‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 78 sur 117 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

CBIB.

THYMUS. - ANATOMIE.

solution moyennement concentrée de soude ou de potasse caustique, séparant par décantation les hydrocarbures qui surnagent et décomposant le thymate alcalin par l’acide tartrique ou l’acide chlorhydrique en léger excès. Le thymol liquide qui se sépare ne tarde pas à se solidifier. On le purifie par compression et par cristallisation dans l’alcool. Il se présente alors sous la forme de tables rhomboïdales transparentes. 11 exhale une odeur douce qui rappelle celle du thym et possède une saveur piquante et poivrée. Il fond à 44" en conservant longtemps l’état liquide par surfusion et distille à 230“. Il n’a pas d’action sur la lumière polarisée. L’eau n’en dissout que environ 3 millièmes. Il se dissout facilement dans l’alcoul, l’éther et l’acide acétique concentré. Sa solution alcoolique ne précipite pas par l’eau.

L’acide thymique, étant plus souvent liquide que sous forme solide, peut être mélangé de thymène et de cymène par suite d’une purification incomplète. Il devient alors lévogyre et sa solution alcoolique traitée par l’eau abandonne les hydrocarbures qui viennent nager à la surface. On reconnaît encore la pureté du thymol à l’aide d’une solution de potasse au dixième que l’acide ne trouble pas sül est pur ; dans le cas contraire le mélangé se trouble et des gouttelettes de thymène se séparent par le repos. Exposé quelque temps à la température de 100“ dans un appareil distillatoire le thymol ne doit laisser échapper ni eau ni alcool.

Comme l’acide phénique dont il possède les propriétés chimiques et thérapeutiques, il est employé pour son action antifermentescible. Le thymol a été proposé par Bouilhon et Paquet pour remplacer l’acide phénique sur lequel il a l’avantage d’un parfum presque agréable.

Lotion à l’acide thymique : alcool 1, acide thymique 4, faire dissoudre et ajouter eau distillée 995 ; en lotions et en injections antiseptiques.

Pommade à l’acide thymique : acide thymique 1 à 4, axonge ou vaseline 10; pansement des plaies gangreneuses, putrides et diphthéritiques.

Glycéré thymique : acide thymique 1, glycéré d’amidon 100; pansement des plaies grangreneuses, putrides et phagédéniques, des plaies atoniques, des dermatoses rebelles.

Mélange pour la conservation des pièces anatomiques : acide thymique 4, tannin 4, aniline 2, glycérine 100.

E. Morio.

THYMUS. — Anatomie. — Le thymus est une glande vasculaire sanguine, remarquable par ses variations de volume depuis le troisième mois de la vie intra-utérine jusqu’à l’âge adulte.

Situation générale. — Au moment de son complet développement (fin de la première ou de la deuxième année), cet organe s’étend depuis le bord inférieur du corps thyroïde jusqu’au niveau de la face antérieure du péricarde, dans son tiers supérieur : il appartient donc à la fois au cou et au thorax. Dans sa portion cervicale, il est pré-trachéal, puis

THYMUS. — ANATOMIK-

après avoir franchi l’orifice supérieur du thorax, il est placé dans la portion la plus élevée du médiastin antérieur, en arrière du plastron sternal, entre les deux poumons, ou plutôt entre les deux feuillets de la plèvre médiastine supérieure (c’est-à-dire au-dessus du hile du poumon), en avant du péricarde et des gros vaisseaux veineux et artériels qui émergent du cœur.

Forme et rapports. — Pour étudier les rapports du thymus il suffit de faire une incision verticale, médiane, partant du cartilage thyroïde, pour finir à la partie moyenne du sternum : on relève de chaque côté le lambeau cutané, on désinsère ensuite les attaches inférieures des muscles sterno-cléido-mastoïdien, sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien ; il reste à enlever le plastron sterno-costal par le procédé classique (désarticulation de l’extrémité interne de la clavicule et section des côtes avec le scalpel, ou les ciseaux chez les enfants, à trois centimètres de leurs articulations sternales).

On aperçoit alors le thymus par transparence : il est contenu dans une gaine cellulo-fibreuse, et il occupe l’espace thyroïdo-péricardique : cette enveloppe, qui est le principal moyen de fixité du thymus, s’unit au péricarde inférieurement, à l’aponévrose cervicale moyenne sur les parties latérales du thymus, et enfin en haut elle semble se continuer avec l’enveloppe de la glande thyroïde. Un fait des plus nets, dont nous avons rendu plusieurs fois témoins les élèves qui assistaient à nos dissections, c’est qu’en tirant avec une pince sur le péricarde, on abaisse en même temps la glande thyroïde, par l’intermédiaire de ce vêtement celluleux qui subit alors une traction.

Fendons la paroi antérieure de cette gaine, détachons avec soin, laborieusement, les adhérences de sa face interne avec le thymus ; remarquons qu’elle n’entoure pas tout-à-fait la glande, qu’elle recouvre seulement sa face antérieure, et qu’au lieu de se replier pour se prolonger sous sa face postérieure, elle s’unit à angle arrondi avec la face antérieure de l’aponévrose cervicale moyenne.

Le thymus, ainsi isolé, se montre sous la forme de deux languettes verticales, asymétriques, bosselées, irrégulièrement découpées, offrant cependant une face regardant en avant, l’autre regardant en arrière ; deux bords excentriques ou latéraux, deux bords internes très-rapprochés l’un de l’autre, et deux extrémités, l’une inférieure ou base, l’autre supérieure ou sommet.

On ne saurait mieux, je crois, comparer le thymus qu’à deux sangsues accolées, recourbées sur elles-mêmes, c’est-à-dire renflées à leur extrémité inférieure (ventouse postérieure), effilées dans leur extrémité supérieure (ventouse antérieure, tête). Astley Cooper, auteur d’un bon travail sur l’anatomie comparée du thymus, dit n’avoir pas rencontré deux thymus semblables quant à la forme.

La face antérieure répond, dans sa portion cervicale, aux . muscles sterno-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens, et sur un plan plus antérieur aux insertions claviculaires et sternales du sterno-cléido-mastoïdien. L’espace

THYMUS. - ASATOMIE.

laissé par les attaches de ces derniers muscles est occupé par un amas de granulations graisseuses, comblant dans le creux sous-sternal l’intervalle compris entre l’aponévrose cervicale superficielle et l’aponévrose cervicale moyenne.

