‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 71 sur 96 · III. Combien elle est honorable pour nous · texte numérisé non relu

III. Combien elle est honorable pour nous

Dieu est notre centre, comme il est notre premier principe et notre lin dernière. Nous reposer dans ce centre de tout bien, nous unir à Dieu , tel doit être le but suprême de tous nos désirs, et c'est vers ce but que nous nous sommes efforcés de tendre dans toutes nos méditations. Le péché est le grand obstacle à cette union : nous avons commencé par le combattre; Jésus-Christ est le lien de cette union : nous nous sommes attachés à nous transformer en lui par une imitation fidèle ; l'amour de Dieu consomme ici-bas cette union, en attendant qu il lui donne sa dernière perfection dans l'heureuse éternité : voiltà pourquoi toutes nos pensées, depuis quelques jours, n'ont pour objet qu£ la vie céleste , à laquelle nous préludons par la divine charité. Mais aimer Dieu, comme on peut , comme on doit l'aimer sur la terre , et se préparer à l'aimer infailliblement comme on veut l'aimer au ciel , c'est se conformer entièrement à son adorable volonté ;

que manquera- t-il donc à notre Ame, quand nous l'aurons enrichie de cette vertu ?

P' P. Conformer en tout ma volonté à celle de Dieu , quoi de plus juste ? L'ordre el la raison demandent que le maître manifeste ses volontés et que le serviteur les exécute : que la vérité soit préférée à l'erreur, la sagesse à la folie ; que ce qui est parfait, et immuable dans sa perfection , régie ce qui est vicieux , ou n'est bon que par moments. Or, si je comparo les deux volontés qu'il s'agit d'unir ensemble , celle de Dieu el la mienne , que trouverai-je '.'

La volonté de Dieu est celle du maître , la mienne est celle du serviteur ; à lui le droit de commander , à moi le devoir d'obéir. Lorsque le grand prêtre Héli eut entendu Samuel lui annoncer les terribles châtiments qui allaient punir sa coupable faiblesse , il ne dit que cette parole : Dominus est, quod bonum est in oculis suis facial, (l. Reg. 3. \s.: Belle réponse, dont je dois me servir pour étouffer les plaintes, prévenir ou vaincre les résistances de ma volonté, lorsqu'elle est tentée d'être rebelle.

La volonté de Dieu est infiniment éclairée : une sagesse souveraine la dirige ; la mienne est toute enveloppée de ténèbres; aussi qui pourrait compter ses écarts? Il doit en être de ma volonté en matière d'obéissance , comme de mon entendement en matière de foi. Pour me soumettre à Dieu qui me parle , je renonce à

mes raisonnement:^ humain?, m'en rapportant pleinement à ses lumières... N'ai-je pas les mêmes raisons de me coniler à sa volonté infiniment sage pour me conduire, qu'à son infaillible vérité pour m'éclairer ?

Enfm , la volonté de Dieu est la droiture et la sainteté même. Toujours parfaite , elle ne change jamais. La mienne est portée au mal, dépravée, inconstante : Stet ergo régula, dit saint x\ugustin, et quocl praviim est fiel regulam corrigatur.'ln Ps. 31.) Qu'arrive-t-il cependant? Au lieu de suivre la volonté de Dieu, je voudrais que Dieu suivît la mienne ; c'est-à-dire que ne voulant pas qu'il me sanctitie , je voudrais le dépraver ; quel désordre ! Hœc est in hominibus magna et nsitata perversitas , ut cùni debeant ipsi vivere secundùm voluntatem Dei, ipsi Deum velint vivere secundùm voluntatem suam ; et ciim ipsi nolint corrigi, illum velint depravari. (In Ps. io.}

IP P.' Conformer en tout ma volonté à celle de Dieu , quoi déplus excellent et de plus agréable au Seigneur? Dieu a opéré sur la terre deux unions dont la merveille surpasse tout ce que notre esprit peut concevoir ou imaginer : l'union de la nature humaine avec la divine dans la personne du Verbe , nous l'adorons en Jésus-Christ ; l'union d'une maternité admirablement féconde avec une virginité inaltérable, et nous l'honorons dans Marie. « Après ces

'-'iix miluns incomparables, o dit le P. Nouet,

je n'en connais point de plus excellente que celle de n-otre volonté avec la volonté divine. Il n'est chose au monde qui plaise davantage à Dieu, et qui nous rende plus semblables à son Fils. »

Le même écrivain ajoute : « comme l'homme qui est Dieu, est par là même infiniment puissant, bon, sage, saint ; ainsi la volonté humaine, étant passée dans la divine, devient toute sainte, '•ar elle est unie à la sainteté même; toutepuissante, car elle est unie à la toute-puissance de Dieu ; toute parfaite , car elle est unie à rinfmie bonté... » Comment Dieu ne se complairait-il pas dans une âme identifiée avec lui, et dans laquelle il contemple en quelque sorte toutes ses infinies perfections?

