MÉDITATION PRÉPARATOIRE A LA RETRAITE DU 3I0IS
Premier prélude. Rappelez-vous la guérison de l'aveugle de Jéricho. Il tombe à genoux aux pieds de Jésus qui lui dit : Que vouJe:^-vous que je fasse pour vous ? — Bon maître, faites que je voie, répond l'aveugle. — Allez . répliqua le Sauveur, votre foi vous a sauvé. (Marc. 10.51, 52.; Écoutez Jésus- Christ vous faisant la même demande, et répondezlui, comme Taveugle : Seigneur, faites que je voie. Montrez-moi clairement dans cette retraite ce qui vous déplaît en moi et ce que vous attendez de moi.
Second prélude. Faites-moi entrer, ô mon Dieu, dans les dispositions où vous voulez que je sois, pour remplir toutes les vues de votre miséricorde dans le jour de grâces auquel vous daignez me préparer.
I^'- P. Disposition de saint désir. Heureuse Jérusalem, si elle avait connu le prix de la visite que lui faisait le Seigneur , dans ce jour qu'il voulait bien lui accorder encore , et appeler son jour : In hâc die tua ! (Luc. lo. 42.) Heureuse toi-même, ô mon âme, si tu apprécies le don de Dieu ! quelles pertes peut réparer, de quels trésors peut t'enrichir le saint emploi de ce seul jour de recueillement ! Ai-je au moins le désir de me connaître moi-même ? N'y at-il point en moi quelque crainte de laisser pénétrer dans ma conscience une lumière importune et accusatrice ? Si j'ai ce désir , je dois examiner sérieusement où en est l'ouvrage de ma sanctification; ai-je avancé vers le ciel? ai-je reculé vers l'enfer? Je dois me demander compte du fruit que j'ai retiré des sacrements que j'ai refus, des ministères que j'ai remplis. Quelles victoires ai-je remportées sur moi , sur le démon , sur le monde ? Le jugement de Dieu , s'il me fallait le subir maintenant , me causerait-il plus d'alarmes , qu'il ne m'en eût causé t. l'époque de ma dernière retraite?..
\h P. Disposition de confiance. Dieu se présente ta moi et m'offre son secours. Si j'étais seul avec mes péchés et mes foiblesses , oui sans doute , je devrais me décourager ; mais avec Dieu je puis tout. Sa grâce est plus forte que tout l'enfer réuni. Elle est prête à se répandie sur moi avec abondance, je n'ai qu'à la demander. Dieu m'aime toujours, quelles que soient mes infidélités : j'en ai la
preuve dans l'invitation qu'il me fait de venir me reposer près de lui dans le silence de la retraite. Je Fentends qui me dit : Viens dans la solitude , je le parlerai au cœur. 0 mon àme , Jésus t'appelle; il te dit encore, comme aux premiers compagnons de ses travaux : Venite seorsînn in desertum locum, et requiescite pusillùm. (Marc. 6. 3i.) Quelle bonté! quel motif de confiance î oui , malgré les reproches si graves que j'ai à me laire, je puis, je dois tout espérer.
nie p^ Disposition de générosité. Dieu sera pour moi dans cette retraite ce que je serai pour lui : In quâ mensurâ mensi fueritis. remet ietur vobis. (Marc 4. 24.}- Qui parce seminat, parce et metet ; ^et qui seminat in henedictionibus, de benedictionibus et mer tel. (II. Cor. 9.6.) Si je me livre pleinement à la grâce de Jésus-Christ , j'attirerai sur moi les bénédictions de son amour. Je veux donc m' abandonner à mon Sauveur , comme Saul dès le premier moment de sa conversion : Domine, quid me vis facere ?| ^\ct. 9. 6.) Je veux lui dire comme Samuel : Loquere, Domine, quia audit servus tuus , (i.Reg. 3. lo.) el avec le saint roi David : Paratum cor meum Deus , paratum cor meum. vs. 56.8.)
Terminez votre méditation, comme vous l'avei commencée, pai* cette prière : (^ Seigneur, faites qm je voie : ce que je suis, ce que je devrais être, ce que Je puis devenir si je corresponds en ce moment votre grâce ; que je voie mon âme telle qu'elle est. . que je voie mes péchés, mes faiblesses.. , et vos mi
sérkordes encore plus grandes que mes misères î » Ou, si vous l'aimez mieux , rendez-vous propre la prière du roi prophète : InteUeclumda mihi, etvivam. Ps. 118. 144.) 0 mon Dieu , donnez-moi l'intelligence de mon néant devant votre infinie grandeur.. , Tintelligence de mes devoirs et des motifs qui me pressent de les remplir fidèlement.. ; alors je vivrai de cette foi qui fait les justes ; ma vie sera digne de vous et de la grande mission que vous m'avez confiée ; elle me conduira à l'heureuse , à l'éternelle vie. Pater, Aie.
Avant de prendre votre repos , préparez la méditation du lendemain, et donnez-lui pour sujet l'une des grandes vérités du salut, que vous pourrez prendre dans la troisième ou la quatrième section de la première partie de cet ouvrage.
