‹ Nouveau cours de méditations sacerdotales, ouChapitre 72 sur 96 · CI. MEDITATIOxN · texte numérisé non relu

CI. MEDITATIOxN

Conformité à la volonté de Dieu. — Ce que l'âme y trouve.

l. La sainteté la plus parfaite.

IL Le bonheur le plus complet.

P'" P. Conformer en toitt sa volonté à celle de Dieu, c'est la sainteté la plus parfaite. Nous Pavons déjà médité. La divine volonté est la sainteté même et la règle de toute sainteté ; je serai donc d'autant plus saint, que je serai plus < 'jnforme à cette règle. Peut-on concevoir une vie plus sainte que celle de Jésus-Christ? Or, il est incontestable que sa conformité aux vo- ! on lés de son Père a été l'àme de toute sa vie : lii lus quœ Patris mei sunt , oportet tne esse. f j!c. 2. 49.) Si donc la mesure de notre ressem- Mance avec ce type adorable de tout ce qui est parfait, est la mesure de notre perfection, nous avancerons dans la perfection véritable , en proportion de nos progrés dans cette même conformité.

Pratiquer celte verlu , c'est les pratiquer t'iutes, et par le motif le plus excellent.

P' D'abord , en voulant toujours ce que Dieu \''ut, je pratique toutes les vertus : — la foi, <jui me montre Dieu dans tou? les événements,

gmnds at petits ; Dieu , qui préside à tout gouverne tout, et dirige tout avec une puissanc que rien n arrête, une sagesse que rien ne trompe , une bonté que rien n'égaie ; — la confiance, puisque je m'abandonne aux soins de son amour, en me jetant dans son sein, moi et toutes mes sollicitudes, comme un enfant se jette dans les bras de son père ; — la mortification, la patience, l'humilité, puisque je me soumets aux coups de sa justice, et que, le bénissant en tout temps , je reçois de sa main les épreuves et les souffrances com.me les consolations. — Il en est de même des autres vertus. Je les pratique, et par le motif le plus excellent, c'est-à-dire l'amour, et l'amour le plus pur.

2° La conformité au bon plaisir divin n'est f>u fond que la charité , dans laquelle consiste toute sainteté, toute perfection : Plenitudo logis est dilectio. 'Rom. 13. lO.) Quel est en effet cet amour que Dieu attend de nous, et qui nous l'apprendra mieux que lui-même? Si quelqu'un connaît mes commandements et les observe, c'est celui-là qui m'aime *. La raison parle ici comme la foi. Ne dit-on pas tous les jours que deux cœurs sont unis , qu'ils s'entr'aiment d'une amitié parfaite, quand ils veulent

<-lili2-it me. Joim. 1 i. 21.

ou ne veulent pas les mêmes choses : Eaclem elle , eaclem nolle , ea demùm firma amicitia >'st ? (S. Hier. Episi. ad Démet.) — Vouloir ce que Dieu veut, c'est l'aimer comme il s'aime luimême, c'est lui vouloir tout le bien qu'il se veut et de la manière qu'il le veut.. , c'est lui •lire : Qu'y a-t-il pour moi au ciel cl sur la terre, sinon vous , à le Bien de mon a.eur , et mon partage pour Véternité? (Ps. 72. 20.,

Saint Paul comprit si bien , au moment même de sa conversion, tout ce qu'il y a de perfection dans la pratique de cette vertu , que sa première parole fut un acte de pleine résignation au bon plaisir divin : Seigneur , que voulez-vous que je fasse ? Act. 9. 0.) Il ne dit pas : Mon Dieu, puisque vous avez bien voulu descendre jusqu'cà moi, et vous révéler à celui qui en était le plus indigne, je veux être votre apôtre, je veux être martyr, je veux témoigner , par mes sueurs et par mon sang , la reconnaissance dont je me sens tout pénétré pour une bonté si touchante, je veux m'ensevelir dans un désert pour y pleurer mes crimes. . . , Il ne dit rien de semblable , mais seulement : Domine, quid me vis facere ? Parlez, ô mon Dieu, ordonnez, que vous plaît-il que je fasse? Me voici entre vos mains , comme l'argile dans la main du potier ; faites de moi ce que vous voudrez. 0 verbum brève , sed plénum, sed vivv.m , sed cf/icax , f^cd dig}ium. omni arceptionc ! ni. "25.

s. Bern: Senn. 1. de Conv. S. Paul.) Qu'il llî'est

doux de trouver la sainteté que Dieu exige de moi , dans une seule vertu , que je puis pratiquer atout instant , et qui remplit l'âme d'une suavité céleste !

