SOLANÉES
souvent doué de propriétés narcotiques. Feuilles alternes, simples, entières, sinuécs ou pennatiséquées, dépourvues de stipules. Fleurs hermaphrodites, régulières, solitaires, en cymes, en corymbes, etc. ; à pédoncules souvent extraaxillaires (par soudure du pédoncule avec les rameaux). Calice libre, ordinairement gamophylle, ord. à 5 divisions, persistant, quelquefois accrescent. Corolle hypogync, gamopétale, rotacéc, campanulée, en entonnoir, en coupe, à limbe ord. 5-lobé ou 5-denté, à préfloraison plissée ou indupliquée. Étamines ord. 5, insérées sur le tube de la corolle ; anthères bilobées, comm entes, quelquefois agglutinées au sommet, à lobes s'ouvrant, soit par une fente longitudinale, soit
Fig. 1459. — Solanées-Daturées, le Datura Stramo- Fie. 1460. — Fruit mûr déhiscent nium (la Pomme-épineuse). du Datura Stramonium,
par un pore terminal. Ovaire à 2 carpelles, à 2 loges quelquefois elles-mêmes subdivisées par un prolongement du placenta; style indivis. Ovules ordinairement nombreux dans chaque loge, ord. courbés-réfléchis. Fruit capsulaire ou bacciforme, ord. à 2 loges ou incomplètement 4-loculaire ; à déhiscence septifrage ou scpticide, plus rarement à déhiscence circulaire (s'ouvrant par la chute d’un opercule); ou baies charnues ou pulpeuses, s’ouvrant par déchirure. Graine pourvue d'un périsperme charnu, ord. réniforme, comprimée, è embryon arqué, annulaire ou en spirale. — La famille des Solanées, voisine de celle des Scrofularinécs, en est assez distincte par les étamines au nombre de cinq, et par la forme régulière de la fleur. Le plus grand nombre des espèces habile les contrées tropicales, surtout de l'Amérique ; assez fréquentes encore dans les pays tempérés, elles n’atteignent pas le voisinage des régions glacées.— Les Solanées peuvent se partager en deux sous-familles : 1* les Solanées proprement dites (à embryon courbé), et 2° les Crstrinêes (à embryon droit), groupe beaucoup moins important que le précédent. Les Solanées proprement dites se divisent à leur tour en plusieurs tribus : les Solanées vraies (ou Solanées typiques), qui comprennent les genres : Solarium (fig. 1453), Capsicum, Physalis (fig. 1458), Lycopersicum, Atrapa (fig. 1454), Mandragora , I.ycium, etc.; les Nicotianées, comprenant les genres Nicotiana (fig. 1455 et 1456), Pétunia,
Fnbitma ; les DatdrêES, et. genre Datura (fig. 1û59 et 1460); cl les HïOS- Cïamêes, et. genre Hyoscyamus (Jusquiame).
KOI.KIL Helinnthu » annitus (famille des Composés-Corymbifères). Belle, grande et robuste plante d'ornement annuelle, originaire du Pérou. Ses larges capitules radiés, à disque brun et à rayons d'un jaune d'or, décorent splendidement les plus humbles jardins champêtres et les modestes jardinets des ateliers et des stations de chemins de fer. Ses graines renferment une huile d'une saveur agréable ; on les emploie surtout à la nourriture de la volaille.
SOLIDE, snlidus. Pleiu, qui n'est pas creusé d'une cavité; se dit d’une tige qui n’est pas listuleusc (fistnlosns). — Hulbes solides, rhizomes bulbiformes, courts et charnus, qui ne présentent pas d’écailles charnues.
SOLITAIRE, solitarius. Se dit d’un organe qui n’est point accompagné d'organes de la même nature ; le fruit des Légumineuses se compose d'un carpelle solitaire.
MMINEIL HAAS I.K RÉ«\E VÉUÉTAL COMPARÉ AU SOMMEIL DANS LE régne animal. — Le sommeil des plantes est l’état physiologique sous l'influence duquel certains organes des végétaux prennent le soir, conservent pendant la nuit, et ne quittent que le lendemain, après le lever du soleil, certaines dis|iositions spéciales. Ce sommeil de nuit ne se manifeste pas avec le même degré d'intensité chez tous les végétaux; en revanche, certains organes (feuilles, pétales, fleurs) de certains végétaux sont susceptibles d’éprouver dans certaines circonstances un sommeil diurne, ou du moins de prendre alors l'attitude particulière au sommeil.