Les articulations sterno-claviculaires et le plastron sternal longé par les vaisseaux mammaires internes protègent le thymus dans sa portion thoracique.

Pour apercevoir les rapports de la face postérieure, soulevons le thymus avec une pince : nous constatons qu’il adhère au moyen de tractus vasculaires et celluleux aux parties profondes, et que cet organe répond de haut en bas, et en arrière, à la portion sous-thyroïdienne de la trachée,, au tronc brachio-céphalique artériel, et sur un plan plus antérieur au tronc veineux céphalique gauche auquel le thymus est fixé par des communications vasculaires. Ces connexions avec le tronc veineux sont des plus nettes. Dans une de nos dissections, on voyait la partie moyenne du thymus soulevée, pour ainsi dire, repoussée en avant, par ce trône veineux.

Plus bas, le thymus répond dans son tiers inférieur au feuillet fibreux du péricarde, qui le sépare à gauche de l’artère aorte, à droite de la veine cave supérieure et de l’oreillette droite. — Sur les trois sujets qui nous ont servi à établir ces rapports, et qui avaient l’un quinze mois, l’autre dix-sept, le troisième vingt-quatre mois, nous n’avons jamais vu le thymus dépasser, par son extrémité inférieure, le sillon auriculo-ventriculaire antérieur.

Les bords latéraux sont irrégulièrement découpés, échancrés par places. Au niveau du péricarde ils répondent dans leur portion la plus excentrique et la plus large (base) aux nerfs phréniques droit et gaucher il n’est pas rare de les voir distants de quelques millimètres de ces nerfs. Plus haut, la plèvre médiastine droite et gauche les sépare des poumons.. Ils côtoient ensuite, le droit la veine cave supérieure, le gauche le tronc veineux brachio-céphalique gauche. On observe communément à ce niveau une véritable incisure de ce bord, encadrant pour ainsi dire le cylindre veineux, et envoyant en arrière de lui des grains glanduleux. Dans la portion cervicale, c’est entre les carotides primitives que s’élèvent ces bords, et c’est surtout le bord droit qui affecte des rapports avec l’artère carotide du même côté ; un ou deux ganglions lymphatiques répondent à la partie moyenne de ces bords.

Les bords qui séparent les deux languettes verticales (bords internes) sont droits, presque accolés, difficilement séparables à la base, où l’on constate des liens vasculaires unissants, passant de la portion droite à celle du côté opposé : à mesure qu’on se rapproche de l’extrémité supé rieure, on aperçoit entre ces lobes très-peu distants un groupe parallèle de veines qui descendent du corps thyroïde (veines thyroïdiennes inférieures).

Nous avons déjà fait remarquer que l’extrémité inférieure ou base descendait rarement sur le ventricule droit ; cependant M. Sappey donne cette

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disposition comme constante et il ajoute : « Chez l’enfant qui n’a pas respiré, cette extrémité inférieure est en général plus large. Lorsque la l’espiration s’est établie, les poumons remontant sur cet organe et le comprimant de dehors en dedans, son extrémité inférieure devient plus étroite, plus allongée et assez semblable à une petite pyramide triangulaire, dont la base tournée en haut se continuerait avec le corps de la glande. »

Cette extrémité inférieure ou base était, dans deux de nos dissections, rattachée au péricarde par un petit ligament fibreux assez résistant.

L’extrémité supérieure (sommet) du thymus est formée de deux cornes, d’inégale hauteur : l’une, la droite, remonte jusqu’à cinq ou six millimètres du bord inférieur du corps thyroïde, sans lui adhérer. — A gauche, au contraire, chez nos trois sujets, elle était distante d’environ un centimètre de ce même bord marginal inférieur.

M. Sappey fait remarquer qu’on voit très rarement les deux glandes vasculaires sanguines thyroïdienne et thymique se toucher; que cette extrémité peut être unique et arrondie, que lorsqu’il y a deux prolongements conoïdes, ils sont situés à droite et à gauche de la trachée, et que celui de gauche est toujours le plus long : c’était le contraire dans nos -dissections.

Quelquefois cette extrémité supérieure du thymus ne dépasse pas le tronc veineux brachio-céphalique gauche ; elle repose alors sur ce tronc, et l’organe tout entier se trouve situé dans le thorax.

Propriétés physiques. — La couleur du thymus est rosée chez le fœtus, d’un blanc grisâtre chez l’enfant, plus ou moins jaune chez l’adulte.

La consistance est très-molle, comparée surtout à celle de toutes les autres glandes vasculaires sanguines.

Volume. — Il est variable avec l’âge : c’est vers le troisième mois de la vie embryonnaire qu’on commence à apercevoir les premières traces du thymus. D’abord très-petit, il augmente successivement de volume jusqu’au moment de la naissance. A la fin de la première année, bien c[ue proportionnellement, c’est-à-dire comparé aux autres organes, son volume soit moindre, il n’en a pas moins continué à croître ; son accroissement persiste même encore pendant toute la seconde année, après quoi il s’atrophie, diminuant de plus en plus, à mesure qu’approche le terme de <!a puberté. A 15 ou 16 ans il se trouve considérablement réduit ; à 20 ou ■25 ans, il n’existe plus qu’à l’état de vestige; à 30 ou 40 ans, et surtout chez le vieillard, il disparaîtrait complètement suivant la plupart des auteurs. Mais un examen suffisamment attentif permet presque toujours d’en retrouver quelques traces, même dans la vieillesse la plus avancée (Sappey). Le mécanisme de cette atrophie sera étudié dans le chapitre consacré au développement de cette glande.

A l’époque de la naissance, sa hauteur est en général de 5 centimètres, sa largeur à sa base de 3 centimètres 1/2, plus haut de 2 centimètres seulement ; l’épaisseur est de 8 centimètres.

THYMUS. — ANATOMIE.

