‹ Nouveau cours de minéralogieChapitre 4 sur 166 · À B AB · texte numérisé non relu

À B AB

Nous ne pouvons accepter cette manière de voir, parce qu’elle a contre elle tous les faits de l’isomorphisme, et les variations bien constantes qu’éprouvent souvent les proportions de À et de B dans les masses que l’on rapporte à cette espèce.

Jlécules : sous ce rapport, elles pourraient être appelées des espéces monomériques. Les espèces mixtes résultent du mélange ou croisement de plusieurs espèces simples : elles se composent de masses à plusieurs molécules différentes (polymériques). Les unes et les autres ont pour caractère commun d’avoir une composition parfaitement définie. Toutes les masses existantes pourront être ramenées sans peine à ces deux sortes d'unités, simples ou complexes, en admettant d’abord leur existence séparée, et ensuite, comme possible, le mélange entre les deux.

Ainsi, pour revenir à l'exemple que nous avions pris d’abord des deux carbonates de chaux et de magnésie, il y aura lieu d'admettre dans le tableau général des espèces minérales, une première espèce simple (le calcaire), essentiellement formée par les seules molécules À, une seconde espèce simple (la giobertite), composée des molécules B, et une troisième espèce (la doiomie), représentée par À + B, ou formée des deux molécules en nombre égal : celle-ci, étant une espèce intermédiaire, devra prendre place évidemment entre les deux espèces simples, et se tenir à égale distance de l’une et de l’autre.

Ainsi donc, les termés moyens, comme les termes simples des séries analooues à celle de la page 14, doivent être traités comme de véritables espèces, sous la seule condition d’avoir été reconnus comme existant séparément. Quant aux autrestermes de la série, nous avons déjà dit comment on classait ceux qui se rapprochent de lun des deux extrêmes. Et quant aux termes quise rapprocheraient davantage du terme moyen A+ B, et qui en seraient différents, comme le terme 7 A +5 B par exemple, attendu qu’on peut le mettre sous la forme 5 (A+ B) + 2 A, on voit qu'il doit être rapporté à l'espèce intermédiaire (la dolomie), et considéré comme une variété de dolomie, avec un excès de calcaire. Les termes extrêmes et moyens sont des espèces de limites, auxquelles on ramène toutes les variétés de mélange qui ne s'en éloignent pas notablement (1).

(i) De même qu’il existe des espèces dimériques ou à deux molécules différentes, il pourrait y avoir aussi des espèces trimériques ou à trois molécules différentes et de la formule À + B + C. Mais ce cas, s’il se rencontre réellement, est infiniment plus rare que le précédent. Il donnerait lieu d’ailleurs aux mêmes considérations.

6 9. Des pa D intimes et variables de composés isomorphes, a n'existent pas isolément. ie

Un autre cas cbiheans est celui que nous offrent plusieurs des anciennes espèces de Haüy, tellesquele grenat, lamphibole, le pyroxène ; chacune d’elles est une série de variétés mélangées, dont les termes simples n’ont point encore été observés séparément, ou ne le sont que rarement et d’une manière tout-à-fait accidentelle. C’est un mélange intime et continuellement variable de A com posés one et par conséquent de diverses espèces, mais qui ne s'étant point encore montrées isolées, ne peuvent être représentées rigoureusement par aucune des variétés connues, et par conséquent ne sont pas séparables dans l’état actuel de la minéralogie. Nes

L'existence de ces espèces nous est révélée par la formule générale, qui résume toutes les analyses de ces corps, et qui admet plusieurs combinaisons semblables de bases isomorphes se substituant les unes aux autres pour produire des molécules de même forme et de nature différente. Autant il y a de ces combinaisons possibles, faisant partie des variétés du minéral, autant il entre d’ pie différentes dans la coustitution de leurs masses. Ces espèces, notre esprit les conçoit et les formule aisément. Mais ce ne sont pour lui que des types abstraits, des limites idéales, auxquelles il peut bien essayer de ramener un certain nombre de variétés, sans pouvoir établir de démarcation précise entre elles, sans pouvoir dire où commence telle espèce et où elle finit dans la série. |

