TANNIN. - MATIÈRE MÉDICALE
Soumis à la distillation sèche les tannins de la première série donnent de l’acide pyrogallique, les autres de la pyrocatéchine.
Ces différences possédaient quelque valeur il y a quelques années, maintenant elles ne sont plus guère acceptables tout au moins quant aux produits de dédoublement obtenus avec l’acide sulfurique bouillant. Nous verrons tout à l’heure qu’en effet on est tenté aujourd’hui de rejeter les conclusions de Strecker quant à la nature glycosidique de cette substance.
R. Wagner distingue les tannins physiologiques et pathologiques, différence fondée sur leur origine et par extension sur leurs propriétés. Les tannins physiologiques se trouvent dans les tissus végétaux à l’état normal, les autres sont produits par la piqûre d’un Cynips sur les pétioles et les jeunes branches de diverses espèces de chêne et de sumac.
Les premières et les secondes précipitent la gélatine; avec les premières le précipité est inputrescible, avec le second il se putréfie dans l’eau.
Les tannins pathologiques ne transforment pas la peau en cuir, les tannins physiologiques forment le cuir et servent à cet effet dans les tanneries. Cette classification n’est pas généralement adoptée.
Nous étudierons la constitution du tannin et ses propriétés à la partie chimique, nous réservons pour l’instant de donner quelques explications sur les origines de cette substance.
Sans entrer ici dans l’historique de la question et rappeler les travaux d’IIartig, de Trécul, de Buignet et de bien d’autres encore, qu’il nous suffise de résumer en quelques lignes les passages intéressants pour nous d’une conférence faite par Armand Gautier au laboratoire de Wurtz. Ces appréciations basées sur des faits, sans être le dernier mot delà question, l’éclairent d’un jour nouveau et permettent d’en soupçonner la solution à court délai.
Armand Gautier considère la formation des principes immédiats contenus dans les plantes comme des réductions des associations d’eau et d’acide carbonique sous l’influence de l’hydrogène chlorophyllien.. Il admet donc que, suivant chaque cellule et son état d’éclairement, chaque association d’eau et d’acide carbonique peut varier d’après le mode et le fonctionnement du protoplasma dans des limites assez larges et toujours, ainsi que nous le disions, sous l’action réductricede la chlorophylle hydrogénée. C’est ainsi que ans la réduction de 2 CO^ + (2^1) ffO peuvent dériver l'alcool, le glycol, l’aldéhyde, l’acide oxalique, etc., dans celle de 6 CO® -i- 6 H®0 la glycose avec n CO® H- mff 0 — pO les corps de la série aromatique. Si l’on va plus loin par la déshydratation des sucres avec pertes d’eau et union de l’acide carbonique, on aura de l’acide pyrogallique, de l’acide gallique et enfin le tannin. En effet dans les jeunes pousses du printemps on trouve toujours le tannin abondamment associé à la glycose et formant avec elle la moyenne partie des produits solubles des parties vertes. Réciproquement, à un autre momeiitde la vie de la plante et dans d’autres cellules, ce tannin pourra perdre de l’air carbonique, s’hydrater de nouveau et redonner de la glycose. Buignet a d’ailleurs parfaitement démontré ce fait, c’est que le tannin diminue avec la maturation du fruit , il se forme de la glycose et il se dégage de l’acide carbonique.
TANNIN. - PHARMACOLOGIE.
Plus récemment, Muntz et Schœn ont fait voir que l’époque, l’état climatologique, l’emmagasinage et la durée de conservation avaient une influence considérable sur la teneur en tannin des écorces qui en renferment. Après de nombreux dosages ils sont arrivés aux conclusions suivantes : 1" les matières tannantes, même exposées dans des conditions normales, perdent dans un temps relativement court des quantités notables de tannin ; en quatorze mois 6 % ; 2“ des écorces de chêne préparées pendant les pluies et restées en forêtà la pluie pendant dix jours avaientperdu 3,2 7o de leur tannin.
Voici la teneur 7o en tannin de différentes substances :
Écorce de chêne . •12.2
Solonia . 32.4
Dividivi . 36.0
Sumac . 18.8
Cachou hrun . 32.4
Galle d’.41ep. . . 45.6
Galle de Chine . 53.7
Bahlah . . 20.5
Soubeiran divise en plusieurs groupes les substances employées en pharmacie et qui doivent leurs propriétés au tannin :
Noix de galle.
Sucs chargés de tannin. Cachou, gomme-kino, suc d’acacia.
