VINAIGRE. - V. MÉDICINAUX
les plantes sèches et le vinaigre, ou en mêlant un alcoolat à du vinaigre distillé ; ces préparations sont passées dans le domaine de la parfumerie.
Le vinaigre framboisé qu’on obtenait en faisant macérer, pendant
10 jours, 3 parties de framboises et 2 parties de vinaigre blanc, a également disparu du Codex de 1884; il servait à préparer un sirop trèsagréable qu’on fait maintenant en mélangeant parties égales de sirop de framboises et de sirop de vinaigre.
Nous donnerons ici la formule des vinaigres qu’on emploie le plus fréquemment.
Vinaigre de colchique. — Bulbes frais de colchique incisés, 200 ; acide acétique cristallisable, 20; vinaigre blanc, 980.
Faites macérer pendant huit jours, dans un vase en verre, en agitant de temps en temps. Passez avec expression et filtrez; antigoutteux ; dose : 5 à 10 gr. en potion.
Vinaigre scillitique. — Squames de scille sèches, 100; acide acétique cristallisable, 20 ; vinaigre blanc, 980.
Pulvérisez grossièrement les squames de scille ; faites-les macérer pendant huit jours avec l’acide acétique et le vinaigre. Passez avec expression et filtrez.
Le vinaigre de scille sert surtout à préparer l’oxymel scillitique, diurétique et expectorant, recommandable, dont l’emploi remonteà Dioscoride { Voy . Scille, t. XXXII, p. 599).
Vinaigre anglais. — Acide acétique cristallisable, 500 ; camphre, 50 ; essence de cannelle, 1 ; essence de girofle, 1 ; essence de lavande, 1/2.
Ce liquide, employé comme stimulant de la pituitaire, sert à garnir des flacons de poche qu’on remplit d’abord de sulfate de potasse granulé qui joue le rôle d’absorbant.
Vinaigre aromatique. — Alcoolature vulnéraire, 125; vinaigre blanc, 875. Mêlez et filtrez.
Le vinaigre antiseptique est une préparation compliquée dans laquelle
11 entre, en plus, différents aromates, de l’ail et du camphre.
Vinaigre camphré. — Camphre, 25 ; acide acétique cristallisable, 25 ;
vinaigre blanc, 950 gr.
Pulvérisez le camphre dans un mortier en porcelaine à l’aide de l’acide acétique; ajoutez le vinaigre-peu à peu et versez le tout dans un flacon bouché à l’émeri. Agitez et, après solution complète, filtrez au papier.
Vinaigre phéniqué. — Acide phénique cristallisé, 40; acide acétique concentré, 200; eau distillée, 790. Mêlez et filtrez.
Les vinaigres camphré et phéniqué, étendus d’eau, sont employés en lotions comme antiseptiques ; on a attribué au vinaigre lui-même des propriétés désinfectantes qui ne lui appartiennent pas en propre, mais sont communes à tous les acides ; ces corps sont, en effet, des coagulants énergiques ; lorsqu’ils se trouvent en quantité suffisante pour donner aux liquides qui les renferment une réaction franchement acide, ils constituent, comme on sait, un mauvais milieu pour le développement des organismes inférieurs. E. Villejean.
484 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — viol.
VIOL et ATTENTATS AUX MOEURS. — I. vioi.. — Le
viol est l’acte par lequel un homme se livre au coït sur une femme non consentante, que cette femme soit vierge ou déflorée antérieurement. Le coït peut être accompli sans le consentement de la femme, soit que l’homme use de violences, soit qu’il ait recours à la ruse, en surprenant, par exemple, la femme pendant son sommeil, ou alors que pour une cause quelconque elle est incapable de résister; dans tous ces cas il y a viol.
Au point de vue de l’expertise médicale, il y a lieu de distinguer les cas où le viol est commis sur une femme antérieurement déflorée, ou sur une fille vierge.