Dans les grenats, par exemple, qui sont des silicates à deux bases, l’une plus forte qui est un protoxyde, l’autre plus faible dix est un sesquioxyde, on reconnaît sans peine l à d'une espèce à bases de chaux et d’alumine, d’une autre à bases de . chaux et de sesquioxyde de fer, d’une troisième à bases de protoxyde de fer et d’alumine, etc. ; mais ces espèces sont toujours intimement mêlées et confondues entre elles. En pareil cas, on a à choisir entre deux marches différentes. On peut, après avoir reconnu, comme je viens de le dire, les diverses combinaisons chimiques qui prédominent dans telle ou telle partie de la série, faire de chacune d’elles le point de ralliement d’une partie des variétés, en les groupant ensemble et les réunissant sous un même nom d'espèce: c’est ce qu’a fait Beudant pour les grenats,

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pour les pyroxènes et pour les amphiboles. Mais ce mode de groupement à linconvénient d’être toujours plus où moins arbiraire, et l’on court le risque de ranger dans une espèce, des échantillons qui seraient mieux placés dans une autre.

Au lieu de suivre cette marche, on peut, à l’exemple de Naumann, de Haidinger, de Dana et dela plupart des minéralogistes présents, conserver le groupe entier dans son intégrité, sous son ancien nom de grenat; et, sans prétendre séparer rigoureusement les espèces qu’il renferme à l’état de mélange, se borner provisoirement à les indiquer par des dénominations particulières, mais seulement à titre de sous-espèces, ou de variétés principales, en les distinguant uniquement par les couleurs ou par quelque autre. caractère extérieur, Dans eette seconde manière. de procéder, on traite le groupe entier des grenats, en ce qui concerne son classement actuel, comme si c'était une espèce proprement dite, mais on a soin d’avertir-de: la différence qu'il y a entre ce cas et celui des espèces bien définies, tant simples que mixtes, dontil a été question précédemment. C’est, comme l’on voit,une sorte de transaction, qui a été admise par un consentement presque unanime ;et la meilleure raison. qu'on puisse donnerdecette facon d'agir, c’est que dans état actuel de la science, on ne voit pas le moyen de faire mieux ou autrement. Nous adopterons cétte marche dans les cas de ce genre, qui ne se rencontreront d’ailleurs que très-rarement.

Il ne faut pas confondre ces groupes intimes. d'espèces mélangées et confondues entre elles, que nous offrent le grenat, le pyroxène et l’amphibole, avec ceux d’espèces isomorphes bien distinctes, et nettement séparées, tels que celui des, Carbonates rhomboédriques, par exemple, qui, dans nos classifications actuelles, doit être considéré et traité comme un groupe générique, comme un genre proprement dit. Les groupes, comme celui du grenat, sont bien aussi en réalité des groupes d’espèces, et pourraient être considérés comme des genres; mais à vrai dire, s'ils le sont pour la théorie, on ne peut pas dire qu’ils le soient pour la pratique, par la raison qu’ils ne peuvent être ni représentés, ni délimités d’une manière rigoureuse. Ainsi donc, distinguons deux sortes de groupes d’espèces, auxquels peuvent donner lieu les composés isomorphes : des groupes génériques (comme celui des carbonates rhomboédriques), qui doivent figurer comme genres dans la méthode; et des groupes tels que celui dugrenat, qu’on pourrait appeler spécifiques, parce qu’on est dans l’habi-

La

tude de les traiter comme des espèces, maïs en ayant soin de les subdiviser en sous-espèces ou variétés principales, d’après de simples différences extérieures, qu’on peut croire correspondre à des différences importantes dans la composition élémentaire.

6 10. Des règles de la classification des espèces minérales.

Nous venons d'exposer les règles de spécification que nous avons adoptées et que nous nous proposons de suivre dans cet ouvrage, c’est-à-dire celles qui concernent l'établissement des espèces minérales, etle mode de classement des diverses variétés de mélange, qu’on peut rapporter à chacune des espèces proprement dites, des espèces qui ont une composition simple et définie, Il nous faut maintenant examiner les règles de la classification des espèces, les principes d'après lesquels on doit former les genres, et les autres divisions supeneures se la méthode minéralogique.

