‹ Nouveau cours de minéralogie, comprenant la description de toutes les espèces minérales avec leur applications directes aux artsChapitre 29 sur 69 · DES STRUCTURES ET DES FORMES IRRÉGULIÈRES · texte numérisé non relu

DES STRUCTURES ET DES FORMES IRRÉGULIÈRES

§ i. Structure simple irrégulière.

La structure simple qu'on appelle irrégulière , pour la distinguer de la structure cristalline, est celle des masses compactes, vitreuses ou lithoides, qu'on suppose résulter immédiatement d'un arrangement confus des dernières molécules physiques, ou du moins de particules infiniment petites, qui échappent à la vue, même armée des plus forts instruments grossissants. Elles sont compactes, c'est-à-dire uniformes et homogènes, du moins en apparence : l'œil ne discerne en elles aucune partie composante, aucune fissure ou surface de séparation. Telle est la structure du verre ordinaire, quand il a été lentement et librement refroidi ; il importe de se faire une idée juste de la différence qui existe entre cette structure et celle d'un corps cristallisé.

3o4 LIVaB 1. CHAPITRB VUI.

Dans un cristal, les motéc^es sont orientées de la même manière: ellefe sont toutes parallèles entre elles, et, de plus, dans tontes les files de même direction, l'intervalle moléculaire est le même, et par conséquent aussi le degré de condensation des molécules, ou la densité linéaire. Mais d'une direction à une autre, ces deux éléments (la distance moléculaire et la densité linéaire) changent de valeur. Aussi, observe-t-on une variation notable dans l'intensité des diverses propriétés physiques , selon qu'on les. mesure dans un sens ou dans un autre. C'est ce qui a lieu, comme nous le verrons bientôt, pour la dureté, l'élasticité, la dilatabilité, la conductibilité, l'action sur la lumière, etc.

Dans le verre, au contraire, toutes les propriétés physiques se montrent exactement les mêmes dans toutes les directions autour d'un point quelconque. Les choses se passent donc dans le verre plus simplement en apparence, et comme si les molécules étaient semblablement disposées et également espacées dans tous les sens à la fois. On sent bien qu'il serait impossible de distribuer de cette manière des' points matériels dans un espace fini. Les molécules du verre ne sont donc réellement ni rigoureusement parallèles, ni à des distances parfaitement égales les unes des autres. Mais on doit admettre qu'à raison de leur extrême petitesse et de leur rapprochement considérable, une très-petite longueur d'une droite quelconque, menée par un poiut du milieu, en contient un nombre très-grand, et qui est sensible ment le même : et, de cette manière, les petites variations de position et de distance des molécules, traversées par cette droite, se compensent dans l'effet total produit par leur soirime. De là, une sorte d'état moyen, d'homogénéité apparente , qui sans doute masque à nos yeux une irrégularité réelle.

Jtfais, pour que ce mode de compensation moléculaire soit le même dans toutes les directions, il faut que le verre ait été re-. froid i lentement, librement, et d'une manière uniforme. Si le verre a été trempé, ou bien, s'il a été comprimé dans un sens après le refroidissement , la compensation moléculaire est variable, et, dans ce cas, la structure du verre, par ses effets généraux, se rapproche plus ou moins de celleades substances cris* tallîsées.

§ 2. Structures irrégulières composées.

La structure irrégulière composée, ou structure d'aggrégation , est celle qui résulte de la réunion en une seule masse d'un

STRUCTURES ET FORMES IRR£GUll£RE8. 3o5

grand nombre de parties distinctes qui, prises chacune à part, ont une structure simple, compacte ou cristalline. Les corps qui la présentent ont donc une double structure , une structure de parties, et une structure d'ensemble. Beaucoup de minéraux compactes n'ont qu'une structure simple apparente, et manifestent une structure composée, quand on. les examine à la loupe ou au microscope. Plusieurs savants sont même de l'opinion qu'il en est ainsi de tous, et qu'un minéral peut toujours être considéré comme étant un aggrégat d'un grand nombre d'individus cristallisés, mais souvent trop petits pour être perceptibles à nos sens.

On distingue plusieurs sortes de structures composées : i° la structure dendrùique. Elle résulte de cristaux groupés en dendrites, et formant de nombreuses ramifications au travers d'une matière enveloppante, en sorte qu'elles apparaissent dans toutes ses fractures : elle offre plusieurs dispositions secondaires, tricotée (cobalt arsenical) ; réticulée (oxyde de titane), palmée (galène, bismuth et mica).

a° Les structures bacillaire, aciculafre ou fibreuse , provenant de cristaux très-allongés, bacillaires ou cylindroides, aciculaires ou fibreux, et groupés entre eux, sans que l'adhérence soit complète, tantôt dans le sens de leur longueur, tantôt en rayons divergents, en aiguilles entrelacées, en fibres réticulées ou feutrées, en masses soyeuses ou cotonneuses.

3° La structure lamellaire , produite par l'accumulation d'un grand nombre de petits cristaux ou de grains cristallins, qui présentent leurs faces naturelles et surtout leurs lames de clivage dans tous les sens, en sorte qu'on les distingue par le miroitement particulier que produit chacun d'eux en réfléchissant régulièrement la lumière : si, les grains étant fort petits, la structure se rapproche de celle du sucre , on lui donne le nom de saccharoïde : exemple, le marbre blanc, dont on fait des statues. Quelquefois les lamelles prennent l'apparence de petites écailles, peu adhérentes entre elles, et qui s'enlèvent facilement au simple contact du doigt ; on dit alors que la structure est écailleuse (fer oligiste; hydroiide de manganèse), ou bien niuiforme, quand cette disposition est jointe à une blancheur parfaite (calcaire niviforme). On donne le nom de structure sublamellaire à celle de minéraux qui offrent une pâte lithoïde au milieu de laquelle sont disséminées des lamelles spathiques, provenant le plus souvent de débris d'encrines ou de madrépores (le marbre • noir, dit petit granité).

Cours de Minéralogie. Tome I. 20

3*6f WMr 1. CB*mit* Wfc.

4° La structure grenue. % provenant d'une multitude de petit* ortstaux ou de grain» cristallins arrondis, entassés les uns sur les» antres, et réunis entre eux avec une force moindre que celle qui mi Les> particules de chaque grain , en sorte que les parties» composantes se détachent par le cboc sans se briser (le greoatf W grés à paver).

5* La structure globulaire est celle des masses composées <fo globules compactes, ou à couches concentriques» Elle prend 1a nom particulier de structure pisolitluque , quand les grains sont de la grosseur d'un pois (hydrate de fer); et celui de structure êétitlnque, quand les grains sont beaucoup plus petits et comparables* à des œufs de poisson (calcaire oolithique).

& La structure schisteuse est propre aux masses composées 4ftlm grand nombre de feuillets séparables, comme les ardoises. Tantôt, comme dans cette roche fissile, elle est le résultat <fun retrait régulier que la roche a éprouvé ; tantôt elle provient de l'accumulation d'un grand nombre de petits cristaux plats, déposés le* uns sur les autres (spath schisteux , variété de calcaire magnésifere).

7* La structure stratiforme, provenant de l'accroissement du minéral par couches successives, que l'on ne peut séparer comme les feuillets de l'ardoise, et qui, souvent, ne sont sensibles que par les veines de diverses couleurs qu'elles forment à la surface du corps ou de ses fractures (exemple : l'albâtre veiné).

8° La structure compacte , produite par un entassement confus de particules, si petites et tellement serrées, qu'elles sont indiscernables, et ne forment à la vue simple qu'une masse tout d'une venue, sans aucun indice de tissu. Elle peut être vitreuse ou lithoîde.

