II. ATTENTATS A EA PUDEUR. OUTRAGE PUBLIC A LA PUDEUR
— Les actes que la justice poursuit comme attentats à la pudeur sont le plus souvent constitués par des attouchements exercés sur les parties génitales; presque toujours les victimes, ou soi-disant telles, sont des enfants très-jeunes ou n’ayant pas atteint l’âge de la puberté.
Les actes de pédérastie, de sodomie, d’onanisme, peuvent être poursuivis comme constituant suivant les circonstances, soit des attentats à la pudeur, soit un outrage public à la pudeur.
Attouchements obscènes. — On comprend que de simples attouchements exercés avec les doigts, avec la verge, avec la langue ou la bouche, ne laissent pas en général de traces appréciables sur les organes génitaux : aussi arrive-t-il souvent que, même dans les cas où les actes incriminés ont été certainement commis, les constatations médicales restent complètement négatives.
Des attouchements exercés avec une certaine violence peuvent occasionner des lésions de la vulve plus ou moins marquées, plus ou moins caractéristiques : la rougeur de la muqueuse, des érosions, des excoriations, des ecchymoses, des plaies, ou une inflammation de la vulve.
A l’état physiologique, la couleur de la muqueuse vulvaire varie du rose pâle au rouge vif, et cette dernière coloration, répartie uniformément sur une muqueuse d’ailleurs saine, ne peut être considérée comme la preuve que des attouchements ont été exercés sur les parties génitales. Si, en même temps qu’elle est rouge, la muqueuse est un peu tuméfiée, douloureuse au toucher, si l’enfant se plaint de souffrir pendant la marche et pendant la miction, il existe un premier degré d’inflamma-
496 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — attentats a la pudeur. tion vulvaire, et pour apprécier la nature et la cause de cette inflammation il est nécessaire d’en suivre l’évolution en examinant de nouveau l’enfant une ou plusieurs autres fois.
La rougeur limitée à une certaine partie de la vulve s’observe quelquefois sans qu’il existe d’autres traces de violences. Ces rougeurs partielles ne peuvent que bien rarement être attribuées avec certitude à des attouchements; on les trouve fréquemment aux points où a séjourné de la matière sébacée, sur diverses parties de la vulve quand il existe un écoulement chronique même très-peu abondant, et quelquefois aussi, en l’absence de ces causes, chez des petites filles proprement tenues ; elles occupent souvent alors la périphérie de l’hymen, près de l’insertion de celte membrane.
Les ecchymoses ont évidemment une signification beaucoup plus nette ; elles se présentent sous forme de taches violacées ou d’un rouge vif, et sont souvent accompagnées d’autres marques de violences.
Les excoriations et les érosions sont très-souvent la conséquence naturelle d’une inflammation de la vulve, surtout quand cette inflammation est accompagnée d’un écoulement assez abondant; elles peuvent être aussi le résultat d’une éruption herpétique ou aphtheuse, et il est alors en général facile de reconnaître leur origine (voy. Vagin et Vulve). Mais il est certaines lésions qui sont quelquefois tout à fait caractéristiques: ce sont celles produites par des coups d’ongle, qui se présentent sous la forme de petites plaies linéaires et curvilignes représentant l’empreinte de l’extrémité unguéale, ou sous forme d’égratignures plus ou moins irrégulières.
Enfin, les véritables plaies, qui siègent surtout sur l’hymen, près du clitoris, ou à la face interne des petites lèvres, sont faciles à distinguer, et témoignent avec évidence d’un traumatisme subi. Quelquefois cependant des ulcérations résultant de divers processus pathologiques ont été prises pour des plaies et considérées comme la preuve d’attentats.
Inflammation de la vulve. — Il est incontestable que des attouchements exercés sur les parties génitales peuvent occasionner une inflammation, quelquefois très-intense, de la vulve. Mais la vulvite peut se développer et se développe en effet fréquemment dans d’autres conditions ; beaucoup d’enfants qui n’ont certainement jamais subi d’attentats en sont atteintes, de sorte que cette alfection ne constitue pas par ellemême la preuve du crime.
C’est là un fait sur lequel on ne saurait trop insister, parce que c’est souvent la constatation même de la -vulvite qui est le point de départ d’une accusation. Les parents, en s’apercevant que leur enfant est malade, soupçonnent qu’elle a été victime d’un attentat ; ils la pressent de questions, la menacent de la punir, si elle ne dit rien, promettent le pardon, si elle veut tout avouer. La petite fille, pour échapper aux punitions, pour plaire à ses parents, pour se rendre intéressante, fait un récit mensonger dont les éléments lui sont fournis par l’interrogatoire même qu’elle subit; elle désigne comme coupable une des personnes
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — attentats a la pudeur. 497 dont on lui a cité les noms, et les parents restent persuadés de la véracité de son récit, qu’ils lui ont suggéré insconsciemment. L’enfant soutient ensuite le mensonge qu’elle a adopté, avec une ténacité, une persévérance et une fidélité incroyables. Quand on a pratiqué quelque temps la médecine légale, on a la conviction et parfois la preuve que les choses se passent souvent ainsi, et qu’un certain nombre d’accusations n’ont pas d’autres fondements. Astley Cooper avait déjà signalé cette cause d’erreurs graves; d’autres auteurs, et récemment le professeur Brouardel, ont insisté aussi sur ce point. Il ne paraît pas cependant que les médecins soient tous suffisamment pénétrés de cette notion, car quelques-uns encore n’hésitent pas à déclarer qu’une enfant a été victime d’un attentat, en se basant seulement sur l’existence d’une vulvite.