Racines. Ratanhia, bistorte, tormentille, consoude.
Écorces. Écorce de chêne, de monésia.
Feuilles. Feuilles de ronce, de myrte, d’aigremoine, sommités de sumac, d’uva ursi.
Fleurs et fruits. Fleurs de brayera, de rose rouge, glands de chêne, écorce de grenade.
Pharmacologie. — Presque tous les tannins dont nous avons parlé à la partie matière médicale ont reçu de nombreuses applications en médecine. C’est ainsi que le tannin de la noix de galle a eu et possède encore une vogue plus ou moins justifiée ; que l’écorce de chêne, le sumac, le bouleau, le cachou, le kino, le ratanhia, la patience, la tormentille, la bistorte, etc., etc., ont été employés comme astringents en raison des tannins qu’ils renferment.
Cependant, en pharmacologie, toutes les fois qu’il est question de tannin il est entendu que l’on parle de celui retiré des noix de galle.
Voici comment on prépare le tannin employé en thérapeutique. On pulvérise des noix de galle, et la poudre obtenue est introduite dans un appareil à déplacement. On verse alors sur la poudre légèrement tassée de l’éther ordinaire alcoolisé. La liqueur la meilleure est celle obtenue par le mélange de 60 parties d’éther pur, de 3 parties d’alcool à 90" et de 1 partie d’eau distillée.
Le liquide qui s’écoule est composé de deux parties, l’une supérieure très-fluide et l’autre inférieure sirupeuse. La partie supérieure est une solution très-étendue de tannin et d’acide gallique dans l’éther, la couche inférieure au contraire est une solution concentrée de tannin dans l'éther alcoolisé et hydraté. On décante alors la couche supérieure, tandis que l’inférieure lavée avec un peu d’éther est évaporée à l’étuve ou au bain-
TANNIN. — PHARMACOLOGIE. 113
marie et abandonne un résidu solide, léger, non cristallin, rarement incolore, le plus souvent légèrement jaunâtre.
II peut arriver quelquefois qu’après avoir épuisé la noix de galle par le mélange éthéro-alcoolique la liqueur écoulée ne laisse qu’une faible, très-faible couche sirupeuse, c’est-à-dire riche en tannin. On devra dans ces conditions recourir à l’artifice suivant dû à Liebig : la solution obtenue colorée sera agitée avec un peu d’eau, le tannin se réunira alors dans la couche aqueuse et se précipitera au fond du vase.
Leconet, Dominé, Mohr et bien d’autres encore, ont modifié le mode de préparation du tannin, mais les divergences ne sont pas telles qu’elles méritent d’être signalées.
Il nous a paru bon cependant d’indiquer la manière de préparer ce que l’on appelle dans le commerce tannin cristallisé.
Nous venons de voir que le tannin pulvérulent résulte de la dessiccation plus ou moins forte d’une solution concentrée dans un mélange d’alcool, d’éther et d’eau. Il arrive souvent que la température est assez élevée pour qu’une partie du tannin se transforme en acide gallique. D’un autre côté, le tannin ainsi obtenu est toujours hygroscopique.
Pour obtenir le tannin sous la forme de fines aiguilles, on évapore dans le vide la solution aqueuse, alcoolique ou éthérée, de tannin, progressivement jusqu’au point où l’extrait refroidi se laisse briser. Cet extrait tannique est porté dans une bassine de cuivre, de zinc ou d’étain, à doubles parois, dont le fond est percé de trous très-fins et chauffé à l’aide d’un courant de vapeurs. La masse tannique ramollie passe à travers les ouvertures du fond de la bassine, laquelle est élevée de 5 mètres audessus du sol.
Le tannin s’étire en fils dans un espace chauffé. Les fils s’enroulent et s’allongent sur un cylindre de bois ou de métal animé d’un mouvement rapide de l’otation. Après le refroidissement, ces fils de tannin sont très' fragiles et se laissent briser en aiguilles à éclat doré.
Ce tannin vitreux ainsi obtenu n’est pas hygroscopique, il ne se prend point en masses et se dissout aisément en une solution limpide. Il ne contient pas de produits de décomposition et est particulièrement favorable à l’exportation.
