VITILIGO. — DÉFINITION ET HISTORIQUE
que de Warlomont. Enfin, citons les trois ouvrages les plus célèbres : Helmholtz, Optique physiologique, traduction Javal et Klein. Paris, 4867. — Dokdebs, The Anomalies of Accommodation and Réfraction of the Eye, London, 1864. — Maothxek, Yorlesungen über die optischen Fehler des Auges, Tienne, 1872-1876.
Émile Jayal.
VITILIGO. — Définition et historique. — Le yitiligo est caractérisé par des taches Hanches plus ou moins étendues, mais circonscrites, tranchant sur la couleur normale de la peau et dues à l’absence de pigment dans la partie décolorée. On a désigné encore cet état pathologique sous les noms d’albinisme partiel, de leucodermie partielle, mais le mot Yitiligo est généralement adopté. Sous cette dénomination de yitiligo, les Grecs et les Latins ont confondu le véritable yitiligo avec les taches blanches qu’on trouve dans une variété de la lèpre appelée lèpre blanche ou morphée blanche ; dans les temps modernes, la distinction en a été faite et précisée ; cependant Willan et Bateman ont passé sous silence le yitiligo comme espèce nosologique, mais il a été indiqué et décrit par Alibert sous le nom d ’achrome vitiligue et placé par lui très à propos dans la classe des dermatoses dyschromateuses. Tous les auteurs qui ont suivi Alibert l’ont signalé et l’ont regardé comme le résultat d’une absence partielle de pigment, et tout récemment les recherches d’anatomie pathologique dues à Chabrier, Leloir et Dejerine, ont fait connaître au-dessous des taches vitiligineuses des altérations des nerfs périphériques qui pourraient jouer un rôle important dans cette singulière altération du pigment.
Description. — Le vitiligo se manifeste sous forme de taches, ordinairement rondes ou ovales, d’un blanc mat, d’une dimension variant depuis quelques millimètres de diamètre jusqu’à 8 ou 10 centimètres ; ces taches sont entourées à leurs contours d’une auréole brune trèsprononcée qui résulte d’une accumulation de pigment, de sorte que, comme pour les éphélides, il n’y a pas dans la peau une diminution réelle du pigment, mais seulement une mauvaise distribution de la matière colorante cutanée, laquelle abandonne une certaine étendue du •tissu cutané pour se porter en excès sur la périphérie de la partie décolorée. Il n’y a donc pas, à proprement parler, atrophie pigmentaire ,. •mais seulement dystrophie. Cette zone pigmentaire que j’indique est tellement apparente dans certains cas, qu’au premier abord, on est plus frappé par la teinte foncée ambiante que par la partie décolorée, et qu’on serait tenté de croire que la partie altérée est celle qui est plus brune et qu’on a affaire à une éphélide. S’il existe des poils sur la partie décolorée, ces poils deviennent blancs, et c’est ainsi qu’au cuir chevelu on voit quelquefois des houppes de cheveux blancs qui contrastent complètement avec le reste de la chevelure.
Les taches de vitiligo ne sont le siège d’aucune sensation morbide, d’aucune cuisson, d’aucune démangeaison, la sensibilité n’en est nullement altérée, ni en plus, ni en moins, et l’état morbide n’est caractérisé que par l’absence de la coloration normale de la peau et par le défaut
VITILIGO. - DIAGNOSTIC.
de sécrétion sudorale qui ne se produit plus sur les taches vitiligineuses.
Ces taches peuvent se rencontrer dans toutes les régions, mais on les observe le plus souvent aux parties génitales, à la face, à la partie dorsale des mains, au cuir chevelu ; aux sourcils, dans la barbe, le vitiligo se manifeste par l’apparition de poils blancs existant sur des surfaces circonscrites et faisant disparate avec la couleur des poils environnants; dans ces circonstances, la lésion est bien plus apparente que lorsqu’elle existe sur des surfaces glabres ou fournies de poils rudimentaires.
Quelquefois il n’y a qu’une seule tache, mais, le plus ordinairement, les taches sont multiples et, quand il en existe plusieurs à la face ou aux mains, on peut être très-certain qu’il en existe aux parties génitales, taches alors plus apparentes encore par la décoloration des poils.
Les taches pigmentaires sont susceptibles d’augmenter en nombre et en étendue, et il n’est pas rare de voir ainsi, en l’espace de quelques années, devenir très-disgracieuse une affection qui, dans le principe, était à peine apparente. Quelquefois, cependant, il y a seulement une tache ou deux qui restent stationnaires et qui ne s’étendent pas. Sur les parties découvertes, il est ordinaire de voir les taches devenir plus marquées pendant l’été, probablement à cause de l’augmentation de la coloration noire périphérique qui devient plus foncée sous l’influence du hâle dû à l’action solaire, et qui rend la décoloration encore plus évidente.
