‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 79 sur 117 · XXXV — 5.Ï · texte numérisé non relu

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546 THYMUS. — pathologie, lésioms inflammatoires.

Nous pourrions d’ailleurs fournir des preuves anatomiques et physiologiques pour confirmer cette manière de voir. Qui dit spasme de la glotte dit aujourd’hui modification des muscles de la glotte sous l’influence du pneumo-gastrique : or les connexions anatomiques du thymus nous laissent pressentir, sinon l’impossibilité, du moins la difficulté de compression de ce nerf par un thymus même volumineux !

Nierons-nous cependant d’une façon absolue qu’un thymus dégénéré puisse entraîner des troubles fonctionnels de voisinage? Ce serait nous mettre en contradiction avec certains faits de tumeurs malignes du thymus, dont nous parlerons bientôt ; mais ces troubles n’ont rien qui rappelle le laryngisme, le spasme de la glotte.

Donc, en nous plaçant au triple point de vue de l’observation anatomique, de la physiologie et de la clinique, nous croyons devoir repousser d’une façon catégorique l’asthme thymique.

II. Lésions inflammatoires. — A. Hyperémie, congestion hémorrhagique. — Dans le cas d’asphyxie on peut observer chez le nouveau-né de l’hyperémie, de la tuméfaction et même des hémorrhagies du thymus. Véron en 1825 (Académie de médecine). Billard, Weber de (Kiel) cités par Hahn et Thomas, ont rapporté des exemples de ce genre de lésions. Ces faits ne doivent pas être considérés comme des inflammations du thymus et sont justiciables d’une autre hypothèse : il suffit d’une gêno circulatoire, d’un effort prolongé, pour créer ces œdèmes et ces apoplexies thymiques : la rapidité de la mort, qui n’a pas permis l’évolution de phénomènes inflammatoires, et en second lieu la coexistence de lésions similaires (hémorrhagies) dans le cœur et le poumon, doivent faire rapporter ces lésions à un obstacle mécanique.

B. Suppuration non spécifique. — On a cité un exemple probant de suppuration non spécifique du thymus : l’observation appartient à Wittich, (1855) ; « Un jeune homme de 18 ans souffrait depuis plusieurs mois de douleurs intra-thoraciques vives et d’une dyspnée insupportable surtout la nuit et pendant le décubitus dorsal. Peu de temps après son entrée à l’hôpital il eut de l’hydrothorax et de l’ascite : les accès de suffocation se rapprochèrent et l’un deux l’emporta.

A l’autopsie on trouva.... le feuillet pariétal du péricarde épaissi, parsemé de taches pigmentaires : il formait une coque large de 7 pouces en bas, de 4 à 5 en haut ; le reste du médiastin était rempli par une tumeur glandulaire qui cachait la crosse de l’aorte et descendait jusqu’à la pointe du cœur. Recouverte par une tunique fibreuse épaisse, elle adhérait tellement au péricarde en haut, qu’il était impossible de l’en détacher ; les gros vaisseaux et la trachée étaient enchâssés dans sa masse.

Au microscope une partie du tissu présentait les caractères du thymus normal ; certains lobules étaient remplacés par des cavités remplies de pus et entourées d’une zone rougeâtre ; d’autres contenaient un liquide clair dans lequel on trouvait des granulations' pigmentaires et des gouttelettes de graisse. »

« Le fait de Wittich, a écrit Friedleben, est le seul cas d’inflammation

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bien constatée du thymus que renferme la littérature, mais on ne saurait dire si la maladie partait du thymus ou du péricarde. »

Le fait est discutable quant au point de départ des accidents, mais toutes les hypothèses que nous pourrions faire n’aideraient pas à éclaircir les desiderata de cette observation.

C. Abcès du thymus liés à la syphilis héréditaire. — En 1850, Paul Dubois attira l’attention sur l'infiltration purulente du thymus dans le cas de syphilis héréditaire ; il mit en garde les observateurs contre la confusion possible de cette suppuration disséminée avec le liquide normal de la glande. Il répondait ainsi à l’avance aux objections qu’on pouvait lui faire et que n’a pas manqué de lui adresser Virchow lorsqu’il écrit que « le liquide normal de la glande a très-souvent l’aspect puriforroe. »

Avec un patriotisme mal compris, ce même auteur regarde comme peu concluants les faits de Dubois, mais accepte comme probants le cas d’abcès thymique chez le nouveau-né publié par Weber, les trois observations du même genre de Hecker, toutes publications postérieures aux travaux de P. Dubois.