Il semble qu'il ait voulu nous montrer la joie que lui cause ce sacrifice de notre volonté à la sienne, quand il a dit : J'ai trouvé un hommeselon mon cœur , dans la personne de David , fils de Jessé, et la raison de ma prédilection pour lui, c'est qu'il fera toute<< mes volontés * . Il l'a trouvé cet homme , tel que le désirait son cœur , il le cherchait donc? Oui, mais d'abord inutilement; enfin il l'a trouvé, le voilà satisfait, il faut qu'il en parle et qu'il s'en félicite.

Il est certain que cet abandon filial, avec le-

' Inveni David filium Jesse , virum secundùm cor nieum. qui faciet omnes voluntates meas. Act. 13. 22. ' m. 25

quel nous nous remettons entre les mains de Dieu, pour qu'il dispose de nous comme il lui plaira, est un magnifique triomphe de la grâce sur la volonté humaine, sans aucun préjudir de sa liberté ; triomphe d'autant plus flatteur pour celui qui le remporte, que le vaincu veut l'être , et qu'il se regarde comme infiniment obligé envers son vainqueur. 0 mon Dieu, remportez-le sur moi : Eccè me totum omnesqv.r sortes meas in manihus tiiisplenè et fiducialiter repono : quod tibi pladtum fuerit, hoc deùicep fiai. f^Iernor. vit. sacerd. c. 48.)

IIP P. Conformer en tant ma volonté à cell' de Dieu, quai déplus honorable ? Par celte vertu, m'affranchissant de toute autre servitude, pour ne dépendre que de Celui dont les serviteurs sont des rois, je m'élève jusqu'à la vie des anges, jusqu'à la vie de Jésus-Christ, qui est la vie de Dieu rfiême.

1** Si je me dépouille de ma propre volonté, pour prendre en tout celle de Dieu, il n'y a plus entre lés anges et moi, qu'une même règle de conduite, une même vie. i<. Anges du Seigneur, bénissez-le totis, vous qui accomplissez avec tant de force et de puissance les ordres qu'il voua donne... Vertus du Seigneur, bénissez-le, voua qui êtes ses ministres et qui faites ses volontés ^ . »

' Étetie^cHe Domino , omTies Artgeli ejus : pot«ntes virtûte, fsrcientes verbum illius, ad audiendami voceifl

Les anges n'ont qif un seul mobile , le bon plaisir divin. Dieu le veut , telle est la loi à laquelle tous obéissent : Dieu le veut, et ce prince du ciel va prendre le gouvernement d'un peuple , ou la protection d'un enfant. Il se charge aussi volontiers d'être le gardien d'un pécheur , que celui d'un saint. Ce pécheur ne lui saura aucun gré de ses services et le rendra témoin de mille abominations... Mais puisque Dieu le veut, l'ange lui prodiguera ses soins avec l'affection de la plus tendre mère pour son unique enfant. N'est-il pas beau d'avoir la même occupation que ces bienheureux esprits, et d'imiter leur vie? Cependant ma conformité aux volontés divines m'élève encore plus haut.

2" Elle me donne une admirable ressemblance, une ineffable parenté avec le Roi des anges. Jésus-Christ n'est descendu sur la terre, il n'y a vécu, il n'y est mort que pour se conformer aux volontés de son Père. 11 n'est pas venu de lui-même ; son Père l'a envoyé : Misit me vivens Pater. iJoan. c. os.. La volonté de son Père a tout déterminé : le temps, le lieu, la durée de sa mission au milieu des hommes ; elle a vés\é toutes ses démarches, dicté toutes ses

sermonum ejus. Benedicite Domino , omnes virtutes ejus, ministri ejus, qui facitis voluntatem ejus. Ps. 10*2. :iO. 21.