Viol sur une femme antérieurement déflorée. — On comprend que, lorsqu’il s’agit d’une femme qui a eu antérieurement des rapports sexuels, la preuve médicale du viol ne peut être obtenue que dans des circonstances exceptionnelles. 11 est rare en effet que l’introduction violente et non consentie du pénis laisse dans ces cas des traces sur les parties sexuelles. Une seule fois nous avons constaté des marques de violences sur les organes génitaux d’une femme victime d’un viol, et d’ailleurs déflorée depuis longtemps. Cette femme avait été attirée dans une écurie par quatre hommes qui avaient successivement exercé le coït sur elle. Cinq jours après, on apercevait à la vulve et à l’entrée du vagin des ecchymoses et plusieurs érosions superficielles; mais ces lésions avaient pu être faites par les doigts, car le viol avait été accompagné, paraît-il, d’attouchements violents. La muqueuse de la vulve était tuméfiée, chaude, très-douloureuse, mais était à peine humectée par une très-minime quantité de muco-pus.
En l’absence de lésions sur les organes génitaux, les traces de lutte sur les diverses parties du corps, les marques de contusions, les ecchymoses, qui attestent les violences subies, ont une grande importance et doivent toujours être recherchées.
Dans quelques cas, on peut trouver du sperme sur les poils du pubis, sur la peau du ventre ou du périnée, sur les vêtements. Cette constatation, bien qu’elle prouve seulement un coït accompli ou tenté plus ou moins récemment, a dans certains cas une signification décisive au point de vue de l’accusation. Lorsqu’on soupçonne qu’un meurtre a été précédé de viol, il ne faut pas oublier à l’autopsie de rechercher le sperme nonseulement sur les vêtements, la peau, les poils du pubis, mais sur toute l’étendue de la muqueuse vaginale dont on racle la surface ( Voy . art. Sperme).
Yiol accompli sur une fille vierge. Signes de la virginité et de la défloration. — Ce n’est pas seulement dans les affaires de viol, mais quelquefois aussi dans les inculpations d’avortement ou d’infanticide, que le médecin légiste est chargé de rechercher si une fille est ou non déflorée.
En général, l’ensemble des parties génitales a un aspect différent chez les vierges et chez les femmes qui ont depuis longtemps des rap-
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — signes de la virg. et de la défl. 485
ports sexuels, et à plus forte raison chez celles qui ont accouché. Chez les vierges, les grandes lèvres sont ordinairement fermes, bien appliquées l’une contre l'autre, et souvent elles recouvrent complètement les petites lèvres dont la coloration est rosée ; le vagin est étroit, et les plis de la muqueuse sont bien indiqués. Mais cet état n’est ni constant ni caractéristique; il est subordonné à des particularités de conformation individuelle, à l’état de nutrition du sujet, et surtout à l’âge. Chez les filles vierges qui ont dépassé une trentaine d’années on trouve très-souvent les grandes lèvres flasques, peu consistantes, écartées et laissant à découvert les autres parties de la vulve ; les fibres élastiques du derme se sont relâchées, comme d’ailleurs sur d’autres points du tégument, par exemple, aux seins, qui deviennent avec l’âge flasques et pendants; les petites lèvres sont souvent allongées, font saillie hors de la vulve, et la muqueuse a pris une coloration brunâtre.
C’est l’état de l’hymen qui, seul, peut donner, sous certaines réserves, la preuve certaine de la défloration. L’orifice que présente cette membrane est ordinairement trop petit pour laisser passer la verge en érection, et en général le premier coït déchire cet orifice dont la forme se trouve ainsi modifiée.
La conformation et la structure de l’hymen ont été décrites à l’article Vagin et Vulve, mais il est nécessaire de revenir ici sur certains détails anatomiques qu’il est indispensable de bien connaître pour pratiquer et interpréter convenablement les constatations que réclame toute expertise relative au viol ou à l’attentat à la pudeur.
Remarquons d’abord qu’il n’est pas toujours facile, pour un médecin non habitué aux examens de ce genre, d’apercevoir nettement la membrane hymen, et de bien distinguer la conformation de son orifice. Chez les petites filles, l’hymen semble très profondément placé, en raison de la saillie des grandes lèvres qui forment avec les petites lèvres une sorte d’entonnoir au fond duquel se trouve l’entrée du vagin. Pour la rendre apparente il faut, après avoir fait coucher l’enfant sur le dos, les genoux fléchis et les cuisses aussi écartées que possible, ouvrir les grandes lèvres avec deux doigts de la main gauche, et avec la main droite exercer quelques tiraillements sur les parties supérieure ou inférieure de la vulve. Quand l’hymen n’apparaît pas encore, il faut ou bien engager l’enfant à pousser, à faire un effort (ce qu’on obtient rarement), ou mieux imprimer un brusque déplacement au bassin. Souvent on aperçoit la membrane, mais, celle-ci n’étant pas bien tendue, on ne distingue pas bien la disposition du bord libre ; on peut alors introduire dans ie vagin l’extrémité d’une sonde de femme, que l’on ramène ensuite en déplissant successivement les diverses parties de la membrane. — Quand il s’agit d’une fille pubère, l’hymen apparaît beaucoup plus facilement, mais très-souvent les bords de l’orifice ne peuvent être bien vus qu’en les étalant et en les déplissant à l’aide de la sonde ou du doigt, dont l’introduction est ordinairement facile en raison de la largeur relative de l’orifice.
