour de vous, tous ces appuis humains. Je ferai plus encore : jaloux de posséder seul et entièrement un cœur qui n'appartient qu'à moi, je vous séparerai de vous-même. Portant le couteau de la circoncision jusqu'aux racines de Tamour-propre
' Deus tentavit eos , et invenit illos dignes se. Sap. 3. o.
sm —
le plus saint en apparence, je vous retrancherar ces attraits , ces consolations intérieures , dans lesquelles vous aimiez à vous complaire. Lorsque , réduite à l'agonie , vous me direz : Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'avez-vous abandonnée ? ce sera alors que vous vous jetterez dans mon sein avec plus de confiance : Mon Père, je mets mon âme entre vos mains. » ^ 2°' La souffrance est une grâce de prédilection. Quel héritage Dieu a-t-il préparé dans ce monde à la sainte humanité de son Fils ? La pauvreté , l'humiliation, la mort la plus cruelle et la plus ignominieuse. Jésus traite ses amis comme son Père l'a traité ! Il avait dit à ses apôtres : /àm nondicam vos servos.. , vos autem dixi amicos. Mais à quoi reconnaîtront-ils qu'il les aime d'une affection particulière? Le voici ? Si me persecuti sunt , et vos persequen^ fur. Amendico vobis , quia plorahitis et flebiti. vos, jnundus autem gaudebit. Injicient vobi manus suas et persequentur, tradentes in syna gogas.. , trahentes ad reges et prœsides propte\ nomen meum... Trademini à parentibus et fra tribus.., et eritis odio pmnibus propter nomei meum... Venithora, ut omnis qui interficit va arbitretur obsequium se prœstare Deo. (Joan 15. 16...)
Les apôtres surent apprécier ce ténioignag de l'amour de Jésus pour eux. Lorsqu'ils soi tent meurtris et outragés de l'assemblée de
Juifs, ils font éclater leur joie : Ibant gaudentes à conspectu concilii , quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati. (Act. 5. 41.) Les oracles sacrés abondent sur ce point et ne peuvent être plus formels : Omnes qui placueruni DeOj per mullas tribulationes transierunt. (Judith. 8. 13.) — Quoniam acceptus eras Deo , necesse fuit ut tentatio probaret te. (Tob. 12. 13.) — Quern diligit Dominus, castigat. fHebr. 12.6.) « Il est très-certain, » dit sainte Thérèse, « que Dieu conduit ceux qu'il aime tendrement par des voies difficiles et laborieuses , et que plus une àme lui est chère , plus il lui envoie de peines et de soufîrances. » Saint Laurent Justi- Qien exprime absolument la même pensée : Qaà quis arctiùs amatiir , eô quoque duriùs in orœsenti flagella tu r .
Par quel aveuglement voulons-nous croire [{ue Dieu nous délaisse , lorsqu'en effet il nous prouve sa prédilection? Saint Jean-Chrysostôme préfère la grâce de la souffrance au pouvoir de faire des miracles ; la raison qu'il en donne est évidente : En opérant des miracles , je deviens le débiteur de Dieu ; en souffrant, je rends Dieu mon débiteur. Il ajoute : Profectô vinctum esseproplei Christum est major gratia, juàm sedere suprà duodecim sedes^ quàm esse ipostolmn , quàm esse doctorem , quàm esse ivangelistam. ^Hom. i^. in epkt. ad Eph. — Si quis me apud superos collocaret cum Angelis , aat III. 21
cum Paulo vi/icto , eligerem carcercm et vmcula; nihil enim est melius qiùim pati pr opter Christum. Non tàm beatum existimo Pauliir qiiôd raptus sit in tertium cœlum , quàm eum censeo beatum propter vincula. Mihi est optabilius pati cum Christo , quàm honorari pru Christo. Hœc est gratia quœ omnia superat. ^Ibid.) Un saint religieux se voyant délivré de toutes ses tentations et de toutes ses peines, en était inconsolable, et disait à Dieu en soupirant : Ergone indigents sum , Domine , ut patiar pro te I
3* La souffrance est une grâce de prédestination. Écoutons encore les saints Docteurs : Conjectura est, cùm te Deus immensis persecutionibus corripit , te in electoruin suorum numerum destinasse. [S. Aug. Epist. ad AUp.) Flagelli eruditio cum patientiâ indubium prœdestinationis agnoscitur esse prœsagium.
(S. Laur. Jiist. de Castu connub. c. 19.) — ElectOS
Dei cernimus etpia agere et crudelia pati. Tribulatio est pabulum electoru^m. (5. Greg.)