Poids. — Son poids chez les nouveau-nés serait de 2 à 5 grammes seulement (Sappey). Il varie, selon Haller, de 28 à 90 grains et équivaudrait en moyenne, par conséquent, à 59 grains ou un peu plus de 3 grammes. Mais l’estimation qu’en ont donnée quelques auteurs est beaucoup plus élevée. Ilaugsted évalue le poids de cet organe en général à 2 ou 3 gros (8 à 12 grammes), et chez les nouveau-nés bien développés à 16 ou 17 grammes. D’après Meckel, il serait ordinairement de 16 grammes et atteindrait 20 grammes chez l’enfant fortement constitué. Sappey fait remarquer que ces résultats sont erronés, et qu’alors même que le thymus présente un développement exceptionnel, son poids ne dépasse pas 6 à 8 grammes.

Poids spécifique. — Il varie avec les différentes périodes de l’évolution et de la décroissance de la glande. Selon Haugsted, il équivaut chez le fœtus de 7 mois à 1,099; chez les nouveau-nés il descend à 1,071 ; chez les enfants de 14 jours, il se trouvait réduit à 1,020. Sauvage, cité par Sappey, a fait remarquer que chez l’adulte le thymus est plus léger que l’eau.

Pour Cruveilhier, la densité moindre tient à l’absence de tissu fibreux.

Structure. — Le thymus comprend dans sa structure : 1“ deux enveloppes, l’une externe fibreuse, l’autre interne celluleuse; 2“ une substance propre segmentée en lobes, lobules et vésicules ; 3“ des vaisseaux et des nerfs.

Nous avons déjà signalé, en disséquant le thymus, la présence d’une enveloppe externe, qu’il faut enlever pour apercevoir nettement les lobes de la glande.

Au-dessous de cette capsule il y a une gaine de constitution qui entoure toute la périphérie du thymus, et de la face interne ou profonde de laquelle émanent des prolongements qui, pénétrant dans les interstices des lobes et des lobules, constituent pour chacun de ceux-ci une enveloppe secondaire ; elle est formée de tissu cellulaire fin, abondant, mêlé de fibres élastiques, ne s’infiltrant de graisse qu’au moment où le thymus subit son évolution régressive.

Quelques auteurs confondent dans une même description ces deux enveloppes fibreuse et celluleuse.

Substance propre. — Le tissu propre, tissu glandulaire, est d’une étude difficile : il s’altère rapidement et les histologistes en donnent tous une description différente. Nous allons résumer leurs opinions et nous essayerons de montrer ensuite qu’un vice de technique peut expliquer ces divergences.

La substance propre du thymus est représentée par deux lobes latéraux et indépendants, qui se divisent en lobes de plus en plus petits, et enfin en lobules. Pour isoler ces lobes et lobules, Sappey conseiHç d’immerger pendant quelques jours le thymus dans une dissolution acide trèsdiluée ; le ramollissement de la tunique celluleuse et de ses cloisons rend facile, avec une pince, la séparation des différents segments de la glande. Un autre procédé, qui n’a pas l’inconvénient de diminuer la consistance

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déjà très-faible des lobules glandulaires, mais qui, au contraire, les rend plus fermes, consiste à plonger le thymus dans un mélange d’eau ou d’alcool, ou dans une solution d’acide chromique.

Dans ces conditions, on peut procéder à l’étude macroscopique du thymus. Un premier fait frappe dans cette dissociation, c’est l’enroulement des lobes : ils sont repliés sur eux-mèmes, de sorte qu’après les avoir déroulés, en détruisant le tissu cellulaire et les vaisseaux qui unissent tous leurs replis, ils doublent ou triplent de longueur; chacun d’eux se présente alors sous la forme d’un long cordon autour duquel viennent s’échelonner et se grouper fort irrégulièrement tous les lobules dont ils sont formés. On les a comparés alors à un cordon parsemé de nœuds, à un collier de perles (Cruveilhier), à un chapelet à grains (Astley Cooper), ou .mieux encore à ces champignons des prés que l’on réunit par un fil pour les faire sécher.

Jusqu’ici tous les anatomistes s’entendent ; les divergences vont porter sur la texture des vésicules et du cordon ; pour les uns, en effet (Sappey, Robin), les vésicules sont closes et échelonnées autour d'un cordon plein; pour le plus grand nombre des histologistes étrangers, (Frey, His, Kôlliker), le thymus est une glande en grappe, dont les acini viennent s'ouvrir dans un canal central ou dans des réservoirs lobaires (Astley Cooper).

Examinons maintenant ces deux manières de voir :

Le thymus est formé de vésicules closes, échelonnées autour d'un cordon plein (Sappey, Charles Robin).

Ces vésicules sont arrondies, polyédriques pour Robin et varient de 0“‘“,3 à 0”“,6; leur nombre s’élève de 10 à 15 dans chaque lobule. Leurs parois, d’une extrême minceur, se déchirent sous la plus faible pression. Elles renferment un liquide peu abondant de nature albumineuse, des cellules (d’épithélium pavimenteux pour Ch. Rohin) et des noyaux en quantité innombrable. Ces cellules sont sphériques, de dimensions inégales et presque entièrement remplies par un noyau d’aspect granuleux.

Ces trois éléments réunis, liquide, cellules et noyaux, constituent un suc d'une nature spéciale, le suc thymique ; c’est ce suc qui s’écoule et qui inonde le champ de la préparation lorsqu’on incise un ou deux lobules pour les examiner. Il offre une consistance visqueuse ; il a une eouleur opaline, blanchâtre, rappelant la crème de lait. Chez un certain nombre de sujets, sa quantité est très-considérable.

Le cordon plein autour duquel se rangent les lobules, à peine visible chez l’homme, est plus distinct chez les grands animaux.

Le thymus est une glande en grappe dont les acini viennent s'ouvrir dans un canal central ou dans les réservoirs situés au centre des lobes (Leydig, Frey, His, Kôlliker, Astley Cooper).

Les acini ou lobules, dont la réunion constitue le thymus, sont creux au centre; les cavités de tous les acini d’un même lobe, au nombre de 50 environ, convergent vers un conduit commun qui se réunit aux ca-

536 THYMUS. — anatomie.

naux des lobules voisins, pour s’ouvrir ensuite dans le cordon ou canal

central, canal thymique.