486 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — signes de ia yirg. et de la. défl.
Les hymens de formes labiée, semi-lunaire, annulaire, ont été décrits à l’article Vagin et Vulve. Ces formes sont très-fréquentes chez les enfants, ce sont même presque les seules que l’on observe à cet âge. L’orifice est aussi régulier que le montrent les figures 59, 60, et sur la
membrane tendue il apparaît en général avec des bords parfaitement
nets, lisses et. unis. Uenendant. il
auelnuefois que ces bords présentent une ou plusieurs scissures plus ou moins profondes , divisant parfois étendue de l’hymen sa périphérie; il en résulte qu’alors l’hymen est divisé en lobes secondaires légèrement imbriqués entre eux. Ces encoches sont généralement au nombre de deux au moins, et disposées symétriquement de chaque côté. Nous avons observé plusieurs fois cette disposides enfants nou-
la puberté, l’orifice hyménéal 'présente rarement une forme aussi nette que celles qui viennent d’être indiquées; cela arrive quelquefois cependant, comme on peut le voir parties génitales d’une jeune fille de înt l’orifice n’est pas ou ne semble pas
VIOL ET ATTENTATS AUX MŒURS. — signes
éfl. 487
aussi bien dessiné. La membrane hymen étant, plus grande forme en général beaucoup de plis qu’il faut un certain soin pour développer, et elle ne peut être tendue complètement, en sorte que, suivant le sens que l’on donne à la traction, le contour de l’orifice change; il se rapproche ordinairement de la forme labiée ou de la forme circulaire. Ce qu’il importe de remarquer, c’est que souvent, beaucoup plus fréquemment que chez l’enfant, l’orifice présente des encoches qui ne sont pas toujours disposées symétriquement de chaque côté. 11 n’est pas rare de voir ces encoches très-multipliées, et l’hymen divisé en une foule de lobes séparés par des scissures plus ou moins profondes. Souvent il existe, en même temps que ces découpures, de nombreuses languettes qui prennent leur insertion à la face profonde de la membrane, et dont les saillies forment une sorte de collerette autour de l’orifice. L’hymen est dit alors corolliforme.
A côté de ces types habituels de l’hymen il faut signaler quelques formes rares. Ainsi quelquefois les lobes dont nous venons de parler sont nombreux, longs, très-minces, et forment des sortes de franges: l’hymen est dit en effet frangé ( fimbriatus ) (figure 62). Dans d’autres
cas l’orifice est divisé en deux par une bandelette de la membrane, dirigée dans le sens antéro-postérieur et qui forme une sorte de pont (fig. 63) ; nous avons observé une dizaine de fois cette disposition, et nous l’avons vue notamment chez deux sœurs. — On a décrit encore l’hymen criblé ( cri briformis), qui présente un grand nombre de petits trous.
Les dimensions de l’orifice hyménéal présentent aussi quelques variations. Chez les petites filles audessous d’une dizaine d’années il
est rare qu’il puisse admettre l’ex- Fia. 62. — Hymen frangé. *
trémité du petit doigt, mais il laisse
ordinairement passer avec facilité une sonde de trousse. Chez la fille adulte l’hymen admet presque toujours l’extrémité du doigt, et permettrait souvent l’introduction d’un corps plus volumineux. — Quelquefois l’orifice est relativement très-grand; l’hymen est réduit à une mince bandelette circulaire, et en faisant écarter les cuisses on aperçoit les parois du vagin. Nous avons vu cette disposition chez une petite fille de dix ans; l’hymen, représenté par un anneau très-étroit, n’offrait pas de déchirures sur son bord libre qui était net et régulier; l’enfant disait avoir eu plusieurs fois des rapports sexuels avec de jeunes garçons, et
* 1, Grandes lèvres ; 2, petites lèvres logues à celles de l’hymen ; 5, hymen;
; orifice de l’urèthre, entouré de franges ana- (d’après Luschka, Die Anatomie des Menschen).
