DESSIN APPLIQUÉ AUX ÉTUDES BOTANIQUES
n’est pas de description, si exacte et si complète qu'elle soit, qui vaille une bonne figure. La longueur d’utte description fatigue souvent l’attention la plus soutenue; la vue d’un dessin récrée et délasse, tout en nous enseignant quelquefois davantage et cil quelques instants : là, plus d’ambiguïté ni de sens incomplet; si le dessin est bon et l’objet figuré dans tous ses détails, non-sculemeul on en saisit le sens et la valeur, mais la figure se grave dans la mémoire d’une ntauièrc ineffaçable.
Le dessin n'est |>as seulement utile pour vous faire comprendre des autres, il vous servira surtout pour recueillir vos propres observations, sauver de la destruction des objets importants que la délicatesse de leurs tissus ne vous eût point permis de conserver, et surtout pour représenter grossis les infiniment petits, qui ne sont visibles qu’au microscope.
Heureux donc si, libéralement doué sous ce rapport, vous avez dès l’enfance commencé une étude non moins utile qu’attrayante, et si vous êtes à même de reproduire exactement les objets naturels, soit avec le pinceau, soit avec le crayon. — Avez-vous négligé celte étude, ne vous découragez pas, et essayez avec persévérance de réparer le temps perdu. Pour réussir dans l'élude du dessin, il faut, il est vrai, comme pour les autres arts et pour les sciences, des dispositions que la nature n’a données qu’au plus petit nombre en partage. Mais ne fussiez-vous pas du nombre de ces élus, persévérez encore ; 11e dussiez-vous pas parvenir, en dépit d’un travail soutenu, à faire un dessin bien correct, vous arriverez à rendre à peu près la forme de l’objet, et à vous faire comprendre. D’ailleurs, il existe des procédés que je vais passer eu revue, et à l’aide desquels vous pourrez suppléer, en partie, à l’art du dessin ; ces procédés peuvent même en faciliter singulièrement l’étude.
Si vous ne savez pas dessiner, et que vous vouliez apprendre seul, je vous conseille, comme un excellent exercice, de prendre du papier transparent dit papier végétal, et, avec un crayon de mine de plomb demi-tendre, de calquer de bonnes planches botaniques. Peut-être serez-vous d'abord dégoûté du peu de régularité de votre calque ; ne |ierdez pas courage, et recommencez plusieurs fois de suite la même figure : avant la fin de la première journée, vous remarquerez déjà du progrès. Or, si vous êtes en progrès dès l’abord, nul doute que vous n’arriviez, avec le temps, à faire bien. Mais ne soyez pas trop ambitieux, et si, après huit jours d’étude, vous n’avez pas, ainsi qu’il est assez probable, l’habileté de ceux qui dessinent depuis plusieurs années, ne trouvez à cela rien que de naturel, et 11e vous dites pas que vous 11e parv vendrez jamais.
Il ne faut manquer ni de hardiesse, ni d’une certaine confiance en soi, mais que cette hardiesse n’exclue pas l’application. Gardez-vous également de dessiner trop vile ou trop lentement : trop vite, vous oublierez des lignes cl vous ne donnerez pas à chacune l’importance qu’elle doit avoir; trop lent, vous ferez une sorte de travail ponctué qui ne vous apprendra rien. Dessinez le plus légèrement que vous pourrez, mais arrêtez bien vos lignes. Faites un fréquent usage de la gomme élastique, et ne craignez pas d’effacer et de recommencer.
U11 très-bon procédé |H>ur se familiariser avec la |>erspeclivc consiste à dessiner sur une vitre enduite d’une légère couche d’un mélange de dcxlrinc et
DESSIN APPLIQUÉ All.V ÉTUDES BOTANIQUES.
de gomme arabique les objets qu’on aperçoit derrière ; vous pouvez y placer des piaules et les dessiner de celte manière. Pour voir l’objet placé derrière la vitre constamment de la même dimension, il ne faut ni avancer ni reculer la tête lorsque le dessin est commencé ; afin de maintenir l’œil au même niveau, on peut regarder ^ travers un anneau ou oculaire fixé par une lige solide, et à une distance convenable du châssis qui encadre la vitre. L’appareil constitué par la vitre encadrée portant la tige à anneau doit être mobile et susceptible d'élre posé â plat, supporté par des montants, au-dessus de la plante qu’on veut dessiner. Cette plante, pour être maintenue fraîche, peut être couchée dans un vase plein d’eau.
Copiez des dessins et ne vous occupez que de l'esquisse, mais n'en négligez aucune partie, et ne vous conteniez pas d a peu près; vous ombrerez aisément plus tard, quand vous saurez esquisser correctement. Vous pouvez d’ailleurs, dès le principe, donner du relief à votre esquisse en indiquant fortement les bords les plus rapprochés de vous, et en traçant les lignes placées sur des plans différents, d’autant plus légèrement, qu’elles doivent paraître plus éloignées.
Quand plus tard il s'agira d’ombrer, vous remarquerez que, dans un objet sphérique ou cylindrique, par exemple, l'ombre la plus forte n'est pas tout à fait du côté opposé ii la lumière, mais un peu en deçà, et que le point (ou la ligne) opposé à la lumière est un peu éclairé par reflet.
L’ombre ne doit être que l'accessoire de l’esquisse et souvent notre que légèrement indiquée, dans la crainte de jeter de la confusion dans les lignes; en tin mot, le dessin botanique le meilleur est presque toujours une esquisse mise à l’effet. — Après avoir scrupuleusement terminé mon dessin, je le passe à une légère teinte d’aquarelle, et j'obtiens le double résultat de le rendre inaltérable et d’indiquer la couleur des objets.
Essayez presque dès l’abord de dessiner d’après nature; commencez par une forme simple et ne présentant qu’une surface, une feuille vue à plat, par exemple; puis, quand vous aurez dessiné des feuilles isolées, essayez des branches munies de feuilles, essayez des fleurs, et soignez de votre mieux ces premières études.
Si déjà vous dessinez habilement, mais que vous ayez l’habitude des croquis et du paysage, sachez renoncer à ces jolis effets qu’on obtient souvent eu laissant les formes vagues et indécises, lin dessin d’histoire naturelle doit toujours être exact, complet, et toutes scs lignes doivent être arrêtées; il ne s’agit pas en effet de peindre l’objet par un de ses côtés pittoresques, il s'agit de le représenter tel que la nature le montre à ceux qui le regardent de près. Soyez sans inquiétude, le résultat n’en sera pas moins beau ; si vous perdez des effets de lumière et le bénéfice de l'harmonie avec les objets voisins, vous aurez presque toujours des formes d'une grâce et d'une pureté ravissantes.
Évitez le papier mécanique : le papier que j'emploie est très-fort et d'un beau grain. Mes crayons de mine de plomb sont assez fermes sans être durs. Les pinceaux de martre les meilleurs 11e sont ni petits ni gros, à pointe fine, mais pas trop longue, élastiques et se redressant d'eux-mêmes; il est beaucoup plus facile, du reste, de rencontrer un bon pinceau qu’un bon crayon de mine de plomb. Le bon crayon doit jiouvoir, au besoin, vous donner des lignes