9° La structure terreuse, produite par un dépôt incohérent de particules fines , qui n'ont pu parvenir à s'aggréger solidement entre elles; ou bien, provenant de substances d'abord solides, et qui se sont désaggrégées ou décomposées.

io° La structure cellulaire, ou celle des minéraux dont la masse présente des cavités ou cellules plus ou moins nombreuses et de formes diverses, provenant de ce qu'ayant été originairement fondue par l'action du feu , cette masse a subi un retrait en se consolidant , ou a été traversée et comme boursoufflée par des gaz qui se dégageaient de son intérieur.

1 1° La structure organique, empruntée à des corps organisés

STB17CTUÇ3& ÇT FOLIEES IRRÉGULlÊllES. $pj

dont le minéral a pris graduellement la place, et dont il a copié fidèlement le tissu (exemple : le silex xyloïde^ ou bois pétrifié).

. $i 3. Formes irr^guUàres g qœcideyfàUes.

Nous avons déjà fiait rejogArquer qu'il n'en est pas des min.ér s$uxf sous le rapport dé la configuration» comme des corps organisés. Les êtres organiques ont une Corme déterminée , qui çq perpétue dans chaque espèce» et qui est indépendante des cjrç#nsunces extérieures au milieu desquelles, le corps a pris nais^ sjtpce. Les minéraux * au contraire, n'onjt point de forme qui lfW «pu absolument essentielle, puisqu'ils peuvent continue)lçr Vfâat changer d'état s*us l'influence des causes extérieures,, e* a/tçcroître indéfiniment, soit de tous les côtés à la fois, soit seur tapent dans quelques-unes de leurs parties» Aussi leurs foçineq Sftnt- elles, généralement accidentelles, étant le résultat de* circonstances locales qui ont déterminé, en partie du moins^ 1$ réunion des molécules du corps, 11 n'est pas jusqu'aux formas cristallines elles-mêmes , qui , seules parmi les formes des. njinéraux, semblent avoir été réglées pour chaque espèce, qui ne se montrent soumises à la même influence , non-seulement dans les modifications innombrables et régulières, dont le type primitif est susceptible, mais aussi dans les défauts de symétrie et les altérations sans nombre qui peuvent avoir lieu dans chaque forme individuelle , et qui la rendent souvent méconnaissable* U est bien rare, en effet, que la cristallisation produise d#» formes parfaitement régulières et symétriques; il faut pour cela une réunion de circonstances qui se rencontnent difficile* ment. La condition principale qui doit être remplie , c'est que l'aggrégation des molécules ait lieu lentement et sans trouble, et que le cristal soit libre dans tout son pourtour,- pour qu'il puisse s accroître uniformément dans toutes ses parties. Mais des causes perturbatrices de plusieurs genres agissent presque toujours, pour gêner la inarche de la cristallisation; et elle ne produit le pfjus souvent que des formes incomplètes, de simples ébauches de cristaux, dans lesquelles la forme cristalline s'efface ou s'ohUtère en partie, se dégrade insensiblement, et finit par se réduire à la forme de lamelles ou de grains, de baguettes ou de cylindres, ou de simples fibres.

Si l'on excepte les formes cristallines régulières, qui sont en rapport plus ou moins immédiat avec la nature des substances,

3o8 LITRE I. CHAPITRE VIII.

on peut dire que les formes extérieures des minéraux sont d'une faible importance pour la classification de ces corps , puisque, étant presque toujours accidentelles, elles ne peuvent servir qu'à établir <J© simples variétés dans chaque espèce. Cependant leur étude ne laisse pas que d'offrir un certain degré d'intérêt et d'utilité , parce qu'elle peut nous aider à nous rendre compte des différences que présentent les minéraux sous le rapport de leur manière d'être dans la nature , et parce que ces sortes de formes nous éclairent souvent sur les circonstances de la forma» ^ tîon des diverses espèces. Beaucoup d'entre elles en effet portent l'empreinte des causes particulières qui les ont produites, ou * de celles qui ont agi sur le minéral au moment de sa consolidation , ou même postérieurement ; et il est presque toujours possible, avec un peu d'attention , et en se laissant guider par l'analogie, de remonter à leur origine, de retrouver leur mode de formation, et d'ajouter ainsi un détail important à l'histoire géologique de la substance. Il n'est besoin pour cela que de les comparer à celles des minéraux, qui se produisent encore sous nos yeux dans telles ou telles circonstances : car, les causes qui ont agi anciennement agissent encore de la même manière au* jourd'hui, bien que ce soit souvent sur une échelle différente; ou, si quelques-unes d'entre elles ne s'observent plus dans la nature, nous les trouvons reproduites journellement dans les expériences en petit de nos laboratoires, et surtout dans les travaux en grand de nos établissements industriels.

On distingue, parmi les formes irrégulières et accidentelles des minéraux, les cristaux simples altérés, les groupes de cristaux irréguliers, les concrétions et les nodules, les pseudomorphoses et les formes pseudo-cristallines.

À. Cristaux simples altérés.

Beaucoup de cristaux déformés rappellent assez bien leur type originel, pour qu'on puisse les y rapporter sans la moindre difficulté: telles sont les formes sphéroïdates , qui dérivent de celles du système cubique, qui ont vingt-quatre ou quarantehuit faces (diamant sphéroïdal) ; les formes lenticulaires, qui dérivent de rhomboèdres très-surbaissés , dont les faces sont plus ou moins courbes, ce qui les fait ressembler à des lentilles (calcaire lenticulaire) ; les formes spiculaires ou aciculaires, tirant leur origine de rhomboèdres ou de scalénoèdres aigus, qui, par

ST&tJCTUBIS ET FOBMES UIBX0GUERXS. 3og

leur allongement, offrent l'aspect d'un dard ou d'une aiguille; les formes tabulaires, produites par des prismes très-courts; les formes bacillaires ou en baguettes, provenant de prismes allonges et d'un diamètre sensible ; enfin les formes cylindroïdes, dérivant aussi de cristaux prismatiques, dont le contour s'est détotmé par des arrondissements.

B. Groupes de cristaux irréguliers.

Parmi les groupes irréguliers de cristaux, nous citerons seulement ceux qui offrent des formes imitatives, c'est-à-dire des formes qu'on peut décrire en se servant de termes de'comparaison, parce qu'elles ressemblent à celles de certains corps bien connus. Tels sont : i° les groupes en boule ou sphércXdaux, dans lesquels on reconnaît une aggrégation de cristaux, de fibres ou d'aiguilles cristallines, à leur surface hérissée de pointes pyramidales, ou à leur structure intérieure, rayonnée du centre à la circonférence. 20 Les groupes cylindroïdes, composés d'aiguilles ou de fibres qui partent toutes d'un axe commun : on leur donne . le nom particulier de coralloïdes, quand les fibres forment des branches cylindriques, qui se contournent et se ramifient entre elles à la manière du corail (exemple : arragonite coralloïde). 3° Les groupes flabelliformes, composés de lames cristallines qui divergent comme les feuillets d'un éventail (exemples : stilbite, et prehnite flabelliforme). 4° Les groupes en trémies^ ou en pyramides creuses renversées, tels que ceux de petits cristaux de sel , qui se forment dans les salines par la vaporisation des eaux-mères.