Fig. 65. — Hymen en pont (Delens).
488 Y10L et ATTENTATS AUX MŒURS. — signes de la virg. et de la défl.
les parents déclaraient qu’elle se livrait à la masturbation. — Dans d’autres cas, très-rares du reste, l’orifice est très-petit (fig. 64 et 65) et peut avoir à peine les dimensions d’une lentille ; il y a aussi des exemples d’hymen complètement imperforé.
Annales d'hygiène
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — défloration chez les enfants. 489
Sous le rapport de l’épaisseur et de la résistance, l’hymen présente encore de nombreuses variétés. Son épaisseur est ordinairement d’environ 1 millimètre; elle est quelquefois notablement plus grande, et dans d’autres cas beaucoup moindre; on a même décrit des hymens en pelure d’oignon. Sa consistance est tantôt assez ferme, quelquefois même presque tendineuse; tantôt au contraire elle est lâche, molle, élastique; la membrane se laisse alors déprimer facilement et profondément sans se déchirer. On peut citer comme exemple caractéristique de cette variété, qui n’est pas très-rare, un cas rapporté par le docteur Martinelli ( Union médicale du 18 avril 1872). Chez une femme de trente ans sur le point d’accoucher on trouvait à 3 ou 4 centimètres de l’entrée du vagin un cul-de-sac paraissant imperforé ; au moment de la sortie de l’enfant la tête vint proéminer, coiffée de la membrane hymen qui présentait deux ouvertures dont la plus grande avait seulement le diamètre d’une lentille et qu’on dut inciser. Or cette femme était mariée depuis dix ans, et jamais son mari ni elle n’avaient soupçonné cette presque imperforation de l’hymen; la membrane avait été refoulée sans opposer d’obstacle au coït.
Les lésions produites par la défloration varient suivant qu’il s’agit d’une enfant ou d’une fille pubère.
Défloration chez les enfants. — Chez les petites filles la défloration est très-rare parce que l’introduction de la verge dans le vagin est extrêmement difficile en raison de l’étroitesse des parties. Elle a lieu cependant quelquefois. Tardieu, sur 118 observations de viol, en compte Tl concernant des filles au-dessous de 11 ans; l’une de ces enfants avait 9 ans et une autre 6 ans. Nous-même, sur 186 enfants dont l’examen nous a été confié à l’occasion d’inculpations de viol ou d’attentat à la pudeur, avons constaté la défloration de deux petites filles, âgées l’une de 9 ans et l’autre de 11 ans.
Dans ces cas la défloration est facile à reconnaître. Elle s’accompagne presque toujours en effet de lésions profondes occasionnées par la violence qu’il a fallu employer. Non-seulement l’hymen est déchiré, mais les autres parties de la vulve le sont également. Chez une enfant de 9 ans, nous avons vu une déchirure de la fourchette, longue de plus de 2 centimètres, ayant divisé toute l’épaisseur de la peau, et qui avait occasionné une hémorrhagie extrêmement abondante. Toulmouche a observé plusieurs fois des déchirures des petites lèvres, de la fourchette et du périnée, et d’autres observateurs citent des cas analogues. Quelquefois on a rencontré des désordres beaucoup plus graves encore. Taylor notamment cite plusieurs cas où le viol amena la rupture du périnée, de la cloison vaginale, d’un cul-de-sac du vagin, blessures qui entraînèrent la mort.
Défloration chez les jeunes filles nubiles. — L’examen des parties génitales d’une fille pubère ne permet pas toujours de reconnaître avec certitude qu’elle est ou non déflorée. D’une part, en effet, il n’est pas toujours possible de s’assurer s’il existe ou non une ou plusieurs déchi-
490 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — déflor. des j. filles hubiles. rures de l’hymen, et, d’autre part, alors même que l’on est certain que l’hymen n’a pas été déchiré, il y a souvent lieu de se demander si le coït n’a pu cependant avoir lieu.