P. Dubois fait lui-même la remarque qu’avant lui Haugstedt (1833) avait signalé ces suppurations thymiques chez l’adulte, et mentionné deux cas attribués à Lieutaud, mais personne avant l’éminent accoucheur français n’avait vu le lien qui unit ces lésions à la syphilis héréditaire.

En 1851, Depaul accepte les conclusions de P. Dubois.

En Allemagne même, les observations de Dubois trouvaient un écho, malgré les attaques de Virchow, suivi par Elsœsser, Wedl, Bednar, etc. Voici, en effet, les conclusions d’un travail très-consciencieux (1860) de W'eisflag et Wiederhofen :

1“ L’abcès du thymus tel qu’il a été décrit par Dubois existe certainement ; ce n’est pas un symptôme constant de la syphilis, mais on le rencontre souvent chez les sujets syphilitiques ;

2“ Cettelésion, associée à d’autres signes de syphilis congénitale, indique que le père et la mère de l’enfant ont subi l’infection ;

3“ Il est possible, bien que ce ne soit pas prouvé, que cette lésion existe chez des sujets ne portant pas de traces de syphilis infantile, mais sa constatation doit rendre probable l’existence de la diathèse, même en l’absence d’antécédents reconnus chez les parents ;

4“ La sécrétion de la glande thymique est assez semblable au pus pour qu’il soit souvent difficile de l’en distinguer.

Nous sommes donc autorisé à considérer comme démontrée la suppuration du thymus dans le cours- de la syphilis congénitale ; mais quelle est la fréquence de cette lésion et se traduit-elle par des signes cliniques ? — Dans un travail récent Ludwig Furth (Vienne, 1879) n’a trouvé le thymus lésé que 7 fois sur 200 autopsies de syphilitiques.

Ces suppurations n’ont qu’un intérêt clinique secondaire, car rien pendant la vie n’en a pu faire soupçonner l’existence.

III. Dégénérescences. — A. Tuberculose. — « La tuberculose du thymus est toujours consécutive à celle des ganglions du médiastin : la

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glande forme avec eux une masse solide et dure comprenant les organes voisins.

B. Brodie trouva chez une petite fille de sept ans qui depuis longtemps avait des accès de suffocation et fut enlevée par eux une grosseur rétrosternale, en partie solide. Dans une portion il y avait des alvéoles contenant un liquide blanchâtre et granuleux. Il crut à une affection primitive du thymus. Friedleben pense qu’il s’agissait plutôt d’une agglomération. de ganglions tuberculeux ramollis.

Beaucoup de lésions rapportées au même organe sont encore moins déterminées. Harder a rencontré chez un jeune homme de 15 ans mort phthisique le thymus induré et noirâtre; Budœus, chez un homme de 32 ans ayant succombé à la même affection, le trouva volumineux, squirrheux, presque cartilagineux ; il avait l’aspect des strumes ou plutôt des stéatomes, adhérait étroitement aux gros vaisseaux ascendants, etc., etc.

D’autres observations, comme celles de Cruveilhier, de Hoffmann, etc., démontrent que l’invasion secondaire du thymus est possible. Bednar croit avoir trouvé une tuberculose primitive. Chez un enfant de 20 mois qui n’avait jamais présenté ni œdème ni dyspnée, et qui mourut du choléra, le thymus était volumineux, et vers son bord droit siégeait un foyer caséeux de la grosseur d’un pois ; le reste de l’organe ne contenait aucune granulation. 11 est difficile d’admettre les conclusions de Bednar : la lésion correspond précisément au point où existent des ganglions lymphatiques ; il est probable que l’un d’eux, envahi d’abord, était enveloppé en quelque sorte dans l’épaisseur de la glande. L’intégrité parfaite des autres parties rend cette hypothèse très-vraisemblable.