Los végétaux peuvent, il me semble, être définis des animaux incomplets. Aucune ligne de démarcation tranchée ne sépare, en effet, le règne végétal du règne animal. — Le type des vertébrés, où le règne animal paraît avoir atteint (dans l’espèce blanche du genre humain) son expression la plus élevée, le plus haut degré des conditions de l’animalité, le type des vertébrés s’amoindrit (par des nuances si ménagées, qu’elles sont presque insensibles): des mammifères aux oiseaux, des oiseaux aux reptiles marcheurs, des reptiles marcheurs aux reptiles rampants, et des reptiles rampants aux poissons; et même (sans passer par les oiseaux et les reptiles), par une série de dégradations des formes extérieures, le* mammifères vont directement à la rencontre des poissons.
Ce type des vertébrés, ainsi amoindri, tend à passer des poissons cartilagineux anguiformes, dont certains genres sont presque acéphales, au type articulé lo plus inférieur : le type des aunélides. — Entre le type des annélides et le typo des rayonnés, la différence n'csl pas toujours bien tranchée; elle consiste surtout dans la disposition symétrique rayonnée (que nous nommons, en botanique, verticillce), et qui tend, mais par des transitions ménagées, & se substituer à la disposition symétrique binaire.
Sur les confins des rayonnés (fleurs animées du règne animal) fourmille un petit inonde que le classificateur désorienté, les yeux ouverts sur le microscope, et l’esprit troublé, voit sans beaucoup de regrets, mais avec beaucoup d'adiuiration, échapper, dans tous les sens, aux limites du cadre qu’il avait tenté, soit de reconnaîire, soit de tracer.
Ces atomes organisés, vivant, tourbillonnant, s’agrégeant et sc désagrégeant, mourant et ressuscitant (les rotifères), pullulant, se fractionnant et sc dédoublant, constituent le monde des infiniment petits comme taille, monde des infiniment grands comme nombre.
En sc superposant en masses sans limites, et pendant la durée illimitée des âges, ces atomes ont, à plusieurs reprises, comblé les bassins des océans; ils ont constitué dans la charpente géologique du globe terrestre de puissantes assises de terrains sédimentaires, terrains devenus les domaines de mondes organiques nouveaux où l'individualité (qui tendait à se substituer à la collectivité), devenait plus rare à mesure qu'elle devenait plus puissante.
Du monde des infiniment petits paraissent avoir émané deux séries parallèles : règne végétal, qui s’épanouit en herbes et en arbres ; tapis velouté des prairies, tapis à haute végétation des forêts; — règne animal, qui fourmille en innombrables tribus animées, en peuplades mouvantes et agissantes, bras et ventres actifs dirigés par des têtes pensantes, monde où l'individu est (dans chaque classe, soit végétale, soit animale) une petite association organique assez compliquée, monde où la force supplée au nombre.
Ce monde des infiniment petits, qui tient en germe le règne végétal et le règne animal, se compose d’une population dont nombre d'espèces résument à la fois en elles les caractères essentiels réunis des deux règnes. Dans ce monde rudimentaire, que j’appellerais volontiers le monde embryonnaire, telle individualité microscopique, d’abord mouvante et agissante, devient ensuite exclusivement et purement végétante (les zoospores) : ces provisoires animaux, après avoir capricieusement erré et voyagé, se fixent, s’enracinent et deviennent des plantes. C'est dans ce inonde, invisible aux yeux humains et révélé par le microscope, que des tubes végétaux (les Diatomées-Ambulatoriécs) rampent et se meuvent librement, pendant toute leur existence, avec l’indépendance qui passait pour appartenir en propre aux animaux.
Faut-il donc s'étonner que les êtres des ordres les plus élevés dans l'échelle végétale se souviennent dans leurs fonctions que, par plusieurs côtés, ils sont restés animaux? — Les végétaux, comme les animaux, respirent et s'assimilent les corps inorganiques (dissous dans l'eau); ils s'accroissent par nutrition. Les végétaux, comme les animaux, sont bisexués, et leurs unions diffèrent peu ou ne différent essentiellement pas des unions dans le règne animal. — Pourquoi les végétaux n'auraient-ils pas besoin, comme les animaux, de réparer par des périodes de repos les forces qu’ils dépensent pendant leurs périodes d’activité? Pourquoi un sommeil réparateur leur serait-il refusé?... Aussi le bienfait du sommeil paratt-il leur être accordé : la nuit, succédant au jour, répand le sommeil sur les plantes comme sur les animaux.