Il est souvent très-difficile de reconnaître si une encoche, une scissure, que l’on aperçoit sur l’hymen, est d’origine congénitale, ou si elle résulte d’une déchirure de la membrane. Tardieu, Hofmann et d’autres médecins, déclarent que les déchirures peuvent sej réunir en laissant une cicatrice blanche et linéaire, plus ou moins fine. Nous-même avons vu sur la petite fille de 9 ans dont nous avons parlé, et que nous avons pu examiner à diverses reprises, une déchirure de la partie postérieure de l’hymen continuant une déchirure de la fourchette laisser une cicatrice blanche qui ne s’étendait pas tout à fait jusqu’au bord libre de l’hymen resté échancré à ce niveau.
Mais ce n’est que très-exceptionnellement qu’on rencontre ces cicatrices, ainsi qu’on peut s’en convaincre quand on a l’occasion d’examiner un grand nombre de femmes ayant eu des rapports sexuels. Presque toujours la plaie de l’hymen se ferme sans que les lambeaux se. réunissent, sans qu’il y ait formation de tissu cicatriciel ; et l’on comprend qu’il en soit ainsi, puisque ces lambeaux ne sont pas maintenus exactement au contact.
Si la défloration n’a occasionné qu’une seule déchirure ou des déchirures peu nombreuses, n’ayant pas intéressé toute la largeur de l’hymen, ces déchirures laissent une scissure dont les lèvres sont lisses, régulières, et qui ne diffère par aucun caractère essentiel des encoches congénitales. On a dit, il est vrai, que, quand l’orifice de l’hymen a une forme régulière, les déchirures produites par la défloration se trouvent en certains points particuliers : l’hymen labié se déchirerait à sa partie postérieure, l’hymen semi-lunaire suivant son axe transversal, l’hymen circulaire en trois ou quatre lambeaux assez réguliers; mais cette assertion n’est pas suffisamment prouvée, et nous ne croyons pas que le siège d’une encoche puisse indiquer si elle résulte ou non d’une déchirure. Ajoutons que, lorsqu’il s’agit d’un hymen corolfiforme, la difficulté est encore plus grande en raison des languettes et des dentelures plus ou moins profondes que présentent les bords de l’orifice.
Si les déchirures de l’hymen ont été multiples et ont intéressé toute la largeur de la membrane, les lambeaux qui en résultent restent libres et flottants et, quand la femme continue à avoir des rapports sexuels fréquents, ces lambeaux se rétractent peu à peu et se réduisent à l’état de caroncules. Les caroncules myrtif 'ormes se trouvent surtout sur les parties latérales de l’orifice du vagin ; elles sont de dimensions variables, souvent très-petites, et affectent la forme de végétations, tubercules, crêtes de coq, languettes, excroissances polypiformes, etc. Il est quelquefois assez difficile de les apercevoir au premier abord; s’il s’agit, par exemple, d’une femme qui a plusieurs enfants, on voit, quand les cuisses sont écartées, l’orifice du vagin largement ouvert, et qui paraît comblé par la muqueuse vaginale dont les plis se confondent avec les
YIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — déflor. des j. filles nubiles. 491 caroncules ; on parvient à distinguer celles-ci en les isolant avec le doigt promené à l’entrée du vagin. — Dans ces cas la défloration est évidente.
Supposons maintenant que l’on ait trouvé un orifice à bords parfaitement nets et réguliers, exempts de toute encoche ou scissure, et par conséquent de toute trace de déchirures. Si cet orifice est de petites dimensions, si, par exemple, il laisse à peine passer le doigt; si en même temps la membrane hymen est résistante, se tend fortement quand les cuisses sont écartées, on peut affirmer qu’il n’y a pas eu pénétration du membre viril dans le vagin, à moins que la femme n’ait eu des rapports avec un homme dont la verge soit d’une gracilité exceptionnelle. Il est assez rare de rencontrer de tels hymens chez les filles adultes; nous en avons vu cependant plusieurs fois. Plus souvent on constate que l’orifice laisse passer facilement un ou même deux doigts, que la membrane hymen est peu résistante, lâche, élastique, et se laisse déprimer aisément. Il est certain que dans ces cas le coït peut avoir eu lieu, même plusieurs fois, sans que l’hymen ait été déchiré, soit que la verge traverse cette membrane sans la rompre, soit qu’elle la refoule plus ou moins profondément dans le vagin. Cela est prouvé non-seulement par les aveux des femmes que l’on examine, mais par les observations de nombreux accoucheurs qui ont vu l’hymen encore intact au moment de l’accouchement. Parent-Duchâtelet et d’autres auteurs signalent aussi l’intégrité de l’hymen chez quelques prostituées. Tous ces cas ne sont pas trèsrares, et l’on peut dire que, si la règle est que l’hymen se déchire au premier coït, il y a à cette règle de nombreuses exceptions.