IP P. Conformer en tout sa volonté à celle de Dieu , c'est le bonheur le plus complet. Etre heureux dans toute la signification du mot, c'est, d'une part, être délivré de tout mal, et de l'autre, posséder tout ce que l'on désire, de la manière qu'on le désire. Mais quel homme sur kl terre peut réaliser tant de honheur? celui qui pratique parfaitement la vertu que je médite.

Quelque multipliés que soient nos maux dans cette vallée de larmes , on peut les rapporter tous à deux classes : les uns dans l'ordre mor; et surnaturel, c'est le péché, avec ce qui h prépare et le suit ; les autres , auxquels notri aveuglement donne plus de gravité qu'ils n'ei ont, regardent la nature : ce sont les maladies] les séparations douloureuses , les persécutionsj la perte des richesses, de l'honneur... Croil on suffisamment que la conformité au hoi plaisir divin peut nous mettre à l'abri de toi ces maux ?

En ce qui concerne le mal moral ou le péchcj la chose est évidente : on ne pèche qu'en \o\ii lant ce que Dieu ne veut pas, ou en ne voula pas ce qu'il veut. Le péché n'est qu'une indiiîn(

Il éférence donnée à la volonté de Thomme sur •t41e de Dieu.

riuant aux maux de la seconde classe , ils ne ^' ait véritablement maux que par leur opposiiiin à notre volonté ; car une souffrance que "aime , un travail, une peine qui. me plaît, une Higue que je recherche, une croix que je dérire, sont si peu un mal pour moi, que je H^arderais comme un malheur d'en être tiivé : Passus es aliquid mali , dit saint Jeanlirysostôme? si velis , non est malum; gratins ' /' , et mutatiir malum in boniun. Voilà donc I première condition du bonheur remplie par i humme, qui ne veut absolument que ce que hieuveut. En se retirant dans le sein de la Providence, il s'est mis dans un lieu de refuge trop élevé pour qu'aucun mal puisse l'atf Teindre : Altissimum posuisti refagiutn tntim, nnii accedM ad te malum. (Ps. 90. 9, 10.) De là cette tranquillité inaltérable, cette paix protVmde et qui surpasse tout sentiment , ce rassasiement de tous les désirs, qui est la seconde I audition du bonheur, ou plutôt, d'après saint Augustin, qui est le bonheur même : Félicitas '^'dderiorum qiiies.

Ce qui (ait le roi/aiime de Dieu, dit saint Paul, ' LSt-à-dire la béatitude des saints dans ce iii'tnde , ce n'est pas le mangey et le boire , c'est lu justice, la paie et la joie dans t Esprit saint.

Hr.ni. IL 17. Voilà rhéritage anticipé des enfants

de Dieu sur la terre; nous l'appelons béatitude' à cause de la ressemblance qu'il nous donne avecles bienheureux. Un de leurs privilèges est, en possédant Dieu, de posséder tout en lui, de n'avoir aucun changement ni à désirer, ni à craindre ; il en est de même , avec quelque \r. portion, de l'àme parvenue à la perfection ae celte conformité. Du moment quelle a mis toute sa félicité dans le bon plaisir divin , elle l'a rendue immuable, comme celle de Dieu luimême. Non- seulement, quelque chose qui lui arrive, elle n'en est pas contristée\, mais tout vient à point nommé au gré de ses désirs. Appuvée sur la volonté du Seigneur, cette àrne est toujours dans la joie de l'espérance : Spe gaudentes. Rom. 12. 12. Au milieu des tempêtes les plus violentes , assise sur ce roc inébranlable, elle se rit de la fureur des flots et brave toutes les puissances de l'enfer. « 0 mon Dieu , quand je vous serai parfaitement uni, quand tout ce qui est en moi aura avec vous une liaison d'amour et de grcàce , je n'aurai plus ni peine, ni douleur ; alors ma vie sera pleine de joie, parce que moi-même je serai plein de vous. » 'S. \

Conf. I. 10. c. 18.)