Voici comment Kôlliker décrit les lobules du thymus. Ce sont des lobules petits, creux, formés de corpuscules arrondis, du diamètre de 0““,2 à 0"“”,7 et répondant aux vésicules glandulaires : ce sont les granulations glandulaires (acini des auteurs). Les acini se reconnaissent déjà à la surface des lobules qui leur doit un aspect comparable à une mosaïque et analogue en quelque sorte à celui du. poumon. Ces granulations ne sont point cependant des vésicules, comme les vésicules pulmonaires qui, parmi les éléments des vraies glandes, leur ressemblent le plus par le volume ; ce sont des corpuscules pleins, fortement adhérents les uns aux autres vers la cavité des lobules ou vers ses cavités secondaires, séparés au contraire vers la face externe. Chaque lobule peut être considéré comme une espèce de poche à parois épaisses et pourvues de dépressions en cul-de-sac, poche dont la face interne serait lisse et indivise, tandis que la face externe présente des dépressions plus ou moins profondes qui divisent l’organe en granulations glandulaires.

Chaque lobule est entouré d’après Kôlliker par une membrane mince, homogène ou un peu fibroïde de 1 à 2 [a. A la face interne de cette membrane, entre elle et la cavité de la glande, se trouve une substance grisâtre, molle et délicate, qui, examinée au microscope, paraît formée exclusivement de petites cellules et de^ noyaux libres : on y trouve aussi des vaisseaux sanguins et une petite quantité d’une substance fibreuse, de nature conjonctive, ce qui démontre une structure fort analogue à celle du contenu des follicules de Peyer. Pour Leydig le stroma interlobulaire est semblable à celui des ganglions lymphatiques. Frey compare ces lobules à des follicules lymphatiques.

Le contenu des vésicules offre la composition dont nous avons déjà parlé : il y a sur ce point entente entre les auteurs.

Le canal thymique décrit une spirale en tire-bouchon : il est entouré par les lobules dont les canaux excréteurs se réunissent pour former les canaux excréteurs des lobes qui viennent s’ouvrir dans son intérieur, par de petites ouvertures en forme de fentes (Frey, Kôlliker). Le canal thymique est clos à ses deux extrémités. His qui l’a étudié chez le veau lui accorde un diamètre d’un peu plus d’un millimètre.

Au lieu d’un canal étroit, dans lequel s’ouvrent les cavités des lobules glandulaires, on observe quelquefois une cavité plus large, du diamètre de 1 à 2 millimètres, avec laquelle les lobules communiquent par des fentes. Pour Astley Cooper cette disposition est normale : Simon la considère comme artificielle, Kôlliker comme exceptionnelle, et comme le résultat d’une sécrétion abondante, ayant distendu, élargi le canal thymique primitivement étroit.

Dans la structure du canal thymique on distingue deux couches : une couche externe formée de tissu conjonctif, et une couche interne, granuleuse, plus mince, renfermant les vaisseaux. Le contenu du canal est le même que celui des lobules.

THYMUS. — ANATOMIE.

Pourquoi toutes ces divergences sur la structure du thymus? Elles tiennent 1» A la délicatesse des éléments constitutifs de cet organe, et à la rapidité avec laquelle ils s’altèrent sous l’influence de la putréfaction. 2" Au défaut de résistance du thymus, à sa fragilité. Deux procédés opératoires sont souvent employés pour l’étude du thymus, l’injection et l’insufflation ; de là la possibilité de production de cavités artificielles, qui doivent conduire nécessairement à des erreurs si l’on n’use des plus grandes précautions.

Nous n’avons pas à nous prononcer sur les points en litige : les vésicules sont-elles closes ou ouvertes? Le canal thymique est-il un cordon plein, ou reçoit-il les conduits excréteurs des acini vésiculaires? Ce sont des questions qui recevront leur solution le jour où on découvrira une technique, appropriée à |la structure du thymus.

Vaisseaux. — Les artères thymiques émanent de plusieurs sources : la plus importante vient ordinairement de la mammaire interne : c’est la première branche que celle-ci produit dans le thorax, branche parfois en communauté d’origine avec la diaphragmatique supérieure.

La thyroïdienne inférieure fournit ordinairement des rameaux au thymus, qui en reçoit aussi des bronchiques, des médiastins, et des péricardiques. {Voy. art. Thyroïdienne inférieure.)

Dans des cas d'anomalies on voit des branches se détacher de l’aorte ascendante ou de la concavité de sa crosse. Neubauer a suivi une artère thymique naissant d’une carotide primitive ; enfin dans un cas d’hypertrophie du thymus, Dubreuil a vu une artère thymique naissant de la sous-clavière droite, anomalie signalée par plusieurs auteurs.

Le nombre des artères thymiques s’élève généralement jusqu’à huit et même au delà d’après Haller.

Les principales divisions de ces artères suivent le cordon central, le canal thymique: elles sont appliquées, d’après Kôlliker, immédiatement contre la cavité centrale, parallèles à l’axe longitudinal de l’organe : elles fournissent des rameaux qui perforent la paroi de la cavité centrale pour se distribuer à la face interne de cette paroi, dans une membrane délicate de tissu conjonctif qui la recouvre, s’anastomoser ensemble, et former des réseaux capillaires assez étroits. De ce .réseau artériel partent, au niveau des orifices ou fentes des lobules, une foule de vaisseaux qui pénètrent dans ces lobules, cheminant dans la portion la plus interne de leur paroi, et envoient des ramuscules vers l’extérieur, dans les granulations glandulaires, de manière à former dans ces dernières, un réseau capillaire qui les remplit entièrement, dont les mailles ont 0““,02 à0“”,05 de largeur, et les vaisseaux 0“'”,07 à0““,01. Les dernières ramifications de ces vaisseaux chez l’homme sont si bien dans l’intérieur des granulations, ajoute KoIliker, que, même après une injection aussi complète que possible, on ne trouve aucun vaisseau à la face externe de l’enveloppe amorphe des vésicules : tous se terminent en anse à sa face interne : ils sont soutenus par une membrane conjonctive qui est l’analogue de celle qui tapisse la face interne du canal central. (Kôlliker, Histologie.)

THYMUS. — ANATOMIE.

