‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 22Chapitre 51 sur 61 · PUE · texte numérisé non relu

PUE

PUR

de ce iuide. Nous ignorons si les métaux natifli, tels queTor, l*argent, sont purs, dans la rigoureuse acception de ce mot, ou s*ib ont contracté, dans nntérieur de la terre, quelque alliage que nos procédés d*analyse ne puissent mettre à découyeK; quant à ceux auxquels nous restituons les propriétés métalliques, on sait quHls retiennent nécessairement quelques atomes des matières avec lesquelles Us ont été combinés. En général, plus notre monde durera, plus il se formera de combinaisons et de mélanges, et par conséquent le nombre des substances pures diminuera continueUement. On sait d^ailleurs que nulle décomposition ne peut être complète, et que les substances qui ont perdu leur pureté originelle ne la recouvreront jamais. Cest donc arec raison que, dans Tordre physique, on regarde comme pur ce qui ne manifeste aucun mélange appréciable, et que Ton ne puisse négliger sans inconvénient. Il faut bien nous contenter de ce qui est à notre portée, sans toutefois nous abuser sur la nature de ce qui compose nos richesses matérielles. — Trouverons- nous dans rordre moral quelque exemple d'une pureté native qui ait résisté à toutes les causes d'altération? Les recherches qui pourraient amener cette découverte sont plus difficiles que celles qui occupent les physiciens et les chimistes, et la manière d'y procéder semble exposer les investigateurs à des écarts très-dangereux. Les anabrseê morales, opérations dont on ne peut se passer, exigent un esprit éminemment philosophique, faculté que la nature ne prodigue point, et dont le germe doit être développé par des études bien dirigées. Gomme il s'agit d'observations dont les résultats ne peuvent être exprimés par des nombres, aucune méthode de calcul ne leur est applicable; il faut qu'un tact moral très-exercé supplée par ses appréciations à ce vague dans les données, et que de la nature de ces nouveaux éléments on puisse déduire les lois de leur combinaison. Les philosophes qui auront le courage de rassembler les matériaux d'une statistique morale s'attacheront d'abord à compléter la connaissance de l'homme, afin que les notions générales dont ils auront fait provision dirigent plus sûrement les applications aux cas particuliers. Essayons d'apercevoir, quoique dans l'éloignement, quelques parties de la route qu'ils auront à parcourir. — Il est encore des hommes qui s'étonnent en apprenant qu'ils passent pour des modèles de vertu ; leurs actions, que l'on admire, sont tellement spontanées qu'ils ne conçoivent point comment tout autre homme eût pu se conduire autrement

dans les mêmes drconstanses. L*observateur peut donc espérer qu'une heureuse rencontre lui montrera l'âme humaine dans toute sa beauté, dans sa pureté primitive, car cette perfection tient tout de son origine; elle ne peut être une œuvre de l'éducation, et moins encore un résultat de l'influence des événements de la vie sociale. Son action bienfaisante est puissamment secondée par une raison saine et les connaissances acquises par l'étude et l'observation ; c'est par cette cause que ses forces paraissent croître avec l'âge, et que l'on y remarque une Jeunesse et une maturité. La première période a toutes les grâces de cette époque de la vie. J. J. Rousseau n'a pas négligé cet ornement lorsqu'il a tracé le portrait de Sophie, délicieux assemblage des qualités qui ont tant de charmes dans une jeune fille. La beauté morale n'est certainement pas un privilège du sexe féminin ; mais, ainsi que la beauté physique, elle est plus touchante chez les femmes. C'est â l'époque de sa maturité qu'elle brille du plus grand éclat. Comme le temps lui feit perdre gradueUement le concours des facultés intellectuelles, les actes qui la manifestent ne sont plus jugés aussi favorablement, elle parait avoir éprouvé quelque altération; mais le raisonnement ne laisse aucune incertitude sur la cause de ce changement. En effet, on remarque alors que les facultés sentimentales ont conservé leur énergie, quoique leur direction ne soit plus aussi judicieuse. — La pureté . morale qui manquerait de lumières et de cette énergie qui la soustrait au pouvoir de toutes les passions corruptrices ne serait plus que de l'innocence. Elle plairait encore, mais son aspect ne serait plus imposant, elle descendrait au niveau commun. Racine nous intéresserait moins au sort d'Hippolyte s'il l'avait représenté seulement comme exempt de crime et de souiUure, s'il n'avait pas mis ce beau vers dans la bouche du Jeune infortuné :

Le joor n'nt pM pliu pur qae 1« fond de OMn ccnr.

Le noble caractère moral dont on vient de tracer une esquisse trop imparfaite est essentiellement naïf, étranger à toute feinte et à toute prétention. Il ne se connaît pas lui-même, ses regards étant sans cesse dirigés au dehors, occupé de la recherche du vrai pour le connaître, du bon pour s'y consacrer tout entier. Rien ne peut troubler l'heureuse sécurité de sa conscience, n est, au contraire, une autre sorie de pureté, toujours prompte â s'alarmer, qui multiplie les précautions contre les périls dont elle est environnée; évitant avec un soin extrême

PUH

Page 1