Ces trémies sont composées de rangées de petits cubes de sel, semblables à des cadres rectangulaires, qui seraient appliqués les uns sur les autres en diminuant successivement de grandeur ; il résulte de cette disposition une pyramide creuse à quatre pans, dont les parois présentent l'aspect de gradins. Ces groupes se forment à la surface même du liquide. On voit d'abord paraître un petit cube, qui tend à tomber au fond en vertu de sa plus grande densité; et en effet, il s'enfonce au-dessous du niveau, ne laissant presque voir que sa face supérieure; mais il reste en suspension par l'effet de la capillarité : car, on voit le liquide se déprimer tout autour de lui, en sorte que le volume de ce liquide, qu'il a déplacé, dépasse en réalité le sien propre. Ce cube initial devient un centre d'attraction, autour duquel il s'en forme d'au-

*3ïo XWttk T. CftàM'rti TttT.

très, qui sfâccoîëtit dû pfeitaier Te long de *es arêtes Mrpérlettâfe, et produisent ainsi une espèce de cadre, qui s'enfonce à sefn tôûY. fte nouveaux cristaux se groupent autour de ce dernier cadre, pour en composer un decond, et ainsi de suite. Les crisfafiftr^e forment à la surface, parce qae le sel, notant pas plus solraVà chaud qu'à froid, ne tend pas à se déposer par refroidissénllnt, mais seulement par suite de la vaporisation, qui n'a lieu qu'à la surface. Il peut se former autour du premier cube plus d'une rangée dans le même plan horizontal, en sorte que la hauteur dés trémies peut varier beaucoup par rapport à ta longue* de la base; cela dépend de Fétat pfas ou moins tranquille èa liquide, tfe Son Uegré de eonééntrktfcta, et dte l'intensité ptas eu lattes grande de flfltction capillaire.

5° Les groupes dendroïdes, ou lés dendrhes, les arborisations, Ôusi l'&ggrégation d'une multitude dfe petits cristaux qui se groupent à la file, en paraissant implantés l^n dans l'autre, et qfei produisent de cette manière des ramifications dont l'ensemble ô'ftre l'aspect d'an petit arbre. Les fcristaûx qui se groupent âttfsi Sont quelquefois Méconnaissables à flûeil nu, ou peuvent se distinguer avec le secours tPune loupe; tel est le cas des dendrttfes *forméfes par les octaèdres réguliers de l'or, de l'argent et du cùîvre natifs. Hais souvent ils échappent à la vue par leur extrême 'petitesse, et ne forment qu'une sorte d'enduit qui s'étend a la 'surface de certaines pierres, et qui rappellent ces cristallisations que ferme Phumidhédes appartements, en se congelant pendant l'hiver à la surface des vitres. Cette espèce d'arborisation n'est que superficielle : il est une autre espèce de dendrhes, que fbn appelle profondes, parce qu'elles pénètrent dans la profondétfrUe !ïa pierre, qui les enveloppe en totis-sens, comme si cette pierre, ïyant été d'abord liquide, s'était Consolidée énse moulant Mut à l'entour ; mais il se peut que la cristallisation ait eu lieu <Mhs la matière enveloppante elle-même, soit lorsqu'elle était en'èére 1 Fétat de mollesse, soit même après sa consolidation, si la piètre était assez poreuse pour être perméable à certains liquidés, ffous citerons comme exemples d'arborisations profondes, ctAtes que présentent certaines agates, qu'on emploie dans la bijouterie.

On donne d'une manière générale le nom de dtmek une sftfte d'incrustation formée à la surface d'Une roche ou d'un minéral 'par de petits cristaux d'une'àutre substance, qui semblent y êfre implantés, en même temps qu'ils sont serrés fortement les ans

STRUCT0BIS *r POMOS UtRXOrjLtÈfiXS. 6 m

s les autres. Beaucoup de minéraux «ont ainsi tapissés •*-

*érieurement de druses calcaires ou quaneuses.

tjm Concrétions.

Il est des eorps dont les configurations sont dues, en tout oa en -partie, à de certaines circonstances locales ou extérieures, telles •que des points d'attache, des supports ou des espèces de motites, •oubien des conditions particulières de mouvement, qui ont iofflué «nr leur forme, ou Font même déterminée tout*à<4ait. Ce sont là les formes qu'on nomme accidentelles, parmi lesquelles nous placerons d'abord les concrétions. Sous cette dénomination' on -comprend .généralement toutes les fermes à surfaces courbes, -foi résultent de dépôts par couches successives des molécules •on particules d'un minéral, autour d'un centre ou d'un axe, ou •sur un corps solide, qui a servi de support ou de noyau. t3es fermes peuvent d'ailleurs exister avec des traces visibles ou sans aucun indice sensible de cristallisation à l'intérieur. Telles «tant:

4° Les skdaethes. Ce sont des dépôts de ferme conique eHonigée, qui résultent de l'infiltration d'une eau minérale à travers ta voûte d'une grotte ou cavité souterraine ; ils se font verticalement de baut en bas à la surface de la voûte, et grossissent par touches successives, en même temps qu'ils s'allongent progrès* -Statuent, à la manière des aiguilles de glace qui se ferment pen- -tknt Fhiver au bord de nos toits. On observe dans la nature des ^stalactites d'espèces très-diverses ; mais il est probdMe que 1* plupart d'entre dles ont été formées comme les stalactites &A- **aires, qui se produisent encore de nos jours, et dont nous faHens décrire ici le mode de formation.

Les stalactites calcaires sont composées de carbonate neuftfe de chaux, sel insoluble dans Peau pure, mais qui peut être dissot» par l'eau contenant une certaine quantité d'acide carbonique. Beaucoup d'eaux souterraines sont dans ce cas, et charrient des molécules calcaires qu'elles déposent aussitôt qu'elles «arrivent au jour ou du moins À Pair libre, parée qu'elles y per- -dent leur acide carbonique, et se concentrent de plus en plus far févaporation. Cette propriété qu'ont certaines eaux natutôtllcs, en apparence trè*.pures«t parfaitement limpides, de 4br- «ner dés dépôts terreux, leur a fait donner le nom de sources **t- *m$tmntes. {Admettons quftune pareille eau minérale tf nftkae

3 12 L1VRB I. CHAPITRE Tiff.

dans les fissures des roches, qui forment les parois d'une grotte souterraine, ou suinte à travers leur tissu poreux , il y aura des gouttes qui resteront suspendues pendant un certain temps à la voûte, et qui se succéderont à la même place; la première éprouvera un dessèchement qui commencera par la surface extérieure, et les molécules calcaires que le liquide abandonnera, se déposeront tout autour de la base sur la paroi de la voûte, en formant une espèce d'anneau ou un rudiment de tube. Ce rudiment de tube s'accroîtra ensuite et s'allongera par l'intermède des gouttes qui se succéderont les unes aux autres. D'abord ce tube présente la forme d'un cylindre creux , et ressemble à un tuyau de plume; mais bientôt il grossit à la fois en dehors comme au dedans par le liquide qui descend le long de sa surface ou qui coule dans son intérieur; le canal finit par s'obstruer, et comme les dépôts sont plus abondants à la base que vers l'extrémité, à raison de l'appauvrissement progressif du liquide, la stalactite doit offrir bientôt l'apparence d'un cône trèsallongé.