§ TT. — Le jour même de la retraite.
l'^ Le matin, à votre réveil, dites-vous à vousmême : Je suis en relraite. Oflrez à Dieu votre journée , et demandez-lui la grâce de la passer saintement. L'oraison de Prime : Domine. Deus umitipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti. etc., serait ici très-convenal)le.
S'^ Faites avec le plus grand soin la méditation préparée la veille, y consacrant trois quarts d'heure, ou même une heure, si vous le pouvez, et faites-la selon toutes les règles de la métliode tracée au commencement du premier volume.
3" Célébrez la sainte messe , comme si vous étiez assuré que vous allez monter à l'autel pour la dernière fois, et que cette communion vous tiendra lieu de viatique. Si vous aviez quelque peine de conscience, vous vous confesseriez la veille, ou le matin avant l'offrande du divin sacrifice. Pendant l'action de grâces , vous parlerez à Jésus-Christ de votre retraite, lui demandant, avec le pardon de vos péchés, les secours dont vous avez besoin pour vous corriger de vos défauts, croître dans la sainteté sacerdotale, et bien passer le mois suivant. Ce sera là le sujet de tous vos entretiens avec le lèeigneur pendant ce jour.
A'^ Quand l'heure du saint office sera venue , vous le réciterez avec un esprit nouveau, comme aux premiers jours qui suivirent l'ordination du sous-diaconat. Avec quelle ferveur vous vous acquittiez alors de cette obligation, et qu'elle vous paraissait douce !
5« Vous ferez dans le même esprit de renouvellement , non-seulement vos autres exercices de piété : la lecture spirituelle, la visite du Saint- Sacrement, etc. , mais toutes les actions de la journée, même les plus communes.
6° Dans l'après-midi, vous donnerez au moins une demi-heure à une considération sérieuse, ou à un examen réfléchi sur l'état présent de votre âme ; il serait utile d'en écrire brièvement le résultat, afin de pouvoir le comparer avec celui des retraites qui ont précédé ou qui suivront.
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7" Vers le soir , vous ferez rexercict^ de la prépaion à la mort, et vous terminerez ce saint jour
jiar quelque cantique d'action de grâces, Te Deum;
j.^'igniftcat ; Benedic. anima mca. Domino.
CONSIDÉRATION SUR l'ÉTAT PRÉSENT DE MON AME \
Après avoir imploré les lumières du Saint-Esprit, j'examinerai sous les yeux de Dieu, comment je m'acquitte de mes actions les plus importantes, quelles sont mes dispositions par rapport à Dieu , au prochain et aux vertus principales de ma position.
I. Ordre de la journée et pratiques de piété. — Ai-je un règlement de vie . et suis-je fidèle à l'observer? Rien n'est plus recommandé par tous ceux qui se sont principalement occupés de la sanctification des prêtres. Celui qui s'assujettit à une règle remplit ses obligations avec plus de facilité , avec plus de perfection, avec plus de mérite et de constance. Sans règle, on perd son temps, on mène une vie toute de caprice. — Après mon lever, ai-je aussitôt fait mon oraison ? Ai-je eu pour cet exercice fondamental de la vie spirituelle toute l'estime qui lui est due? — Comment me suis-je acquitté de mes autres exercices de piété : la lecture, les deux examens, la visite du très-saint Sacrement, etc.?
* Ceux qui désirent \r\ examen (Jolaillc des devoirs du prèlre el du pasicur, en trouveront ua dans l'excellent opuscule de M. l'abbc Gauuel, Anniversaires des grandes époques de la vie du pritre.
— La sainte messe. Comment m'y suis-je préparé ? L'ai-je toujom's célébrée avec une conscience pure, avec une religion profonde, avec modestie, sans précipitation, observant exactement les rubriques?.. Ai-je gardé le silence à la sacristie, en prenant ou en quittant les ornements sacrés ? Comment ai-je rempli le grand devoir de l'action de grâces après la messe ? — L office divin. Me suis-je souvenu que je le récitais au nom et pour les besoins de l'Eglise universelle ? Totius Ecclesiœ os et persona. (s. Bem.^ L'ai-je dit, attente, reverenter , dévote? — Mes confessions. Ont-elles été assez fréquentes, précédées d'une préparation raisonnable , accompagnées d'un repentir sincère , suivies de quelque amendement ?..
IL Disposition habituelle à l'égard de Dieu. Ai-je du zèle pour sa gloire ? Suis-je affligé des outrages qu'il reçoit ? Ai-je moi-même pour lui celte crainte filiale, cette délicatesse de conscience, qui fait trembler le bon prêtre à la seule apparence du mal ? Ne me suis-je point permis bien des fautes sous prétexte qu'elles n'étaient que vénielles ? — N'ai-je point perdu toute babitude de marcher en la présence de Dieu? Quelle est ma soumission à son adorable providence, ma reconnaissance pour ses bienfaits, mon attention à lui plaire?.. Est-ce' lui que je cherche dans mes actions ? Mes intentions sont-eUes toujours bien pures et souvent i; nouvelées ? — Quel est mon amour pour Noti > Seigneur Jésus-Christ , ma dévotion pnur raugu>i
sacrement de nos autels, pour la sainle Vierge, saint Joseph , mon patron, mon ange gardien ?