La vulvite spontanée s’observe surtout chez les enfants lymphatiques ou scrofuleuses, qui ont eu antérieurement de la gourme ou de la blépharite ciliaire, des écoulements d’oreille, des adénites cervicales, etc., mais elle est quelquefois la première manifestation du lymphatisme, et il n’est pas rare qu’elle survienne en dehors de cet état chez des enfants paraissant bien portantes. Elle apparaît quelquefois au moment de la dentition ou de l’établissement de la menstruation, elle se manifeste quelquefois aussi d’une façon épidémique dans les hôpitaux d’enfants, ainsi que le professeur Brouardel en a cité un exemple ; il est probable que, dans certains cas au moins, elle est contagieuse. La malpropreté favorise aussi son développement, et le docteur Pénard déclare même que la plupart des petites fdles qui ne sont pas soumises à des ablutions fréquentes ont des écoulements vulvaires plus ou moins abondants. Il est possible que dans certains cas elle soit provoquée par des attouchements que l’enfant exerce sur elle-même. Mais souvent on ne peut découvrir aucune cause occasionnelle du développement de la maladie.
La vulvite spontanée est chronique ou aiguë ; dans le premier cas elle est caractérisée par un écoulement d’abondance variable, formé par du mueo-pus quelquefois liquide, quelquefois épais, tenace, adhérant fortement aux parties ; la muqueuse est d’un rouge ordinairement peu vif, quelquefois même elle est pâle ; parfois elle est érodée en divers points. L’enfant souffre peu ou pas. — La vulvite aiguë peut survenir d’emblée ou dans le cours d’une inflammation chronique. Elle se manifeste par l’écoulement d’une quantité ordinairement abondante demuco-pus ou de pus jaunâtre ou verdâtre, bien lié ; cet écoulement s’étend quelquefois au vagin ; la muqueuse vulvaire est très-rouge, un peu tuméfiée, dépouillée par places de son épithélium, de façon à présenter des excoriations et des érosions superficielles, irrégulières, plus ou moins étendues ; la vulve est le siège de douleurs qui augmentent beaucoup pendant la marche, et surtout pendant la miction; les grandes lèvres sont souvent œdémateuses, la peau qui les recouvre, ainsi que celle du périnée et de la face interne des Cuisses, peut être rouge et recouverte de croûtes plus ou moins adhérentes. On trouve ordinairement dans les aines des ganglions tuméfiés et un peu douloureux au toucher.
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — pédérastie.
La vulvite provoquée par des violences présente les mêmes symptômes que la vulvite spontanée aiguë ; elle peut d’ailleurs passer à l’état chronique, surtout chez les petites filles lymphatiques ou mal soignées. Cependant l’inflammation ne se manifeste quelquefois que par la rougeur, la tuméfaction et l’endolorissement de la vulve, et elle disparaît au bout de quelques jours sans avoir occasionné d’écoulement, ou en n’ayant donné lieu qu’à une sécrétion muco-purulente extrêmement minime. Cette forme, que nous avons suivie pendant toute son évolution chez deux enfants et deux adultes qui avaient subi des violences non douteuses, nous paraît appartenir à la vulvite traumatique ; nous ne pensons pas qu’elle soit une des manifestations de la vulvite spontanée. Mais, en dehors de ces cas tout à fait exceptionnels, nous ne croyons pas qu’il existe de caractères différentiels entre la vulvite qui s’est développée spontanément et celle qui a été provoquée par des violences.
Dans la pratique, on peut quelquefois établir le diagnostic médicolégal à l’aide d’autres données. Quelquefois, par exemple, on trouve la trace des violences qui ont été exercées sur les organes génitaux : plaies, écorchures, ecchymoses. Dans d’autres cas, en examinant la chemise portée par l’enfant, et qui souvent lui a été retirée le jour même ou le lendemain du jour où le crime aurait été commis, on la trouve couverte d’une quantité si abondante de taches qu’il est évident que l’écoulement existait auparavant, et que par conséquent il n’a pas été occasionné par les attentats allégués.
Mais ce sont là des circonstances exceptionnelles; le plus souvent la constatation d’une vulvite ne permet par elle-même aucune conclusion précise; pour notre compte, dans la plupart des cas de ce genre qu’il nous a été donné d’observer, nous avons été obligé de formuler notre conclusion de la façon suivante : « L’enfant est atteinte d’une vulvite ; cette vulvite a pu être provoquée par des attouchements, mais, comme elle a pu aussi se développer spontanément, on ne saurait la considérer comme la preuve certaine de la réalité des attentats allégués. »
Pédérastie. — On désigne sous le nom de pédérastie l’introduction de la verge dans l’anus ; celui qui se livre à cet acte est le pédéraste actif ; celui qui le subit est le pédéraste passif. La pédérastie est exercée sur des hommes, sur des enfants ou sur des femmes.
La pédérastie n’est pas par elle-même un acte punissable par le Code pénal français, mais elle constitue souvent un attentat ou un outrage public à la pudeur, ou bien elle est compliquée de violences, de vol ou d’assassinat. Dans tous ces cas, il est nécessaire pour l’Instruction judiciaire de savoir si des actes de pédérastie ont été réellement accomplis, et un médecin est chargé de rechercher s’ils ont laissé des traces sur les organes des inculpés ou des victimes. Ces expertises ne sont pas trèsrares.
La pédérastie est en effet très-répandue, et il est probable qu’elle a toujours existé, avec plus ou moins d’extension, dans tous les temps et dans tous les pays. Quiconque a lu les auteurs classiques de l’anti-
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS. — pédérastie.
quilé sait que la pédérastie existait chez les Grecs et chez les Romains, qu’elle n’était pas considérée par eux comme un vice honteux ; l’amour entre hommes a même été célébré par leurs plus grands poètes. Dans notre civilisation actuelle, la pédérastie est regardée comme une passion dégoûtante et odieuse, mais elle n’en est pas moins en usage chez un nombre relativement assez grand d’individus, appartenant à toutes les classes de la société, ainsi que le montrent de nombreuses enquêtes judiciaires.