Il est cependant, au point de vue du sommeil, entre les êtres les plus complets du règne animal et du règne végétal, une différence essentielle à considérer : chez l'animal, les fonctions dites végétatives ne dorment pas d’un sommeil complet, ni, par conséquent, les organes auxquels ces fonctions sont dévolues. En cfTet, suspension d'activité (d’action), de la respiration, de la circulation, de l'assimilation , serait pour l'animal , non la suspension , mais la
cessation de la vie : la mort. — Ce qui dort dans l’animal, c'est (en partie du moins) la motilité, l'exercice des sens, et l’exercice de la direction des facultés de l'intelligence, et, par conséquent, les organes qui accomplissent ces fonctions.
Les appareils et organes qui ne sont pas de nature à dormir complètement sont régis par le système ganglionnaire nerveux, dit grand sympathique. Les appareils et organes qui sont de nature à dormir d'un sommeil plus ou moins complet sont régis par le système nerveux encéphalique (le cerveau) et ses dépendances (en connexion, du reste, avec le grand sympathique).
Chez les végétaux, les fonctions végétatives de respiration, de circulation, d'assimilation, d'ovulation, s'accomplissent, comme chez les animaux, pendant la période de sommeil comme pendant la période de veille. Ces fonctions peuvent se trouver suspendues pendant une longue période de temps sans que la mort de l'individu en soit le résultat : un bulbe, un tubercule, un rhizome charnu, peuvent, après certaines périodes de végétation, être retirés du soi et se conserver plusieurs mois dans un engourdissement complet de toutes les fonctions. Los œufs des animaux peuvent se conserver un certain temps dans nn état semblable, et sans altération. Les graines, qui sout les œufs des végétaux, peuvent, dans certaines circonstances où elles sont à l'abri des influences atmosphériques et hygrométriques, se conserver intactes et douées de leurs facultés germinatives, non-seulement pendant des années, mais pendant de longues suites de siècles.
Le sommeil, chez les animaux, est, avons-nous dit, la suspension momentanée (et alternant régulièrement avec l'activité), non des fonctions de la vie végétative, mais des fonctions de relation, fonctions qui sont sous la dépendance du système nerveux encéphalique. El cependant les végétaux, êtres vivants privés des orgaues des sens (à l’exception peut-être du toucher et du sens génésiaque); — les végétaux, dont la sensibilité est réduite, dit-on, à l'irritabilité; — les végétaux, privés de la faculté de se mouvoir volontairement (spontanéité de mouvements, mouvements de translation); — les végétaux, privés très-probablement (du moins dans les classes dites supérieures) de la volonté; — les végétaux, où il paraît n’exister rien de comparable au système nerveux encéphalique des animaux ; — les végétaux, où il n'existe très-probablement que l’analogue très-atténué (peutêtre sous la forme liquide ou granuleuse) du système nerveux ganglionnaire désigné dans le règne animal sous le nom de système du grand sympathique (les organes ou les appareils, qui sont des individualités simples, concourent à la constitution de l'individualité collective ou individu végétal), les végétaux (simples ou collectifs) ont besoin de dormir : comme les animaux, les plantes subissent, dans leurs organes les plus vivants, les alternatives de l’activité et du repos, et en réalité consacrent la nuit au sommeil.
Les organes dans lesquels les altitudes du sommeil peuvent se manifester chez les plantes sont naturellement les organes mobiles, les organes appendiculaires : feuilles foliacées et feuilles Horaires. Parmi les feuilles, celles qui sont le mieux disposées (tour la motilité (et par conséquent pour la manifestation des alternatives de veille et de sommeil) sont les feuilles h pétiole ou rachis articulé, elles folioles (un feuilles secondaires) ii pétiolulc articulé des feuilles dites composées: par exemple, celles de la classe des Légumineuses et de la famille des Oxalidécs.
Le besoin d’un temps de repos (si ce temps de repos est admis) chez les végétaux implique un temps d’excitation et de langue : or, la fatigue résulte d’une trop grande dépense, d’Dnc déperdition d 'influx nerveux, sorte de fluide magnétique qui se produit incessamment dans l'admirable appareil électro-magnétique constitué par un corps vivant, et s'accumule dans l'organisme pendant le sommeil ou période de re|ios (période durant laquelle la dépeuse d'influx nerveux est sinon complètement suspendue, du moins très- modérée).
