PRODUIT
ACYIOSS DB LA GHALEIW. 35 1
MM. Neumann et Regnault ont cherché à étendre la loi as Dolong et Petit aux corps composés, et ils sont parvenus à constater le résultat suivant : les chaleurs spécifiques des corps composés, de même formule atomique et de constitution chimique semblable» comme les corps isomorphes, sont entre elles, à très* peu près, en raison inverse des nombres qui représentent les poids atomiques de ces composés (i). Les tables de chaleurs spécifiques qui ont été données par ces auteurs, font voir que ce caractère chance, pour la même substance chimique, avec I9 constitution physique du corps; ainsi, la chaleur spécifique du diamant n'est que de 0,1469, tandis que celle du graphite est et 0,219.
§ 5. De la fusibilité et de [action des dissolvants sur les cristaux.
L'action, soit mécanique, soit physique, de la chaleur, dqs dissolvants et des corrosifs, sur les surfaces des cristaux, n'est pas la même en tous leurs points, et les variations qu'elle éprouve s'accordent encore avec tout ce que nous avons dit jusqu'ici de l'influence des modifications de la structure sur celles des propriétés physiques; cette influence parait s'étendre jusqu'aux actions chimiques elles-mêmes, et se manifeste surtout lorque ces actions s'exercent lentement et avec une faible intensité. La fu» sibilité par la flamme' du chalumeau éprouve des variations sensibles dans quelques minéraux cristallisés, suivant que le dard de la flamme est dirigé parallèlement ou normalement à certaines faces. Le gypse laminaire, par exemple, quand on f attaque par le plat de ses lames, se calcine sans se fondre ; si on l'attaque par la tranche, il subit une fusion préalable, et se calcine après.
La dissolubilité par l'action lente de l'eau, des acides ou des alcalis étendus, est dans le même cas. Certains cristaux opposent une résistance très-inégale à la force dissolvante de ces liquides, p$r leurs différents côtés, par celles de leurs parties qui sont géométriquement et physiquement différentes. Les premières observations de ce genre sont dues à un physicien anglais, Fr. Daniell, qui a eu l'heureuse idée d'analyser, au moyen de dissolvants convenablement chçisis, la structure de plusieurs corps
(1) Voyei Neumann, Annalen von Poggendorff, 1831, n° 9, et Regnault, 4m*Us de Chimie et de Physique, tome LXXUi, p. 5, et tome I (3* série), p. 128.
cristallisés, en les forçant à manifester eux-mêmes leur véritable forme. Il avait remarqué que des corps, intérieurement cristallisés, mais sans forme bien déterminée à l'extérieur, comme des ma«ses informes d'alun du commerce, de borax, de nitre et de quelques autres sels solubles, étant soumis pendant un temps plus ou moins long à l'action lente de l'eau, finissaient par prendre une forme cristalline régulière, laquelle se produisait aux dépens du bloc primitif, peu à peu dégrossi par l'action en quelque sorte élective du dissolvant. Il a étendu ce moyen d'observation à des carbonates, qu'il faisait mordre par le vinaigre ; à différents métaux fondus, qu'il traitait par l'acide nitrique plus ou moins affaibli ; et enfin au quarz hyalin , qu'il attaquait par l'acide fluorhydrique étendu (i).
M. Leydolt s'est servi de ce moyen pour étudier la série cristalline du quarz, qui offre des modifications si intéressantes, er, en le mettant en usage, il est parvenu à 'provoquer la formation de nouvelles facettes sur les cristaux ordinaires de ce minéral (2). ,
Enfin, M. Widmanst'âdten l'a employé, de son côté, pour étudier la structure des fers météoriques, qu'on trouve en masses à structure cristalline, mais le plus souvent amorphes. 11 est parvenu à faire naître à la surface de ces masses, préalablement bien décapée et bien polie, des stries parallèles, se croisant en divers sens, et en rapport de direction avec les plans de clivage du fer natif, ce qui lui a permis de juger de la forme cristalline de cette espèce. Pour amener ce résultat, il suffit de faire mordre légèrement cette surface par de l'acide nitrique étendu, ou plus simplement encore, de l'abandonner à elle-même, après l'avoir polie, dans un çndroit humide, et d» lui laisser prendre un commencement de rouille. 11 n'est pas rare de rencontrer, dans les collections de minéralogie, des lames de fer météorique, qui ont subi ce genre de préparation, et qui offrent un croisement de stries, évidemment parallèles aux faces d'un octaèdre régulier (3).
(1) Voyez le Mémoire de Fr. Daniell, qui a pour titre : On some phenomena attending the process of solution and their application to the lotus of crystaUisation, dans le Journal des Sciences et des Arts, de l'Institution royale de la Grande-Bretagne.
(2) Ueber eine neue MeUtode, die Str*ictur und Zusamraensetzung der Krystatte zu untersuchen, par Leydolt; tome XV des Mémoires de l'Académie des Sciences de Vienne.
(3) Voyez le Mémoire de Widwanstaedten, dans les Beitrœge sur Geschkhte und Kcnntniss meteorischer Steîn-und MetaUmassen, par de Schreiber, p. 70.
cABAdims optiques. . 353
L'ensemble de faits , que nous venons de parcourir, pourrait déjà paraître bien suffisant pour établir la proposition que nous avions énoncée, en commençant cette étude des propriétés physiques des minéraux, savoir que, dans les cristaux, elles éprouvent toutes des variations qui s'accordent toujours avec la marche de la structure, de telle sorte que, si (a loi de la structure est connue d'avance, on peut pressentir celle que suivront ces propriétés, avant d'en avoir fait l'expérience; et que, réciproquement, si la loi de ces propriétés est donnée d'abord par l'observation directe , on peut en déduire , comme conséquence, celle de la structure, et arriver par cette voie à la connaissance du système cristallin. J'insiste de nouveau sur cette corrélation remarquable, sur cette subordination constante des caractères les uns aux autres ; car rien n'est plus important à signaler, en histoire naturelle : c'est elle , en effet , qui nous permet souvent de conclure d'un caractère à un autre , de juger d'une propriété cachée ou difficile à reconnaître, par une autre plus apparente ou plus accessible à nos recherches.
Au reste, le plus bel exemple qu'on puisse citer de ces rapports entre les modifications de la forme et de la structure cristalline, et celles des propriétés physiques, va nous être offert par l'étude que nous allons entreprendre maintenant des caractères optiques des minéraux « c'est-à-dire de ceux qui dépendent des diverses actions que ces minéraux exercent sur la lumière, lorsqu'elle se réfléchit à leur surface, ou lorsqu'elle est transmise au travers de leur masse..