Certains des jeunes gens ou des hommes appartenant à la lie de la population des grandes villes exercent la pédérastie pour gagner de l’argent, en se faisant payer leurs ignobles complaisances ou en faisant chanter leur complice, et il semble que beaucoup d’entre eux ne sont même pas incités à ces actes par une impulsion voluptueuse, par un plaisir dépravé. Ces gens sont souvent en même temps des voleurs, et quelquefois des assassins. *
La pédérastie est souvent exercée par des hommes qui ne peuvent satisfaire leurs instincts sexuels par des rapports avec la femme, par les prisonniers, par les individus qui vivent en commun, mais plus ou moins complètement séparés du reste du monde, par ceux que leur profession oblige au célibat, etc.
Dans d’autres cas, c’est le contact perpétuel avec de petits enfants qui incite à la pédérastie : c’est ainsi qu’il n’est pas très-rare de voir des instituteurs se livrer à ces pratiques. J1 semble que souvent ces hommes, qui continuent d’ailleurs à avoir des rapports avec leur femme ou leur maîtresse, n’ont de penchant ni pour la pédérastie passive, ni pour la pédérastie exercée sur des hommes, mais seulement pour celle exercée sur de petits enfants.
Il est aussi une catégorie d’individus dans laquelle se trouvent de nombreux pédérastes, ce sont ceux qui présentent une sorte particulière d’arrêt de développement que le professeur Lorain a décrit sous le nom à’ infantilisme ou de féminisme. Ces individus, qui le plus souvent sont nés dans les grandes villes et y ont toujours vécu, cessent de se développer d’une façon normale au moment de la puberté; ils restent petits, maigres, leur barbe est rare, leurs seins relativement gros ; la verge et les testicules sont petits, le bassin large. Ces individus ne sont pas impuissants, mais leur aptitude au coït est ordinairement moindre, et assez souvent ils satisfont leurs appétits sexuels par la pédérastie passive. Il semble qu’en même temps que leur organisation physique les rapproche par certains traits de la femme, ils ont aussi emprunté en partie à celle-ci ses instincts sexuels; ils sont en quelque sorte hermaphrodites par leurs désirs génitaux.
Dans d’autres cas plus rares, mais bien observés dans ces derniers temps, et décrits d’abord par Westphall, c’est une sorte de renversement de l’instinct génital que l’on observe (instinct sexuel contraire ). Des hommes qui sont d’ailleurs parfaitement conformés au point de vue physique, et dont les organes génitaux sont normalement développés, éprou-
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — pédérastie.
vent et ont toujours éprouvé une indifférence complète à l’égard des femmes, de la répulsion à l’idée du coït pratiqué avec elles, et au contraire ressentent à l’égard des hommes, et plus spécialement pour un homme particulier, non-seulement le désir brûlai du coït, mais toutes les émotions qui constituent l’amour dans sa forme la plus élevée. On trouve dans le Traité de médecine légale de Casper Liman une lettre d’un pédéraste qui décrit cet état en termes dénotant une intelligence, cultivée. Plusieurs observations de Westphall, de Kraft-Ebing et d’autres auteurs, établissent la réalité de cette singulière déviation du sens génital.
D’ailleurs, à bien envisager les choses, il est évident que ces individus, dont on considère les penchants comme d’ordre psycho-pathologique, représentent le type pédéraste dans toute sa pureté, et que la plupart des pédérastes ordinaires n’en diffèrent que parce que chez eux l’aptitude au coït avec la femme existe encore ou a existé. Certains hommes avouent leurs habitudes de pédérastie, les uns cyniquement, les autres en les déplorant et en assurant qu’ils ont fait tout leur possible pour y résister. Un Allemand a même écrit, sous le nom d’Ulrichs, une apologie chaleureuse de la pédérastie, demandant qu’une cérémonie consacre publiquement l’union de deux hommes pédérastes, et il s’est trouvé un de ses compatriotes pour réfuter sérieusement cet opuscule, qui n’a d’ailleurs pas le ton d’une plaisanterie.
Il est certain en tous cas qu’il faut une impulsion bien forte pour que des hommes intelligents, instruits, bien élevés, pères de famille, occupant dans la société une place honorable ou même très-élevée, aillent assouvir des désirs inavouables au prix d’humiliations et de dangers de tous genres, risquent leur honneur, leur fortune, et soient quelquefois obligés de recourir au suicide pour échapper au scandale énorme qu’ils ont provoqué. — Aussi, quelque odieux et répugnants que soient les actes de pédérastie, n’y a-t-il pas lieu de regretter que la loi française ne les atteigne que dans certains cas? II serait trop difficile d’apprécier le degré de responsabilité de ceux qui s’y livrent.
Signes de la pédérastie. — On demande à l’expert de rechercher tantôt les signes de la pédérastie active, tantôt ceux de la pédérastie passsive.
La plupart des auteurs pensent qu’il n’existe pas de signes de la pédérastie active , que de tels actes ne produisent pas de déformations ni d’autres modifications de la verge. Nous partageons absolument cette opinion.