Ce principe est fondé sur la justice de Dieu , qui ne laisse aucun mal sans châtiment ni aucun bien sans récompense ; elle punit par conséquent ou récompense en l'autre vie ce qu'elle ne punit pas elae récompense pas dans la vie présente. Si je suis constamment dans la prospérité , je dois trembler ; ce bonheur passager n'est-il point , hélas ! le salaire de mes
naines vertus? Si Dieu m'épargne inaiiitenant, iialgré tant de fautes que j'ai commises , mes Déchés n'auront-ils point pour expiation des >upplices éternels? C'est tout le contraire pour e juste éprouvé : le temps expie ses fautes , 'éternité couronnera ses vertus. Je dirai donc ivec Tobie, au milieu de mes peines : Benedico 'e, BonnineDeus, quia tu castigastime.ettu saU 'asti me. (Tob. 11. 17.) Mon affliction, c'est mon ;alut.
IP P. Le bon prêtre aime les souffrances, 'omme la preuve la plus certaine qu'il puisse tonner à Dieu de son amour. L'Ecriture com- )are ordinairement la charité à l'or et les -ouffrances à la fournaise : Tanquùm aurum n fornace. (Sap. 3. 6.; Gomme le feu éprouve or , c'est aussi l'affliction qui distingue et fait iscerner le véritable amour d'avec le faux. Plusieurs se présenteront devant Dieu pour être faites comme ses amis , mais il ne recevra que :eux dont la charité aura passé par le creuset les afflictions : In igné frobatiir aurum et ar- ^éntum, homines vero receptibiles in camino lumiliationis . (Eccli. 2. 5.}
Nous ne jugeons bien de notre amour pour Heu que par les actions qu'il produit ; mais [tielles actions ? Non celles qui sont agréables lia nature ; ou pourrait s'y porter par amour :e soi-même. Pour n'avoir pas à craindre de se Pôtoper dans cette épreuve , il faut trouver un
bien qui répugne aux inclination? de l'amourpropre , tel qu'est le bien que la foi nous découvre dans les souffrances ; si je m'y détermine, n'y étant attiré que par le désir de plaii»? à Dieu, je devrai croire que je l'aime. La \énb[ de l'amour de Job, dit saint Jean-Chrysostôme, se manifestait, non quand il ouvrait ses palaie pour y recevoir les étrangers, mais lorsque voyant toutes ses maisons renversées, son cœui demeurait inébranlable. Saint Paul dit que le vrais amis de Dieu ressenjblent à ces arbres qu ont de profondes racines : In charitate radi cati. Or, nous ne pouvons savoir, au jugemen de saint Cyprien , si nos âmes sont bien enra cinées en Jésus - Christ , que lorsque nou sommes secoués par les vents de l'affliction Abraham avait déjà donné à Dieu bien de preuves de sa fidélité ; toi;tefois ce ne fut qu'ai moment où il consentit , pour lui plaire , à im moler son cher Isaac, que le Seigneur se montr satisfait de son amour.
Si de votre côté, ô mon Dieu, la croix est u* des plus riches présents que vous puissiez fair à votre créature ; de son côté l'acceptation d toutes les croix que vous lui envoyez est le Si crifice le plus agréable et le plus parfait qu'ell puisse vous offrir. Je désire, adorable Sauveui que ma vie ne soit plus qu'un commerce réc proque d'amour entre vous et moi. Vous donnerez des croix , et je les embrasserai avç
■mt l'amour dont vour; me rendrez capable. Si e ne suis pas digne de souffrir le martyre du ang, vous m'accorderez celui de l'abnégation. ) .lésus ! ô croix ! ô amour ! Voilà désormais out mon partage.
1er P. Le bon prêtre a ne les souffrances, comme veuve certaine de l'arnow de Dieu pour lui. Qae sontîlles au point de vue de l,i foi ? 1» Des grâces. Le Saui^cup les met au rang des béatitudes. Saint Paul paraît Sgilep la grâce de souffrir à celle de croire. — Grâce le conversion : on revi- ;it à Dieu quand il frappe. Giâce de perfection : la S'Uffrance nous éclaire, nous pirifie, nous détache de t»'it pour nous attacher à Dieu sonl. 2* Des grâces de prédilection. Tous ceux qui ont eu le bonheur de plaire à I ieu , ont dû passer par de g:andes tribulations. — P irce que vous étiez agréable au Seigneur, il a fallu qi • l'affliction vous éprouvât. Saint Jean-Chrysostôme piL'fère la grâce de souffrir au pouvoir de faire des miracU'S. 3" Des grâces de prédestination. La justice de Dieu ne peut laisser aucun mal saus châtiment ni aucun lien sans récompense. Des prospérités temporelles so jL la récompense des vaines vci'tus des méchants, renf',-' punira leurs crimes. C'est tout le contraire pour les Jiisles : le temps expie leurs fautes, réiernilé couronneia leurs vertus.
Ile P. le bon prêtre ai!:ie les souffrances , comme pieuve certaine de son ami .ir pour Dieu. De même que le feu éprouve l'or, rafflicii.m fait discerner le faux du vtu'ilable amour... Quoique Abraham eût donné à Dieu bien des témoignages de sa fidélité, ce ne fut qu'au moment où il consentit au plus douloureux sacrifice , que le Seigneur se montra satisfait, quia fecisti hanc rem... 0 Jésus ! ô croix! ô amour! voilà désormais tout mon partage.