III. Dispositions à Véfjard du prochain. — Je dois à mes supérieurs respect et obéissance; n'aije point manqué à Fune ou à l'autre, soit dans mes actes, soit dans mes paroles, soit dans mes sentiments ? N'y a-t-il rien eu dans ma conduite , qui ait pu faire croire que j'avais oublié ma sainte et solennelle promesse : Promittis miki et successoribus meis rererentiam et obedientiam ? Promitto. — Je dois à mes confrères l'estime , la bienveillance, l'affection la plus cordiale. Je dois favoriser de tous mes efforts l'union des cœurs , si désirable entrâtes membres du clergé... N'ai -je rien dit, rien fait qui lui fût contraire ? Ai-je repoussé loin de moi cette basse jalousie qui s'afflige des succès d'autrui? N'ai-je jamais critiqué, jugé témérairement la conduite de mes confrères , dévoilé leurs faiblesses, quand la charité la plus commune m'obligeait à les couvrir? — Je dois ta mon prochain , quel qu'il so//^ l'amour , le support, le pardon... Ne me suis-je permis a son égard ni médisances, ni calomnies, ni désirs de vengeance, ni saillies de mauvaise humeur ? — Je dois aux âmes que le ciel m'a confiées, zèle, dévouement, patience, douceur inaltérable... Ai-je travaillé infatigablement au salut de mon peuple? Ai-je prié pour lui avec toute la ferveur que devait m'iiispirer le désir de son bonheur ? Ici , je dois jiarcourir les ministères de In vit' pn^^liMnlo. prédications, coiilessions, ra-
téchismes.., les différentes classes de mes paroissiens, enfants, jeunes gens, vieillards, malades, justes, pécheurs... Me suis-je fait tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ ?..
ly. Soin de ma propre perfection. Ai-je travaillé sérieusement à mon avancement spirituel? Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam! Sans re désir de perfection, sans cet indefessum profidendi studium , ce jugis conatus ad perfectiouem, dont parle saint Bernard, le. relâchement est inévitahle , et jusqu'où ne peut-il pas aller? — Quels progrès ai-je faits dans les vertus chrétiennes et sacerdotales? Ma foi est-elle simple, vive, agissante ? Mon espérance ferme , sans découragement , ni présomption ? Quel est mon amour pour Dieu ?.. iS'y a-t-il point dans mon cœur quelque attachement qui le partage ? L'intérêt, l'ambition, les amitiés trop humaines produisent toujours ce malheureux effet. — Comment ai-je pratiqué la vertu de religion? Elle est par excellence la vertu des prêtres. Mon église , ma sacristie sont-elles tenues dans une propreté convenable ? Les vases sacrés , les ornements , tout ce qui sert au culte divin atteste-t-il en moi un profond respect pour les choses saintes? Quelle est ma gravité , ma modestie , mon recueillement dans l'exercice de mes fonctions , à l'autel surtout , et dans l'administration des sacrements?. Quelles sont mes dispositions par rapport à l'abnégation , à l'esi)rit de sacrifice , à l'amour des souffrances ? — Suis-je chaste d'esprit , de cœur et de corps? Ai-
je toujours été^ saintement timide en cette matière ? -Quelle a été ma vigilance sur mon imagination , sur mon cœur , sur mes sens ? Mes rapports avec les personnes du sexe ont-ils toujours été nécessaires , ou du moins utiles , et accompagnés d'une sage réserve? Dans mes lectures, dans mes conversations , en toute circonstance , n'ai-je rien donné à une curiosité dangereuse ? — Ai-je bien économisé mon temps ? Il est si précieux le temps d'un prêtre ! Chaque minute vaut l'éternité ; que ne donnerait pas un damné pour l'obtenir?.. — L'étude est pour moi un devoir de conscience ; comment ai-je rempli ce devoir? — Par des absences qui n'étaient pas indispensables , ne me suis-je point exposé à laisser mourir des malades sans sacrements ?
y. Mes obligations parUcuUères , comme curé, comme vicaire, comme aumônier... On les oublie trop souvent pour ne songer qu'aux devoirs généraux. Elles demandent dévouement , exactitude , constance , pour surmonter les obstacles , les ennuis , les dégoûts , qui portent à tout abandonner ou à ne faire les choses qu'avec cette négligence que Dieu maudit : Mah'dictus qui facit opus Dei neglifj enter.
Ayant reconnu les fautes que j'ai commises , je m'en humilierai devant le Seigneur ; sa miséricorde et mon repentir les ellaceront. Après avoir renouvelé mes résolutions , et prévu les occasions qui m'exposeraient à la rcclmte, je mettrai en Dieu toute mon espérance , et je reprendrai ma course
avec ardeur , sans me laisser abattre par la vue de ma misère , si profonde qu'elle soit.