Les veines sont multiples comme les artères, dont elles ne suivent cependant pas le trajet. Sappey distingue : a des ramuscules veineux qui se rendent dans les veines péricardiques et diaphragmatiques supérieures; b une veinule moins déliée qui se jette de chaque côté dans les veines mammaires internes, c une veine principale émanée delà partie centrale de sa face profonde, et laquelle, après un très-court trajet, se jette dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche. Pour Astley Couper le sang veineux de l’extrémité supérieure du thymus retourne au, cœur par deux veines particulières qui se rendent aux jugulaires internes et qu’il a pu injecter avec de la cire colorée.

Les vaisseaux lymphatiques étudiés parHis et un grand nombre d’auteurs naissent des parois des vésicules autour desquelles ils serpentent en s’anastomosant (Sappey). PourHis il existerait dans le tissu interlobulaire des espaces lymphatiques qui recevraient de petits canaux de 22 p., venus du centre du lobule, et qui à leur origine communiquent avec la cavité intra-lobulaire.

Les troncules émanés du réseau péri- vésiculaire (Sappey), ou intra-vésiculaire (His), suivent les vaisseaux sanguins des lobules, puis se réunissent en deux ou trois troncs qui accompagnent le cordon central, et se jettent dans les ganglions sous-sternaux.

Il est intéressant de rapprocher l’opinion de His de celle soutenue par Astley Cooper : l’anatomiste anglais dit avoir reconnu, à l’aide de l’injection, un assez grand nombre de vaisseaux absorbants ou lymphatiques, parmi lesquels deux principaux, qui, nés des parties supérieures du thymus, vont par plusieurs orifices se jeter dans les veines jugulaires tout près de leur jonction avec la veine sous-clavière ; à en croire l’auteur dont nous parlons, ces vaisseaux lymphatiques seraient des conduits excréteurs, destinés à transporter dans les veines le suc thymique.

Les nerfs nombreux, mais très-déliés, proviennent du grand sympathique ; ils se détacheraient d’après Astley Cooper du plexus nerveux sympathique qui entoure la mammaire interne, et ses branches, s’accolant aux rameaux artériels que la mammaire interne envoie aux thymus, pénétreraient avec celle-ci dans l’épaisseur du thymus.

Huscke a signalé des nerfs venant du plexus pulmonaire et du plexus cardiaque.

Développement et évolution. — Cette étude comprend les transformations successives du thymus depuis son origine jusqu’à son état adulte, et à sa disparition ou atrophie.

Pour Kôlliker (Embryologie p. 913) le thymus est un organe épithélial naissant d’une fente branchiale, et non, comme on l’a dit, un organe lymphoïde dérivé du feuillet moyen du blastoderme.

Pour étayer son opinion, Kôlliker se base sur deux faits :

a. Sur des embryons de mammifères, il y a une similitude évidente entre la structure des utricules tapissés de cellules épithéliales, ébauche du thymus, et la structure d’une fente branchiale.

p. Les rapports anatomiques qui existent entre ces utricules primor-

THYMUS.. - AHATOÎIIE.

diaux et les fentes branchiales constituent un argument de grande valeur pour la thèse de Kôlliker. Rappelons brièvement que par arcs branchiaux, arcs pharyngiens, on entend en embryologie ces prolongements qui, au nombre de quatre de chaque côté, partent de la région antérieure de la corde dorsale, et lesquels, à la façon d’une côte, se portent en avant pour se souder sur la ligne médiane, et donner naissance à différents organes de la tête et du cou. Ces arcs interceptent des fentes dites pharyngiennes ou branchiales au nombre de quatre, qu’on désigne de haut en bas sous les noms de l’’®, 2% 'S®, 4® fente, et qui mènent dans la cavité pharyngienne.

Or chez un embryon du commencement du 14® jour, Kôlliker a pu voir la 2® fente branchiale du côté gauche transformée en un tube allongé, placé presque verticalement, de 0,48 millimètres de long et de 0,1 millimètre de large dans sa partie la plus renflée, montrant au bout supérieur un appendice solide, court, cylindrique, ayant tout à fait la structure du futur thymus : sur le côté droit dans la région de la 2® fente, on distinguait un organe semblable.

Kôlliker a pu répéter ces observations sur plusieurs autres embryons de même âge, et il n’hésite pas à considérer la première ébauche du thymus comme une fente branchiale transformée en tube ; c’est-à-dire des fentes qui se ferment en dedans et en dehors pour devenir de petits sacs allongés. L’auteur allemand ne va pas jusqu’à trancher la question de savoir laquelle des fentes branchiales postérieures, la 2®, la 3® ou la 4®, devient le vrai thymus : il est vrai que c’est sur la 2® fente qu’il a observé toutes les transformations dont nous venons de parler, et chez le lapin il a pu constater des formations thymoïdes qui ne pouvaient guère ressortir que de la 2® fente branchiale.

Comment faire concorder cette genèse du thymus embryonnaire avec la structure qu’il offre à l’état adulte, structure qui ne rappelle en rien celle d’un organe épithélial, nous l’avons déjà vu, mais bien celle d’un organe lymphoïde ? Pour répondre à cette grosse difficulté, Kôlliker a suivi jour par jour les modifications survenues dans la glande chez le lapin. Entre le 20 et le 23® jour, les cellules épithéliales deviennent plus petites et insignifiantes ; leurs limites, qui déjà auparavant n’étaient pas bien nettes, s’effacent complètement, et elles apparaissent alors comme des amas de petits noyaux arrondis, avec un peu de substance intermédiaire. La structure de l’organe perd ainsi son caractère épithélial pour prendre celui du thymus adulte : la prolifération de vaisseaux et de tissu conjonctif dans les parois épaisses de la glande la rapproche de plus en plus des produits glandulaires.

Le thymus de l’embryon humain présente du 3® mois jusqu’à la naissance la même structure que le thymus d’embryons de lapins plus âgés, et la genèse de la glande est probablement identique.

Le développement ultérieur du thymus s’effectue de la façon suivante : du tube simple primitif partent des proliférations latérales qui, d’abord simples, deviennent bientôt des groupes entiers de bourgeons : ceux-ci

THYMUS. — ANATOMIE.

occupent le canal dans toute sa longueur et représentent les premiers rudiments des grands lobules du thymus. Plus tard les bourgeons, toujours plus nombreux et enchevêtrés, donneront enfin naissance aux lobules glandulaires de l’organe (Simon).