Si donc les végétaux ont en eux une source d'influx nerveux, il faut bien qu’ils en possèdent l’appareil. Cet appareil nerveux (qui peut, disons-nous, consister en parties liquides, en granules contenus dans des liquides, ou en tissus solides), appareil que nous leur accordons par iuduction (tuais non jtar suite d’observations directes), leur a été jusqu’à ce jour, sinon absolument refusé, du moins fortement contesté, mais bien moins par démonstration de son absence que parce que l’orgueil du régne animal se révoltait à la pensée d'une trop proche parenté avec le règne végétal; règne végétal indifférent à la discussiou, et qui ne saurait réclamer que par les phénomènes alternatifs de sa vie active et de son sommeil.
Fig. 1461. — Un rameau de Cassia (Légumi- Fig. 1462. — Rameau de Caxsin pendant neuses-C.assiées) pendant le jour (feuilles à la nuit (feuilles endormies A folioles renfolioles étalées). versées, appliquées par paires).
L’acte du sommeil chez les plantes doit être étudié : 1° dans les feuilles caulinaires simples, feuilles bractéales, sépales, pétales, étamines, etc.; 2° dans les feuilles cauliuaircs composées ; 3° dans chacun des verticilles du feuilles Horaires qui constituent la fleur (fig. 1661, 1662); h " dans l'ensemble de la fleur; 5° dans l'ensemble des fleurs groupées qui constituent les inflorescences, et notamment dans les capitules (ou aulhodes) des plantes de la famille des Synanthérées ou Composées (dont les fleurs, symétriquement rapprochées en une spirale indéfinie, compacte, ont l’apparence d’une même fleur, surtout chez les capitules composés entièrement de fleurons ligulés (Liguliflorcs ou Chicoracécs), ou d’un disque de fleurons tubuleux entourés d’un ou plusieurs verticilles de fleurons ligulés (Corymbifères-Radiées).
On doit par conséquent éviter, dans cette étude, de suivre les anciens errements, qui consistaient à considérer les fleurs (notamment les fleurons ligulés, ou demi-fleurons) des capitules, dans la famille des Composées, comme des organes simples, des pétales, et d’assimiler les capitules à des fleurs. C’est à tort, par exemple, que le phénomène du redressement ou connivence (convergence) des fleurons du capitule d’un Taraxacum (Pissenlit), ou des fleurons ligulés du capitule radié d'une Pâquerette ( Bellis ), serait assimilé au phénomène du redressement ou de la connivence des' pétales d’une même fleur : par exemple, au redressement des pétales on feuilles du périanlhe de la fleur de V Ornithogalum umbellatum. Dans ces deux cas, la cause du phénomène est sans doute la même, et l’expression en est analogue; mais, dans l’un des deux cas, les organes intéressés sont des organes simples, des feuilles, et le siège du phénomène est surtout un onglet ou un pétiolule; tandis que, dans l’autre cas, les organes intéressés sont des appareils très-complexes, des fleurs couqKisées de plusieurs verticilles de feuilles floraires, des fleurs groupées elles-mêmes en capitules, et que le siège du phénomène est la hase d’un appareil très-complexe : la fleur.
Les feuilles caulinaires, ou ramêales simples, peuvent ne pas changer de direction pendant la période du sommeil (sommeil qui ne saurait alors être constaté), ou elles peuvent présenter des dispositions variées (être dressées ou pendantes). Les feuilles opposées tendent à s’appliquer l’une sur l’autre par leur face supérieure, cas le plus fréquent (elles sont alors dites dressées), ou elles s’appliquent l’une sur l’autre par leur face inférieure (et sont alors dites rabattues).
Les feuilles caulinaires, ou ramêales com/mées, peuvent éprouver, comme les feuilles simples, un mouvement général, par l’inclinaison du pétiole commun ou rachis, et elles éprouvent, en outre, des mouvements partiels par suite de l'inclinaison des rachis secondaires (dans les feuilles composées bipennées, par exemple) et par suite de l’inclinaison des folioles en raison du mouvement de flexion ou de torsion qui se passe dans leur pétiolule, ou le mouvement de courbure qui se passe dans tonte l’étendue de leur limbe. Ces folioles ont été dites imbriquantes ( imbricanlia ), lorsqu'elles se couchent sur le pétiole, de manière à le cacher en se dirigeant de bas en haut, ou rebroussées ( rctrorsa ), lorsqu'elles s'imbriquent, mais en se rabattant de haut en bus vers la base du pétiole. Chez les feuilles composées, trifoliolécs ou palmées, les folioles peuvent être disposées en berceau ( involventia ), lorsqu’elles s’écartent dans leur partie moyenne et se rejoignent par le sommet, ou être pendantes ( dependentia ) autour de l’extrémité du rachis.
