III. 11 uous aime
1" P. Dieu désire que nous l'aimioiis. La preuve en est partout. — Dans toutes les créatures, qu'il n'a tirées du néant, qu'il ne conserve, que pour nous montrer en elles quelques rayons de sa beauté, de sa sagesse, quelques traits de sa puissance, de sa bonté.. , et provoquer ainsi notre amour. — Dans la mission de Jésus-Christ, qui n'est venu sur la terre que pour y apporter le leu de la divine charité ; il n'a qu'un désir, c'est qu'il s'allume dans tous les cœurs : Ignem veni miltere in terram, et quid volo niû ut accendatur ? (Luc. 12. 40.) — Dans toute la loi ; son premier , son plus grand commandement le voici : Dilirfcs Dominvm Deum lu uni ex toto eorde tuo , e( ex totà aninid tiià , el ex otnnibus vieibu^ luis, et ex onuii mente tuâ. Luc. lo. -iT. C/est à ce premier com-
mandement, et au second, qui lui est semblable, que se rapportent tous les autres préceptes ; soit qu'ils nous défendent d'être inquiets sur l'avenir.., soit qu'ils nous ordonnent le détachement, le mépris du monde et de nous-mêmes., tous ont pour but de préparer les voies à divine charité : Finis autem prœcepti est cJuiri^ tas. A. Tim. 1. o. — Dans les différentes vertus qu'on exige de nous ; elles ne sont toutes que des moyens d'arriver à la charité parfaite oud< nous y maintenir : Quid Domimts Deus tuus petit à te, nisi ut timeas. . . et diligaseum. . .intoto corde tuo'^ .'Deut. 10. 12. La crainte même que Dieu demande, est celle qui conduit à l'amour : Quitimetis Dominum, djUgiteillum, Eccli. 2. 10.) La foi, l'espérance, aussi bien que les autres vertus, précèdent ou accompagnent la charité qui est leur reine : Major autem honim charitas. Les autres sont pour le temps-; l'amour divin s'étend à l'éternité : Charitas nunquàm excidit. — Dans toutes les grâces que nous recevons : 1» cœur de Dieu en est la source ; elles ne découlent sur nous que pour nous remplir de son amour. S'il nous éclaire et nous touche, s'il fait naître en nous l^nt de sentiments divers, c'est toujours afin que nous l'aimions ; l'esprit d»^ grâce n'entre dans nos cœurs que pour y mettr» l'esprit de charité : Charitas Dei diffusa est ir corâibus rtostri<i per Spiritum saudutn , q>'' dtitus est nofjis. 'Rum. :;. .i. — Dans le ciiristia
nisme tout entier, où tout prêche, où tout inspire le divin amour. Ses dogmes, ses mystères, -on culte , sont des leçons et des motifs d'amour; -ai sacrifice est le monument immortel d'un amour sans bornes ; le plus auguste de ses sacrements est appelé le sacrement d'amour ; ses couronnes sontles récompenses du saint amour. — Dans les biens infinis, destinés à* ceux qui remplissent ce grand devoir, dans les châtiments effroyables "réservés à ceux qui refusent de s'y soumettre. « 0 mon Dieu, )i s'écriait saint Augustin , « l'excès de vos rigueurs contre les ingrats qui ne veulent pas vous aimer, me montre bien l'excès de votre amour pour moi. C'était trop de me permettre de vous aimer ; comment portez-vous la bonté jusqu'à m'en faire un précepte? jusqu'à me menacer des plus grands malheur? si je ne vous aime pas, comme si ne pas vous aimer n'était pas déjà le plus grand des malheurs? ^)
Mais si Dieu désire vivement Tamour de tous les hommes, combien plus désire-l-il l'amour de ses ministres , dont il veut se servir pour attirer à lui tous les cœurs ! Communiquerontils son amour, s'ils ne l'ont pas ? Qui non ardet, non incendit. (S. Greg.) Aussi avec quel soin il les forme à l'aimer et à n'aimer que lui ! Dès leur jeunesse, il les retire à l'ombre de ses autels , les sépare du monde et de tous les objets qui ])arta£'eraient leurs affections ; l'éducation clé-
ricale est-elle autre chose que l'apprentissage des grands dévouements que demande la charité sacerdotale?