Une partie de l'eau, en tombant de la voûte sur le sol, y forme d'autres dépôts composés de couches ordinairement ondulées, et qui s'étendent horizontalement sur le sol de la caverne; et en même temps, le liquide qui coule le long des parois latérales de la grotte, donne naissance à des dépôts dont on peut comparer la forme à celle de draperies à plis ondoyants (dépôts parmiformes), ou à celle d'une nappe d'eau qui viendrait à être subitement congelée. On donne le nom de stalaotites, aux dépôts allongés <fsl se forment à la voûte, et celui de stalagmites^ aux dépôts aplatis qui se forment sur le sol de la grotte. Les stalagmites des cavernes recouvrent souvent des amas considérables d'ossements fossiles; ces matières calcaires, quand elles sont translucides, sont employées quelquefois pour la décoration sous le nom d'albâtres. Il arrive souvent que les stalagmites des cavernes, en prenant de l'accroissement, vont rejoindre les stalactites qui descendent de la voûte, et forment ainsi d'énormes colonnes,, qui décorent majestueusement l'intérieur de la grotte. Il existe en France plusieurs cavernes qui sont remarquables sous ce rapport ; mais une des plus célèbres qu'on puisse citer, est celle d'Antiparos, dans l'Archipel grec, qui a été visitée et décrite par Tournefort. Ce savant, en la voyant, s'imagina que les pierres végétaient ou croissaient à la manière des plantes, et cette erreur d'un grand botaniste a eu des partisans, jusqu'au

STRUCTURES ST FORMSS IBR£guLUSRES. 3l3

moment où le progrès des sciences naturelles a amené sa disparition pour toujours, en môme temps que celle de beaucoup d'autres préjugés.

a° Les pisolithes. Nous venons de voir que la ferme conique et la direction verticale des stalactites étaient dues principalement au mouvement descensionnël du liquide, qui déposait leurs particules composantes. C'est encore à une circonstance particulière de mouvement qu'il faut attribuer la forme de ces globules à couches concentriques qu'on nomme des pisolithes , quand ils sont de la grosseur des pois , des dragées ou des amandes, quand, par leur volume, aussi bien que par leur structure et leur mode de formation , ils sont comparables aux dragées ou amandes des confiseurs. Ces formes globulaires proviennent de ce que la source incrustante, qui leur a donné naissance, sortait en bouillonnant de l'intérieur du sol, et formait des tourbillons dans le bassin qui* recevait ses eaux. Cellesci par leurs mouvements soulevaient et tenaient en suspension de petits grains de sable, qui» devenant comme autant de centres d'attraction pour la matière dissoute, se sont recouverts successivement de pellicules de la substance précipitée. 11 s'est produit ainsi des globules dont le volume a dû s'accroître jusqu'au moment où, devenus trop lourds, ils sont tombés au fond de l'eau, où souvent ils se sont réunis et agglutinés entre eux pour former des masses à structure globuliforme. On voit souvent de nos jours des globules de la grosseur d'un pois, ou de celle d'une dragée, se produire de la sorte dans les eaux chargées de carbonate calcaire, des bains de Vichy, dans le département de l'Allier, de Carlsbad en Bohême, de Tivoli dans les environs de Rome, etc. Lorsque les globules sont beaucoup plus petits que des pois , et de la grosseur des œufs de poisson, on leur donne le nom d'oolithes, et ils rentrent alors dans la catégorie suivante de formes concrétionnées et accidentelles. On connaît non-seulement des pisolithes calcaires, mais encore des pisolithes ferrugineuses, manganésiennes, etc., qui, sans doute, ont été produites par des sources à la façon des premières.

3° Les ooUihes. On comprend sous ce nom, des masses formées de petits grains ronds, de même grosseur, et d'un volume comparable à celui des œufs de nos poissons ordinaires. Ces masses globuliformes ne se distinguent pas seulement des pisolithes par la petitesse des grains; ceux-ci offrent plus rarement une structure testacée, ou à couches concentriques; ils sont sou-

vent compactes ou lerreux à l'intérieur \ et, tandis que les Jithes ne constituent jamais que des formations trèsKsireon»scrites, les oolitbes, au contraire, constituent le plus souvent des «nasses excessivement étendues, d'immenses oouches, et même Âtê montagnes entières. A raison de ces différences, on a penné iÇue les causes qui avaient ainsi granulé la matière des roches •oolithiques, devaient avoir été tout antres que celle qui doute puissance aux pisolitbes. Ces causes, on ne peut que les préns mer, car elles ont agi pour la plupart à des époques géologiques 4brt anciennes; elles peuvent d'ailleurs avoir été de nature très» variée, chimiques, physiques ou purement mécaniques. Suives* HM. JFournet «et Virlet, les oolithes auraient été produites dans -des eaux tranquilles et peu profondes, tenant en dissolution «dp in matière calcaire; et suivant le premier de ces géologues,:* lia surface même du liquide, à la manière des trémies de sel doftt il a été question ci-dessus p. 309 : comme celles-ci, elles y seraient rrestées en suspension pendant un certain temps à la faveur <fe l'action eaflliaire. D'après le second de ces «avants, c'est au sein 4néme de la dissolution qu'elles auraient pris naissance, la mttière- calcaire ayant été comme attirée par une multitude use -petits corps ovoïdes, que M. Virlet croit avoir été des œufs cVin- 'secte. Selon d'autres géologues, ce aérait au milieu d'un dépôt vealcaire non encore consolidé , et se trouvant dans un état péteux, qu'aurait eu lieu postérieurement la globalisation. Bnéap, *n a eu recours aussi à des actions mécaniques, pour rendre .compte de ces singulières concrétions, et on les a expliquées tantÂt par l'agitation d'une eau minérale incrustante, coromeles ^pisolitbes ordinaires, et tantôt par l'action des courants menaniques ou des vagues sur la surface d'un»*édiment calcaire déjà consolidé.

4° Les rognons et géodes. 11 existe des concrétions de fonde

'globuleuse, auxquelles on donne les nomade rognons et demn-

« Ailes, -et, quand elles sont creuses à l'intérieur, celui de géodes ;

«lies se distinguent des autres formes arrondies dont noue**-

nons de parler, en ce qu'on les trouve disséminées au milieu des

.roches, et comme empâtées par elles, mies ont souvent une

.forme spbéroldale ou ovoide; mais quelquefois elles présentant

'Celle d'un -cylindre qui serait arrondi à ses 'deux extrémités, ^nu

Jbien elles offrent des dépressions, des aplatissements, des létsan-

< cléments; -en fin, on rencontre des modules qui se superposent

et même se pénètrent, comme si Tun-d'^itXySBteove mou, «tait

smvcnmm sr «mas iRBiemjÈaxs. 3i3

<eédé à la preaMon de l'autre. La formation de ces -rognons a été attribuée à des cames diverses; et en effet, il en est qui sent fresque oontemponâns du dépôt de la rocbe qui les enveloppe, et qui se sont formés au milieu d'elle avant qu'elle air. eu le «temps de se consolider entièrement; et d'autres sont évidemment postérieurs à la consolidation du terrain.

Parmi les premiers, nous «itérons d'abord les concrétions «globulaires de grès, formant des amas botryoides, qu'on rencontre dans les sables de la forêt de Fontainebleau, où elles ont été .-produites par l'agglutination des grains sableux à l'aide d'une «&- •9MBit calcaire, que des eaux d'infiltration auront apporté, lue Iplus souvent, les nodules répandue en grand nombre au milieu de la roche» où ife*mt distribués avec une certaine régularité, proviennent d'une élection de parties qui s'est opérée -après le dépôt dans la roche encore à l'état de mollesse; la matière qui les compose émit d'abord uniformément disséminée dans toute l'étendue de cette roche; et elle s'en est séparée pour -aller se concentrer par places autour de certains centres, déterminés quelquefois par la présence d'un corps organique, dent «m retrouve les traces au milieu du rognon : tels -sont les nodules de silex pyromaque, qu'on trouve disséminés au milieu 4e •la «raie blanche. La silice qui les forme a sans doute été répandue dans toute la roche à Fêtât de silice gélatineuse; puis elieu nété comme sécrétée par elle • et «tast eonerétionnée alors «eus larme nodulaire. Tels sont encore les rognons d'argile ocreese, ©u de fer hydraté argileux, qu'on trouve disséminés au miltai •4*8 sables ou des marnes dans les terrains sédhnentaires. 'fies 'derniers rognons sont quelquefois creux, et leur cavité e*t<oc- Hmpée par orne matière terreuse, soit pulvérulente, «oit oompacte. -On donne en génial le nom de géodes à ces rognons creux; et -quand ils «ont de nature ferrugineuse, avec un noyau .mobile 'intérieurement, noyau que l'on entend résonner, si l'on agiteie "•nodule près de l'oreille, on les désigne alors' sous le nom d'à***, Km "de pierres daifte; ils ressemblent alors par leur forme h «n *«uf Hkriseau de gtande taille.

