Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35
TABAC. — Histoire satürelle. — Le tabac tire son nom de Tabago, une des petites Antilles : il est originaire du Nouveau Monde, d’où les Espagnols l’introduisirent eiiEurope dès les premiers temps de la découverte. L’habitude de fumer cette plante empruntée aux indigènes de l’Amérique du Sud devint générale en Portugal et en Espagne à la fin du seizième siècle ; peu à peu elle se répandit dans le reste de l’Europe, dans le nord de l’Afrique, et gagna la Turquie, l’Egypte, l’Inde et la Chine. Les premiers pieds de tabac cultivés en Europe poussèrent à Lisbonne et les premières graines qui parurent en France furent expédiées en 1560 à Catherine de Médicis (d’où le nom d’herbe à la reine) par l’ambassadeur de François II à la cour de Portugal, Jean Nicot, dont le nom a été choisi par les botanistes pour désigner le genre des plantes que nous allons décrire.
Le Nicotiana tabacum L. (nicotiane, tabac mâle, herbe à la reine), de la famille des Solanées, est une plante annuelle dont toutes les parties vertes sont visqueuses et garnies de poils courts. La tige, droite et cylindrique, est rameuse et haute de 1 m. 50 ; elle porte des feuilles alternes, simples, sessiles, entières, d’un vert pâle et fort grandes ; les inférieures sont ovales-oblongues et les supérieures lancéolées. Les fleurs, disposées en panicule terminale à l’extrémité des rameaux, sont accompagnées de bractées ovales. Le calice visqueux et pubescent est tubuleux, renflé, profondément divisé en cinq lobes aigus et persistants. La corolle, beaucoup plus grande que le calice, est tubuleuse, infundibuliforme, renflée supérieurement, puis étalée en cinq lobes larges et aigus de couleur rosée. Les cinqélamines alternes avec les lobes de la corolle sont de la longueur du tube et soudées avec lui dans la moitié de sa hauteur. L’ovaire biloculaii-e
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TABAC. ' — HISTOIRE KATÜRELLE. CÜLTORE.
entouré à la base d’un disque hypogyne porte un style cylindriqueterminé par un stigmate aplati. Le fruit entouré par le calice persistant est une capsule ovoïde contenant un grand nombre de graines très-petites portées sur deux gros placentas et s’ouvrant en deux valves fendues à leur sommet. Le Nicotiana tabacum est l’espèce la plus répandue dans les cultures et la seule indiquée pour l’usage médical ; néanmoins on lui substitue fréquemment la suivante.
Le Nicotiana rustica L., tabac femelle, recouvert d’une pubescence visqueuse et fétide, ne dépasse pas un mètre de hauteur. Ses feuilles plus courtes que celles de l’espèce précédente sont pétiolées, ovalesobtuses, épaisses et d’un vert foncé. Ses fleurs en panicules allongées sont formées d’un calice court, renflé, à cinq divisions peu profondes et d’une corolle vert-jaunâtre à tube court, velu, un peu plus long que le calice et à limbe courtement étalé formé de cinq lobes obtus. La capsule est arrondie. Cette espèce produit le tabac des Indes Orientales et les sortes connues sous le nom de Latakié et de tabac turc. On cultive encore les Nicotiana persica, quadrivalvis, multivalvis et repanda. La première de ces espèces fournit le tabac de Sliiraz et la dernière une sorte très-estimée de cigares de la Havane.