Quand on cherche à se rendre compte de ce qui a été fait sous ce rapport, on est frappé de l’état d’infériorité dans lequel la minéralogie est restée jusqu’à ces derniers temps vis-à-vis des autres branches de l’histoire naturelle; le vague et l'arbitraire dominent à tel point dans ses méthodes, que ceux qui en font habituellement usage, comme ceux-là même qui les ont imaginées, ne peuvent le pins souvent ni se rappeler, ni découvrir

aisément la place qu'occupe telle espèce dans un genre, ni tel

genre dans la méthode. Les espèces et les genres y sont, en effet, tellement groupés au hasard, ou rapprochés pour des raisons si légères, que ces classifications ne sauraient que difficilement prétendre au titre de méthodes naturelles. Bresque toujours, on s'est borné jusqu'ici à établir, entre les classes et les espèces, une seule division intermédiaire, à laquelle on donne indifféremment le nom d'ordre ou de genre, et cela, à cause du petit nombre d'espèces que comporte encore le tableau général (cinq à six

cents), et de l’imperfection de nos connaissances, relativement à la composition de beaucoup d’entre elles. L’état de la science cependant permettait d’aller plus loin ; voilà déjà bien des an-

mées que jai fait, dans mes cours de la Sorbonne ou du Muséum,

Vessai d’une méthode rationnelle, qui me paraît avoir de véritables avantages, et qui a été fort goutée des personnes æe assistent à mes lecons. Je vais résumer ici les principes qui m'ont servi de guide pour établir cette classification, qui est surtout

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basée, ainsi qu'on va le voir, sur les rapports plus ou moins généraux de la composition chimique et de la forme cristalline,

mais sans que j'aie négligé d’avoir égard, dans une certaine me-

sure, aux différences de l'aspect extérieur, comme à celles de la durcté et de la pesanteur ani

Q 11. De l'existence noble " trois sortes de genres, en Miné- ralogie : genre chimique, yenre physique ou cristallographique, et genre physico-chimique ou minéralogique.

Les espèces minérales ayant deux caractères fondamentaux, l’un chimique et l’autre cristallographique, il résulte de 1à la possibilité d'établir en minéralogie deux et même trois sortes de genres différents, selon que, pour les former, on réunira les espèces qui auront de l’analogie sous le rapport de la composition seulement, ou bien sous le rapport de la cristallisation, ou enfin sous les deux rapports à la fois. Ces trois genres pourront même exister ensemble, à la condition d’être subordonnés entre eux, et de se distinguer par des noms différents tels que les noms . d'ordres, de tribus, et de genres proprement dits : ce seront comme autant de degrés par lesquels on descendra de la classe ou division la plus élevée, pour se rapprocher progressivement de l'espèce, ainsi que cela se pratique dans les autres parties de

, l’histoire naturelle.

Un premier genre peut être formé par le Len des | espèces qui ont un principe chimique commun (ex. : genre Carbonates) : c’est le genre chimique. Un autre genre pourra être formé par le rapprochement des espèces qui cristallisent dans un même système (ex. : genre des substances cubiques, genre des rhomboédriques, des rhombiques ou orthorhombiques, des klinorhombiques, etc.) : c’est le genre cristallographique.

Le genre chimique étant fondé sur une certaine analogie de composition chimique, et le genre cristallographique sur une certaine ressemblance générale de forme, il est clair qu’on peut encore établir un troisième genre, en réunissant les espèces qui ont entre elles une double analogie de composition et de forme, c'est-à-dire les espèces isomorphes; ce sera le genre physicochimique ou minéralogique, le genre proprement dit, le plus

prochain relativement à l'espèce, et L par Re Le pla na-

turel.

