III. ^U
I. Ûaest-*ce que la joie spiriluelle et quelle idée devuns-nou «
en avoir ?
II. Combien Dieu désire que nous la possédions toujours. m. Combien elle est utile et nécessaire à notre sanctification.
I" P. Véritable idée de la joie spirituel' Saint Paul nous la donne dans son épîi aux Philippiens : Mes frères, réjouissez-ro sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore une fois : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tout le monde ; le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien; niais quelque état que vous soyez, présentez à Dieu vos demandes par des supplications accompagnées d'actions de grâces. Nous avons . dans ces paroles , les caractères et les motifs d'une joie solidement chrétienne. C'est en Dieu qu'elle se puise : in Domino ; voilà pourquoi elle est inaltérable. Celle qui vient des passions satisfaites, s'écoule comme un torrent, qui se dessèche bientôt et ne laisse après lui qu'un impur limon. Celle qui vient des créatures, même en la supposant innocente, est au moins vaine, superficielle et passagère comme les biens qui l'occasionnent. La joie spirituelle est la seuk qui remplisse le cœur et qui puisse- durer toàjours parce qu'elle coule de source : Semperi Elle est modeste et n'a rien de commun àvfi| les joies folâtres et turbulentes des mondains, l'Apôtre en donne pour raison qu'elle en fondée sur notre foi en la présence de Dieu]
Domimis propè est , en sa puissance , en sa bonté , en sa fidélité à ses promesses ; d'où naît en nous le sentiment de la confiance. -Qui pourrait nous inquiéter? Dieu est partout, il voit tout, il peut tout, et veut toujours notre bonheur. Ses trésors sont à nous, il en a mis la clef entre nos mains , c'est la prière ^ , et il désire que nous en fassions usage. Animée par le souvenir des bienfaits déjà reçus, la prière obtient tout : Cum graliarum actione petitiones vestrœ innotescant apud Deum. La joie spirituelle est en nous un don de l'Esprit saint - , et un commencement de participation à la joie de Dieu même : Intra in gaudium Domini tui. Sur la terre la joie tombe goutte à goutte dans l'àme des élus ; au ciel ils en sont inondés comme d'un torrent.
Qu'est-ce donc que me réjouir en Dieu? C'est cliercber en lui et dans son service toutes mes satisfactions. Je me réjouis en Dieu, quand je me réjouis dans l'accomplissement de sa volonté , quand je me félicite d'être le serviteur d'un si bon maitre, l'enfant d'un père si tendre... Quand je me réjouis de l'amour qu'il a pour moi, des preuves qu'il m'en donne, des biens que j'en espère... Mais je me réjouis en Dieu de la manière la plus parfaite , lorsque je me
' Oratio jusli clavis est cœli. S. Awj. • Fructus spiritiis est gaudium. Go.L
porte avec plaisir à conlempler ses infinies perfections , son indépendance absolue, sa félicité suprême, que ne peuvent troubler ni altérer tous les attentats des mauvais cœurs ; ma joie est alors l'amour de l'enfant qui se plaît à regarder son père et qui se sent beureux de son bonheur.
IP P. Combien notre joie spirituelle est agréable à Dieu. Il nous a créés à son image, et il veut que nous lui ressemblions autant que nous en sommes capables. Nous la défigurons par nos tristesses, cette image divine ; car Dieu est la joie comme il est la charité. A quelle page de nos saints livres ne trouve-t-on pas , ou pour les pécheurs de pressantes sollicitations à se convertir , ou pour les justes des invitations multipliées à se réjouir? Notre joie est si agréable à Dieu, quand lui-même en est l'objet, qu'elle est un moyen assuré d'obtenir de lui tout ce que nous désirons \
La joie est le fruit de la justice : elle est votre bien , prêtre fidèle ; personne ne peut vous en contester la possession. Vous cherchez le Seigneur, vous voulez être tout à lui, c'en est assez, vous avez droit de vous réjouir'-. Écoutez-le , quand il vous exhorte si souvent
' Delectare iu Domino, et dabit tibi petitiones cordis] lui. Ps. 00. 4.
- Lîi'toUir lui- i|Uirn.'iiliuiii humiiiuin. P>. loi.
.iux jubilations, aux Iransporîs de la juie, aux tressaillements d'une vive allégresse. Uli î que vous le louez dignement , par cela seul que vous vous trouvez heureux de le servir '. (7est principalement à vous qu'il faut dire que Dieu vous couvre de ses ailes, comme une poule couvre ses poussins ; quoi ! vous resteriez dans le trouble là où le prophète tressaillait de bonheur - î
Xe dites pas que si la joie est commandée, la crainte l'est aussi. Non, vos frayeurs, vos saisissements , vos accablements ne sont point la crainte que Dieu commande. Celle-ci ne glace point le cœur , puisqu'au contraire il (aut être dans la joie pour la posséder cette crainte salutaire; c'est David qui nous l'apprend : Que mon cœur se réjouisse afin que je craigne voire nom. Ps. 35. iO.) Les saints craignent de déplaire à Dieu, parce qu'ils regardent son bon plaisir comme le plus grand de tous les biens, et son déplaisir comme le plus grand de tous les maux. Leur crainte a son principe dans l'amour. (.( La crainte du Seigneur, y dit le Sage, est un sujet de joie et une couronne d'allé- ,^resse ; elle réjouira le cœur du juste, et après l'avoir préservé du péché , elle lui donnera la
1 Ps. 31. 11. — Ps. 32. 1.
= la v^l-iiTT^n* ' alarum luarum rxullabn. P<;.
paix et le salut '. » Faites-vous une offrande au Seigneur ? ne la faites pas avec tristesse , ni comme par force, car il aime celui qui donne avec joie-. Enfrez-vous dans son temple pour le prier? que la joie y entre avec vous, et ne la chassez pas contre la volonté de Dieu qui a dessein de vous réjouir dans sa maison ^
IIP P. Combien la joie est utile et nécessaire à notre sanctification. Méditons bien ces paroles : La joie du cœur est la vie de l'homme et un trésor inépuisable de sainteté *. La joie spirituelle , comme la vraie piété dont elle est inséparable , est donc utile à tout : elle a des promesses pour la vie présente et pour la vie future. Nous ne l'envisugeons ici que sous ce dernier rapport.