Tardieu enseignait que le pénis des pédérastes actifs présente des particularités caractérisques : « Ordinairement très-grêle, dit-il, il va en s’amincissant depuis la base jusqu’à l’extrémité, qui est très-effilée (canum more) ; chez d’autres, la verge est au contraire très-volumineuse, et le gland, étranglé à sa base, est démesurément allongé ; de plus, la verge est tordue sur elle-même dans le sens de sa longueur, de sorte que le méat urinaire paraît dévié latéralement. » L’observation montre que ces caractères sont illusoires, que la conformation- du pénis varie considé-
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS. — pédérastie.
rablement suivant les individus, mais qu’elle ne présente rien de spécial chez les pédérastes. On comprendrait d’ailleurs difficilement comment un organe aussi élastique et aussi vasculaire que la verge se laisserait déformer par la pression passagère que le sphincter anal lui fait subir.
La pédérastie passive peut entraîner certaines lésions ou certaines modifications de l’anus.
Quand l’acte a été commis une seule fois ou un petit nombre de fois, et surtout s’il s’agit d’un enfant, on peut trouver, quand l’examen n’est pas trop retardé, les traces d’une distension violente de l’anus, c’est-àdire des excoriations et des déchirures superficielles siégeant sur la muqueuse et sur les plis rayonnés de la peau, la rougeur de l’orifice, une douleur que rendent beaucoup plus vive la marche et surtout la défécation; quelquefois l’inflammation suppurative de l’extrémité inférieure du rectum et de l’anus. Le professeur Brouardel pense que ces lésions amènent souvent par voie réflexe la contracture du muscle releveur de l’anus, et qu’ainsi on peut observer après un seul acte de pédérastie la dépression en infundibulum de l’anus, signe sur lequel nous reviendrons plus loin.
Mais il ne faut pas croire que toutes ces lésions, ou même quelquesunes d’entre elles, existent toujours à un degré plus ou moins marqué à la suite d’un acte de pédérastie. L’anus est très-dilatable, et, si l’acte a été consenti, si la verge a été introduite graduellement, sans violence, on peut ne trouver aucune trace de l’intromission, même quand il s’agit d’un enfant, et quand l’examen n’est pas très-tardif. C’est ce que nous avons constaté plusieurs fois, alors que les deux individus qui avaient pris part à l’acte l’avouaient. D’après les déclarations de ces individus, il arrive même assez souvent que l’intromission est à peine douloureuse pour celui qui la subit.
Quant à la pédérastie passive habituelle, on a indiqué comme pouvant la caractériser les signes suivants :
La dépression de l’orifice anal, qui occupe le fond d’un infundibulum ou d’un cornet dont les parois sont constituées par la face interne des fesses. Le professeur Brouardel attribue cet enfoncement de l’anus à la contracture du muscle releveur, quand il existe des lésions anales. Mais ce signe est loin d’être constant, et il est même impossible de lui attribuer une très-grande valeur, parce que la profondeur de l’anus varie considérablement suivant les individus. Chez certains l’anus est presque au niveau de la rainure interfessière, et apparaît dès que le tronc est un peu incliné en avant ; chez d’autres, qui semblent absolument à l’abri de tout soupçon de pédérastie, l’anus est très-profondémént enfoncé et occupe le sommet d'un cornet très-accusé. La déformation en infundibulum résulterait dans certains cas, d’après Tardieu, d’une dilatation de la portion la moins profonde du sphincter anal; nous n’avons pas observé cette disposition.
Le relâchement du sphincter et la dilatation de l'orifice anal sont des signes importants.’ Le sphincter peut n’être relâché que d’une façon
502 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — pédéhastie.
incomplète, et se contracter encore vigoureusement sous l’influence de la volonté. Pour apprécier ce premier degré de relâchement, il faut prolonger l’exploration un certain temps ; le doigt introduit dans l’orifice anal éprouve d’abord la résistance qu’oppose la contraction volontaire des fessiers, du sphincter et du releveur anal ; au bout de quelques secondes on sent cette résistance diminuer pour reprendre aussitôt, et après quelques-unes de ces alternatives, la contractilité volontaire étant épuisée, le doigt n’éprouve plus le resserrement que la tonicité du sphincter occasionne à l’état normal.
A un degré plus avancé, le relâchement du sphincter s’accompagne d’un état béant de l’anus avec incontinence plus ou moins complète des matières fécales.
Le relâchement prononcé du sphincter, et surtout la béance de l’orifice anal, constituent un des signes les plus probants de la pédérastie passive. Il ne faut pas oublier toutefois que cet état peut être la conséquence d’opérations chirurgicales (fistules, etc.), d’hémorrhoïdes, ou d’un prolapsus volumineux de la muqueuse qui, dans certains cas, laissent en se retirant une dilatation de l’anus. En outre chez les enfants, chez les paraplégiques, l’anus peut être paralysé, se laisser distendre très-facilement par les doigts, être incapable de retenir complètement les matières fécales.
Il ne faut pas oublier non plus que sur le cadavre le sphincter est toujours relâehé, et que quelquefois l’orifice anal est largement béant. Pour peu que la putréfaction soit avancée, c’est-à-dire deux ou trois jours après la mort en été, on voit la muqueuse rectale former dans certains cas un bourrelet saillant à travers l’orifice dilaté. Il importe de ne pas attribuer cet aspect de l’anus sur le cadavre à des actes de pédérastie.
L 'effacement des plis radiés de la marge de l'anus s’explique par la perte de tonicité du sphincter : on l’observe en effet habituellement dans les cas où l'orifice est dilaté, ou très-facilement dilatable.
Les marisques, les végétations, s’observent chez des personnes qu’on ne peut soupçonner de pédérastie, et on ne saurait par conséquent leur attribuer une valeur diagnostique.
La même remarque s’applique aux hêmorrhoïdes, aux fissures, aux rhagades ; il est possible et même probable que des habitudes de pédérastie favorisent le développement de ces lésions, mais rien ne permet de reconnaître avec certitude dans un cas donné que telle a bien été leur origine.
