Du Gisement des Minéraux
Dans les livres qui précèdent, nous avons appris à connaître les différents caractères des minéraux, et les règles qui doivent présider à leur arrangement dans un ordre méthodique; nous sommes donc en état maintenant, non-seulement de lès déterminer rigoureusement comme espèces, mais encore de, les classer et de les décrire jusque dans ieurs moindres Variétés. Nous pourrions donc en faire immédiatement l’histoire, ce qui est le principal objet de cet ouvrage : mais pour rendre cette histoire plus complète et plus intéressante, il nous faudra dire quelle est, pour chaque espèce, sa manière d’être particulière dans la nature, et quelles sont ses relations de position à l'égard d’autres substances; cela nous oblige à exposer auparavant quelques notions générales, que nous emprunterons à la géologie, et à définir certaines expressions dont nous aurons à faire un usage habituel, et dont il importe avant tout de bien préciser le sens : nous jetterons ensuite un coup-d’œil sur les grandes masses minérales, qu’on nomme Roches et Terrains, et qui sont comme les diverses cases, comme les différents étages ou compartiments de la croûte superficielle du globe, où nous nr marquer la place de chaque espèce.
Tout ie monde sait que les minéraux offrent entre eux de grandes différences, sous le rapport de leur origine, de leur abondance, et de leur manière d’être à la surface ou dans le sein de la terre; de la forme, de la structure, et de la disposition relative des masses qu’ils constituent ; et enfin, de leur âge ou de
leur époque de formation. On v’ignore pas que les différentes substances minérales ne sont pas également répandues dans la nature; les unes s'offrent toujours en grand, et composent, seules ou associées plusieurs ensemble, ces grandes masses auxquelles on donne les noms de Roches et de Terrains. Les autres ne se montrent que beaucoup plus rarement, et toujours en pétites parties isolées, a ou disséminées au milieu des grandes masses.
Les grandes masses, qu'en appelle roches, n’ont point été formées en même temps, ni de la même manière, mais elles se rapportent et à diverses époques, et à divers modes de formation. Elles sont tantôt minéralogiquement simples, c’est-à-dire formées par une seule espèce minérale, et tantôt elles sont composées, c’est-à-dire qu’elles résultent de l'association de plusieurs minéraux, sous forme de cristaux, de iamelles ou de grains entremêlés. Ces roches, en s’associant à leur tour plusieurs ensemble, constituent dés terrains, que l'on retrouve en beaucoup de lieux différents avec les mêmes caractères pénéraux de strücture et de composition. Les terrains sont, pour Le géologue, comme de grandes unités au moyen desquelles il exprimé d’une manière fort simple la constitution du sol d’une contrée: ce sont aussi, pour le minéralogiste, comme les différentes zones entre lesquelles se répartissent les diverses espèces minérales. On les partage en deux grandes classes, d’après leur origine : les terrains de formation aqueuse, ou terrains de sédiment {terrains neptuniens), et les terrains de formation ignée ou éruptive (terrains plutoniques et volcaniques). Les premiers sont généralement composés de roches régulièrement stratifiées, les seconds de roches massives et irrégulières.
Les observations faites dans tous les pays, nous apprennent en effet que Penveloppe superficielle du globe terrestre est composée d’un grand nombre de masses, de diverse nature, Les unes régulières, en forme de bancs ou de couches qui se recouvrent Fune l'autre, et qui, dans les divers lieux où on les trouve, gardent entre elles un ordre fixe de superposition; les autres plus ou moins irrégulières, placées au-dessous des terrains à couches, ou s'intercalant entre eux comme des espèces de coins, et quelquefois s'élevant au-dessus de leur -niveau sous forme de pics, de dômés, de colonnes, etc. Cet ensemble de couches et de masses, de diverses formes, superposées ou juxtaposées entre elles, est le résultat d’une succession de dépôts ou d’éruptions,
MANIÈRE D'ÊTRE DES MINÉRAUX. k OU
qui ont eu lieu à des époques plus ou moins éloignées : les causes qui leur ont donné naissance peuvent être facilement reconnues, car elles existent encore pour la plupart et continuent d’agir sous nos yeux, quoiqu’elles le fassent souvent avec moins d'énergie qu’autrefois.
En effet, le plus grand nombre des masses minérales qui af fectent la forme de couches, ont été évidemment formées par l'action des eaux superficielles. Ce sont des dépôts composés de matériaux de transport et de sédiment, c’est-à-dire de matériaux qui, ayant été réduits à l’état de parties plus ou moins grossières ou plus ou moins fines, entraînées ou tenues en suspension dans les eaux des fleuves, des lacs et des mers, ont fini par se déposer sur leur fond, par un simple effet de la pesanteur, avec les débris aise des coquillages que ces eaux nourrissaient, comme cela a encore lieu de nos jours. L'action des agents atmosphé-
riques sur les roches des hautes montagnes tend sans cesse à les décomposer ou désaggréger : des éboulements continuels remplissent les vallées de débris, lesquels, entraînés par les eaux courantes, vont au loin s’accumuler dans les parties basses des continents, et former des amas immenses de galets, de sables et de limons. On est porté à attribuer la même origine à ces nombreuses couches, composées de cailloux roulés, de grès, de sables et d’argiles, que l’on trouve intercalées presque partout et à des profondeurs plus ou moins grandes, au milieu des sédiments dont nous venons de parler.
Il arrive aussi de temps à autre, que les matières situées audessous de la croûte minérale du globe sont soulevées par des forces souterraines, du genre de celles qui produisent les tremblements de terre et les volcans; qué ces matières ébranlent, relèvent, et souvent parviennent à rompre les couches solides qui s’opposent à leur passage ; et qu’elles finissent par faire érup+ tion au dehors, tantôt sous forme de masses, plus ou moins solides, qui donnent naissance à des îles ou montagnes nouvelles, tantôt comme des jets de matières en fusion qui s’épanchent à
la surface du sol sous forme de larges nappes, ou bign de bandes étroites (dites coulées), et dont les éléments, d’abord confondus, se séparent, et souvent cristallisent pendant le refroidissement de la masse. Un grand nombre de masses minérales anciennes (les trachytes, les basaltes, les trapps, les porphyres) paraissent avoir été formées par des causes plus ou moins analogues.
Nous voyons encore les eaux de certaines sources et de cer-
Cours de Minéralogie. Tome II. 6