Le sommeil des fleurs, qu'on oliserve plus fréquemment cite* les fleurs dialypétalées (à pétales libres entre eux) que chez les fleurs gamopétaléos (à pétales soudés entre eux en une corolle gamopétale ou gamopérianthéc), a lieu généralement par le redressement des pétales, qui deviennent alors oonnivents entre eux (Jloiir fermée), pour s’écarter et s’étaler en dehors de nouveau, le lendemain, en une fleur ouverte. Il est à remarquer qnc les fleurs, en se fermant |tour le sommeil, reprennent (plus ou moins complètement) la disposition qu'elles avaient pendant la préfloraison (ou estivation), c’est-à-dire avant leur premier épanouissement (fleurs eu boulon) : préfloraison imbriquée, contournée, etc.
Il va sans dire que chez les espèces très-nombreuses dont les fleurs sont éphémères, c’est-à-dire dont la corolle ne dure qu’une journée, on ne peut observer de sommeil. Si ces fleurs sont dialypétales, le plus souvent les pétales tombent isolément; si elles sont gamopétales, il arrive fréquemment que la corolle se plisse irrégulièrement (se chiffonne) avant de tomber ou de se dessécher (sj elle est marccscente).
Plusieurs causes très-diverses déterminent le sommeil chez les plantes. La cause la plus générale est celle que nous avons indiquée plus haut : le besoin de repos, qui coïncide généralement, pour les plantes comme pour les animaux, avec la lin du jour, et se prolonge pendant toute la nuit et jusqu’à une heure plus ou moins avancée de la matinée. Un assez grand nombre de plantes font cependant exception à cette règle : leurs fleurs ne s’ouvrent qu’après le coucher du soleil et restent épanouies pendant la nuit, pour se fermer le lendemain, soit aux premières lueurs du jour, soit aux premiers rayons du soleil. Tels sont les Onagres [Œnothera), les Belles-de-nuit ( Mirabilis Jalapa, M. longiflora, etc.), le Liseron annuel ou Volubilis ( fpomwa rosea), etc. |Voy. Horloge de Flore.
Des expérimentateurs ont tenté de dérouter les plantes sommeillantes dans leurs fonctions régulières, dans leurs habitudes; ils ont exposé des végétaux à fleurs ou à feuilles sommeillantes à la lumière artificielle [tendant la nuit, et à l’obscurité pendant le jour : rarement les plantes se sont laissé ainsi influencer ; elles ont dormi pendant la nuit, malgré l'éclairage artificiel le plus intense, et ont veillé pendant le jour, étant placées dans une complète obscurité. Dans un petit nombre de cas, les phénomènes normaux ont été troublés : la plante dormait à demi ou d’un sommeil troublé, elle était affolée ; mais un phénomène n'était pas régulièrement remplacé par l'autre.
La chaleur très-intense du soleil ou un froid exceptionnel occasionnent quelquefois un demi-sommeil chez les feuilles. On a dit avec raison que les plantes font alors une véritable sieste. — L’état hygrométrique de l'air (la sécheresse ou l’humidité)’ a sur le sommeil des fleurs et des inflorescences en capitule beaucoup plus d'influence que l'élévation ou l'abaissement de la température. Chez le plus grand nombre des Composées à capitules liguliflores et chez un certain nombre de Composées à capitules radiés, les fleurons ligulés, écartés et étalés au soleil, se redressent et se pressent les uns contre les autres par les temps humides et pluvieux. A l'état normal (à l’état de veille, à la lumière du soleil, et dans un air chaud et sec), le fleuron ligulé (fendu en languette) est courbé en dehors; son côté externe est donc alors plus court que sou côté interne. Si, pendant la piuie, le fleuron se redresse, devient droit, se courbe en dedans, c’est-à-dire prend une courbure inverse ou opposée à sa courbure précédente, il est évident que, sous l’influence de l’humidité, le côté interne de la fleur s’est raccourci (et représente alors la corde de l’arc tendu), ou, ce qui reviendrait au même comme résultat, que le côté externe de la fleur s’est allongé. Le retour de la fleur ou du capitide à l'état normal étalé (sous l'influence du retour de la lumière, de la sécheresse, de la chaleur) consiste dans le nouveau raccourcissement du côté externe, par conséquent dans une nouvelle
courbure des fleurs ou des parlies de la fleur en dehors. — L'humidité du soir, la rusée, peut produire un effet, semblable à celui qui résulte de l'humidité des jours pluvieux.