J'ai dit que les deux genres chimique et cristallographique

pouvaient exister ensemble, à la condition d’être subordonnés lun à l’autre. Plusieurs minéralogistes, MM. Bredsdorf, Frankenheim, G. Rose, ont placé les genres chimiques sous les genres cristallographiques : nous pensons que la subordination doit être telle que le caractère chimique, le plus constant des deux, domine toujours le caractère cristallographique. Aïnsi, pour prendre un exemple, ce sera le groupe Carbonates qui se subdivisera, d’après les systèmes cristailins, en espèces rhomboédriques, cubiques, quadratiques, etc., et non pas le groupe Rhomboédrique, qui sera divisé en Carbonates, Sulfates, Phosphates, etc. |

$ 12. Des classifications par les bases, et des classifications par les acides ou principes électro-néqatifs. ;

Les genres chimiques peuvent être établis de deux manières, selon que le principe commun, qui sert de lien aux espèces, est le principe minéralisé, l'élément électro-positif ou la base, ou bien au contraire le principe minéralisateur, celui qui fait fonction d’acide ou d’élément électro-négatif. De là, plusieurs sortes de classifications possibles au point de vue chimique : les elassifications par les bases, comme celle de Haüy, les classifications par les acides, comme celle de Beudant, et les classifications mixtes, comme celles de Kobell, d'Alexandre Brongniart et de Dufrénoy, dans lesquelles les espèces sont groupées tantôt par les acides, et tantôt par les bases. Dans la méthode de Haüy, la chaux formait un genre, qui comprenait comme espèces particulières la chaux carbonatée, la chaux sulfatée, la chaux phosphatée, etc. Dans la classification de Beudant, le groupe des carbonates forme un genre dont les espèces sont : le carbonate de chaux, le carbonate de magnésie, le carbanate de zinc, le carbonate de fer, etc. Dans la méthode de Haüy, aussi bien que dans les classifications mixtes de Brongniart et Dufrénoy, chacun des métaux proprement dits, comme le fer, le cuivre, le plomb, etc., est le type d’un genre qui comprend tous les minerais du métal, c’est-à-dire ses oxydes, sulfures, arséniures, et ses différents sels.

Chacune de ces méthodes chimiques présente des avantages ; mais, dans l'état actuel de la science, le groupement par les acides, que Beudant a proposé le premier, et qui a été adopté porteur pnisns par Berzélius, nous parait bien préférable ;

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parce qu'il laisse subsister presque toutes Les réunions indiquées par l'isomorphisme, et que les groupes d’isomorphes sont ce qu'il y a de plus naturel en minéralogie. Ces groupes sont en

effet la véritable pierre de touche des Sn modernes :

on peut dire qu’elles sont d'autant plus artificielles, qu’elles les rompent plus fréquemment et les morcellent davantage. J adopterai donc en général les genres chimiques de Beudant, qui ne

sont rien autre chose que les genres ordinaires de la chimie mi-

nérale ; seulement ; Je me servirai du mot d'ordres pour les désigner, afin de pouvoir les subdiviser en tribus, d’après les systèmes cristallins, et en genres proprement dits, d’après l’isomorphisme, toutes les fois du moins que la chose sera possible.

Le groupement par les bases a bien aussi des avantages qu’on ne saurait nier, lorsqu'on l'applique aux substances métalliques, parce qu'il rapproche tous les minerais d’un même métal, et permet de faire d’une manière plus suivie et plus complète son histoire technelogique et géologique; et c’est afin de profiter de ces avantages, sans renoncer à ceux qui résultent de lPautre mode de groupement, que Brongniart et quelques minéralogistes avec lui ont cru devoir scinder la classification en deux parts, et assigner à chacune un caractère différent.

Mais on peut, dans un cours aussi bien que dans un livre de

minéralogie, demeurer conséquent au principe qu’on a une fois

posé, et cependant ne laisser perdre aucun des avantages réels qui sont attachés aux deux méthodes; car rien n'empêche, par

exemple, après avoir placé sous les différents acides, et décrit

séparément les espèces qui ont une même base, de les récapituler toutes dorequ on a fait l’histoire de la dernière, et de recomposer ainsi le genre de la méthode inverse. Quelle que soit la méthode que l'on suive, il y a de l'avantage à à former ainsi de nouveaux rapprochements entre les espèces, et à nier les comparaisons de toutes les manières possibles : c’est le seul moyen de suppléer à l'insuffisance de nos méthodes, et de remédier à ce qu’elles ont et à ce qu elles auront toujours d’artificiel.