Culture. — Le tabac peut être cultivé dans toutes les régions tempérées, mais' les meilleurs produits viennent toujours du pays d’origine, de la zone équatoriale du Nouveau Monde. En France la culture du tabac n’est pas libre, elle est limitée à un petit nombre de départements dont le choix a été déterminé par d’anciennes habitudes ou par la qualité des produits. Sur 32 millions de kilogrammes achetés en moyenne annuellement par la régie, 10 millions viennent de l’étranger, 2 millions de l'Algérie, le reste, soit 20 millions de kilogrammes, est fourni par les départements dont les principaux sont les suivants : Nord, Ille-et- Vilaine, Gironde, Lot-et-Garonne, Lot, Savoie, Haute-Savoie, Meurthe-et- Moselle. La natui’e du sol, les procédés de culture, l’époque de la récolte, influent puissamment sur la qualité des tabacs. C'est ainsi que la combustibilité, qui est la première qualité d’un tabac à fumer, tient surtout à la richesse du sol en potasse. La proportion de nicotine qui, suivant qu’elle est plus ou moins grande, constitue les tabacs forts ou corsés destinés à la préparation des poudres, ou les tabacs légers destinés à la fabrication des cigares et des scaferlatis, dépend principalement de la culture et de l’époque de la récolte. Pour les tabacs forts on espace les pieds et on ne leur laisse que six à huit feuilles que l’on récolte à maturité, c’est-à-dire cinq ou six semaines après leur complet développement, alors qu’elles sont encore vertes. Pour les tabacs légers, les plants sont plus serrés et gardent de huit à douze feuilles qui sont coupées plus tôt. La proportion de nicotine est en relation avec l’épaisseur du parenchyme et croît constamment jusqu’à la récolte.
Composition. — La composition du tabac varie avec le lieu d’origine, avec la nature du sol et avec les procédés de culture. On rencontre dans la feuille de tabac des principes immédiats et des matières minérales. Ces
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dernières s’élèvent à environ 20 “/„ du poids de la feuille desséchée à lOO” et sont constituées par du sulfate, du carbonate et du chlorure de potassium, du carbonate de calcium, de la silice, des sels ammoniacaux, des phosphates et des nitrates. La majeure partie des cendres est constituée par du carbonate de calcium. Le plus important des principes immédiats contenus dans la feuille de tabac est la nicotine, dont le taux varie de 1, 5 à 9 7o- On y trouve 10 à 14 "/o d’acides malique et citrique, 1 à 2 7o d’acide oxalique, 5 “/o d’acide pectiqu e et une petite quantité d’acide acétique, 25 “/o de matières azotées, 7 % de cellulose, 4 à 6 7o de résines, de l’amidon, du sucre, de la matière grasse et une huile essentielle.
La nicotine est un alcaloïde de la formule C“ff '’Az7 capable de former avec les acides des selscristallisables. C’est un liquide oléagineux, incolore à l’état de pureté, mais qui jaunit, brunit et s’épaissit peu à peu au contact de l’air dont il absorbe l’oxygène. D’une odeur faible à froid, la nicotine émet quand on la chauffe des vapeurs excessivement âcres. Une seule goutte vaporisée dans un appartement en rend l’air difficile à respirer.
La nicotine bout vers 250“ en se décomposant plus ou moins et sans éprouver d’altération, si elle est en présence de l’eau, circonstance importante à noter pour l’étude de la combustion des tabacs à fumer. Elle est soluble dans l’eau, l’alcool, les huiles grasses et surtout dans l’éther, qui l’enlèvefacilement à ses dissolutions aqueuses. Elle constitue un violent poison.
Ikdüstrie. — Sans nous attacher à développer avec détail les procédés que l’on emploie pour obtenir les différentes formes sous lesquelles se fait la consommation du tabac, nous indiquerons brièvement les manipulations qui modifient plus ou moins profondément sa composition première pour le rendre propre aux divers usages. Pour assurer l’uniformité de sa fabrication, la régie l’épartit de la même manière entre les manufactures les feuilles indigènes et les feuilles exotiques, qui sont d’ailleurs traitées par des méthodes semblables. Les variations légères que le consommateur observe dans la qualité des produits tiennent à des différences de climat, de chaleur, d’humidité, ou aux procédés ultérieurs de conservation. C’est ainsi que certains entrepôts doivent leur juste réputation au séjour prolongé de leurs tabacs dans des locaux appropriés imprégnés par le temps des vapeurs de la nicotine et de l’essence qui constitue i’ai’ome.