Ou ne saurait cependant, ainsi que nous l’avons dit, attribuer seulement à l'humidité de la nuit, au refroidissement de la température, à l’obscurité, le phénomène du sommeil des feuilles et des fleurs, puisque les phénomènes produits sont dissemblables pour une heure du jour ou pour un état atmosphérique donné chez des espèces végétales diverses, puisque certaines fleurs s'épanouissent à l'heure où d'autres fleurs se ferment; à moins cependant que le côté extensible (sous l'influence de l'air humide) de la pièce sommeillante soit, chez les unes le côté interne, et chez les autres le côté externe. La cause qui nous semble la plus essentielle et généralement déterminante, est la présence et l'absence alternatives du soleil sur l'horizon.
Chez un |>ctit nombre de plantes de la classe des Légumineuses à feuilles bipennées, plusieurs Miniosées, et notamment le Mimosa pudica (la Sensitive) (lîg. IÔ63, lôtiô), la plante est douée d'tute excessive irritabilité ( pour ne pas dire sensibilité). Ce phénomène d’irritabilité, ou mieux d’impressionnabilité, est
Fie. 1463. — Feuille de la Sensitive (Mimosa pudica ) Fig. 1464, — Feuille de la Sensitive avant le contact, altitude de la feuille éveillée. après le contact.
journellement mis en jeu chez cette plante par les curieux, dans les serres. Le plus léger contact au niveau du bourrelet charnu et élastique qui coustitue ta base du pétiole commun (ou rachis), des pétioles ou rachis secondaires, et des péliolules des folioles, détermine un prolapsus et un sommeil complet et instantané de l’organe : le pétiole principal s’infléchit et retombe le long de la tige, les pétioles secondaires se rapprochent comme les branches d’un éventail qui se ferme, et les (olioles se dressent en s'imbriquant l’une sur l'autre, des iuférieures aux terminales, en même temps que celles du rang de la droite sont appliquées (face .supérieure contre face supérieure) sur celles du rang de la gauche (les feuilles s'habituent cependant plus ou moins il des excitations ou à des commotions sans cesse répétées). Ces plantes éprouvent-elles une vague sensation au contact du corps étranger? On serait teuté de le penser.
Certains mouvements brusques qui sont dus il la contraction d’un organe sous l'influence d'une irritation instantanée ont beauconp de rapport avec les mouvements déterminés par un choc chez la Sensitive, et sont étrangers aux phénomènes du sommeil. Tel est le mouvement de bascule par lequel les étamines des Berbéridées se précipitent sur le stigmate (en ouvrant les valvules de leurs anthères et en lançant leur pollen), lorsqu'un insecte vient accidentellement, par son passage, titiller de ses petites pattes la base de ces organes turgescents. — Les filets des étamines, dans le genre Ortie, se détendent aussi comme un ressort, mais en se rejetant en arrière, à l’instant de la déhiscence de l'anthère, et couvrent en cet instant la fleur entière d'un nuage de poussière pollinique.
D’autres mouvements sans analogie avec les précédents ont lieu dans des organes doués de propriétés hygrométriques : pendant la période de leur dessèchement, le tissu de ces organes se resserre, se racornit, au point de se rompre brusquement selon certaines lignes où la trame du tissu est moins cohérente que dans les autres points de son étendue. A cette cause sont dus la rupture et l'enroulement instantané des parois de certains fruits secs et déhiscents par les sutures ventrales et même par les nervures dorsales des feuilles carpellaires : par exemple chez les gousses des Légumineuses et les cognes des Euphorbiacécs. Dans le fruit charnu des Balsamines ( Impatiens ), les feuilles carpellaires s’enroulent en dedans à l'instant de la déhiscence, par suite de la turgescence de la couche externe du péricarpe, qui se trouve tendue parla couche membraneuse plus courte de l’endocarpe. Le fruit du Mnmordica (Ecballium) Elaterium (le Concombre-d’ànes) est lancé tout d’une pièce, à sa maturité, par suite de l'accumulation de liquide qui distend de plus en plus les parois de sa cavité et le détache de son pédicelle h l'instant suprême, en se projetant au dehors sous la forme d’un jet liquide, avec les graines entraînées. — D’autres mouvements automatiques résultent du retour d'un organe à la position primitive dont il s’était trouvé forcément écarté, et qu'il reprend naturellement de lui-même, lorsque l’obstacle cesse d’exister.