Malgré le peu de fréquence de l’infiltration on doit en tenir compte. Le thymus établit une sorte de zene de transmission entre les ganglions du médiastin. S’il reste indemne, la tuberculose les envahira isolément et à tour de rôle; s’il se prend, elle évoluera en même temps dans plusieurs organes solidaires. Au lieu d’une série de néoplasmes petits et bien limités, on aura une grosse tumeur qui produira très-vite de l’irritation et de la compression. A ce titre la tubercnlose du thymus peut être considérée comme une complication de celle des ganglions bronchiques » (Hahn et Thomas.)

Malgré ce qui précède nous faisons des réserves au point de vne de l’existence de la tuberculose thymique, jusqu’au jour où le microscope nous aura décelé dans cet organe altéré l’existence de granulations ou de produits caséeux consécutifs.

G. Sarcomes et tumeurs malignes. — L’historique de ces tumeurs est encore très-intéressant. Consultez les auteurs anciens qui ont écrit sur les tumeurs du médiastin, ils n’hésitent pas à placer dans le thymus le point de départ de toutes ces tumeurs malignes : tels sont les cas de Tozctti, de Falco n, d’Astley Cooper.

Friedleben soumit à un travail d’analyse tous les faits pujjliés dans cette première période, et avec un rigorisme excessif il nia l’existence

THYMUS. — PATHOLOGIE. DÉGÉNÉRESCENCES. 549

de ces dégénérescences : ceci se passait eu 1858, et pourrait être considéré comme la deuxième période d’affranchissement de l’histoire des dégénérescences du thymus.

Depuis 1858 jusqu’à nos jours, quelques faits bien constatés de sarcomes du thymus sont venus protester contre l’exclusivisme de Friedlehen, et en 1878 un travail de Hedenius (de Stockolm) a péremptoirement démontré que les tumeurs du médiastin peuvent avoir pour point de départ le thymus : c’est le retour à l’opinion ancienne. Un article d’un journal allemand publié en 1861, une observation de Steudener en 1874, enBn le travail de Hedenius dont nous venons de parler, sont les seuls documents réunis par llahn et Thomas, mais ils sont suffisants pour transformer en certitude l’hypothèse émise en 1877 par Birch- Hii'chfeld « Il est vraisemblable, dit cet auteur, qu’un grand nombre de tumeurs du médiastin antérieur ont cette glande pour point de départ. Tantôt ce sont des lympho-sarcomes à forme molle, tantôt ce sont des néoplasmes durs qui s’accroissent par la périphérie, et se composent de cellules arrondies, inégalement distribuées dans un stroma fibreux. »

Nous laisserons de côté le fait de Bohn qui consacre une erreur de diagnostic.

L’observation de Steudener est plus intéressante et plus démonstrative : « Un enfant d’un an bien portant jusque-là est pris d’une pneumonie droite qui l’emporte en quelques jours. A l’autopsie on trouve, outre les lésions ordinaires, un sarcome du médiastin qui avait perforé son enveloppe en plusieurs points, et contracté des adhérences avec les vaisseaux du voisinage. »

L’examen microscopique ne permit aucun doute sur la nature de la tumeur et son point de départ : c’était, dit l’auteur, un sarcome hémorrhagique, à cellules rondes, développé aux dépens du thymus. »

Le cas de Hedenius offre une précision plus grande encore :

« Début insidieux de la maladie, chez un individu arrivé à un âge où la régression du thymus eût dû être complète depuis longtemps; plus lard cette tumeur s’est manifestée par les signes d’une pleurésie légère : il y a eu de la toux accompagnée d’un point de côté droit : celui-ci a bientôt disparu. La dyspnée a été continue sans accès de suffocation ; elle augmentait seulement dans certaines positions ; plus tard est survenu un œdème limité à la partie supérieure du corps. Le tout a marché régulièrement, sans secousse, sans retentissement prononcé sur l’état général, et le malade a succombé à l’asphyxie lente, dix mois environ après l’apparition des premiers phénomènes. L’autopsie montra qu’il s’agissait d’une tumeur parfaitement circonscrite, ne s’étant pas propagée aux ganglions, ayant amené une irritation de voisinage presque insignifiante; elle avait comprimé les vaisseaux et les conduits aérifères, sans les altérer en aucune manière. A la coupe et à l’examen microscopique on voyait qu’elle était formée de deux parties très-distinctes, l’une antérieure contenant, outre des éléments adipeux et lymphoïdes, des cellules épithéliales dont la disposition était celle des corps ronds du thymus ;

THYMUS. - BIBLIOGRAPHIE.

l'autre postérieure ayant la structure mixte de certains sarcomes hémorrhagiques ; elle était constituée surtout par des cellules de tissu conjonctif à divers degrés d’évolution.