Si la tristesse tue les âmes ^ et entraine le malheur éternel d'un grand nombre, la joie spirituelle les sauve. Elle est uii rempart qui protège l'innocence , ou un puissant moyen d'en réparer la perte. Êtes-vous tenté? Si la tristesse s'empare de votre cœur , vous voilà dans les ténèbres, vous perdez vos forces, vous êtes vaincu. Vus armes seraient la prière, la
* Hilareni enim (laloitin uini:ii iJeus. IL Cui . i». 7. ^ Ltctificabo eos in domo oralionis. h. 36. 7.
* .lucunditas cordis haec est vita hominis et thésaurus sin.p defectione .^anctitatis. EtiH. oO. 2:{.
ll.i.l.'
confiance en Dieu, la mortification; mais la prière vous dégoûte , la confiance en Dieu vous abandonne , la mortification vous devient impraticable. Si au contraire vous avez la joie de l'espérance, Dieu vous délivrera, il l'a promis; n'eût-il pas d'autre raison de vous secourir contre le démon , qui n'est votre ennemi , que parce qu'il est le sien , votre espérance seule l'y obligerait. Ètes-vous tombé? que l'espérance du pardon vienne rassurer votre àme , troublée par la première impression de la cbute ; qu'elle vous ramène h Dieu. En vous rendant la joie, il vous rendra le salut ^ S'agitil de l'accomplissement de vus devoirs ? Rien ne le facilitera autant que la sainte joie. Il faut dire d'elle ce qui est si vrai du saint amour : "Rien ne lui pèse , rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais il ne prétexte l'impossibilité... et à cause de cela même, il peut tout ■-'. ;) La tristesse énerve le courage; la moindre difficulté l'abat. Elle fait que l'on est d'un commerce pénible , mécontent dés autres et de soi-même. Elle entraîne dans deux précipices tout opposés ; le désespoir, ou l'amour elTréné des jouissances criminelles ; les mélancoliques sont plus enclins à la volupté , précisément parce qu'ils sont en proie à la douleur.
Redde mihi la?titiam salutaris tiii. Ps
huit. i. 3. :;.
Concluons que la joie n'est pas seulement utile, mais nécessaire. Le cœur de l'homme, dit saint Grégoire, ne peut se passer de jouissance ; s'il n'en trouve pas dans la vertu , il en cherche dans le désordre des passions K II faut que la tristesse soit un grand obstacle au salut, puisque l'Église demande pour nous, avec la même instance , que nous soyons délivrés de la tristesse 2^résc)ite et que nous jouissions de la joie éternelle-.
Seigneur, si je vous aime, j'aurai la joie et une joie inaltérable; mais aussi, si j'ai la joie spirituelle, je vous aimerai; la joie dilate le cœur et l'ouvre aux douces impressions de l'amour. 0 mon Dieu î donnez-moi votre amour, donnez-moi la joie qui vient de votre amour , rien ne pourra ni me séparer de vous , ni troubler mon bonheur.
K'r P. Véritable idée de la joie spirituelle. Saint Paul nous la donne! Mes frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tout le monde ; le Seigneur est proche. La sainte joie a sa
' Sine delectatione anima iiunquainpotest esse : nam aut infiniis deleclatur aut summis. L. 18. Moral.
' A prŒ'senti liberari tristitiâ et cTternà perfrui Ifrlilià.
source en Dieu : in Domino : c'est pour cela qu'elle est inépuisable et qu'elle coule toujours -. semper. Elle est modeste et pleine d'assurance, parce que le Seigneur est proche : Dominus prope est. C'est en sa présence que je me réjouis ; de là ma modestie et ma confiance. — Je me réjouis dans le Seigneur, quand je me réjouis do l'amour qu'il a pour moi ; quand je mets ma joie à faire sa volonté; quand je me sens heureux de son bonheur.
Ile P. Combien notre joie spirituelle est agréable à Dieu. Il nous a créés à son image; cette image nous la défigurons par nos tristesses ; car Dieu est la joie, comme il est la charité. La joie dans le Seigneur est Taraour le plus pur. Elle est si agréable à Dieu, qu'elle est un moyen assuré d'obtunir de lui ce que nous voulons.
nie i\ Combien la joie spirituelle est utile et nécessaire à notre sanctification. LEspril saint a dit : la joie du cœur est la vie de l'homme et un trésor inépuisable de sainteté. Si la tristesse s"empare de votre cœur, vous voilà dans les ténèbres, vous perdez vos forces, vous êtes vaincu. Le cœur de l'homme a besoin de jouissances ; s'il n'en trouve pas dans la vertu , il en cherche dans le désordre. La joie dilale le cœur et le prépare aux douces impressions du saint amour. L'É^Mise demande avec la même instance que nous soyons délivrés de la tristesse présente et que nous jouissions do lu joie élcrnello.