Si le tannin dit cristallisé donne des solutions limpides, il n’en est pas de même de celui dont nous avons parlé tout à l’heure et que nous appellerons amorphe. Les produits vendus dans le commerce, jaunâtres, plus ou moins friables, se dissolvent mal dans l’eau et donnent des solutions trou, blés sur lesquelles surnagent des matières grasses et résinoïdes, ce sont les tannins dits à l’alcool. En effet, la noix de galle renferme avec le tannin, l’acide gallique, etc., une matière grasse et résineuse soluble dans l’alcool et dans l’éther, insoluble dans l’eau. Pour les purifier, on doit traiter les tannins par de l’éther pur qui ne dissout pas le tannin, mais s’empare des substances insolubles dans l’eau. Donc pour l’emploi thérapeutique on doit rejeter les tannins à l’alcool pour ne se servir que des tannins dits cristallisés ou, à leur défaut, des tannins à l’éther.
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il4 TANNIN. - PHARMACOLOGIE.
Les altérations et falsifications des tannins se reconnaissent par le dosage de la substance.
Le tannin, ainsi que nous le disions plus haut, est très-employé en thérapeutique: il se donne à l’intérieur à la dose de 0,1 à 1 gramme ; à l’extérieur les doses varient selon les indications.
Les applications des préparations de tannin sont tellement nombreuses que nous les indiquerons avec les formules les plus généralement employées.
Préparations destinées à l’intérieur :
Le tannin a servi dans diverses affections de l’appareil digestif, dans les hémorrhagies de l’estomac et de l’intestin consécutives à un ulcère gastrique ou à des ulcérations intestinales typhiques. Il s’est montré efficace dans certaines formes de diarrhée, surtout dans les diarrhées chroniques dépendantes d’un processus ulcératif. Il est toutefois indispensable dans l’emploi de l’acide tannique que l’appétit soit conservé et les digestions normales.
L’acide tannique a été très-vanté dans le traitement de certaines néphrites, néphrite aiguë hémorrhagique et néphrite parenchymateuse chronique. Dans la première forme, on l’emploie surtout au moment où, les premiers phénomènes inflammatoires ayant disparu, l’urine continue à renfermer beaucoup de sang. Il a reçu aussi des applications en inhalations dans les catarrhes chroniques de l’appareil respiratoire et du pharynx, dans les sueurs anormales, dans le traitement de la coqueluche et les empoisonnements par certaines substances organiques, etc. C’est le meilleur antidote de la morphine, de la strychnine, de la nicotine, de l’atropine, etc., etc.
Pilules de tannin (VVoillez).
Tannin . .
Mucilage de gomme . Q.S. | P' “
Hémoptysies, — hémorrhagies. — 2 â 10 pilules par jour.
Potion astringente (Gomba).
Tannin . . \
Hydrolat d’absinthe . 100 - I Une cuillerée â bouche d’heure en
Sirop de safran . .... 1 „ { heure.
Vin de Malaga . J aa au j
Hémorrhagies passives.
Lavement au tannin.
Tannin . là 4«'- h Cette formule est composée d’incom-
Eau tiède . 100 > patibles. Le tannin en effet précipite les
Laudanum de Sydenham. . . 1 ) principes actifs du laudanum.
Diarrhée atonique, dysenterie, hémorrhagie intestinales ou anales, incontinences d’urines.
On emploie aussi beaucoup le tannin comme antidote dans les enopoiéonnements par les alcaloïdes.
Tannin . . .
Eau distillée.
Solution de tannin.
120 grammes de cette solution précipiteraient 5 centigr. de strychnine. 11 faut évacuer au fur et à mesure le précipité formé, car il est soluble dans l’acidité du suc gastrique.
TANNIN. — PHARMACOLOGIE.
Préparations destinées à l’extérieur :
A l’extérieur, le tannin est très-souvent employé comme astringent et hémostatique. S’il n’a pas les propriétés énergiques du perchlorure de fer, il n’a pas l’inconvénient de produire d’effets caustiques aussi fâcheux.
Appliqué sur une surface suppurante, il fait coaguler le pus, sur une plaie saignante il exerce une action coagulante sur l’albumine, mais il ne contracte pas les vaisseaux, il ne les rétrécit pas. On l’emploie alors en poudre, en pommade, en injection, etc., en solution dans les angines tonsillaires , les hémorrhagies capillaires qui ont pour siège les gencives, la muqueuse nasale, et sur la peau intacte pour prévenir les engelures, etc., etc.
Glycéré de tannin (Codex).
Tannin . Is''- ) On peut augmenter ou diminuer les
Glycéré d’amidon . 5 j doses de tannin suivant les indications.
Fissures à l’anus, hémorrholdes, cancers ulcérés, vaginites, etc., etc.
Vin aromatique au tannin (Kicord).