Kôlliker ne croit pas que les cavités qu’on observe quelquefois sur le thymus âgé naissent de la cavité du thymus primitif ; il professe qu’elles se développent plutôt par le ramollissement de la substance médullaire de l’organe.

Le thymus chez l’homme est déjà lobulé dans sa partie inférieure à la T semaine, mais simple dans la partie supérieure, dans sa portion cervicale, jusqu’à la glande thyroïde : chez un embryon de dix semaines, l’organe double était triangulaire dans sa partie inférieure, long dé 1,98 millimètres, large de 2,4 millimètres : il se terminait en haut par deux cornes longues de 1,44 millimètres, larges de 0,56 millimètres; àl’extrémité les cornes avaient seulement 0,09, 0,045 millimètres. Chacune d’elles était dans son essence formée d’un cylindre simple, rempli de cellules, avec une enveloppe ténue, paraissant amorphe de 2 (ji., et une couche de tissu conjonctif plus épaisse. Leurs extrémités supérieure et inférieure n’étaient cependant pas égales, la première étant à peine contournée, et un peu anfractueuse sur les bords ; la seconde fortement anfractueuse et couverte de prolongements longs de 45,68 p. isolés ou entassés en amas et présentant déjà en partie une sorte de cavité interne. La partie thoracique de l’organe, plus épaisse, était pourvue de lobules, de 0,18 — 0,22 millimètres, sur lesquels à leur tour on voyait des vésicules glandulaires plus simples. Dans la 12® semaine, le thymus, à peine plus grand, avait ses cornes ornées de lobules (de 0,27 — 0,54 millimètres) (Kôlliker).

Atrophie et résorption successive du thymus. — Il est intéressant de savoir quelles séries de transformations subit le thymus au moment de son atrophie, quel est le mécanisme intime qui préside à sa disparition.

Depuis longtemps on a écrit que l’atrophie de la glande était précédée par la diminution de calibre des vaisseaux, qui réduisait l’apport physiologique artériel et le contenu des vésicules : on a fait remarquer encore que c’était en sens inverse du développement que l’atrophie s’opérait ; que comme le phénomène d’accroissement avait lieu de haut en bas, le phénomène opposé avait lieu de bas en haut ; mais toutes ces données sur le processus atrophique du thymus étaient bien vagues, et l’histologie seule pouvait fixer la science sur ce point.

Pour Kôlliker la disparition du thymus résulte d’une résorption progressive des éléments de la glande, avec développement simultané de graisse dans les granulations glandulaires, et de cellules adipeuses dans le tissu conjonctif interlobulaire. En même temps les corpuscules concentriques deviennent de plus en plus abondants, et du tissu conjonctif se forme d’après Ecker dans les lobules, dont la structure glandulaire s’efface complètement. Ces corpuscules à couches concentriques seraient constitués, d’après Ecker et Paulitzky, par des couches résistantes et concentriques, formées de cellules aplaties comme celles de l’épithélium

THYMUS. — PHYSIOLOGIE.

paTimenteux, se développant autour d’une cellule, ou de plusieurs cellules ayant déjà subi un commencement de régression graisseuse : d’après les mêmes anatomistes ces corpuscules pourraient être comparés aux globes épidermiques des cancroïdes : pour Kôlliker ces corpuscules paraissent résulter, non d’une métamorphose directe des noyaux et cellules de la paroi des lobules glandulaires, mais du dépôt successif de couches concentriques de substance amorphe autour^ de ces noyaux et cellules ; il rapproche leur développement de celui des calculs prostatiques.

Ranvier fait observer que ces corpuscules sont reliés les uns aux autres et surtout aux vaisseaux sanguins par des cordons formés de cellules plates, en tout semblables à celles des vaisseaux et des corpuscules. Pour lui ces corpuscules dans la constitution desquels rentrerait une masse granuleuse ou calcaire, située au centre d’un groupe de cellules plates et concentriques, se développeraient aux dépens des vaisseaux : ce sont de véritables bourgeons vasculaires, des angiolithes analogues à ceux qui existent normalement dans les plexus choroïdes du cerveau.

Physiologie. — Les fonctions du thymus restent encore problématiques : toutes les hypothèse émises sur le rôle de cet organe peuvent être groupées dans deux chapitres, dont l’un traite des fonctions chimiques, le second des fonctions mécaniques du thymus.

I. Fonctions chimiques. — Les uns considèrent le thymus comme un organe fœtal, les autres le rattachent à la première enfance : aussi doit-on étudier son rôle chimique à deux périodes de son évolution, pendant la période embryonnaire et après la naissance.

a. Fonctions chimiques pendant la période embryonnaire. — Astley Cooper, se fondant sur la structure même du thymus et sur la composition chimique du liquide qu’il secrète, pense que cet organe a pour usage de séparer du sang de la mère un fluide, qui est déversé ensuite dans les veines jugulaires par deux vaisseaux absorbants (Voy. anatomie), et qui sert à la nutrition comme le fait le chyle après la naissance. Cette fonction rapprocherait le thymus des glandes vasculaires sanguines avec lesquelles il est d’ailleurs décrit : ce serait un filtre sélecteur, sans qu’on ait jamais pu dire quel était le principe du sang qui naissait ou se modifiait dans le thymus.

Huschke croit que le thymus est intimement lié à la respiration. Chez le fœtus la cage thoracique est occupée par le poumon et le thymus, mais ce dernier organe a, toutes proportion gardées, un volume supérieur à celui du poumon. Il est remarquable encore de voir que chez les animaux hibernants le thymus acquiert un développement considérable : ce sont ces deux ordres de faits qui ont amené l’auteur que nous venons de citer à considérer le thymus comme un organe jouant un rôle dans les fonctions respiratoires du fœtus.

C’est en s’inspirant de ces mêmes idées, de l’antagonisme du thymus et du poumon, que d’autres auteurs ont avancé que le thymus était le poumon du fœtus, qu’il jouait pendant la vie embryonnaire le rôle que remplit plus tard le poumon par rapport à l’hématose.

THYMUS. — PHYSIOLOGIE.