Relativement à notre manière de voir sur le sommeil des plantes, on a objecté que ce sommeil est un état non de prolapsus, comme le sommeil des animaux, mais un état de turgescence, et qu'on tente en vain de placer sans violence des folioles endormies et de les maintenir dans l'altitude éveillée. Nous répondrons que la plante dormeuse pur excellence, la Sensitive ( Mimosa pudica), dont nous avons parlé plus haut, présente précisément, pendant son état d’étianouissement ou de sommeil, l'aspect de Yétat de prolapsus le plus complet. Il n’est, d’ailleurs, pas plus facile de faire prendre, pendant le jour, à des feuilles ou h des folioles éveillées, l’attitude du sommeil, et de les maintenir dans cette position, qu’il n’est facile de leur faire prendre pendant la nuit l'attitude qu'elles ont pendant le jour. La turgescence des organes foliaires peut avoir lieu aussi bien pendant le jour que pendant la nuit : une plante flétrie qu'on arrose absorbe de l’eau, et devient turgescente sans que ses feuilles prennent pour cela l’altitude du sommeil (et un animal peut, à l’état de repos, laisser ses muscles dans la non-contraction, dans le prolapsus, sans pour cela dormir). La courbure de la base des organes ou de leur support a lieu dans un sens
pendant le sommeil, et dans un sens contraire pendant la veille; mais, dans les deux cas, la plante peut Cire turgescente à un même degré. — Le mouvement de la terre relativement au soleil (le jour ou la nuit) influe manifestement sur la disposition au sommeil chez les animaux; il parait logique d'admettre une disposition analogue (bien que moins marquée) citez les végétaux, qui sont des animaux incomplets. — I.es végétaux, étant privés des organes de la vie de relation, ne peuvent évidemment, à ce point de vue, dormir comme les animaux; mais les organes de la vie végétative ont entre eux la plus grande analogie chez les êtres dont se composent les régnes parallèles v égétal et animal : le sommeil des végétaux est un sommeil relatif, analogue seulement à celui des organes de la vie végétative chez les animaux; ce sommeil n'interrompt pas plus le jeu des fonctions de la vie végétative chez les animaux que chez les végétaux (on ne peut nier que citez les animaux les organes de la vie végétative [de la respiration, de la circulation, de la digestion, de l'assimilation, des sécrétions, de l'ovulation, etc.] ne participent, dans certaines limites, au sommeil). — Le fait de l'anesthésie , de l'insensibilité à l’action des causes extérieures irritantes, produit chez la Sensitive {Mimosa pudica) sous l'influence du chloroforme, est un fait qui, loin d'être en opposition avec cette manière de voir, vient, au contraire, « l'appui de la similitude qui existe au /mint de vue de l’irritabilité des organes dans les deux règnes, et le chloroforme, n'ayant que peu ou pas d'influence sur l'étal de veille ou de sommeil, prouve également que chez les végétaux, comme chez les animaux, le sommeil est uu besoin des plus impérieux.
