II. Parce qu'il est «on coopérateur et son ministre
\" V. Le 'prêtre doit s'attendre à de grandes souffrances , farce qu'il est placé an premier rang des disciples du Sauveur. La plus indispensable condition à remplir, pour être admis même au dernier rang des disciples de Jésus, c'est de se renoncer, de prendi^e sa croix, et de le suivre. Voilà ce qu'il exige du commençant, comme de celui qui a déjà fait des progrès : Dicebat ad omnes : Si quis vult post me. venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suant quotidien et sequatur me. (Luc. 9. 23.) Se renoncer, c'est mourir à soi même ; meurt-on sans soulfrir? Prendre la croix, c'est prendre Tliumiliation et la douleur ; cette croix est journalière, quotidiè. Suivre, imiter Jésus-Christ, c'est faire violence aux inclinations de la nature ; car en quoi principalement veut-il être imité , sinon III. 20
dans sa paîieuce et sa résignation? C/esl sur le Calvaire et non sur le Thabor, qu'il se présente à nous comme modèle. La vocation aux soutfrances est commune à tous ceux qui ont embrassé l'Évangile : In hoc vocati estis : Quia Christus passus est pro nobis / vobis relinquens exemplum , ut sequamini vestigia ejus. (I. Petr. 2. 21.) Crucifier sa chair avec ses vices et ses convoitises , tel est le caractère qui distingue les vrais disciples de Jésus : Qui mut Christi carnem mam crncifixerunt cum vitiis et conçu piscentiis. lOal. 5. 24.
Saint Paul insiste sur cette vérité fondamentale ; plus elle est dure à entendre, plus il tient à nous l'inculquer fortement. 11 venait d'être exercé par de rudes épreuves : Antioche, Icône, Lystres , tous les lieux qu'il avait parcourus avaient été le théâtre de ses souffrances ; il a soin d'avertir que cette destinée ne lui est point personnelle , et que tous ceux qui voudront vivre dans la piété , selon les maximes et les exemples du Sauveur, auront à souffrir persécution : Omnes qui pie volunt vivere in Christo ^ Jesu , persecutionem patientur. (II. Tim. 3. 12.) Au dedans, au dehors, de la part du monde et des puissances de ténèbres, ils rencontreront partout contradiction, peine, afiliction.
Mais si la croix est inévitable pour tout dis- ' ciple de Jésus, par cela seul qu'il doit le suivre, celui qui est appelé à le suivre de plus près, et
;i luaicher après lui dans les voies de ia pcrfecfion, doit s'attendre à des croix plus pesantes. Jamais l'ennemi des âmes , dit saint Jeanr.hrysostôme , ne déploie contre nous tant de fureur, que lorsqu'il découvre plus de conformité entre notre vie et la doctrine sacrée de rÉvangile. C'est alors qu'il demande à nous cribler comme on crible le froment. Plus il voit de trésors dans nos mains, plus il est jaloux de nous en dépouiller. De là ces tentations multipliées, importunes, acharnées, qui font trouver la vie amère et arrachent des plaintes aux plus mâles courages : Suprà moclum gravati sumus mprà virtutem, ità ut tœderet nos eliam vivere. [U. Cor. i. 8.) Quel supplice pour un homme intérieur, quand il passe tout-à-coup de la lumière à l'obscurité la plus profonde î Quel martyre , lorsqu'à cette privation de tout sentiment de dévotion vient se joindre une imagination troublée par mille fantômes , une volonté déchirée par les désirs les plus contraires , lorsqu'on est réduit à s'écrier : Mon Dieu , m'avez-vous donc abandonné !.. Parmi les personnes sur qui la Providence a des desseins particuliers de perfection , il en est très-peu qui ne passent par ces douloureux états ; je dois m'y attendre , comme étant place au premier rang des disciples du Sauveur. Ce n'est pas tout.
ir P. Lr prctrr doit s;^ attendre ii dr phiR
grandes tribulations , parce qu'il est le ministre et le coopérateur de Jésus-Christ. La souffrance est l'état normal de l'homme apostolique. La raison en est, dans son union plus parfaite avec la victime du Calvaire , dans les emplois qu'il exerce et les titres qu'il porte, dans le concours qu'il donne à l'ouvrage de la Rédemption.