Pour Youatt le thymus est un organe de sécrétion et de nutrition. Le thymus de l’embryon, dit-il, fait corps avec la glande thyroïde et les parotides, en sorte que ces trois organes n’en forment qu’un seul. Les parotides ne sécrètent pas encore la salive, mais de même que le thymus, elles produisent un liquide d’apparence laiteuse, analogue à celui que l’on trouve souvent dans l’estomac du fœtus : le thymus sert donc à la nutrition ; il sécrète un produit qui est transporté dans la bouche par le canal parotidien, descend dans l’estomac et les intestins, et prépare ces organes à l’exercice des fonctions qu’ils vont remplir après la naissance.

Cette hypothèse de Youatt consacre des erreurs anatomiques : ni le développement, ni les connexions anatomiques du thymus ne permettent de le considérer comme lié aux glandes salivaires, ou même à la thyroïde : il faut donc rejeter comme absolument fausse l’explication physiologique de Youatt.

En résumé le thymus pourrait jouer pendant la vie embryonnaire un triple rôle, d’organe modificateur du sang (filtre sélecteur), d’organe supplémentaire de la respiration, précédant les fonctions du poumon, enfin d’agent de nutrition du fœtus.

Un même reproche général peut être adressé à toutes ces conceptions physiologiques : le thymus n’est pas exclusivement destiné à la vie fœtale *, il continue à croître jusqu’à la fin de la deuxième année (voir anatomie) ; il est donc insuffisant et irrationnel de limiter ses fonctions à la période embryonnaire.

b. Fonctions chimiques, après la naissance. — Le thymus, dit Béclard, ayant acquis tout son développement au moment de la naissance, et disparaissant ensuite, est vraisemblablement subordonné aux fonctions de nutrition, et peut-être à la période de lactation.

L’ablation du thymus exige toujours une mutilation gi’ave ; cependant des animaux ainsi déthymés ont pu vivre; mais si on enlève à la fois le thymus et la rate, l’animal succombe rapidement. Friedleben qui a fait ces expériences a remarqué que les jeunes mammifères privés de thymus avaient une extrême voracité et présentaient un amaigrissement rapide ; après cette ablation le sang se formerait plus rapidement(???) et contiendrait une plus grande quantité d’eau, d’albumine, de globules blancs, et moins de globules rouges.

La composition chimique du suc thymique ne serait pas la même aux différents âges et surtout dans les conditions de santé ou de maladie : suivant Friedleben encore, le thymus renferme comme éléments chimiques : del’eau, de l’albumine, de la glutine, du sucre, de l’acide lactique, de la matière pigmentaire, de la graisse et différents sels. L’albumine, le sucre et les sels prédomineraient dans la première enfance; plus tard se seraient la glutine, l’acide lactique et la graisse. Chez les jeunes sujets les sels seraient riches en phosphates terreux ; chez les gens âgés ils seraient riches en sels alcalins. D’après le même observateur cité par Longet, l’abstinence et les maladies qui débilitent le sujet déterminent une diminution dans le volume de la glande, dans le produit sécrété, et

THYMUS. — PHYSIOLOGIE. 545

en modifient la composition chimique ; si la cause morbide persiste, elle amène une atrophie permanente de l’organe.

Aussi en se basant sur les résultats que fournit l’ablation, sur les variations chimiques du sac thymique aux différents âges et dans l’état de santé ou de maladie, Friedleben conclut que « le thymus sert -pendant V accroissement du corps à la nutrition, à la préparation du sang, et par cela même à la formation des tissus ».

Le même expérimentateur qui comme on le voit a cherché à pénétrer les fonctions du thymus, en examinant au microscope le sang qui revient du thymus par les veines, a remarqué au milieu des globules du sang une notable proportion d’éléments figurés plus petits (globulins ou hématoblastes ?) La doctrine émise par His sur les fonctions du thymus est en grande partie basée sur ce dernier fait. His suppose que les corpuscules qui prennent naissance dans les cellules du thymus passent par .des voies spéciales dans les vaisseaux veineux, où ils deviendraient ensuite, en se transformant, les globules rouges du sang.

En résumé le thymus considéré au point de vue de son action chimique pendant les premières années delà naissance remplirait un rôle de nutrition, dans la formation des tissus, l’accroissement des membres inférieurs (Wright) et un rôle hématopoïétique puisqu’il contribuerait à la formation des hématoblastes destinés à devenir les globules rouges du sang.

Il est à regretter qu’aucune de ces expériences ne soit démonstrative, et qu’elles ne nous donnent que des inductions sur le rôle réel du thymus.

II. Fonctions mécaniques. — Galien pensait que le thymus sert à fixer et à soutenir la veine cave descendante. •

Tyson (1853) suppose que, chez le fœtus, le thymus sert à détourner du poumon le sang qui après la naissance se porte à ces organes.

Parmi nos contemporains nous trouvons l’assertion de Picci, qui attribue au thymus un rôle exclusivement mécanique ; les poumons trèspeu développés pendant la vie fœtale doivent prendre tout à coup après la naissance un développement considérable ; il faut que la cage thoracique soit assez large pour les contenir, sans quoi il surviendrait une compression funeste. Les poumons du fœtus ne sauraient donc remplir toute cette cavité; aussi le thymus est-il disposé de façon à combler le vide.

Eu définitive, il est impossible jusqu’à présent d’assigner au thymus une fonction bien déterminée. Joue-t-il un rôle pendant la vie fœtale, ou après la naissance? Ses fonctions sont-elles d’ordre chimique, et dans ce cas là quelle élaboration fait-il subir au sang? Est-ce un rôle hématopoïétique ou de nutrition qu’il faut lui attribuer ? Ce sont toutes questions que l’on peut se poser, sans pouvoir les résoudre dans l’état actuel de la science.

Sappey, Crpteilhier, Kôliikee, Histologie. — Coopeb (Astley), Anat. of the Thymus gland, plates, London, 1832. — Simon (J.), A physical Essay on the Thymus gland, London, 1845, p. 20 et , suivantes. — Dubrueil, Des anomalies artérielles, Paris, 1847, avec atlas. — Kolukeb, Embryologie, Paris, 1882, p. 915 et suivantes.