Des trois genres dont nous venons de reconnaître la possibilité et d'admettre la convenance, un d’eux, le genre chimique, est fondé en général (sauf les cas d’exception dont il sera fait mention plus loin) sur le seul fait de la communauté d’un principe composant, tandis que les deux autres reposent sur des analogies d’un autre ordre, et, à notre avis, bien plus impor-

CLASSIFICATION DES MINÉRAUX. 23 tantes. Ainsi, c’est le fait de l’'isomorphisme, c’est-à-dire de la plus grande ressemblance possible entre Îles espèces, après le cas de l'identité absolte, qui sert de fondement aux genres minéralogiques; et, comme on le verra bientôt, ce sera encore le même principe qui nous servira de guide pour établir entre les Ordres ou genres chimiques une disposition en série dont ts soit PHAOANORNE |

$ 1 3. Remarques sur les génres chimiques qui ont pour fondement la communauté d'un élément quelconque, basique ou acide.

Ce mode d’arrangement, qui consiste à grouper ensemble tout ce qui, parmi les objets à classer, offre la plus grande somme POPAe d'analogies, nous paraît bien plus naturel que celui qu’on a suivi pendant IoREtES et qui consistait tout simplement à rapprocher soit les espèces, soit les genres qui ont un élément ou composé binaire commun, Haüÿ mettait ensemble, dans son genre Fer, le fer natif, le fer oxydé, le fer sulfuré, le fer carbonaté, le fer arséniaté, etc.; c’est-à-dire qu’il formait ainsi le groupe le plus artificiel qu'on Pue imaginer, puisqu'il renferme, avec un corps simple, des composés binaires, des composés ternaires , et d’autres de tous les degrés th de composition. Beudant, un peu plus tard , n’a fait qu'imiter Haüy dans la constitution de ses familles ; et, par exemple, dans celle des Sulfurides, il range après le soufre natif, les oxydes du soufre, puis les sulfites et les sulfates; et bien qu’il assure (Traité de Minéralogie, 1"° édition de 1824, page 317), qu'il lui semble impossible de trouver des familles plus naturelles, nous sommes obligé de faire remarquer que ces prétendues familles sont tout aussi artificielles que les genres de Haüy; car ellés ne sont, à vrai dire, que le renversement de ces genres, amené tout simplement par la substitution de l'acide à la base. |

Ainsi, donc, jusqu’à ces derniers temps, on n’a connu en minéralogie qu’un seul moyen de former des genres chimiques, ç’a été de réunir des corps qui continssent un même principe : oh croyait que, par cela seul, que deux corps possédaient un élément commun, il devait Y avoir entre eux de la ressemblance. Mais on a réellement trop abusé de cette prétendue analogie, attribuée à la présence d’un élément commun : elle est souvent des plus faibles. Ce qui établit la ressemblance des composés, é’est bien moins la nature particulière des compo-

sants, que le rôle qu'ils jouent dans la combinaison. Deux substances, qui n'ont aucun élément commun, maïs qui en ont d’analogues par leur rôle chimique, peuvent se ressembler beaucoup plus que d’autres, qui auraient un ou no éléments communs.

De ce que le soufre existe dans les trois espèces suivantes : soufre natif, sulfure de plomb et sulfate de plomb, il ne s'ensuit pas que ces trois minéraux doivent être rapprochés, comme ils lont été par Beudant dans sa famille des Sulfurides. Au con: traire, il n’est pas possible de trouver dans tout le règne minéral, trois corps qui contrastent plus fortement entre eux, puisque le premier est une substance jaune, tendre et inflammable ; que le second est une substance grise, pésante, contenant un métal et possédant elle-même à un haut degré l'éclat métallique, et que le troisième est un corps sans couleur, incombustible, ayant un aspect vitreux ou lithoïde, c’est-à-dire semblable à une pierre. Ces trois espèces rous offrent donc les plus grandes différences dans leurs caractères extérieurs, et, loin de pouvoir être réunies dans un même groupe, elles appartiennent réellement à trois classes différentes : la classe des substances combustibles, celle des substances métalliques et celle des substances pierreuses. C'est que, bien que le soufre existe dans ces trois corps, il joue en réalité dans chacun d’eux un rôle différent : dansle premier, il est à l’état libre, c’est-à-dire qu'il ne joue aucun rôle chimique particulier, tandis que dans le second.il joue le rôle d’acide ou délément électro-négatif, et dans le troisième le rôle de base ou d’élément électro-positif,

