‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 2 sur 117 · TABAC. — INDUSTRIE · texte numérisé non relu

TABAC. — INDUSTRIE

d’une pipe ou d’un cigare la nicotine est en grande partie décomposée, si le tabac est bien sec ; une petite portion entraînée par l’aspiration se mêle à la fumée et lui donne, avec le parfum inhérent au cru, ce goût particulier recherché des fumeurs ; le reste se condense en même temps que la vapeur d’eau dans les parties froides. A mesure que la combustion avance elle atteint des régions plus chargées de nicotine et d’eau condensée ; celle-ci en se vaporisant entraîne d’abondantes vapeurs de nicotine non décomposée qui communiquent à la fumée cette âcreté si désagréable que beaucoup de fumeurs évitent en négligeant les dernières portions de la pipe ou du cigare. Si le tabac est humide, la nicotine ne se brûle pas ; elle est entraînée en grande quantité avec la vapeur d’eau dès le début de la combustion et rend la fumée désagréable. D’autre part l’absence presque complète des vapeurs de nicotine dans les fumées aspirées ne laisse à ces dernières qu’un mauvais goût de produits pyrogénés, comme il arrive en faisant usage d’une pipe neuve dont les parois poreuses absorbent et condensent les vapeurs de l’alcaloïde.

Le tabac à mâcher consiste en feuilles corsées, c’est-à-dire riches en nicotine, qui sont mouillées à 20 privées de leurs côtes et placées les unes sur les autres pour être roulées en cordes auxquelles on donne le nom de rôles ordinaires ou de rôles menu-filés suivant leur grosseur. L’intérieur de ces cordes est fait avec des feuilles du Nord, du Lot et du Lot-etrGaronne, et l’extérieur ou la robe avec des feuilles choisies de Virginie. Le filage se fait au rouet. Les cordes sont enroulées sur des bobines de manière à former des rôles de poids variés que* l’on soumet à l’action de la presse pour en extraire l’excès de jus. Ils sont ensuite ficelés et exposés pendant quelques jours à l’étuve chauffée à 40°, puis livrés à la consommation.

La fabrication du tabac à priser est la plus longue et la plus difficile ; c’est aussi celle où la composition de la feuille subit les modifications les plus profondes. On emploie de préférence pour cette spécialité les feuilles grasses et corsées comme celles de Virginie, du Kentucky, du Nord, d’Ille-et-Vilaine, du Lot, de Lot-et-Garonne. On y introduit en outre les débris de la fabrication générale et le produit des saisies. Les feuilles assouplies par un mouillage à l’eau salée sont hachées en lanières qu’on dispose entas rectangulaires du poids de 40 à 50 mille kilogrammes. Ces masses humides sont abandonnées pendant cinq ou six mois à une fermentation lente qui élève leur température progressivement jusqu’à 75°. Quant cette limite est sur le point d’être dépassée on pratique sur la masse des tranchées qui mettent au jour les parties les plus chaudes. Le mouillage à l’eau salée, tout en favorisant la fermentation, s’oppose à la putréfaction. La décomposition de la matière azotée donne lieu à la formation d’acides noirs et à une production d’ammoniaque dont une partie dégage la nicotine de ses combinaisons et l’autre se mêle à l’alcaloïde pour communiquer à la masse cette odeur caractéristique, propre au tabac en poudre, qui se manifeste dès ce moment. La nicotine

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