Sr”"’."; “r" !
Gargarisme astringent (Jannart).
Tannin . . . 1 s'- 1
Hydrolat de roses . 100 ? La dose de tannin peut varier.
Mellites de roses . 100 1
Angines cLroniques, hémorrhagies buccales, pharyngites granuleuses.
Solutions de tannin en inhalations (Fieber).
Tannin . 0,.5àlf'- ) , i- -, , - • -
100 ( respmer le liquide pulvérisé.
.Affections catarrhales chroniques des voies respiratoires, angines chroniques, œdème de la glotte, croup, etc,, etc.
CollodioH au tannin (Richardson).
Tannin .
Alcool à 90“. . .
Collodion ....
.Alcoolé de benjoin
Très-employé en Angleterre
Hémostatique, cicatrisant. On peut le pulvériser à la surface des plaies saignantes. Alcoolé dehioix de galle. Alcoolé tannique (Codex) (Lepere).
1° Noix de galle . 1 p.
Alcool à 15» . 5 p.
2» Noix de galle . 24 s'.
Eau .... . . 800
Alcool à 85» . 40
.Alcoolat de citron . 5
Pommade astringente, — de noix de galle, ■ Noix de galle pulvérisée. . j
— de Cyprès . /
Éc. de Grenade pulvérisée. > ââ 1 1" Feuilles de sumac pulv. . . l
Mastic . )
Onguent rosat. 20
.Astringent, leucorrhée, toilette des femmes, lotions, injections.
de la comtesse, — de Feniel, — virginale.
Hernies des enfants, acné de la face, relâchement du vagin, hémorrhagies hémorrhoïdales, onctions. ‘
TANNIN. — PHARMACOLOGIE.
Injection de tannin (formulaire des hôpitaux militaires).
Tannin . . .
Eau distillée.
Blennorrhagie, leucorrhée, etc.
Injection solide (Schuster).
Tannin .
Glycérine
On laisse pendant 5 à 10 minutes dans le canal de Turèthre. Blennorrhagie chronique.
Ces injections ont joui pendant longtemps d’une grande vogue, à tort ou à raison. Cependant elles n’ont guère réussi dans la blennorrhagie aiguë alors qu’elles paraissent avoir quelques succès dans la blennorrhée, affection essentiellement chronique et souvent rebelle.
Il y a quelques années on a associé l’iode au tannin, on en a même préparé des solutions, des sirops et une liqueur iodotannique ferrée.
Liqueur iodotannique (Socquet et Guillermond) .
f Astringent, coagulant, hémostatique,
Tannin . 9 1 et très-employé pour la cure des va-
Eau distillée . 10 ( rices. 5 à 7 gouttes de cette solution
Iode . 1 I équivalent à 2 ou 5 gouttes de per-
( chlorure de fer.
Sirop iodotannique (Perrens).
1 e" j On fait dissoudre séparément le tannin . . 12 /et l’iode et on mélange les dissolutions
5 > avec le sirop ; doses de 10 à 20 gram-
. . 20 \ mes. Goitre , scrofule , leucorrhée ,
. . 250 ] phthisie.
Liqueur iodotannique ferrée (Zucarello Patti).
D'une part :
Tannin . 6''-
Acide citrique . 3
Hydrolat de roses . 1200
D’autre part :
Iode . 0,84
Limaille de fer . 0,5
Eau distillée . 5
On a proposé cette liqueur pour injections astringentes et particulièrement dans les cas de blennorrhagies.
Mélanger les deux dissolutions.
Iode . . . .
Alcool à 90» .
Tannin . . .
Alcool à 90» .
En résumé, le tannin est un astringent puissant ; comme presque toutes les substances solubles, et malgré la propriété qu’il a de donner avec les tissus et liquides de l’organisme des combinaisons insolubles et imputrescibles, il pénètre dans l’économie. Les expériences de Wôlher sont à ce sujet concluantes ; il a démontré que le tannin subit dans le torrent circulatoire d’importantes modifications et qu’il est éliminé par les reins à l’état d’acide gallique.
Il y a donc une différence d’action bien marquée entre le mode d’action du tannin, soit qu’il se trouve eu présence de substances organisées vivantes, soit, au contraire, lorsqu’il est au contact de ces mêmes matières privées de vie. Avec les masses musculaires albumineuses mortes le tannin donne du cuir, une substance imputrescible ; avec les masses musculaires vivantes le tannin est absorbé. C’est ce que Muntz a démontré de la