Il résulte de ce qui précède qu’à cette question : « Telle femme est-elle ou non déflorée? » le médecin légiste ne peut pas répondre toujours avec certitude. Dans les cas auxquels nous venons de faire allusion en dernier lieu, il ne peut conclure affirmativement ni dans un sens ni dans un autre, et il est obligé de formuler sa réponse dans les termes suivants, par exemple : « La fille X n'est pas déflorée dans le sens médical du mot, mais la conformation de ses parties génitales est telle, qu’elle a pu avoir des rapports sexuels sans qu'il se produise de déchirure de la membrane hymen. »
Défloration récente. La défloration récente est évidemment beaucoup plus facile à reconnaître : on trouve sur l’hymen une plaie vive, dont les bords sont souvent un peu tuméfiés et enflammés, et quelquefois le siège d’une légère suppuration. Devergie, Hofmann, déclarent que la guérison survient ordinairement au bout de deux à quatre jours, Toulmouche au bout de huit à douze jours, Tardieu l’a vue retardée jusqu’au quinzième et au vingtième jour. Ce dernier auteur fait remarquer que la cicatrisation est plus ou moins longue suivant le degré d’inflammation des bords de la plaie, et l’état de repos ou d’excitation répétée des parties. La longueur et la profondeur de la plaie ont sans doute aussi une certaine influence à cet égard.
Déchirures et plaies de l’hymen non produites par la défloration. L’hymen peut être évidemment le siège de plaies produites par un coup
492 VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — déflor. des j. filles nubiles. d’un corps contondant, coupant, etc., ou par une chute dans laquelle les parties génitales viennent heurter contre un obstacle. Mais il faudrait un concours de circonstances bien singulier pour que la plaie ainsi produite intéressât uniquement l’hymen, partît du bord libre de cette membrane et fût en tout semblable à une déchirure produite par la défloration.
Il n’est pas possible d’admettre, comme l’ont fait certains auteurs, qu’une chute sans heurt des parties génitales, un saut, l’écartement brusque et étendu des cuisses, produise une déchirure de l’hymen ; il n’y a d’ailleurs aucun exemple authentique d’un cas de ce genre. — Il n’est pas vraisemblable non plus que l'onanisme exercé en introduisant le doigt ou un corps étranger dans le vagin amène la déchirure de l’hymen ; on ne saurait admettre, sauf peut-être pour certaines nymphomanes, que la masturbation soit exercée avec une violence telle, et que la fille qui s’v livre brave la douleur qu’occasionneraient de telles manœuvres.
Par contre, il est très-possible que l’hymen soit déchiré par l’introduction violente des doigts d’une autre personne, introduction qui est souvent accomplie ou tentée dans les attentats à la pudeur. Il n’y a guère moyen de reconnaître si la rupture de l’hymen résulte d’une telle manœuvre ou d’un coït ; l’expert, suivant la remarque de Tardieu, doit dire seulement que « la déchirure a été produite par l’intromission d’un corps volumineux et dur, tel que le membre viril en érection. »
La membrane hymen peut présenter des solutions de continuité, ou une desti’uction presque complète, à la suite de processus ulcéreux ou gangréneux décrits par Vinay à l’article Vagin et Vulve, t. XXXVIII. Plusieurs fois ces lésions ont été prises par des médecins pour le résultat d’un viol ou de violences exercées sur la vulve. La forme et l’étendue de ces lésions, une courte enquête médicale sur les circonstances dans lesquelles elles se sont produites, sur les conditions de santé dans lesquelles l’enfant se trouvait auparavant, suffisent ordinairement pour éviter cette erreur.
Des violences qui accompagnent quelquefois le viol, j — j Nous avons vu que chez les enfants la défloration était presque toujours accompagnée de blessures des autres parties des organes génitaux. Chez les femmes et chez les filles adultes les lésions graves produites par le viol sont beaucoup plus rares. Dans quelques cas on a trouvé des blessures trèsprofondes des organes génitaux, qui n’étaient pas le résultat du coït, mais qui avaient été produites par la main du criminel que poussait une inexplicable fureur. M. Pénard a cité un cas de ce genre concernant une femme de soixante ans, atteinte de rupture du périnée, de déchirure du vagin et du rectum dont une portion avait été arrachée et complètement séparée du corps ; celte femme survécut plusieurs heures.