Le fait observé chez une plante (de la famille des Mimosées) dont les fleurs ont, durant la nuit, l'attitude propre à l'état de veille, tandis que ses feuilles ont alors l'attitude propre !i l’état de sommeil; et vice verni, dont les fleurs ont, durant le jour, l’attitude propre à l'état de sommeil, tandis que les feuilles ont alors l’attitude propre à l’état de veille; — ce fait remarquable prouve seulement qu’un végétal n'est pas un être simple, mais qu'il est un être collectif, une association du petites individualités qui, tout en concourant ensemble à la vie de l’individu général, viv ent elles-mêmes, dans certaines limites, d’uuc vie individuelle. Liiez cette plante, les individus partiels, feuilles ( feuilles foliaires), dorment du sommeil et veillent de la veille propres à la plupart des feuilles, pendant que les Heurs (ensemble de feuilles fluraires) sont impressiouuées dans leur attitude, de manière à prendre une courbure en sens contraire. Ce n’est pas à dire que les fleurs, comme les feuilles, ne soient pas, chez cette plante, impressionnées par la nuit; seulement l’organe, en raison de sa structure, se courbe dans un sens pour les feuilles de la tige et dans un autre sens pour les feuilles de la fleur. Le côté selon lequel se fait la courbure importe peu li la question; le fait essentiel est que les feuilles de la lige et des fleurs soient impressionnées parle jour et impressionnées parla nuit: c’est celte impression, de quelque manière quelle se traduise, qu’il est important de constater. Le point essentiel est la constatation de l'étroite analogie qui existe dans les organes de la vie végétative chez les animaux et les végétaux, et l'action ou l'iufluence du cours (apparent) du soleil sur ces organes, influence dont les attitudes particulières prises le jour ou la nuit |>ar ces organes sont la démonstration.
SOMMET. — SOROSE.
Que certaines fleurs, que les Onagres (Œ mit liera), que les Belles-de-nuit ( Mirabilis ), que les Volubilis (l/iomœa), s'épanouissent la nuit à l'heure à laquelle d’autres fleurs se ferment; que ces fleurs fassent de ta nuit le jour et du jour la nuit, ce trait spécial de leur organisation Tient encore à l’appui de l’influence diurne et nocturne chez les végétaux, influence aussi régulière dans son action générale qu'elle est susceptible d'être variée chez les diverses espèces (et selon leur structure) dans scs manifestations.
Je mentionnerai, en terminant, un très-intéressant travail sur le sujet que je viens de traiter, publié dans les Annales des sciences naturelles (5° série, t. IX, 1809) par un de nos savants confrères, M. Ch. Boyer. Ce mémoire est intitulé : lassai sur le sommeil des plantes; il renferme l'exposition d’un grand nombre de faits parfaitement observés. — Consulter également les importants travaux de M. Paul Bert, intitulés : Recherches sur Us mouvements de la Sensitive [Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, 3“ cahier, 1866, et tirage à part, Paris, 1867, in-8°).
Je renvoie aussi le lecteur 3 un travail très-remarquable de M. Fée sur les plantes sommeillantes (travail inséré dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, et développé dans Bull. Soc. bot. France, tome V, page 451 ; dissertation lue à la session extraordinaire tenue à Strasbourg en 1858). Les opinions du savant botaniste sur la réalité d’un système nerveux rudimentaire chez les plantes ont beaucoup d’analogie avec les vues que je viens d’exposer. « Les tissus végétaux, cellulaire et vasculaire, dit M. Fée, auraient en » eux la faculté de se contracter, étant tout à la fois muscles et nerfs, ou du • moins pouvant agir comme ceux-ci agissent chez les animaux, sous l’action » des agents excitateurs. »
sommet, upex. Extrémité terminale; s'oppose à base ( basis ), point de l’insertion. On distingue, chez les ovules, le sommet organique, qui correspond au micropyle, du sommet apparent, qui est le point opposé au hile, et qui varie selon le degré de courbure de l’ovule. Chez les ovules droits, seulement, le sommet apparent est le même que le sommet organique.
SORBIER et CORMIER ( Sorbus domestica, famille des Pornacées). — Voy. Néflier.
Sordidus. D'une couleur sale, d'une teinte fausse, d’un blanc grisâtre.
mire, sorus. Nom donné, chez les Fougères, aux groupes de sporanges (petites capsules qui renferment les séminules) insérés à la partie inférieure des feuilles fructifères (frondes) ou dans toute l'étendue de leur partie limbaire. Les sures peuvent être orbiculaires, oblongs, linéaires, etc. ; ils sont en général recouverts par un indusium, organe qui est un prolongement de l’épiderme de la feuille.
Soredium (Acharius). Nom donné à des amas de gonidies (propagules) qu'on reucontrc à la surface du thallus de certains Lichens.
SOROSE (Mirb.) = Syncarpe (Itich.). Noms donnés aux fruits agrégés composés de petites drupes succulentes appartenant h des fleurs différentes rapprochées en épi ou en chaton, â demi soudées entre elles, et b périanthe accrcscent succulent faisant partie du fruit agrégé: par exemple chez le Mûrier. (Peu usité.)