La rougeur de la marge de l'anus, Y épaississement de la muqueuse et de la peau de l'orifice, sont encore des lésions qu’on ne peut considérer comme caractéristiques ; tous les médecins ont observé du prurigo, de l’érythème et de l’eczéma de l’anus, chez des personnes au-dessus de tout soupçon.
Les chancres et la blennorrhagie de l'anus et du rectum ont évidemment une signification très-nette. Toutefois le chancre mou de l’anus peut résulter dans certains cas d’une auto-inoculation accidentelle par le
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS. — bestialité.
contact des vêtements ou des doigts. — La blennorrhée anale ou rectale, c’est-à-dire un écoulement peu abondant, incolore ou faiblement coloré, peut s’observer chez les individus qui ont une cause d’irritation de l’anus ou du rectum : eczéma, prurigo, oxyures, hémorrhoïdes, polypes, etc.; en l’absence de ces causes elle peut être due au traumatisme qu’occasionne la pédérastie. — La véritable blennorrhagie est caractérisée par un écoulement abondant, jaune verdâtre, épais, avec rougeur et gonflement de la muqueuse, intertrigo des fesses. Elle ne peut être attribuée qu’à la pédérastie, à moins toutefois que la coexistence d’une blennorrhagie des organes génitaux ne puisse faire admettre la possibilité d’une inoculation accidentelle par le sujet lui-même. — Il est quelquefois difficile de distinguer la blennorrhagie d’une inflammation simple de la muqueuse anale et rectale, inflammation que nous avons vue quelquefois chez des enfants revêtir une forme très-aiguë et très-tenace. Ces deux affections indiquent presque toujours la pédérastie, mais la distinction a de l’importance au point de vue de la recherche de l’inculpé.
Après avoir passé en revue tous les signes qui peuvent servir au diagnostic médico-légal de la pédérastie, nous devons ajouter que ces signes sont loin d’être constants, et que souvent on les voit manquer tous chez des pédérastes qui avouent, ou dont la culpabilité est établie avec évidence par l’enquête judiciaire. Comme d’un autre côté plusieurs de ces signes sont peu probants et peuvent être attribués à une autre cause, il est bien rare que l’examen médical suffise pour démontrer qu’un individu a des habitudes de pédérastie passive.
Sodomie ou Bestialité. Il s’agit dans ces cas du coït exercé soit par un homme sur un animal, soit par un animal sur une femme. Il est extrêmement rare que ces faits se présentent dans la pratique médico-légale ; quelques observations ont été cependant publiées.
Dans un cas rapporté par Kutter, il s’agissait d’un homme qui avait eu des rapports sexuels avec une jument ; on trouva sur les parties génitales de cet homme, entre le prépuce et le gland, des poils provenant de la jument, et des taches de sang sur son pantalon et sur sa chemise; on constata aussi qu’il y avait un écoulement sanguin par le vagin de la jument (?).
Dans tous les cas publiés de bestialité concernant des femmes, l’animal était un chien. Dans une observation de Pfaff, on trouva sur le pubis d’une jeune fille un poil noir de chien, et des spermatozoïdes accolés aux poils du pubis de la fille.
Dans quelques cas, il s’agit de rapports entre un chien et un homme, le chien jouant le rôle de pédéraste actif. La possibilité de semblables rapports n’est cependant pas démontrée. On trouve dans le livre de Tardieu une expertise sur ce sujet ; les professeurs Brouardel et Bouley en ont récemment publié une autre. Bouley déclare que, d’une manière générale, il ne lui paraît pas possible qu’un chien exerce sur un homme l’acte de pédérastie, et que cela lui semble absolument inadmissible dans le cas particulier soumis à son appréciation. Son opinion est motivée
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — onanisme. surtout sur ce que l’animal n’était pas d’assez grande taille pour avoir pu étreindre avec ses pattes de devant le corps de l’homme, condition indispensable, paraît-il, pour que le chien exerce les mouvements du coït. — Il fait remarquer en outre que, si le pénis avait élé introduit, le gonflement de cet organe aurait déterminé un accolement persistant quelque temps entre l’homme et le chien, à moins que le pénis n’ait été retiré brusquement et par force, ce qui aurait laissé dés traces de violences sur l’anus de l’homme. — L’accusé fut condamné malgré les conclusions des experts.
Onanisme. — Celte question a été traitée d’une façon magistrale par Mauriac (t. XXIV, p. 494). Il est cependant nécessaire de revenir ici sur un point qui n’a pas été abordé.
Il arrive quelquefois, en effet, que l’on demande à l’expert si un individu porte des traces d’habitudes de masturbation. Cette question peut être posée, par exemple, quand il s’agit d’enfants qu’on suppose avoir été victimes d’acles de débauche autres que le viol ou la pédérastie, ou bien quand il y a lieu de penser, d’après les renseignements recueillis par l’enquête judiciaire, que des inculpés ou des plaignants, dans les affaires d’attentat ou d’outrage public à la pudeur, sont adonnés depuis longtemps à la masturbation.
Chez l’homme adulte, il n’existe aucun signe qui permette de reconnaître avec certitude et d’affirmer des habitudes de masturbation. Peutêtre l’érectilité très-marquée de la verge, la turgescence du gland dont la muqueuse est violacée, la rougeur et la tuméfaction des lèvres du méat urinaire, traduisent-elles dans certains cas l’abus des fonctions génitales; mais ces signes, alors même qu’ils seraient constants et caractéristiques, ce qui n’est pas, pourraient être aussi bien attribués à des excès de coït qu’à la masturbation. De même, s’il est possible que la masturbation entraîne chez l’homme certains ti’oubles de la santé générale, qui ont été décrits en détail ailleurs (voy. article Onanisme), portant sur le système nerveux, la nutrition, l’état des forces, etc., ces troubles, ne sont pas absolument caractéristiques, et, le fussent-ils, qu’ils indiqueraient seulement l’abus des jouissances vénériennes, quelle qu’en soit la nature.
