PRÉPARATION A LA MORT
À genoux devant votre crucifix , imaginez-vous que votre dernière heure est arrivée , que votre bon ange vient vous dire comme autrefois le prophète à Ézéchias : Votre temps est fini ; mettez ordre à vos affaires : vous allez mourir.
Première réflexion. Qu'est-ce que mourir ? La mort est un passage de cette vie au bonheur ou au malheur éternel. Elle est la fin du temps et de toutes les choses temporelles ; elle est l'entrée dans l'éternité bienheureuse ou malheureuse.
Je mourrai ! c'est-à-dire , je quitterai tout , sans exception : parents , amis , famille... Je dirai un éternel adieu à toutes les choses d'ici-bas. Je quitterai ma maison , mes meubles , tout ce qui m'appartient. Je laisserai absolument tout. Y a-t-il quelques objets auxquels je tienne davantage? je les quitterai comme tout le reste. 0 mon âme , quelle impression fait sur toi cet abandon universel ? Il est inévitable. Quelle folie de s'attacher à ce qui passe si vite ! Que de peines on se donne pour se préparer des regrets !
Je mourrai ! c'est-à-dire, mon corps sera séparé de mon àme , et dès lors sa présence deviendra importune et pénible même à ceux qui m'auront le plus aimé. On ira le déposer en len'c, pour qu'il y
soit la pâture des vers... Au lieu de tant flatter ma chair, qui bientôt ne sera que pourriture, qu'il y aurait de sagesse à employer ma santé , à user mes forces en travaillant pour la gloire de Dieu et le salut des âmes!.. ^ Quand je serai dans un tombeau , pensera-t-on beaucoup à moi parmi les hommes ? Oh ! que les morts sont promptement oubliés ! Oh î que l'estime des créatures est peu de chose î
Je mourrai î c'est-à-dire, j'entrerai dans la maison de mon éternité^. Le temps, le monde, toutes les choses du temps et du monde auront disparu conmie un fantôme , la seule éternité demeurera : Honores fugiunt, aurum te deserit, caro dilabitur, manct œternitas. 0 moment redoutable ! Paraître au jugement de Dieu , seul en sa présence , être interrogé sur toute ma vie par ce Dieu souverainement éclairé , souverainement juste , souverainement ennemi du péché , et alors sans miséricorde ! Aller apprendre de lui si c'est le ciel du bon prêtre , ou l'enfer du mauvais , qui va être mon partage pour toute l'éternité ! ! !
Deuxième réflexion. Uuan.d et comment mourrai-je? Combien ai-je encore à vivre? Je n'en sais rien : on meurt à tout âge. Aurai-je du temps pour me préparer à la mort? Je n'en sais rien ; je sais seulement que beaucoup de personnes , même après une longue maladie , meurent au moment
' Ibit houio in douium œlcrnilatis sus. Eccle. /?. 5.
uù elles s'y attendaient le moins. Rece^Tai-je les derniers sacrements , ou mourrai-je sans confession? Je n'en sais rien , je puis perdre la parole tout d'un coup. D'ailleurs , quand on est malade , de quoi est-on capable ? Quelle folie de compter sur ce dernier moment, quand il s'agit d'une éternité ! ! î
Troisième réflexion. Suis-je prêt à mourir ? Quelles sont mes dispositions présentes? Suis-je prêt à tout quitter ? Suis-je prêt surtout à paraître au jugement de Dieu , et à lui rendre compte de tous les bienfaits que j'ai reçus de sa bonté , de tous les emplois, de tous les ministères qu'il m'a confiés? Ma conscience est-elle tranquille ? N'y at-il rien qui m'inquiète dans mes confessions.., dans l'accomplissement des devoirs de mon état ? Quelle imprudence de \ivre dans un état où je ne voudrais pas mourir î
Après vous être arrêté le plus longtemps que vous pourrez sur ces fortes pensées , et avoir pris les résolutions qu'elles doivent vous inspirer , vous réciterez avec piété les deux prières suivantes^ tenant en main votre crucifix :