•Les rognons déformation postérieure à la consolidation de iaiecfae enveloppMMe, sont ceux d'agate que l'on trouve diaafr- «ninés daws des roches plutoniques ou d'origine ignée, tels que >**s porphyres, les trapps et les basaltes, roches «qui renferment -souvent de* cavités, dtfns lesquelles la «âttce amenée par des«tttafttiotts «venues 4a dehors, ou provenant d'une aorte d*e

3l6 UVBB I. CHAPJTRK VIII. *

dation de la roche elle-même, s'est déposée par couches successives à partir de la surface, en sorte que l'accroissement dumodule, dans ce cas, a marché de l'extérieur vers l'intérieur. Lorsque ces nodules sont d'un petit volume , on leur donne le nom .d'amandes. Les couches concentriques, dont le nodule est composé, sont visibles sur les surfaces de section par des zones de diverses couleurs, ou tout au moins de nuances différentes , comme on le voit dans les belles agates onyx, qui viennent d'Oberstein. Quelquefois aussi, on aperçoit sur la coupe la trace du canal par laquelle ia matière du nodule s'est introduite, et l'on voit les zones de couleurs différentes, se resserrer en s'amincissant à mesure qu'elles se rapprochent de ce canal, vers lequel elles convergent et où elles s'engagent, en se dirigeant parallèlement à ses parois.

Les nodules ainsi produits sont rarement pleins : il reste ordinairement vers le centre une cavité plus ou moins grande, dont les parois sont tapissées d'une multitude de cristaux limpides et brillants de quarz , qui sont implantés par une de leurs extrémités dans la substance compacte de la géode, en même temps qu'ils tournent l'autre extrémité vers le centre. Des cristaux d'une autre nature» tels que des cristaux de calcaire ou de silicates faisant partie du groupe des zéolithes, s'observent aussi quelquefois dans la même cavité, reposant sur les cristaux de quarz-byalin. La croûte extérieure de la géode a toujours un aspect terne et terreux, et c'est encore une raison pour laquelle ce genre de nodule a pu recevoir le nom de géode. Lorsqu'on vient à le briser, on est tout surpris de le trouver si brillant à l'intérieur; un pareil contraste a dû faire remarquer de tout temps ces singuliers nodules, qui, d'ailleurs, peuvent fournir des pierres d'ornement assez recherchées J-rea zones de différentes nuances qu'elles présentent sont quelquefois très-nombreuses , et par cela même excessivement minces : on peut en compter plus de cent, surtout dans les nodules qui sont pleins ou à peu près; et le nombre en parait bien plus considérable encore, si on les regarde avec une loupe. Lorsqu'on taille ces agates zonaires de telle manière que chaque fragment offre une série de bandes à peu près droites et parallèles, à bords nettement tranchés, on obtient ce que l'on appelle, dans le commerce de la bijouterie, des agates rubanées; quand les bandes sont curvilignes et concentriques, on a des agates onyx. Les zones intérieures, qui montrent ordinairement entre elles un paralltf-

STRUCTUBE8 ET P0BMK8 IBBEGCL)£bKS. 3l7

lisme si parfait, ne sont pas toujours concordantes avec les parois de la cavité : aussi , dans une géode arrondie , on observe quelquefois des zones à contour polygonal : ce cas particulier donne lieu aux agates dites à fortifications.

Il est encore une classe de nodules arrondis, qui n'appartient plus aux concrétions proprement dites, et dont nous parlerons ici, pour empêcher surtout qu'on ne les confonde avec les rognons dont il vient d'être question. Ce sont ceux que nous offrent les galets ou, cailloux roulés , et les blocs erratiques que l'on trouve abondamment dans le lit des torrents, sur les bords et à l'embouchure des grands fleuves, au fond et sur la grève des mers, et qui composent en outre, dans l'intérieur des terres, des amas immenses , non-seulement à la surface du sol , mais même à d'assez grandes profondeurs, comme aussi à des hauteurs très* considérables au-dessus du niveau des plaines. Le caractère propre de ces sortes de nodules, c'est d'avoir été produits par des causes mécaniques, qui ont agi postérieurement à la consolidation de leur substance. On ne peut avoir aucun doute sur l'origine de la plupart de ces dépôts, puisqu'on en voit de semblables se former encore de nos jours, et s'accumuler au fond des vallées et dans toutes les parties basses de nos continents. Ces galets proviennent de débris de roches décomposées sur place par des météores atmosphériques, ou bien de fragments détachés des montagnes, du bord des rivières et du rivage de l'Océan, et qui, roulés par les torrents, charriés par les fleuves, ou balancés par les flots de la mer, s'usent et s'arrondissent par leur frottement mutuel et par l'action érosive des eaux courantes. Lorsque ees matières roulées sont réduites à l'état de petits cailloux ou de grains, on leur donne le nom de gravier ou de sable; et si les galets ou les grains de sable sont réunis entre eux en une masse solide, ce qui a lieu souvent à l'aide d'un ciment de nature variable, il en résulte ee qu'on appelle des poudingues ou des grès*

D. Pseudomorphoses.

Il arrive souvent qu'un minéral se présente sous des formes qui lui sont tout- à-fait étrangères et qu'il a dérobées ou empruntées à d'autres corps préexistants, soit organiques, soit inorganiques. Ce sont ces formes que Haiiy a appelées des pseudomorphoses. Cet emprunt de formes a pu avoir lieu de différentes manières :

i* Par mjikmdom dans des matières mmtUe* d'une eau miné* nie., chargée d'une substance qui a servi de ciment dans l'ag* gtoégation des particules sableuses ou argileuses, comme on 1'* vu plus haut pour les rognons.de grès ou de sable agglutiné, foiw osant des masses mamelonnées ou botryoïdes, dans le sol de la forêt de Fontainebleau : mais ici il y a une circonstance de plus, c'est la cristallisation du ciment calcaire, qui s'est opérée au mit lieu du sable sans avoir été gênée par la présence de ces particules étrangères, et qui a enveloppé dans les mailles de son réseau un grand nombre de ees particules. C'est ainsi qu'ont été fermés les cristaux en rhomboèdres aigus , qui ont tout-à-faift ^apparence extérieure du grès, et qu'on a nommés fort improprement grès cristallisé de Fontainebleau. La forme en rlMOSr boedre aigu, de la variété que Haùy nomme inverse, n'appartient, pas au grés que Ton voit, mais à la matière calcaire interposée, dont on aperçoit quelquefois des traces» mais qui, le plus souvent* se dérobe à la vue, parce qu'elle est masquée par la présence tout-à-fait accidentelle des grains de sable quarzeui. Aux yeux de Haiïy, ce sont tout simplement des cristaux de calcaire quarxifcre, qu'on doit placer comme variété de mélange dans Kespêce du carbonate de chaux. Mais si l'on voulait les ranges parmi les variétés du quarz , ils en constitueraient une variété pseudomorphique, dont la forme serait empruntée de l'une de celles qui sont propres au calcaire.