Chez les jeunes garçons, il est aussi presque toujours impossible à l’expert d’affirmer l’existence d’habitudes de masturbation. Cependant chez eux ces habitudes se traduisent souvent mieux que chez l’adulte par la pâleur, l’amaigrissement, la perte d’appétit, les vertiges, la gastralgie, etc., et les modifications des parties génitales sont plus caractéristiques. Il arrive ainsi quelquefois qu’un médecin examinant un enfant dans sa clientèle, ne pouvant trouver aucune autre cause aux troubles qu’il constate, les attribue à l’onanisme, et signale ces habitudes aux parents. Mais il ne s’agit là que de soupçons, souvent justifiés d’ailleurs, et qui ont d’autant plus de valeur que le médecin connaît l’enfant, ses antécédents pathologiques, ses conditions d’hygiène, depuis longtemps. L’expert n’est pas autorisé à communiquer à la justice de pareils soup-
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS. — onanisme.
çons qui risqueraient souvent, dans les conditions où il pratique son examen, de n’être pas fondés. Ce n’est que dans certains cas, fort rares du reste, où les signes sont très-accentués, qu’une affirmation est permise. C’est ainsi que nous avons examiné un enfant de huit ans, d’un développement physique ordinaire, dont les testicules étaient dans l’état normal à cet âge, mais dont la verge entrait en demi-érection très-facilement pendant les courtes manœuvres nécessitées par l’examen ; le gland était turgescent, violacé, les lèvres du méat urinaire rouges, saillantes, renversées en dehors. Nous conclûmes que très-probablement cet enfant avait subi des attouchements fréquents (exercés par lui-même ou par d’autres) .
Chez la femme, la masturbation ne peut être affirmée que très-rarement par un médecin légiste. Il est vrai que divers auteurs, et récemment Martineau, ont décrit les modifications que les habitudes d’onanisme impriment aux parties génitales. Ces modifications consisteraient en l’augmentation du volume du clitoris, son érectilité, la turgescence du gland, l’allongement des petites lèvres, la rougeur de la muqueuse vulvaire, le relâchement de l’hymen. Il est probable que ces signes, ou du moins quelques-uns d’entre eux, qui ont été indiqués par de bons observateurs, se développent souvent en effet sous l’influence de la masturbation ; mais cependant ils ne peuvent, à notre avis, permettre une affirmation en médecine légale que dans des cas extrêmement rares, parce qu’aucun d’eux n’est absolument caractéristique. Le volume du clitoris varie beaucoup suivant les femmes, et il y a à cet égard des différences congénitales très-marquées. Son érectilité peut tenir à une excitabilité plus grande de la femme, en dehors d’habitudes de masturbation; la turgescence du gland peut résulter de rapports sexuels fréquents ou d’une inflammation plus ou moins ancienne. On trouve chez une foule de femmes les petites lèvres allongées, triangulaires, flasques, pendantes, d’une coloration brunâtre, et il serait téméraire d’affirmer que toutes ces femmes se livrent à l’onanisme. Quant à la rougeur de la muqueuse vulvaire, elle peut être due à une foule de causes, et c’est une constatation absolument banale. La laxité de la membrane hymen résulte presque toujours de sa structure et de sa conformation, ou bien de véritables rapports sexuels. — Chez les petites filles, toutefois, ces signes, et surtout la rougeur et l'érectilité du clitoris, sont plus probants, et permettent quelquefois de déclarer que très-probablement ces enfants se livrent à des attouchements, ou en subissent de la part d’autres personnes.
Le saphisme consiste en la friction et la succion du clitoris, manœuvres que certaines femmes font exécuter, le plus souvent, par d’autres femmes. Le docteur Martineau assure que ces actes laissent sur les organes des traces tout à fait caractéristiques, qu’il décrit minutieusement : le clitoris serait allongé, son gland volumineux et turgescent, découvert; le capuchon serait très-développé et épaissi. Ces caractères sont, en somme, très-peu différents de ceux qu’on décrit comme caractérisant la masturbation, et nous ne croyons pas qu’aucun médecin légiste
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS, se croie autorisé, après avoir constaté ces signes, à déclarer qu’une femme se livre au saphisme.
III. — TRANSMISSION DES MALADIES SYPHILITIQUES OU VÉNɬ RIENNES PAR LE VIOL OU L’ATTENTAT A LA PUDEUR. — Quand le viol ou l’attentat à la pudeur a été compliqué de la transmission d’une maladie syphilitique ou vénérienne, cette circonstance, bien que non prévue par la loi, constitue une aggravation de l’acte, et doit être signalée aux magistrats et aux jurés. En outre l’existence de la maladie chez la plaignante peut prouver, ou tout au moins rendre extrêmement vraisemblable, la culpabilité de l’homme qu’elle accuse, si celui-ci est atteint de la même affection.
En ce qui concerne la transmission de la syphilis, nous renvoyons à l’atticle Syphilis (Médecine légale), où cette question a été traitée.
Aux articles Blenkorrhacie et Vagix et Vulve, le diagnostic et les conditions de la transmission de l’écoulement blennorrhagique ont été étudiés. Nous n’avons ici qu’à insister sur les difficultés le plus souvent inextricables que la pratique médico-légale présente dans les questions de ce genre.