paroles, commandé tous ses miracles... Qiiœ pîacita suut ei facio semper ; Jean. 8. 29., elle a fixé le genre et toutes les circonstances de sa mort : Non haberes potcstatem adversiim me ullam , nisi tibi datum esset desiiper. (Joan. 19. 11.; Avant d'expirer, il semble se consulter lui-même : Ai-je bien accompli toutes les volontés de mon Père ? Oui , tout est consommé. Je n'ai plus besoin de cette vie mortelle... Et inclinato capite, tradidit spiritum. Joan. 19. 30. C'est donc surtout par cette vertu que je deviens le parfait imitateur du Fils de Dieu et sa vivante image. 11 y a plus : en la pratiquant, j'entre dans sa famille , je deviens son frère ; il m'aime comme sa propre mère en quelque sorte ; car c'est lui-même qui a prononcé cet oracle : Quiconque fait la volonté de mon Père, qui est dans le ciel, celui-là est mon freine, et ma sœur, et ma mèreK Comme s'il disait: Marie n'a eu la première place dans mon cœur que parce qu'elle était la plus parfaite des créatures dans sa conformité aux volontés du Seigneur. En voulant ce que Dieu veut , comme il le veut, parce qu'il le veut, je n'ai qu'une même nourriture avec le Sauveur : Meus cihiis est, ut faciamvoluntatemejusquimisitme. ,Joan. 4. 34.;

' Quicumque l'eceril voluntatem Patris mei, qui i» cœlis est, ipse meus frater, et soror, et mater est. Matth. 12. oO.

(le qui le faisait vivre me fait vivre moi-même ; je suis comme uu autre Jésus-Christ, un Dieu fait homme, conversant avec les hommes : Qui par et I)eo, efficitur, ad magistrî imaginem, Deus in carne conversans. 'Clem. Alex. 7. StfOin.<

Ainsi, tandis que le Verbe éternel , pour se < onformer à la lolonté de son Père dans l'ouvrage de notre rédemption, a dû descendre jusqu'aux dernières limites de l'abaissement, nous au contraire, en pratiquant la môme conformité, nous nous élevons au-dessus de toute créature ; nous montons , dit saint Bonaventure , par un vol saintement audacieux, jusqu'au ciel de l'ail orable Trinité, pour nous attacher à Dieu, en prenant sa volonté pour règle de la nôtre : Ascendit adcœlum Trinitatis, ci per conformitatem l'oluntatis inhœrendo. Serm. in i Dom. Adv.) Par là, nous participons à deux attributs divins, qu'il semblait que notre faiblesse ne pourrait jamais atteindre : l'infaillibilité et l'impeccabilité ; car quand je fais la volonté du Seigneur, j'obéis à la direction de sa souveraine sagesse : [)uis-je me tromper ? j'agis conformément à sa - iinteté intlnie ; puis-je pécher?

Avez-vous donné toute votre estime à une vertu si excellente? Qu'avez-vous fait jusqu'à présent pour en acquérir la pratique ? Que ferez-vous désormais?

1er p. Conformer en tout via volonté à celle de Dieu, quoi de plus juste? La volonté de Dieu est celle du raaiire, la mienne est celle du serviteur. A lui le droit de commander, à moi le devoir d'obéir. — La volonté de Dieu est infiniment éclairée, !a mienne est sujette à mille erreurs. Celle de Dieu est la droiture et la sainteté même, elle ne change jamais; la mienne est dépravée, inconstante, capable de tout mal. Oh ! qu'il est donc juste que je me laisse diriger par la volonté de Dieu en lui soumettant la mienne !

Ilg P. Conformer en tout ma volonté à celle de bien, quoi de plus excellent ? Après l'union de la nature humaine avec la nature divine que nous adorons en Jésus-Christ, et l'union de la maternité avec la virginité que nous honorons en Marie, il n'en est point de plus admirable que celle de notre volonté avec celie du Seigneur. Il semble qu'il ait voulu nous montrer combien elle lui est agréable quand il a dit : J'ai trouve en David it?i homme selon mon cœur : il fera toutes mes volontés. Cet abandon filial , qui nous remet pleinement entre les mains de Dieu, est le plus beau triomphe de la grâce sur notre volonté, sans blesser notre libre arbitre.

Ilïe p. Conformer en tout ma volonté à celle de Dieu, quoi déplus honorable? Par celte vertu, f Je m'élève au rang des anges ; il n'y a plus entre eux et moi qu'une même règle, qu'un même principe d'action, qu'une même vie. 1" J'acquiers une admirable ressemblance, une sorte de parenté avec Jésus-Christ, le roi des anges. 11 n'est descendu sur la terre, il n'y a vécu, il n'est mort que pour faire la volonté de son Père. Par celte vertu je n'ai plus qu'une môme nourriture avec Jésus-Christ... J'entre dans sa famille, je deviens son frère, sa sœur, sa mère... Je m'élève jusqu'à Dieu, en prenant sa volonté pour règle de la mienne..; je participe à son i\ifaillibililé, à son impeccabillté.

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