544 THYMUS. — pathologie, hypertrophie.

Longet, Béclabd, Béraud et Bodin, Mdüer, Cooper (Astley), Anat. of the Thymus gland, London, 1852. — Hadgstedt (Ch.), Thymiin homine ae per seriem animalium descriptio anatomica, pathologica, physioiogica, Hafniæ, 1832. — Tyson. Lond. med. and Surg. Journ., janvier 1833. — Youait, 4)x7î. gén. de méd., 2' série, 1853, 1. 1, p. 570. — Picci, Arch. gén. deméd., 4' série, 1844, t.V, p. 97. — Wwr.uT (H.-G.), ün the fonctions and uses of Thymus gland, London, 1845. — Friedleben, Die physiol. der Thymus drüse in gcsundheit und krankheit, oct., Franefortsur-Mein 1858. — Üis, Function der Thymus (Verhandlungen der naturforschenden Geselhchaft mBasel, 4'’fascic., 1860).

Pathologie. — Tous Jes organes ou appareils auxquels sont dévolues des fonctions physiologiques élevées sont plus souvent le théâtre de faits pathologiques, que les organes transitoires dont le rôle est effacé ou obscur : celte loi de pathologie générale laisse déjà prévoir quelle place restreinte occupe dans la nosologie les affections du thymus. Les lésions le plus souvent secondaires dont il peut être le siège resteraient même constamment silencieuses, si cet organe par ses rapports anatomiques importants (cœur et péricarde, gros vaisseaux de la base du cou, trachée, nerfs phréniques) ne trouvait, dans les compressions anormales qu’il peut exercer, un langage pathologique d’emprunt ; encore faut-il pour amener ces désordres que le thymus dégénéré ait subi un accroissement de volume très-notable, ce qui est exceptionnel, comme nous allons le démontrer.

Cette manière d’envisager le rôle pathologique du thymus étonnerait fort les médecins qui, il y a trente ans à peine, le considéraient comme la cause première d’une série de désordres.

Nous indiquerons dans le cours de cet article les travaux concernant le thymus, mais nous tenons à signaler d’une manière particulière une revue critique des D“ L. Hahn et L. Thomas « Sur le rôle du thymus dans sa pathogénie des tumeurs du médiastin », étude consciencieuse dans laquelle nous avons largement puisé.

Le thymus peut être le siège des lésions suivantes : I hypertrophie ; Il lésions inflammatoires; III dégénérescences.

I. Hypertrophie. — A. Nous avons déjà insisté sur les variations de poids et de volume que peut présenter le thymus ; ces différences sont si fréquentes qu’on a cherché à les rattacher à une cause, et Warthon et Gulliver ont fait cette observation « que le poids et le volume de cet organe semblent dépendre de l’exercice auquel l’homme ou l’animal se livre et de la nourriture qu’il prend ».

Ces hypertrophies, en quelque sorte physiologiques ne créent aucun inconvénient morbide ; ce sont des curiosités d’amphithéâtre.

Pienconlrées chez des sujets qui ont succombé à des affections aiguës, on a pu se demander s’il y a un rapport entre ce développement anormal et la maladie qui a occasionné la mort; c’est ainsi que nous connaissons aumoins trois faits d’hypertrophie du thymus, constatés à l’autopsie d’individus morts de fièvre typhoïde (Soc. anat., 1882 etfr. méd., 1882). Il n’y a peut-être là que des coïncidences ; cette augmentation de volume ne s’était d’ailleurs révélée cliniquement dans aucun des cas. Friedleben a fait observer avec raison que bien des cas rapportés à

THYMUS. — PATHOLOGIE. HYPERTROPHIE.

l’hypertrophie thymique, ont trait simplement à des lésions de voisinage; ce même auteur n’a trouvé que H cas dans lesquels des thymus volumineux étaient sains; il s’agissait presque toujours de difformités congénitales.

B. De V hypertrophie du thymus dans ses rapports avec l’asthme thymique. — Y a-t-il des hypertrophies du thymus susceptibles de pro voquer du spasme de la glotte, en un mot, l’asthme thymique existe-t-il? L’histoire de cette affection est trop intéressante pour être passée sous silence; elle est de plus instructive, en nous montrant l’influence des connaissances anatomiques sur la spécialisation des maladies.

Asthme thymique et spasme de la glotte furent d’abord confondus, puis on essaya de séparer ces deux affections jusqu’au jour où l’asthme thymique lût rayé du cadre nosologique.

Richa en 1723, et Y^erdries en 1726, avaient indiqué que le thymus hypertrophié était une des causes principales de l’asthme des enfants; P. Frank avait fait la même observation.

Mais c’est un médecin allemand, Kopp, qui, en 1830, vulgarisa cette assertion que l’hypertrophie et la dégénérescence du thymus engendraient des accès d’asthme ; et ces idées accueillies avec faveur hrent bientôt donner à la maladie le nom ^ asthme thymique ou asthme de Kopp.

A partir de ce moment les publications se multiplièrent en Allemagne et en Italie pour combattre ou pour soutenir les idées du médecin allemand ; nous ne pouvons citer tous ces travaux qu’on trouvera analysés dansRilliet etBarthez (tome H, p. 502). Hirsch (1835), un des défenseurs convaincus des idées de Kopp, décrivit même les lésions anatomopathologiques liées à l’asthme thymique ; relisez ces observations anatomiques et vous resterez convaincu qu’il s’agissait de thymus sains, mais plus développés qu’à l’état normal.

Les médecins français devaient donner le coup de grâce à cette théorie de l’asthme peut-être conçue en France, mais qui avait pris corps en Allemagne !

Yalleix mit en doute l’hypertrophie du thymus, et cependant il consacre un chapitre à l’asthme thymique (1866, édit. Lorain). Hérard a montré par des recherches anatomiques précises les variations excessives de poids et de volume du thymus chez l’enfant bien portant et a innocenté cet organe d’être la cause du spasme de la glotte, en montrant qu’il n’y avait qu’une simple coïncidence entre le trouble respiratoire et l’hypergénèse du thymus.

Il faut croire que le coup avait porté juste, puisqu’à partir de cette époque l’asthme thymique disparut du cadre nosologique ; le spasme de la glotte a survécu, mais dans sa pathogénie on chercherait en vain l’hypertrophie thymique.

Il reste donc acquis qu’on ne doit plus décrire aujourd’hui un asthme thymique et que l’hypertrophie thymique liée à un spasme de la glotte doit être regardée comme un phénomène contemporain, mais sans relation de causalité.

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