S78 DÉBOISEMENT ET REBOISEMENT DES MONTAONES
DÉBOISESIEVT ET RFJOISENENT DEM NONTACIEN. (EFTETS
DÉSASTREUX DU DÉBOISEMENT ET DE LA SUPPRESSION DES TOURBIÈRES.) — Le déboisement des montagnes a pour résultat inévitable le débordement des torrents et des fleuves. L'est aux naturalistes qu’il appartient de chercher, — et peut-être de trouver, — non pas les moyens de comprimer les effets désastreux des débordements, mais les moyens de prévenir et leur violence et la fréquence de leur retour. Cette importante mission appartient surfont aux phytologistes, s'il est vrai, comme on commence il le reconnaître, que la destruction des forêts, et surtout des {forêts qui couvraient le flanc des montagnes, soit la cause essentielle des inondations.
Depuis longtemps des hommes sérieux, saisis d'effroi en présence des ravages occasionnés dans les vallées par le déboisement des montagnes, ont tenté de jeter l’alarme sur un état de choses dont ils comprenaient toute la gravité ; mais leurs cris de détresse sont bien loin d'avoir eu tout le retentissement dont ils étaient dignes ; et, soit indifférence pour des calamités qui pouvaient paraître éloignées, soit incrédulité pour les résultats annoncés, soit aussi crainte de se heurter contre de trop grandes difficultés, et découragement en présence du nombre d'années regardé comme nécessaire pour le reboisement des montagnes, on s'est contenté de déplorer le mal sans en attaquer sérieusement la cause. Ouclques essais ont été tentés avec succès pendant ces dernières années, mais, sur le plus grand nombre des points à reboiser, le manque de moyens d’exécution, le défaut de persévérance ou l’absence de renseignements sur les moyens efficaces pour assurer le succès de ces travaux, ont fait, sinon complètement abandonner les projets de reboisement, du moins les ont fait indéfiniment ajourner.
Les hautes montagnes attirent, par leur masse, les nuages que les courants d'air ont poussés dans leur voisinage ; res nuages, plus ou moins longtemps fixés sur les flancs et au sommet des montagnes, s’y résolvent fréquemment en pluie, et, dans tous les cas, les humectent incessamment ; si la montagne est boisée, les brouillards mouillent les feuilles plus que le sol, et les feuilles ne tardent pas à rendre à l'air cette humidité, par évaporation. — Ios eaux pluviales qui arrivent au sol y sont retenues eu partie par le gazon ou les mousses qtii recouvrent la terre et absorbent l’eau à la manière des éponges; l'eau s’écoule cependant, mais goutte à goutte ; elle se réunit en ruisseaux, mais lentement, et le lit des torrents suffit à contenir les eaux qui y arrivent avec une sorte de ménagement.
Si m montagne est déboisée , les eaux pluviales souvent torrentielles coulent sans obstacle à sa surface. Les ruisseaux (qui, dans les bois, sont brisés en mille filets différents par l'obstacle que leur opposent, dès le principe, les troncs d'arbres et les racines) se réunissent immédiatement en véritables torrents. Les buissons et les arbres disséminés qui subsistent encore sont entraînés avec les terrains, qui se ravinent de plus en plus. Le roc, successivement dépouillé de la couche de terre végétale qui le recouvrait, reste bientôt à nu : les eaux pluviales y roulent avec rapidité, comme sur le toit incliné des maisons, et les torrents et les fleuves qu’ils alimentent, subitement gonflés, débordent et envahissent les vallées et les plaines. — La montagne, dévastée par les eaux pendant les saisons