i'' Les membres partagent la condition du chef ; or , les prêtres sont les membres nobles du corps de Jésus-Christ : Pars m-embrorum Christi prima. (S. Greg. Moral c. 16.) Ils lui sont tellement unis qu'il est en eux comme son Père est en lui. Ego in eis et tu in me. (Joan. n. 23.1 11 continue par leur ministère son œuvre de réparation et de salut, éclairant les intelhgences, dirigeant les volontés, purifiant les cœurs... Personne donc autant que le prêtre ne doit ressembler à l'Homme-Dieu crucifié, ni participer dans la même mesure au calice de ses souffrances : Si me persecuti surit, et vos persequentur. Il nous a choisis pour l'accompagner ici-bas dans ses peines : Vos estis qui permansistis mecum in tentationibus meis. (Luc 22; 28.) Nous serons un jour où il est maintenant : Volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum : ut videant claritatem mcam; mais pour obtenir ce bonheur, il faut que nous soyons maintenant où il a été pendant sa vie mortelle, in tentationibus. Si donc cette vie adorable , commencée dans une crèche et terminée sur une croix , n'a été
[Il un enchaînement d'humiliations et de soufrances, telle doit être la nôtre. N'est-ce pas railleurs ce que nous annoncent nos emplois et nos titres ?
2'' Apôtres de la vérité que le monde combat, défenseurs de la vertu que le monde persécute, ennemis déclarés de tous les vices qui régnent dans le monde', notre main est contre tous et a main de tous est contre nous ^ c( On ferait une longue histoire , » a dit un écrivain , (( si on recueillait tout ce qu'ont eu à souffrir dans tous les temps ceux qui ont entrepris d'introduire dans le monde cette étrangère qu'on nomme la vérité. ^) Si cela est vrai de la vérité en général , combien plus de cette vérité crucifiante , qui abaisse tout orgueil , condamne toute mollesse, et ne fait grâce à aucun mauvais penchant ? Le saint ministère n'est qu'une lutte permanente contre le monde , ses erreurs et ses crimes ; il exige que je sois toujours préparé à la souffrance.
Il en est de même de mes titres. Je suis père des âmes : ma famille est nombreuse ; mais parmi mes enfants combien m'affligent par leur indocilité , leur obstination à se perdre , malgré le désir ardent que j'ai de les sauver ! Je suis pasteur , et mon troupeau m'est cher ; mais dans ce troupeau, que de brebis ma-
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lades ! il faut les guérir ; que de brebis jeunes î il faut les former ; que de brebis égarées! il faut les chercher, les ramener, et peut-être les porter. Je suis cultivateur ; ma paroisse est un champ , elle est une vigne, llélas ! jusqu'à ce jour quel fruit a-t-elle produit? Je ne vaincrai jamais cette désolante stérilité sinon par la patience , l'immolation de moi-même , l'abondance de mes sueurs et de mes larmes. Je suis son médecin et comme tel, j'ai des relations continuelles avec les innombrables infirmités de Tesprit et du cœur de l'homme. Pourrai-je proportionner ma compassion à la grandeur de ces misères, si jamais je ne les ai ressenties? Jésus-Christ lui-même, quoiqu'il fût Dieu , eût été, en quelque sorte , moins en état de nous sauver, s'il n'avait coiinu par expérience ce que c'est que la douleur : Dehuit per omnia fratrihus similari, ut misericors fieret. :Hebr. 2. 17. i Pour la même raison tout prêtre est pris parmi les hommes : Ex hominibus assuraptus , afin qu'il trouve dans ses propres faiblesses le motif et la règle d'une condescendance charitable, dont il a besoin le premier : Qui condolere possit ils qui ignorant et errant , quoniam et ipse circumdatus est infirmitate. (Hebr. 5. 2.) Entièrement étranger aux combats de la chair contre l'esprit, serait-il propre à diriger , à soutenir , à consoler les âmes soumises aux tentations les plus redoutable? comme les plus humiliantes ?