a* Par incrustation ou mouiasje. Le premier cas, celui de l'incrustation a lieu, par exemple, lorsqu'un liquide chargé de matière calcaire la dépose à la surface de différents corps organisés , animaux ou végétaux , et les revêt d'une croûte pierreuse qui en retrace la forme extérieure avec plus ou moins de fidélité. H existe en France, à Sain t-Allyre , près de Glermont, département du Puy-de-Dôme, à Saint-Nectaire et dans d'autres lieux, dw sources qui possèdent cette vertu incrustante : on y plonge des nids d'oiseaux, de petits paniers de fruits, des branchages, qui se recouvrent en très peu de temps <f une enveloppe pierreuse. Le vulgaire s'imagine que ces sources ont la propriété de pétrifier, c'est-à-dire selon lui, de changer en pierre les matières organiques: c'est une erreur grossière. Nous verrons plus bas quels sont les cas où l'on peut dire qu'il y a pétrification, et ce que Ton doit entendre par ce mot. Ici , les matières^rganiquee ne font que se revêtir d'un enduit pierreux, sous lequel elles peuvent se conserver plus ou moins longtemps et se détruire

anUJCTUM» *T MEMX8 IRBÉanMEaiS. G*çj

ensuite spontanément, mais sans avoir été en aucune manière a)Aéréea ni remplacées par la matière du dépôt. Nous avons difc . que cette propriété de certaines eaux, de pouvoir former des ia~ constations, tenait à la présence, et au dégagement à l'air libre*. d*up principe gazeux, tel que l'acide carbonique, et qui* s'étant tpauvé en excès dans ces eaux, y avait favorisé la dissolution de ta matière calcaire.

A Saint-Nectaire en France, aux bains de Saic#^îltppe en Toscane, et à Tivoli, dans les environs de Rome, on a su tirer parti de cette propriété, pour fabriquer des médaillons et de per tifa bas-reliefs avec des moules creux en soufre» sua lesquels oit sait jaillir d'une grande hauteur l'eau de la source , divisée ea «86 multitude de gouttelettes très-fines par son passage au tra> ▼4HTS.de faisceaux d'épines. Des incrustations de ce genre, dm» à des dépôts chimiques d'une nature quelconque , et qui ont l'aspect cristallin, ou bien à des dépôts grossiers de matière ter* rauae, ont pu se produire tout autour de cristaux d'une autaa mature, qui ont servi de moule ou de support. La dolomie, le qulans, la pyrite, ont souvent formé des druses ou des incrusta*tions cristallines tout autour des rhomboèdres du calcaire ordinaire, ou des cubes du spath fluor : et ces dernières étant vtoaoes à se détruire, il est resté souvent des enveloppes creuses de forme polyédrique, représentant celle de la substance qui a disparu. Ce sont des pseudomorphoses par enveloppement de cris* taux (Umhullungs-Pseudomorphosen).

De« eaux calcariftres , qui se rendent dans un lieu marécageux, y incrustent souvent les herbes qui y croissent, et finissant quelquefois par combler le marais, d'un dépôt calcaire, généra-» lestent grossier et poreux, auquel on donne le nom de tuf tu Rrance, ei de travertin en Italie. La pierre de Château-Landau: dont on fait usage dans les constructions à Paris, est un tuf ou travertin , de l'époque tertiaire, qu'on trouve en couchas cooai* dérables dans les. terrains parisiens; celle avec laquelle les an* efcne Romains avaient construit la plupart de leurs édifices, est un dépôt du mémo» genre, formé par les eaux de l'Anio, et qui couvre une partie de la' campagne comprise entre Rome et Tivoli.

Souvent les eaux de sources incrustent de dépôt calcaire les tuyaux de conduite qui les amènent dans les villes» comme il arrive à Paris pour les eaux d'Arcueil. Dans les campagnes, elles incrustent le sol même sur lequel elles se répandent : il existe

330 LIVBB 1. CHAPITRE VIII.

près de Clermont un ruisseau, qui, non-seulement a incrusté le fond de son lit et ses bords, niais qui s'est construit à lui-même une sorte de pont-aqueduc, au moyen duquel il a pu franchir un autre cours d'eau, qui coule maintenant au-dessous de lui.

Les incrustations par moulage sont des dépôts purement mécaniques de matières pâteused , qui viennent se mouler dans l'intérieur des coquilles et autres corps organiques creux, ou dans (aca^l formée au milieu d'une roche par la destruction d'un cristal : ou bien , qui viennent se modeler autour de l'un de ces corps, de manière à en prendre une empreinte. Par des combinaisons de moulages et de contre-moulages, on peut ainsi obtenir d'un corps organique creux, comme par exemple d'une coquille univalve de forme conique, jusqu'à six représentations différentes du même corps , telles que moules et modèles de l'intérieur seulement, ou bien de l'extérieur, ou enfin de la coquille elle-même tout entière. Ces tracée d'anciens corps organiques, qui n'existent plus, sont communes dans les calcaires des environs de Paris, et leur étude est très-importante au point de vue de la géologie ; elles rentrent dans la classe générale des corps, que dans cette science on nomme des fossiles.

Lorsque cette espèce de moulage, opéré par un sédiment mécanique, a lieu dans la cavité restée vide par la retraite bu la destruction d'un cristal, il en résulte une copie exacte de la forme de ce cristal, une pseudomorphose par remplissage (AusfiïUungs-Pseudomorphcse).

3° Par épigénie. Indépendamment des fausses formes cristallines, produites par l'enveloppement de certains cristaux , ou le remplissage des vides que d'autres cristaux, en se détruisant, ont laissés au milieu de la roche qui les contenait, il en est do bien plus remarquables encore, qui composent une classe très-nombreuse de pseudomorphoses, et dont l'étude est de la plus haute importance ; ce sont oelles qui sont produites par épigénie^ c'està-dire par un changement de nature de la masse d'un cristal, qui s'opère en lui lentement et graduellement , sans qu'il y ait ni fusion, ni dissolution, et, par conséquent , avec conservation de la forme primitive. Cette altération métamorphique, ou plutôt métasomatique, d'un cristal, a lieu par l'action de la chaleur ou des courants électriques, ou bien elle est le résultat d'une action chimique qui se passe entre le corps et le milieu qui l'environne, et que des gaz ou des liquides déterminent le plus souvent. Le changement commence à la surface, et marche

. STHTJCTTJBES ET FORMES IRBBGTJUERES. 3*1,

ensuite progressivement vers le centre; mais il peut avoir été interrompu, avant d'avoir atteint son terme , et, dans ce cas, il reste à Fintérieur un noyau encore intact de la substance primitive. Cette substitution graduelle d'une matière à une autre, se fait pour ainsi dire de molécule à molécule, de telle sorte que les nouvelles tendent à occuper la place des anciennes; et il arrive en effet quelquefois que le minéral épigène conserve des traces de la structure, soit laminaire, soit fibreuse, que possédait le minéral antérieur.