En etfet, le diagnostic précis et certain de là blennorrhagie chez les petites filles est presque toujours impossible. Nous avons décrit plus haut la vulvite aiguë des enfants, vulvite qui peut survenir spontanément ou à la suite de violences exercées sur les parties génitales. Or la vulvite blennorrhagique ne diffère de la vulvite spontanée ou traumatique que par des nuances souvent très-peu accusées, et qu’on ne peut pas toujours apprécier exactement dans une expertise. La vulvite blennorrhagique persiste en général au moins une quinzaine de jours à l’état aigu, même chez des enfants très-bien soignés; elle débute quelques jours seulement après le contact incriminé ; assez souvent l’écoulement s’étend au canal de l’urèthre, ce qui est extrêmement rare dans les autres formes de vulvite : aussi n’est-ce guère que dans la blennorrhagie que la miction détermine des douleurs extrêmement vives, et telles que nous avons vu plusieurs fois des enfants refuser d’uriner pendant une journée entière. Ces éléments peuvent être suffisants pour établir un diagnostic clinique, mais ils ne permettent presque jamais une affirmation absolue, comme celle que réclame la médecine légale, et dont la conséquence peut être la condamnation d’un accusé.
D’un autre côté, l’examen de l’homme soupçonné d’avoir commis l’attentat offre des difficultés d’un autre ordre, mais au moins aussi grandes. A quel moment un écoulement cesse-t-il d’être contagieux ou transmissible; un écoulement peu abondant, muco-purulent, ténu, dont on constate l’existence, est-il la terminaison d’une blennorrhagie franche, récente, et est-il par suite probablement encore virulent; ou bien s’agit-il simplement de ces écoulements à rechutes, si fréquents et si tenaces, dont la transmissibilité est bien douteuse? Autant de questions qu’un expert ne peut se permettre de trancher, car, alors même qu’il aurait une grande autorité sur cette matière, son opinion personnelle pourrait toujours ren-
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS
contrer des opposants. La doctrine médicale est si peu fixée sur ces questions que les auteurs les plus compétents ne sont pas d’accord sur la fréquence de la contagion comme cause des écoulements uréthraux, francs, aigus et récents. Ce n’est donc que dans les cas rares où l’on a pu constater à la fois, chez l’enfance une vulvite présentant les caractères indiqués plus haut, et chez l’accusé une blennorrhagie aiguë, intense, non ancienne (et à ce point de vue l’examen des chemises ou linges saisis au domicile de l’accusé est très-utile), que l’on peut considérer comme très-vraisemblable la transmission de la maladie. Mais même dans ce cas il est du devoir de l’expert de ne pas émettre une affirmation absolue, et de bien faire ressortir les restrictions qu’elle comporte.
On peut dire, par exemple : « 1° L’inculpé était atteint, à l’époque où on lui reproche d’avoir commis un attentat sur la jeune X., d’une blennorrhagie. 2° L’enfant X. a été atteinte d’une inflammation des parties génitales ; cette inflammation présente les mêmes caractères que si elle résultait de la transmission de la blennorrhagie, mais il est vrai que ces caractères peuvent être presque les mêmes quand l’inflammation s’est développée sous l’influence d’une autre cause. »
IV. EXAMEN DE ETNCUEPÉ DANS EES AFFAIRES DE VI O E ET D’attentats aux mieers. — Le médecin-légiste est chargé souvent d’examiner l’inculpé dans les affaires de viol et d’attentats aux mœurs.
Tantôt il doit constater si l’inculpé est atteint d’une maladie syphilitique ou vénérienne, et s’il a pu la communiquer à la victime.
Tantôt il s’agit de rechercher les traces d’une lutte soutenue pendant un viol ou une tentative de viol. Quelquefois l’examen a pour but de constater si l’inculpé présente sur les parties génitales quelque signe spécial décrit par la plaignante. Tardieu cite un cas où l’inculpé présentait une tumeur érectile en forme de fraise , située au-dessous des bourses, et un autre où les poils du pubis étaient enroulés en boucles sur les côtés et rasés au milieu, particularités qui avaient été indiquées par les jeunes filles qu’avaient violées ces deux individus. — Quelquefois encore on demande à l’expert s’il n’y a pas disproportion entre les organes génitaux de l’homme et ceux de la plaignante. Cette constatation peut avoir une certaine utilité quand la victime ou soi-disant telle est une jeune fille dont l’hymen ne porte pas de traces certaines de déchirures, mais est cependant susceptible d’admettre un pénis qui ne serait pas très-volumineux. Toutefois il faut se rappeler que l’augmentation de volume de la verge au moment de l’érection varie notablement suivant les sujets et que des différences très-marquées pendant l’état de flaccidité peuvent s’atténuer beaucoup pendant l’érection. D’autre part la petitesse du membre viril n’exclut pas, ainsi que le fait remarquer Tardieu, la possibilité de la production de déchirures ou de lésions peu graves sur les organes génitaux de la femme ; c’est moins le volume de l’organe que la violence de l’intromission et la résistance de la victime qui occasionnent ces lésions.