Enfin ce qui met le comble au bonheur du prêtre, c'est de concourir efficacement à celui

' Non conUislabii justum <|uid<|uitl oi acci<leni. /' 12. 21.

de ses frères. Or, c'est là un des effets de cette admirable vertu. Elle nous unit intimement au Sauveur ; le même esprit qui l'animait nous anime, la même règle nous dirige, le même pain nous nourrit; Jésus parle, agit, souffre et sauve en nous ; nous avons tout ce qu'il (iuit pour accomplir ses desseins dans la sanctification des âmes : Qui manct in me, et ego in eo, hic fert fructum miilhim. (Joan. i:j. o.)

Le point essentiel est ici, comme partout, de raviver notre foi. Lorsque, voyant les choses telles qu'elle nous les montre, nous marcherons à la clarté de son flambeau, nous dirons à Dieu de tout notre cœur : Adveniat regnum tuum ; et en même temps nous nous livrerons à lui , afin qu'il règne en nous et sur nous. Nous dirons aussi : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, parce que nous consentirons pleinement à la faire en tout ce qui dépend de nous, et à ce que Dieu la fasse en tout ce qui n'en dépend pas ; « de telle sorte qu'il soit le maître en nous, )) dit Bossiiet, « comme il Test au ciel sur les esprits bienheureux , qui n'ont , lorsque Dieu agit , qu'un amen à dire , c'està-dire ainsi soit-il ; qu'un alléluia à chanter , c'est-à-dire, Dieu soit loué de tout ce qu'il fait • . »

A la rétlexion et à la prière, joignons desac-

' Dis. sur l'acte fr.ihandon à Dieu.

iiO

tes fréquents de celte sainte conformité. Dans les événements fâcheux, ou seulement quand il nous arrive quelque chose d'inattendu, prenons l'habitude de nous retirer aussitôt dans l'adorable volonté du Seigneur, et de répéter avec Jésus-Christ : Ita Pater , quoniam sic fuit placitum aiitè te. Mmh. il. -io.)

1er P. Conformer en tout ma volonté à celle de Dieu, c'est la sainteté la plus parfaite. — En voulanl toujours ce que Dieu veut, je pratique toutes les vertus : la foi, la confiance, la mortilication... el par le motif le plus excellent ; car celte conformité n'est au fond que la charité: 5» vous in aimez gardez mes commandements. (Jean. 14. 15.) — Vouloir ce que Dieu veut, c'est l'aimer comme il s'aime lui-môme, comme il veut que nous l'aimions. Saint Paul le comprit dès le premier moment de sa conversion : Seigneur , que voulez-vous que je fasse? Qu'il m'est doux de trouver toute la perfection dans une seule vertu, si facile à pratiquer !

Ile p. Conformer en tout ma volonté à celle de Dieu, c'est le bonheur le plus complet. Par celte vertu, je me délivre de tout mal et j'ai tout le bien que je désire. — Plus de mal moral, plus de pèche, puisque le péché n'est que lopposilion à la divme volonté. Plus de mal dans l'ordre naturel ; car une souffrance que j'aime, qui me plait, que je désire; loin d'être un mal pour moi, est un bien. En me réfugiant dans la volonté de Dieu , j'échappe, à tous les véritables maux, — De là celte paix, ce rassasiement de tous les désirs, qui est la seconde condition du bonheur, ou plutôt le bonheur même. Du moment que j'ai mis ma félicité dans le bon plaisir de Dieu, je Tui rendue immuable, en quelque

sorte, comme celle de Dieu lui-même. « 0 mon Dieu, quand je vous serai parfaitemenl uni, je n'aurai plus ni peine ni dou'eur ; alors ma vie sera pleine de joie, parce que moi-même je serai plein de vous. (S. Aug."» »

GlI. MEDITATION.

L'amour de Dieu. — Se^ motifs

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