Ce n’est donc pas, comme on le voit par cet exemple, Le seul fait de la participation d’un élément à la formation d’un COrps, qu'il faut prendre en considération : c’est bien plutôt le rôle que cet élément | joue dans la composition de la molécule. Nous disions tout-à-l’heure que deux corps qui n'auraient point d’élément commun, pourraient se ressembler beaucoup plus que ceux qui en ont un ou plusieurs : en voici la preuve. Le soufre et le sélénium sont deux éléments isomorphesqui jouentle même rôle électro-négatif à l'égard des métaux, et peuvent se remplacer mutuellement ; les sulfures et séléniures de mêmes bases sont parfaitement semblables. D'un autre côté, le cuivre et l'argent sont deux radicaux, pareillement isomorphes, et qui se sabstituent lun à ‘or en toutes proportions dans les minerais qui se rapportent à l'un d'eux. Ainsi, d’une part, le sulfure d'argent

est isomorphe et semblable au sulfure de cuivre ; d’une autre part, le sulfure de cuivre est isomorphe au séléniure de cuivre : donc, le sulfure d’argent et le séléniure de cuivre doivent être

isomorphes entre eux, bien qu’ils n'aient point d’élément com- , mun. La chimie et la AAA ROUTE sant d'accord pour confirmer | cette conclusion. ma

On ne devra donc pas s'étonner si, dune la claifcation étés

ralogique, quelques genres sont donnés comme naturels, bien qu ils ne remplissent pas la condition ordinaire de la communauté d’un élément ou d’un principe binaire. Tel sera, par exemple, le groupe des métaux natifs, qui figurera comme ordre ou genre chimique, en tête de la elasse des substances métalliques. Nous n’hésitons pas à former cette réunion, contrairement à l'usage suivi jusqu’à présent en France, et nous le faisons à l'exemple de la plupart des minéralogistes allemands, et de ce qui se pratique même en chimie, où des corps réputés simples ont été ou sont encore rapprochés en un même groupe, uniquement à cause de l’analogie de leurs propriétés, et sans la condition dont nous parlions tout-à-l’heure. Il suffit de se rappeler l'ancien groupe des terres et des alcalis, qui paraissait fort na- | turel, avant qu’on ne fût parvenu à décomposer ces substances:

elles étaient alors réputées simples, absolument an même titre que le sont aujourd’hui les corps indécomposés qui portent le nom de métaux. On verra d’ailleurs que ces corps offrent entre eux des analogies tout-à-fait comparables à celles que l'on observe dans les composés proprement dits, et que les principes ordinaires de l’isomorphisme, du polymorphisme, de l’isomérie ou de Pallotropie trouventlà leur application, comme dans toutes les autres parties de la méthode. Les groupes ainsi formés directement par l'appréciation des analogies physiques et chimiques, sans l’intermédiaire du fait qui sert ordinairement de base pour la formation des genres, sont souvent plus naturels que les anciens genres chimiques, auxquels on est encore obligé d’avoir recours, par la raison qu’ils sont plus faciles à caractériser et à reconnaître, Ces genres chimiques, généralement artificiels dans leur ensemble, demandaient à être subdivisés, et nous avons vu comment par la considération du système cristallin d’abord, et ensuite par celle de lisomorphisme, c’est-à-dire de lanalogie simultanée de forme et de composition, on arrivait à des groupes plus petits (les groupes d’isomorphes) qui sont les véritables genres naturels de la minéralogie.

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