Dans la fabrication du tabac à fumer dit scaferlati, on fait entrer des feuilles de divers pays tels que Kentucky, Maryland, Ohio, Levant, Hongrie, Alsace, France et Algérie ; telle est du moins la composition du scaferlati ordinaire, vulgairement appelé caporal. Les feuilles triées et mouillées à l’eau salée sont débarrassées d’une partie de la côte médiane et hachées perpendiculairement à l’axe. Le tabac est ensuite passé au torréfacteur mécanique pour enlever l’excès d’humidité et faire friser les lanières. — Après avoir été ventilé à l’air froid le produit est conservé en masse pendant une quinzaine de jours et enfin mis en paquets de 40,100 ou 500 grammes. L’humidité normale du scaferlati livré à la
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consommation est d’environ 20 7o î teneur en nicotine est entre 2,2 et 2,5 7o- Le tabac de cantine est préparé comme le scaferlati ordinaire : on y fait entrer des feuilles indigènes et des feuilles étrangères de basse qualité et on y mêle les côtes provenant des tabacs étrangers.
Les cigares sont confectionnés avec des feuilles ou des morceaux de feuilles plissés longitudinalement et préalablement humectés et écôtés qu’on enferme dans une sous-cape ou morceau plus grand et qu’on enroule dans une cape ou robe taillée dans une feuille de choix. Les cigares façonnés sont portés au séchoir où on les abandonne pendant huit ou quinze jours à une températute de 20 à 25°. llssont ensuite enfermés dans des caisses qu’on garde en magasin le plus longtemps possible pour en achever la dessiccation et en équilibrer le parfum.
Les cigares à 5 centimes et à 7” 5 sont préparés avec les sortes suivantes : Kentucky, Hongrie, Indigènes, Alsace et Algérie. L’opération du mouillage se fait ici d’une façon spéciale qui a pour but d’abaisser la teneur en nicotine et d’établir entre les feuilles un échange de principes solubles. Le mélange des feuilles est soumis à un lavage méthodique en passant dans une série de cuves. Depuis l’introduction de cette pratique qui fit à son début la réputation des petits bordelais, les cigares ne sont plus trop forts par excès de nicotine ; ils ont un goût identique et brûlent de la même façon par suite d’une égale répartition des sels de potassium à acides organiques. Le jus des macérations coiicenti’é et riche en nicotine est utilisé pour le mouillage des tabacs à priser qui exigent du montant. La proportion de nicotine contenue dans ces cigares varie entre 1,5 et 1,8 7o-
Les cigares à 10 centimes sont confectionnés avec des feuilles du Brésil et du Mexique et très-peu de feuilles indigènes. Elles ne sont ni lavées ni macérées, mais seulement assouplies avec une petite quantité d’eau avant d’être livrées aux ouvrières.
Tous les cigares dont le prix dépasse 10 centimes sont dits cigares étrangers. Les uns sont fabriqués en France avec du Maryland, du Java, du Havane et du Brésil seuls ou mélangés entre eux ; les autres sont expédiés directement de la Havane. Dans les londrès et cigares de la Havane la teneur en nicotine est comprise entre 1,8 et 2,2 7o-
Les cigares étrangers n’offrent pas la constance de prix et de qualité qu’on trouve dans les produits ordinaires de la régie. Les bons crus de Cuba ne suffisant plus à une consommation qui s’est considérablement étendue dans le monde entier, les planteurs forcent de plus en plus la production aux dépens de la qualité à l’aide d’engrais énergiques. Aussi depuis bien des années la qualité des cigares de la Havane va toujours baissant pendant que leur prix s’élève constamment. La régie ne peut que subir ces variations. D’ailleurs, tandis que les produits ordinaires rapportent à l’État un bénéfice de 800 à 900 7o, ü ne retire de la vente des cigares de luxe qu’un bénéfice de 25 7o • de là l’inefficacité des plaintes incessantes de consommateurs pourtant privilégiés.
Ajoutons, quelques mots sur les tabacs à brûler. Pendant la combustion