Diagnostic. — Le vitiligo est très-facile à reconnaître par ses taches d’un blgnc mat entourées d’une auréole brune ; on pourrait les confondre sur les parties pileuses avec la pelade, surtout lorsque les poils commencent à reparaître et repoussent blancs; mais, dans la pelade, la décoloration n’est jamais marquée, il n’y a pas de cercle brun à la périphérie et les poils repoussés sont toujours plus grêles, plus cotonneux, 1 plus rares sur les parties malades que sur les parties voisines, tandis que dans le vitiligo les poils blancs ne diffèrent de ceux qui les entourent que par leur couleur ; ils sont aussi forts, aussi lisses, aussi nombreux que les autres.
Dans certaines formes de lèpre, dans la leuce ou lèpre blanche, il existe des taches décolorées et une canitie des poils, mais, dans ces cas, les parties blanches sont plus épaisses, plus saillantes, quelquefois déprimées dans leur centre ; elles sont altérées dans leur sensibilité, et le plus ordinairement elles sont atteintes d’anesthésie ; dans le véritable vitiligo, dans le vitiligo idiopathique, il n’y a nulle saillie et la sensibilité reste normale.
Mais il est surtout important de distinguer du véritable vitiligo les taches cicatricielles qui succèdent aux furoncles, aux pustules de variole, à des éruptions syphilitiques anciennes, à des lésions traumatiques peu profondes, lesquelles sont consécutives au travail de régression qui affecte le tissu cicatriciel et qui atteint le pigment ainsi que les autres éléments de la peau et du tissu conjonctif. Ces taches sont habituellement arrondies, blanches; elles peuvent être planes, sans dépression, et quelques
VITILIGO. : — ÉTIOLOGIE. ANATOMIE PATHOLOGIQUE . 553
auteurs les ont rattachées au vitiligo, mais elles en diffèrent non-seulement par leur origine, mais encore par l’absence habituelle d’auréole pigmentaire ; circonstance importante, elles ne sont pas susceptibles de gagner en étendue et en nombre comme les taches vitiligineuses.
Le Pronostic du vitiligo est fâcheux relativement à la guérison ; ce n’est qu’exceptionnellement qu’on voit les taches blanches s’effacer et la peau reprendre sa couleur normale. On comprend d’ailleurs que le désagrément de cette difformité, exempte de tout danger, varie suivant son siège ; on s’en inquiète peu lorsqu’elle atteint des régions ordinairement couvertes par les vêtements ; lorsqu’elle affecte des parties découvertes, particulièrement la face, si les taches sont nombreuses et assez larges, les plaques blanches, entourées d’un cercle brun très-apparent, donnent à la figure un aspect bizarre, et elles sont pour les femmes et même pour quelques hommes une cause de chagrin légitime.
Étiologie. — Le vitiligo est quelquefois congénital, mais le plus souvent il apparaît à des âges variés et plus particulièrement vers la partie moyenne de l’existence et dans la vieillesse.
Il est plus commun dans les climats chauds que dans les pays tempérés, et il se développe assez fréquemment chez les nègres, sur lesquels il est plus apparent ; les nègres pies, ainsi qu’on les appelle, présentent un aspect bizarre par l’existence de taches blanches, quelquefois assez nombreuses, qui contrastent avec la couleur noire de la peau.
Sous le rapport des causes accidentelles, on voit quelquefois le vitiligo survenir après des pressions continues, telles que celles qui résultent de l’application d’un bandage herniaire; d’autres fois à la suite de coups de soleil ; mais le plus ordinairement il apparaît sans qu’on puisse expliquer son développement par une cause externe. Plus souvent il paraît se rattacher à quelques dispositions diathésiques ; j’ai déjà parlé de la lèpre, dans laquelle il y a quelquefois des taches vitiligoïdes ; mais c’est surtout chez les goutteux qu’on voit souvent survenir le véritable vitiligo, lequel, tout en étant symptomatique, se présente particulièrement aux mains et aux poignets avec tous les caractères de l’affection que nous venons de décrire, et j’ai rencontré si fréquemment ces taches associées à la goutte, que, lorsque je les rencontre, je m’informe immédiatement si les personnes qui présentent ces taches n’éprouvent pas quelque autre symptôme de goutte, et le plus ordinairement la réponse est affirmative. C’est là une conséquence de la diathèse goutteuse qui n’a pas été suffisamment signalée.
Anatomie pathologique. — L’altération anatomique essentielle du vitiligo consiste dans l’absence des corpuscules pigmentaires dans les cellules profondes du corps muqueux, et dans l’accumulation de ce pigment dans les parties de la peau environnant les taches décolorées. Dans ces derniers temps, pour expliquer ce trouble physiologique, on a constaté une altération dans les nerfs qui se distribuent à la partie de la peau atteinte de taches vitiligineuses ; Chabrier, Leloir et Dejerine, ont constaté dans quelques nerfs, sur des plaques décolorées, des altérations très-