« La lenteur et la régularité de la marche ont été en rapport avec la forme et la structure du néoplasme ; la destruction partielle de l’un des nerfs phréniques ne s’est décelée pendant la vie par aucun symptôme ; la dyspnée trouve son explication dans la compression des bronches et la partie inférieure de la trachée, aplaties au point de ressembler à des gaines de sabre. »

Pour Hedenius cette tumeur partait d’un thymus persistant : l’élément caractéristique se tirait de l’existence de ces corps concentriques qui siégeaient à l’orifice des vaisseaux, qui à eux seuls eussent permis de faire le diagnostic histologique (théorie de l’atrophie du thymus par l’oblitération des capillaires [Afanassiew]).

« La prolifération de l’endothélium vasculaire, dit en terminant M. Hedenius, analogue à celle que produit l’artérite chronique, l’oblitération consécutive des petits vaisseaux, la présence du tissu graisseux, montraient que l’organe était en pleine involution ; on ne sait à la suite de quelles circonstances est arrivée ta multiplication rapide des cellules du tissu conjonctif ayant abouti au sarcome. Il a présenté la tendance à la localisation qui le distingue souvent du cancer ; il a contracté des adhérences uniquement avec le péricarde, et il ne s’est point propagé aux ganglions. »

Citons encore, et comme dernière preuve de tumeur du médiastin développée aux dépens du thymus, un cas de myxo-lipome observé en 1877 par Y. Brigidi, relaté et figuré dans les Commentaires cliniques de Pise (p. 49, 1877). Le sujet qui en était atteint avait 29 ans, et il succomba à des accidents de dyspnée dus à une tuberculose pulmonaire. Le thymus altéré était énorme : il pesait 190 grammes, et mesurait 338 millimètres de longueur, 66 millimètres de largeur au milieu, 70 millimètres à droite, 54 à gauche (forme en fer à cheval) et 19 à 22 millimètres d’épaisseur.

Hadgsted (F. Ch.), Thymi in homine ac per seriem animalium descript. anal., pathol. etphysiolog., iconibus XXXIV ad., naturam delin. illustrata, Copenhague, 1833. Des anomalies de structure et des maladies du thymus [Archives gén. de méd., 1853, t. III, p. 102 et 262) — Kopp, Mémoire sur l’asthme thymique (Denkwurdigkeiten in der aerztlichen Praxis, Frankfurt am Mein, 1850, et Ga%. méd. de Paris, janvier 1836, p. 17). — VVeigbt (H. G.), Fonctions et usages du thymus [theLancet et Gaz. méd. de Paris, 1851, p. 131). — WiederiiHOFER, Cher Thymus Abscesse, Wien,1852. — Witiich, Virchow’ s Archiv fiir pathologische Anatomie, Berlin, 1855, Band VIII, p. 447. — Friedleben, Die Physiologie der Thymus druse in Gesundheit und hrankheit, Frankfurt am Mein, 1858, Literar-.Anstalt. — Yalbeix, Guide du médecin prat., éd. Lorain, Paris, 1866, t. II, p. 471. — AF.uiASsiEW, Archiv fur mikroskop. Anatomie, Bonn, 1877, p. 443. — Dahms (Anna), Sur le thymus, thèse de doctoi'at, Paris, 1877. — Hedesius, Anatomie patholog. du Thymus (Nordiskt medicinisht Archiv, Stockholm, 1878, Band X, n" 24). Un résumé en français se trouve à la fin du volume. — Hahs et Thomas, Du rôle du thymus dans la pathogénie des tumeurs du médiatin (Arch. de méd., 1879, t. I, p. 523).

Gérard Marchant.

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