IF P. Dieu- mérite que nous l'aimions. Le cœur de l'hom.me ne vit que d'amour; et comme Dieu l'a créé pour lui seul, il l'a fait si grand, que lui seul peut le remplir. Il faut le hien suprême 3 ce cœur toujours inquiet et soulTrant, jusqu'à ce qu'il se repose dans le centre même de toute perfection. Mais aussi quel besoin d'aimer ne serait satisfait par les charmes infinis que la foi nous découvre en Dieu? Qiiis ut Deus? Qui donc peut ressembler à Dieu en grandeur, en puissance, en sagesse, en bonté?.. Saint Augustin , aidé de nos saints livres et de son imagination si féconde, s'étant tracé à lui-même le plus riche tableau des perfections divines, finit par s'écrier : «i Eh ! qu'est-ce que tout cela, ô mon Dieu , mon amour et ma gloire? Non, ce n'est point là ce que vous êtes ; nous ne faisons que bégayer , quand nous voulons parler de vous : Nihil dicit qui de te dicit. De là ce cri d'amour échappé de son cœur et si souvent répété depuis : Que ne vous ai-je connue plus tôt, beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ! Que ne vous ai-je plus lot aimée ! »
0 mon Dieu , je me fais un reproche bien plus amer encore. Augustin vous aima dés qu'il commença à vous connaître; combien plus coupable est celui qui, ne pouvant sx'xcuser sur
s<in ignorance, a vécu si longtemps sans vous aimer ! J'ai vu la vérité presque aussitôt que la lumière du jour ; dès mon enfance , vous avez daigné vous manifester à moi comme le seul objet digne de toutes mes affections. Cependant, hélas ! qu'ai-je fait de mon cœur? A quoi ai-je dépensé jusqu'à ce jour son extrême sensibilité?.. Oui, Seigneur, c'est trop tard que je vous aime : Sera te amavi ! Trop tard pour votre Liloire; que d'outrages vous aurait épargnés mon amour, et de ma part, et de la part de tant d'àliies , c{ue je devais détourner du mépris de votre VA !.. Trop tard pour mon innocence ; que mon Lieur serait pur, s'il n'avait jamais aimé que \()us î Trop tard pour mon bonheur ; de quelles peines, de quels remords je me serais préservé '^n vous aimant î Mais , par l'effet de votre infinie miséricorde , ce sera du moins assez tôt pour mon salut , si en me pardonnant , comme je l'espère, tout le temps que j'ai vécu sans vous aimer, vous m'accordez la grâce de vous aimer maintenant et de croître sans cesse dans votre saint amour.
IIFP. Dieu nous «/;/ic. C'est encore là de tous les motifs le plus pressant. Dieu m'aime ! Quelle parole ? Dieu au ciel , moi sur la terre ; Dieu, abîme de perfection et de bonheur ; moi, abîme de souffrances et de misères ; Dieu Celui qui est, moi néant.. ; et ces deux extrêmes , non-seulement rapprochés, mais unis par Ta-
mour.., et encore quel est cet amour? De la part de Dieu, le plus tendre, le plus prévenant, le plus généreux, le plus constant.
1° Amour tendre. La nature n'en connaît point qui le soit autant que celui des mères ; le cœur maternel est le symbole de la tendresse. Dieu emploie cette comparaison , pour nous donner quelque idée de la tendresse qu'il a pour nous ; mais il nous avertit que la réalité est bien au-dessus de la figure : Numqnid oblivisci potest millier infantem suum?.. Et si nia oblita fuerit, ego tamen non obliviscar tuî. fis. 46. lo.; Une mère porte son enfant sur son sein ; elle le console, elle le caresse.. ; et voilà ce que Dieu fait pour nous : Ad iihera portahimini... Quomodo si oui niater blandiatur, ita ego consolabor vos. (Ibid. 66. 12, 13.)
^"^ Amour prévenant. Dieu a-t-il attendu mon cœur, pour me donner le sien? Où en seraisje, s'il ne m'avait aimé le premier? Xos ergo diligaynus Beum, quoniam Deus prior dilexit nos. (I. Joan. 4. 19.) Il m'aimait, non-seulement quand je ne l'aimais pas , mais quand j'étais incapable de l'aimer , n'existant pas encore ; l'amour qu'il a pour moi n'est pas moins éternel que celui qu'il a pour lui-même : In charitate perpétua dilexi te. El, ce qui devrait encore me toucher davantage , il m'aimait , lorsqu'en l'offensant je le provoquais à me haïr ; n'étaitce pas lui qui, même alors, me conservait I;'
vie, m'ulTrait mon pardon, son amitié, nno part à son bonheur?
o" Amour généreux. Il se manifeste par les sacrifices et les bienfaits. Est-ce en paroles que Dieu m'aime? Crèche, calvaire, autel, que vous me rappelez éloquemment la générosité du coDur de Dieu pour moi î Si je repasse dans mon souvenir tout ce que Dieu a fait en ma faveur, dans l'ordre de la nature et de la grâce , tous les biens que j'en ai reçus et qui me sont un gage de ceux qu'il me promet ; si, aux bienfaits que je partage avec mes frères , j'ajoute les faveurs qui me sont particulières.. , n'entendraije pas en moi , autour de moi , au ciel et sur la terre , mille voix qui me crient que je dois aimer un Dieu si bon , et lui prouver mon amour par le dévouement du sacrifice, la pureté de mes intentions, et la sainteté de mes œuvres ?