Dans d’autre cas l’accusé, pour prouver qu’il n’a pas commis les actes
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS
qui lui sont imputés, allègue qu’il est impuissant. L’examen des organes génitaux ne permet pas de reconnaître si un individu est impuissant, sauf dans les cas très-rares où il existe un arrêt de développement extrêmement prononcé de ces organes; mais on peut constater certains vices de conformation ou certaines difformités qui rendent le coït, et à plus forte raison le viol, impossibles. Citons notamment la rétraction cicatricielle de la verge, certaines indurations des corps caverneux, le raccourcissement considérable du frein, qui accompagne quelquefois l’hypospodias , les tumeurs très-volumineuses des bourses , les hernies scrotales très-grosses et irréductibles. — ■ Les causes générales de l’impuissance ont été exposées par Siredey ( Voy . t. XVIII, art. Impuissance)'; parmi ces causes nous citerons seulement comme fréquentes et d’une constatation facile les affections de la moelle épinière et le diabète; l’impuissance ne manque presque jamais chez les diabétiques qui rendent une grande quantité de sucre et sont cachectiques ; elle peut exister dès le début de la maladie, alors que les urines ne contiennent qu’une minime quantité de glycose et que le diabétique ne présente pas d’autres troubles de la santé générale. Il est d’ailleurs presque toujours impossible au médecin légiste d’affirmer qu’un individu est ou n’est pas impuissant; la perte de la virilité survient sous des influences très-diverses qui sont bien loin d’avoir la même action sur tous les sujet®. Le médecin sait par les confidences qu’il reçoit dans son cabinet qu’il n’est pas très-rare que des hommes qui ne sont pas encore des vieillards, qui sont même encore jeunes, soient momentanément ou définitivement impuissants, sans que quelquefois il existe d’autres troubles de la santé auxquels on puisse rattacher ce symptôme; mais, quand il s’agit d’expertises médico-légales, il n’est pas en mesure de reconnaître si de telles allégations sont véridiques.
Il est important de ne pas oublier que des individus absolument impuissants, incapables de tout coït, peuvent avoir conservé des appétits génésiques et se livrer à divers actes lubriques. Le fait n’est même pas très-rare chez des vieillards qui, bien qu’incapables d’avoir une érection, commettent toutes les obscénités imaginables, et recherchent souvent les excitations génésiques en exerçant des attouchements sur les enfants ou en s’en faisant exercer par ceux-ci. Les petits garçons se livrent souvent aussi à la masturbation dès leur première enfance. Fleischmann aurait même vu des enfants de 9 et de 13 mois se livrer à l’onanisme; cette habitude se serait développée à la suite des manœuvres de la nourrice qui, pour apaiser les cris de l’enfant, lui suçait le pénis.
Quelquefois un accusé invoque seulement une impuissance momentanée causée par un état pathologique transitoire dont il aurait été atteint à l’époque où il aurait commis les actes qui lui sont reprochés. Il est évident qu’un individu atteint d’une affection fébrile intense est incapable de se livrer au coït ; il en est de même de toutes les affections aiguës qui retentissent fortement sur l’état général. Nous avons assisté le professeur Brouardel dans une expertise où il s’agissait d’un jeune
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS
homme que des agents de police disaient avoir vu se livrer publiquement à des actes lubriques, et avoir surpris à quatre reprises différentes en état d’érection, en l’espace de trois quarts d’heure. Cet individu était atteint d’une diarrhée très-intense avec vomissements, qui persistait encore vingt jours après l’arrestation, et qui était due probablement à une tuberculose intestinale; ce fait étant bien établi, la conclusion fut que les manifestations génésiques qu’on attribuait à l’inculpé étaient incompatibles avec l’affaiblissement général qu’on avait constaté chez lui, et qu’expliquaient la diarrhée et les vomissements dont il était atteint. L’accusé fut acquitté malgré les affirmations des agents de police.
Quand il s’agit d’outrage public à la pudeur, l’inculpé déclare quelquefois que les manœuvres auxquelles on l’a vu se livrer ont été faites non dans un but lubrique, mais pour parer à certaines infirmités. Ainsi des hommes atteints de rétrécissement du canal de l’urèthre ou d’autres affections des voies urinaires, ne pouvant uriner que lentement et goutte à goutte, aident la miction par des tractions opérées sur la verge, et font des stations d’une longueur démesurée dans les urinoirs, circonstances qui semblent souvent suspectes aux agents de police. Laugier, qui a publié un mémoire sur ce sujet, cite le cas d’un homme atteint à la fois d’une hypertrophie de la prostate et d’hémorrhoïdes extrêmement volumineuses ; pendant la miction le jet d’urine s’arrêtait fréquemment, ne reprenait qu’après un effort, et le malade était obligé de tirer sur la verge, tandis que l’autre main appliquée sur l’anus retenait les hémorrhoïdes qui avaient de la tendance à s’échapper sous l’influence des efforts. Un autre homme, atteint d’un rétrécissement très-étroit, de cystite purulente et d’incontinence d’urine, avait pris l’habitude, quand il se trouvait dans un endroit public et fermé, de garder sa verge à nu sous son paletot boutonné et de laisser s’écouler l’urine goutte à goutte ; il évitait ainsi les envies d’uriner qui l’auraient obligé de sortir à chaque instant. — Dans tous ces cas, les constatations médicales peuvent, sinon excuser toujours l’inculpé d’une façon complète, du moins atténuer sa culpabilité, en montrant qu’il n’a pas obéi à des idées lubriques.
Enfin l’ expert est chargé quelquefois d’examiner l’état mental des prévenus. Un certain nombre d’attentats à la pudeur ou d’outrajje public à la pudeur sont commis par des aliénés, surtout par des paralytiques généraux et des gens atteints de démence sénile. Lasègue a décrit en •outre, sous le nom d ’ exhibitionnistes, une classe d’aliénés dont le trouble mental se manifeste, quelquefois uniquement, par le besoin d’exhiber leurs organes génitaux, sans autres manœuvres lubriques. Ces hommes peuvent être en pleine virilité ; souvent on note chez eux, avant, pendant ou après la période à laquelle ils se livrent à ces actes, d’autres troubles mentaux. Après avoir relaté plusieurs cas de cette singulière vésanie, Lasègue s’exprime ainsi : « Les faits que je viens de résumer portent l’empreinte des états pathologiques ; leur instantanéité, leur périodicité, leur non-sens reconnu par le malade, l’absence d’antécédents génésiques, l’indifférence aux conséquences qui en résulteront, la limi-