S"" Enfin je dois concourir au magnifique ouvrage de la rédemption ; or, je ne le fais efficacement que par mes souffrances. Le monde ne peut être sauvé que par la croix , et celle de Jésus-Christ ne suffit pas. Cette vérité revient souvent dans mes méditations , aux pieds de mon crucifix je la comprends : Rien ne germe qiià Vomhre de la croix. Jésus-Christ pensait à ses ministres, comme à lui-même, quand il disait : Amen , amen dico vobis : Xisi granum frumenti cadens in terram mortuumfuerit, ipsum sohim manet ; si aiitem mortuum fuerit , mnltum friictum affert. (.Joan. a. IL
Un pieux et savant commentateur , après avoir fait remarquer la double vocation de saint Paul , à un immense apostolat et à d'immenses souffrances : Vas electionis est milii iste, ut portet nomen meum coràm gentihus et regibus..; ostendam enim illi quanta oporteat eum pro nomine meo pati , ajoute immédiatement cette réflexion : Undc tiquet Paulum aliosque electos Dei serras magis à Dec eligi et destinari ad multa pro eo patienda , quàm agenda ; servitus enim Dei , a^què ac apostolatus, magis consista in multâ passione, quàm opcmtione. For lia agere Romanum est , fortia pati Christianum est^ imo apostolicum. '(>rn. à Lap. In Ad. Apost. c. 9. f. 16.)
Voilà donc ce qui m'est démontré : Si pour être un bon prêtre , il me faut du dévouement ,
de Tactivité, du travail , il me faut encore plus de patience. Je dois agir beaucoup : mais principalement je dois beaucoup souffrir. Je m'y attends, Maître adorable ; vous me l'avez prédit : Vous serez sous le pressoir de la tribulation : In mundo 'pressurain habebitis. (Joan. 16. 33.) Mais il n'y a point de trouble dans cette attente ; car vous me rassurez en me disant : Confidîte , ego vici mundu'm. (Ibid.) Oui, Seigneur , vous avez triomphé du monde , de sa sensualité et de son orgueil. Vous avez vaincu la souffrance et la mort ; la victoire que vous avez remportée en vous-même , vous la remporterez en moi. Xe m'armez ~ vous pas tous les jours de la force des martyrs, ou plutôt de votre propre force, en me donnant votre chair pour nourriture et votre sang pour breuvage? Oh ! si je savais user assez dignement de cet aliment divin , de quelle patience , de quelle magnanimité je serais capable ! In illâ longâ morte (Laurentius), in illis t or mentis , quia benè manducaverat et benc biberat , tanquàm illâ carne saginatus et illo calice ebrius , tormenta non sensit. (S. Aug. Tract. 27. in Joan. n. 12.)
1er p. Le prêtre doit n'attendre à de grandes souffrances, parce qu'il est placé au premier rang des disciples du Sauveur. On no pcuil èlro admis, môme au (leriiier, qifa la condition de se renoncer soi-même do prendre sa croix et de lij suivre. La vocalion aux
souffrances esl commune à tous ceux qui ont embrassé l'Évangile. Le prêtre étant placé au premier rang des disciples d'un mailre crucifié, doit le suivre de plus près. — Plus le démon nous voit avancer dans la perfection, plus il esl jaloux de notre bonheur: de là ces tentations multipliées , qui rendent la vie amère et arrat-'hent des plaintes à un saint Paul lui-même.
lie p Le prêtre doit s'attendre à de grandes souffrances, parce qu'il est le ministre et le coopérateur de Jésus-Christ. La raison en esl dans son union plus parfailh; avec ia victime du Calvaire , dans les emplois qu'il exerce : il combdl les erreurs et les vices; toutes les passions se déchainenl contre lui. Biais de pius, il concourt à la rédempiion humaine; or l'humanité n'est .auvée qsie par la croix. Nisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit , ipsum solum wanet. Notre Seigneur nous dit comme aux apôtres : In mundo prèssuram habebitis. Mais il ajoute : Confidite, ego vici muiidum.