Outre les lésions des organes génitaux, la victime peut porter sur les diverses parties du corps des traces de violences. Ces traces consistent ordinairement en ecchymoses, qui reproduisent quelquefois la forme de l’extrémité des doigts, et en égratignures ou coups d’ongle. On les rencontre surtout à la face interne des cuisses, sur les seins, sur le pénil,
YIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — viol accompli par sorprise. -493 autour de la bouche et du nez, qui ont été compriméspour empêcher les cris, sur les bras et les poignets, sur la face antérieure du cou, etc.
Viol accompli par surprise sur une femme hors d’état de résister par
SUITE d’absence DE VOLONTÉ PRODUITE PAR UNE CAUSE QUELCONQUE. - Dans
certains cas le coït peut être accompli sur une femme pendant le sommeil naturel , sans qu’elle en ait conscience, ou du moins il peut arriver qu’elle ne se réveille qu’alors que l’acte est déjà en voie d’exécution. Taylor rapporte qu’une femme mariée dormait profondément dans son lit quand elle fut réveillée en sentant un homme couché sur elle, et qui se retirait après avoir accompli le coït. Cet homme fut condamné pour viol. — • Mais de tels faits ne peuvent être admis que s’ils concernent des femmes ayant eu déjà de nombreux rapports sexuels, et dont les parties génitales sont assez élargies pour admettre très-facilement la verge en érection ; il est impossible de croire que dans d’autres conditions, et surtout s’il s’agit d’une défloration, la plaignante n’ait pas été réveillée au moment même où l’acte était sur le point de commencer.
L 'ivresse, Veffet de médicaments narcotiques, des anesthésiques généraux, comme l’éther, le chloroforme, le protoxyde d’azote, peuvent aussi permettre l’accomplissement d’un viol, la victime étant incapable de se défendre, ou même n’ayant aucune conscience de l’acte commis sur elle. Dans ces cas, le médecin-légiste a à rechercher soit d’après l’examen de la victime, soit d’après le récit qu’elle fait des symptômes qu’elle a présentés, s’il existe des traces de l’action d’un médicament ou d’une substance capable d’entraîner la perte de la volonté et de la conscience. Nous avons eu l’occasion d’examiner une jeune fille qui déclarait qu’on avait mélangé à sa boisson, pendant son repas, une substance narcotique qui lui avait fait perdre connaissance, et que pendant ce temps elle avait été violée; elle disait n’avoir pas eu conscience du viol pendant qu’il était commis, mais s’en être aperçue seulement à son réveil à cause des douleurs qu’elle éprouvait dans les parties génitales ; elle avait du reste cohabité ensuite pendant plusieurs jours, et de son plein gré, avec l’homme qu’elle accusait. Comme cette jeune fille avait pu, trois heures après le repas en question, reprendre son travail chez sa patronne sans ressentir aucun trouble de la santé, nous déclarâmes que nous ne connaissions aucune substance dont l’ingestion fût capable d’entraîner une perte de connaissance aussi rapide, aussi complète, aussi peu prolongée, sans laisser ultérieurement le moindre trouble de la santé.
Il faut rappeler ici que l’anesthésie produite par certains agents, et notamment par le chloroforme, s’accompagne quelquefois de sensations voluptuèuses dont le souvenir persiste après le réveil, et que des femmes ont attribuées de bonne foi à des rapports sexuels ou à des manœuvres lubriques dont elles auraient été victimes. Il est arrivé plusieurs fois que des accusations fausses ont été portées dans ces circonstances contre des médecins. — Ce n’est d’ailleurs que pendant la chloroformisation pratiquée régulièrement par un médecin, ou une autre personne compétente, qu’un viol pourrait être commis ; des expériences de Dolbeau
494 YIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — viol accompli pak surprise. ont montré, en effet, qu’il était à peu près impossible d’administrer le chloroforme par surprise, par exemple, à quelqu’un qui dort du sommeil naturel.