Lorsque le corps, qui a subi l'altération chimique, est un minéral, comme nous l'avons supposé jusqu'ici, le résultat de cette altération est une épigénie minérale; mais si le corps est une substance organique, une tige d'arbre par exemple, dont tous les éléments aient été remplacés par des molécules siliceuses, c'est alors une épigénie organique, que l'on distingue sous le nom particulier de pétrification. Parlons d'abord des épigénies miné* raies, ou épigénies proprement dites.

i° Epigénies minérales. C'est Haiïy qui a créé le mo^ épigénie pour désigner ce genre de pseudomorphoses, produit par une transmutation de substance, qui s'est opérée sans qu'il y ait eu changement dans la forme du minéral; en sorte que la forme qu'il présente actuellement n'est plus en rapport avec la matière qui le constitue. Naumann désigne ce changement de substance parle nom de métasomatose. On sent combien il est important de connaître les faits de ce genre, qui pourraient faire tomber l'observateur dans de graves méprises. Aussi ce phénomène a-t-il été étudié avec soin par beaucoup de minéralogistes, parmi les-r quels nous citerons MM. Blum, Landgrebe, Haidinger, Winkler, Scheerer, etc. (i). On connaît aujourd'hui plus d'une centaine d'espèces minérales, dont la forme a été prise par d'autres espèces qui les ont remplacées, ce qui constitue celles-ci à l'état de minéraux pseudomorphes ou épigènes. Les minéraux remplaçants ou substitués sont beaucoup moins nombreux, parce que le même minéral peut se rencontrer successivement sous les formes propres à plusieurs autres. 11 est en effet des substances qui semblent être comme le terme commun vers lequel tendent un grand

(1) Consultes mr ce sujet intéressant les ou? rages suivants : Landgrebe, Vebtr dit Pseudomorfhosen im Miner alreiche ; Cassel, 1841. Blum, dU PuuïçmOrfhosen des Minerahretehes; Stuttgardt, 1843; avec deux suppléments, flaidinger, Abhandkmg Uêber die Pseudomorphosen, Ann. de Poggendorf; 1844, ' 1. 1401. D* WMterj dis Pseudomeryhoten des Miner air eiches ; Munich, 1855.' ' D* Scheerer, Btmerftusyen Ueber AfUrkryttaUe; Brtiasrlck, 1857* '

Cours de Minéralogie. Tome 4. 21

3l3 L1VBH I. CHAPITRE VIII.

nombre de minéraux» rapprochés par leur nature chimique, lorsqu'ils donnent prise aux agents de décomposition. La stéatite a été observée en remplacement de plus de vingt espèces différentes; la silice de même; le mica en remplace une douzaine; la serpentine et la chlorite, chacune de huit à dix; le talc, le kaolin, l'argile lithomarge et la terre verte, chacun cinq. Parmi les substances métalliques, la pyrite, le fer magnétique, la gœthite et la limonite sont celles que Ton observe le plus souvent à l'état pseudomorphique.

On peut distinguer cinq groupes différents d'épigénies, ou de pseudomorphoses métasomatiques (Umwandlungs-Pseudom"., ou Afterkrystalle, des minéralogistes allemands), selon le mode ou le degré de l'altéra ti ou subie par le minéral primitif.

a. Epigénies sans perte ni gain de matière. — Ce cas s'observe seulement parmi les composés chimiques, qui donnent lieu au dimorphisme. Exemple : cristaux d'arragonite changés en calcaire spathique ; cristaux de soufre en prismes obliques, changés • en soufre octaédrique (octaèdres droits à base rhombe). Le passage consiste seulement dans un changement de constitution physique, dans une allotropie ou métamérie de la première substance. On donne quelquefois à ce genre d'épigénie, le nom de Paramorphose.

6. Epigénies par déperdition de principes composants. Exemples : le cuivre natif, provenant du cuivre rouge ou cuivre oxydulé ; le sulfure d'argent, provenant de l'argent rouge ou argent sulfuré antimonié; le calcaire (carbonate de chaux), d'après la gay-lussite (carbonate de chaux et de soude) ; le disthène, d'après Tandalousite, etc.

c. Epigénies par addition de nouveaux principes composants. Exemples : le gypse (sulfate de chaux hydraté), provenant de l'anhydrite ou karsténite (sulfate de chaux sans eau); le fer oligiste, provenant du fer magnétique; la malachite, du cuivre rouge ; le sulfate de plomb, du sulfure de plomb.

d. Epigénies par échange partiel de parties composantes, ce qui est un cas très-ordinaire. M. Blum cite près de cent-vingt epigénies, qui rentrent dans cette division. Exemples: la barytine (ou sulfate de baryte), provenant de la withérite (carbonate de baryte) ; le calcaire, d'après le gypse ou l'anhydrite ; la stéatite, remplaçant le quarz; la gœthite ou hydroxyde de fer, provenant de la pyrite, ou du fer spathique ; la malachite, provenant de l'azurite; la hornblende, provenant du pyroxène augite; le

•nrocnmss et pormm i*eéguuéhis. 3a3

kaolin, provenant du feldspath orthose; la pyrolusite et la hausmannite, provenant de la manganite, etc.

e. Epigénies par remplacement total (Verdrângungs-Pseudomorphosen). Exemples : le quarz et le calcaire, d'après la barytine; le quarz, d'après la fluorine et le gypse. Ces sortes d'épigénies sont difficiles à distinguer des pseudomorphoses par moulage, dont nous avons parlé précédemment. On les explique par une seule et même opération chimique, produisant en même temps la dissolution de la substance primitive et la précipitation du nouveau corps, de manière que chaque molécule dissoute soit remplacée à mesure par une molécule précipitée.

a0 Epigénies organiques , ou pétrifications. Les pétrifications sont les epigénies du règne organique : ce sont de véritables fossiles, dont la considération appartient bien plus à la géologie qu'à la minéralogie. Les plus remarquables sont celles que nous offrent les bois dits fossiles ou pétrifiés, c'est-à-dire les bois qui ont été enfouis très-longtemps dans les couches de la terre, et que l'on trouve ordinairement convertis en silex, ou plutôt remplacés par des molécules siliceuses; car on ne peut admettre qu'il y ait ici transmutation de substance, il n'y a qu'une simple substitution. Le corps organique a été détruit par une action lente et progressive, couche par couche, et pour ainsi dire molécule par molécule ; et, à mesure que chacune de ces molécules se décomposait, une molécule siliceuse en prenait exactement la place. Aussi, non-seulement la véritable pierre qui résulte de cette action chimique souterraine présente la forme exacte du végétal, mais encore tous les détails de son organisation in* terne, à tel point que l'on peut souvent reconnaître à quelle classe de plantes il appartenait. Le règne animal nous fournit pareillement des pétrifications, et ce sont généralement les parties solides des animaux, telles que les os et le test des coquilles, qui peuvent conserver assez longtemps leur forme après avoir été déposés, pour que la matière pétrifiante les enveloppe et les pénètre lentement.

M. Haidinger a partagé les epigénies en deux grandes divisions, les epigénies anogènes, et les epigénies halogènes, d'après des caractères à la fois chimiques et géologiques. Les epigénies anogènes sont celles qui sont formées, dans l'écorce minérale du globe, vers sa surface extérieure, et qui consistent en général dans un degré plus avancé d'oxydation produit par les agents extérieurs, l'atmosphère et les eaux superficielles. Là les métaux

3)4 UVBB L CHàPITRB TOI.

s'oxydent; les oxydes s'hydratent ou passent à l'état de sels. On voit souvent dans ces épîgénies un élément ou principe électronégatif en déplacer un autre, qui présente le même caractère • chimique à un degré moins élevé, ou qui est relativement moins stable. Ainsi, dans la transformation de l'azurite (carbonate bleu de cuivre) en malachite (carbonate vert), on voit un atome d'eau remplacer un atome d'acide carbonique. Les épîgénies katogènes sont celles qui ont eu lieu vers le bas de l'écorce minérale par l'action des agents internes, tels que la chaleur souterraine et les émanations liquides ou gazeuses, venues de l'intérieur du globe. Elles consistent le pins ordinairement en des effets de réduction plus ou moins avancée, que subissent beaucoup d'espèces minérales, de composition assez complexe (i).