4" Amour constant. D'égal à égal, le cœur le plus aimant s'irrite , ou du moins se refroidit, quand il ne rencontre qu'indifférence dans celui qu'il aune avec ardeur ; qui donc n'admirerait la patience d'un Dieu cent fois dédaigné , insulté par son indigne créature , et continuant toujours de l'aimer ? Que n'ai-je pas fait , Seigneur , pour vous forcer de me haïr ? Ma vie n'a été qu'un triste cercle de promesses et d'infidélités à ces promesses ; aujourd'hui me réconciliant avec vous , pour vous trahir
demain, sans que ma conslance à vous ofîenser ait pu vaincre, jusqu'à ce jour, votre constance à m'aimer.
Il me semble , ù mon Dieu , que vou m'adcessez en ce moment la question qui troubla tant le cœur de Pierre : Simon Joan- 7iis, diligis me plus his? Joan. 21. lo.) M'aimestu enfin, o créature tant aimée, tant privilégiée de ton Dieu? — Que ferai-je? Garder le silence, c'est avouer que , même avec tant de raisons de vous aimer , après tant de bienfaits don[ vous m'avez comblé, je suis encore dépourvu de votre amour. Si je réponds que je vous aime, ma conscience ne va-t-elle point s'élever contre moi , en me mettant sous les yeux toute une vie de tiédeur et de péché? Je vous ferai, Seigneur, la réponse de votre apôtre : Tu scis quia amo te. Vous connaissez ce qui est en moi mieux que moi-même, vous savez ce que vor y avez mis par votre grâce , et les saints désii qu'elle m'inspire, vous savez donc que je vou aime : Tu scis. Je ne dis pas que vous l'avez ^ jusqu'à présent ; car, bêlas ! à quoi auriez-vou. pu reconnaître mon amour, lorsque j'étais sans dévouement pour votre gloire, sans zèle pour vous gagner des cœurs, îians courage pour me vaincr-e? Mais maintenant, ô mon Dieu, vous savez, vous voyez que je vous aime; vous le voyez, au regret que j'éprouve d'avoir vécu si longtemps sans vous aimer, au moin<^
' cet amour fort et généreux qui convient à \ns ministres ; vous le voyez, à la détermination où je suis de n'avoir plus d'autre mobile dans loutes mes actions que votre saint amour. Ce feu sacré n'est encore en moi qu'une étincelle : faites-en un incendie ; vous aimer et vous faire aimer, c'est toute la gloire et toute la consolalion que j'ambitionne. Suscipe, etc.
1er p. Dieu désire que nous l'aimions. La preuve en est. — Dans lonles les cré.'itures. — Dans ia mission de Jésus-Christ. — Dans ia loi, Oont le premier, dont tous les commandements tendent à ce but. — Dans les différentes vertus que nous sommes obligés de pratiquer. — Dans toutes les grâces que nous recevons. — Dans le christianisme tout entier. — Dans les biens infinis destinés à ceux qui remplissent cette grande obligation, et les châtiments effroyables réservés à ceux qui refusent de s'y soumelire.
Ile p. Dieu mérite que îwus l'aimions. Notre cœur est fait pour aimer, et Dieu seul peut contenter 1 ,' besoin d'£mour que nous éprouvons. Qui donc est aimable comme Dieu ? Qu'est-ce que nous pouvons désirer que nous ne le trouvions en lui , puisqu'il possède toutes les perfections dans un degré infini. « Que ne voi's aije connue plus tôt, beauté ar.cieunc et toujoiiis ui,u velle ! Que ne vous ai-je plus tôt aimée ! » (S. Ai'g ) Oui, Seigneur, c'est trop tard que je vous aime! Trop tard pour votre gloire, pour mon innocence, pour mon bonheur !
nie p. Dieu nous aiwe. C'ost de tous les motifs le plus puissant. Dieu tout, moi néant!., et ces deux extrêmes, non-seulement rapprochés, mais unis par ramoup!..Ei
quel est l'amour de Dieu pour moi ? — Le plus tendu Il surpasse celui d'une mère. — Amour 'prévenant. Al-il attendu mon cœur pour me donner le sien? Il m'aimait quand Je n'existais pas encore, quand je l'offensais!.. ~ Amour généreux, manifesté par les sacrifices et les bienfaits. — Amour constant. Jusqu'à prùsenl ma constance à l'offenser n'a pu vaincre sa constance à m'aimer. J'entends Dieu qui me demande : M'aimes-tu enfin, créature tant aimée?