Il arrive quelquefois qu’une femme déclare qu’elle n’a pu s’opposer au viol parce qu’elle avait perdu connaissance au moment où elle engageait la lutte, ou au cours de celle-ci, sous l’influence de l’émotion, de la terreur, etc. Il est bien difficile en général de contrôler de pareilles assertions, mais on peut cependant montrer si elles sont plus ou moins vraisemblables en recherchant d’une part si la femme présente dans son état de santé quelques particularités de nature à faciliter la syncope ou la perte de connaissance, d’autre part si les détails donnés par la plaignante sur les circonstances de l’acte, sur les sensations qu’elle a éprouvées, ne rendent pas inadmissibles la perte réelle de connaissance et l’impossibité de la lutte. Dans une expertise dont a été chargé Lorain, une femme prétendait qu’un médecin, en lui examinant les parties génitales, l’avait touchée en un certain endroit, et qu’elle avait éprouvé une sensation qui lui avait fait perdre connaissance ; qu’en cet état elle avait senti parfaitement que le coït était exercé sur elle, mais qu’il lui avait été tout à fait impossible de résister à l’acte. Lorain fit remarquer qu’il était inadmissible que la sensation produite par le toucher vaginal ou par des attouchements sur une partie quelconque des organes génitaux produise l’évanouissement chez une femme en bonne santé ; qu’en outre, si la plaignante avait eu réellement une syncope, elle aurait été pendant ce temps incapable de voir, d’entendre, de sentir, d’analyser et de se souvenir. On ne pouvait admettre non plus, en raison de l’examen de la femme, la catalepsie ou un état nerveux analogue. La conclusion fut que la femme faisait un récit mensonger, ou du moins que sa volonté n’avait pas été annihilée.
Le viol peut être accompli sur une jeune fille ou sur une femme en état de sommeil nerveux, de catalepsie, de léthargie, de somnambulisme provoqué ou spontané. Cela semble hors de doute d’après tout ce que l’on sait sur l’insensibilité partielle ou totale qui est une des manifestations de ces états pathologiques, sur les phénomènes de suggestion, sur la docilité dont font preuve certains sujets envers les personnes qui les ont endormis. Le professeur Brouardel a publié la relation d’un fait de ce genre, concernant une jeune fille de 20 ans, B..., que sa mère avait conduite à plusieurs reprises chez un dentiste nommé Lévy. Cet homme avait déclaré que le traitement du mal de dents devait commencer par un examen des parties génitales (!), et il avait obtenu le consentement des deux femmes à cet examen. Il avait ensuite exercé le coït sur la fille, ainsi qu’il l’avoua plus tard, et cela sans que la mère qui se trouvait dans la même chambre s’en fût aperçue. Lévy prétendait que ces rapports avaient eu lieu du consentement de la fille B... ; celle-ci le niait énergiquement et déclarait qu’à chaque séance elle avait perdu connaissance pendant un certain temps, et, en revenant à elle, avait senti des douleurs dans les parties génitales, mais sans avoir eu nullement conscience de ce
VIOL et ATTENTATS AUX MŒURS. — attentats a la pddeur. 495 qui s’était passé; une grossesse avait été la conséquence de ces rapports.
— L’enquête médicale montra que la fille n’avait pu être anesthésiée à l’aide du chloroforme ou d’un autre agent, mais qu’elle présentait diverses manifestations hystériques, et qu’il était facile de l’endormir par la simple occlusion des paupières. Il était par suite permis d’admettre que la fille B... avait pu être plongée dans un sommeil nerveux au moment où Lévy s’était livré au coït sur elle. — Une observation analogue est rapportée dans le livre de Tardieu ; elle concerne une jeune fille de 18 ans, qui disait être enceinte des œuvres d’un magnétiseur et qui assurait que cet homme avait abusé d’elle après l’avoir endormie, et sans qu’elle ait eu conscience des actes commis.
Dans de semblables affaires, le rôle de l’expert consiste à rechercher si la plaignante est réellement susceptible d’être endormie, d’entrer en catalepsie, en léthargie, etc. Une fois ce point acquis, il appartient aux magistrats et aux jurés d’eu tirer la conclusion à l’aide des autres éléments fournis par l’enquête judiciaire. Mais il ne faut pas oublier que ce sont surtout les hystériques qui présentent ces singulières manifestations nerveuses, et l’expert a quelquefois le devoir de faire ressortir la tendance qu’ont beaucoup de ces femmes à faire les mensonges les plus compliqués, qui n’ont souvent d’autre but que de les mettre en scène et d’appeler l’attention sur elles.