E. Formes pseudocristallin/es*

D y a des formes, d'apparence cristalline, prismatoïdes ou pyramidales, qu'on prenait autrefois pour des cristaux, mais qui n'en sont point, et qui doivent leur configuration trompeuse à diverses actions physiques ou mécaniques. Parmi les faux cristaux (ou pseudo-cristaux), nous citerons : t°les/orm^s capillaires ou filamenteuses , produites mécaniquement, tantôt par voie ignée, comme lorsque des laves fondues de consistance visqueuse sont tirées en fils, à la manière du verre fondu (filaments d'obsidienne ou de verre volcanique), ou bien lorsque des filaments sortent, en se contournant, des pores d'une scorie métallique en ' partie refroidie, ou d'un minerai en partie fondu (filaments en crosse de cuivre ou d'argent natif) ; tantôt par voie humide et en vertu de la capillarité, à la surface des vases poreux, contenant des dissolutions salines.

à* Les formes pseudoédriques par compression mutuelle de globules mous (la dolomie globuliforme, appelée miémité).

3° "Les formes prismatiques ou pyramidales , produites par le retrait sensiblement régulier qui a lieu dans les laves ou matières volcaniques fondues, quand elles sont homogènes, et se refroidissent lentement, ou bien dans les argiles, les marnes et autres pâtes terreuses, quand elles se dessèchent. Ces matières, par la dessiccation ou par le refroidissement, se fendillent en divers sens , et se partagent en fragments polyédriques qui ont

(1) flakBnger, Amudes à* Poggmdorff, t. LXII, p. 161; 1844.

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STRUCTURES ET FORMES IRRÉGULlEBEfl. 3l5

quelquefois une régularité apparente. Cest ainsi que les basaltes, qui sont d'anciennes laves du volcan, sont divisés par des assures planes, en grandes colonnes prismatiques, à trois, quatre, cinq et six pans. On trouve de ces masses basaltiques dans une multitude d'endroits, en Auvergne et dans le Yivarais. Elles sont le plus souvent partagées en grands prismes, qui ressemblent & des prismes hexagonaux. Souvent ces prismes sont debout ou verticaux; mais quelquefois aussi ils sont couchés et rangés 1 côtelés uns des autres, à la manière des piles de bois de nos chantiers. Lorsqu'ils sont verticaux et qu'on les voit de loin, ils s'offrent sous l'aspect/l'une vaste colonnade: mais si l'on se trouve au-dessus de la masse même, et que l'on marche sur la tranche des prismes, le sol basaltique se présente alors comme un im- ■ menue pavé composé de dalles hexagonales, ce qui lui a fait donner le nom de chaussée des géants.

Un mode de division semblable, mais beaucoup moins régulier, a lieu dats les masses de gypse dont se compose la colline de Montmartre, près Paris. Les schistes, les houilles présentent souvent des divisions parallélipipédiques ou rhomboïdales, qu'il faut attribuer à la même cause. Constant Prévost a signalé le premier, dans les marnes argileuses de Montmartre , un mode de division pyramidale qui est fort remarquable. Ces marnes sont divisées çà et là, autour d'un point central, en six pyramides quadrangulaires, dont les sommets se rejoignent au centre comme celles qu'on obtiendrait en menant des plans par le centre d'un cube et par ses arêtes. Beaucoup d'argiles desséchées offrent aussi des fissures, mais en général irrégulières; et, lorsque ces fissures ont été remplies postérieurement par une infiltration de matière, diversement colorée , il en résulte, sur la coupe de la masse terreuse, des espèces de mosaïques, que l'on désignait autrefois par le nom de ludus; on débite souvent ces masses sous la forme dé tablettes, pour les employer au revêtement des consoles.

J4- De la cassure.

Il me reste à dire quelques mots d'un caractère extérieur, qui n'est pas sans importance pour la distinction des minéraux, et <jui se lie aux deux caractères principaux que nous avons étudiés jusqu'ici, savoir : la forme et la structure. Ce caractère est celui de la. cassure. On entend par là tout ce* qui distingue les surfaces que l'on fait naître artificiellement clans un minéral ,

3*6 UTBB t. CHAWTRB TU.

quand on en détache des fragments par la percussion. On examine ces surfaces adventices, qui sont le produit du choc d'un marteau, sous différents point de vue : i° sous le rapport de leur éclat; 2° sous celui de leur texture ; Z* sous celui de leur forme. Lorsqu'on veut reconnaître soit l'éclat, soit la couleur d'un minéral, ou bien la structure de sa masse, il ne faut pas s'en tenir à l'examen des surfaces extérieures et naturelles du minéral» que le frottement ou l'altération de l'air a pu rendre frustes : il faut toujours observer celles que fournit une cassure fraîche. Ces caractères dont nous venons de parler, se manifestent bien plus nettement par ce moyen; et c'est parce qu'on y a fréquemment recours, que Ton a été conduit à dire d'un minéral, qu'il a la cassure vitreuse, résineuse ou cireuse, pour exprimer le genre d'éclat qu'il manifeste dans sa cassure. On dit de même qu'il a la cassure lameUeuse, fibreuse, grenue ou compacte , pour indiquer le genre de texture que présente l'intérieur de la masse, mis à découvert par la cassure. Mais c'est surtout la forme propre aux surfaces de cassure que l'on étudie, et c'est là ce qui constitue l'essence de ce caractère. Ces formes, quand on les observe dans les variétés compactes et homogènes, présentent souvent, d'une espèce ou d'une variété principale à une autre espèce ou variété, des différences utiles à constater.

On dit qu'un minéral a la cassure conchoïde, lorsque la surface des fragments, étant concave ou convexe , est sillonnée de stries courbes et concentriques, semblables à celles que l'on voit sur les valves de certaines coquilles. Exemple : silex pyromaque; l'asphalte de Judée; l'obsidienne ou verre noir des volcans. La cassure conique ou conoïde est celle des minéraux dont les fragments, détachés par le choc, présentent, en relief ou en creux, la surface d'un cône ou d'un conoïde d'une certaine épaisseur. Cette cassure est plus rare que la conchoide ; mais celle-ci doit être considérée comme une simple dégénérescence de la cassure conique. On obtient d'ailleurs cette dernière assez facilement avec tous les corps compactes et bien homogènes : il suffit pour cela de frapper perpendiculairement à la surface extérieure, que je supposerai plane ou sphérique, un coup sec avec un marteau et un poinçon : le choc détermine à l'intérieur une fissure de forme conoidale, qui se propage à partir du point qui a reçu le coup; et si l'échantillon n'est pas très-épais, cette fissure atteindra la surface opposée, et Ton verra se détacher un mamelon conique, de forme assez régulière. Un morceau d'a-

mroCTOBBS ST FORMES IfiRiGITMEAXS. 3%j

gâte translucide, un bloc de grès luisant de Montmorency, se prêtent parfaitement bien à ce genre d'expérience.

On dit d'un minéral qu'il a la cassure écaUieuse ou esquitteuse, lorsqu'il se détache en partie de la surface des fragments de petites écailles ou esquilles, semblables à celles que l'on remarque dans la cassure d'un morceau de cire, ou bien d'un fragment d'os ou de bois. Exemple : l'agate et le pétrostlex.

On dit que la cassure est plaie, lorsque le minéral se divise suivant des surfaces sensiblement planes. La cassure plate est raboteuse ou unie, selon que la surface de cassure présente ou non des inégalités.

La connaissance du mode de cassure propre à un minéral n'est pas seulement utile en minéralogie : il est des industries dont les procédés sont fondés sur elle. La manière dont on taille les pierres à fusil, ou dont on débite les pierres à meule, repose sur le genre de cassure qui est propre à Tune ou & l'autre de ces deux sortes de pierres dures.

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